L'accès à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) reste un droit fragile et contesté sur l'ensemble de la planète. Au Honduras, cette question est particulièrement sensible, marquée par une interdiction totale de l'avortement, même dans des circonstances extrêmes telles que le viol, l'inceste ou lorsque la vie de la femme est en danger. Cette situation contraste avec les avancées observées dans d'autres pays d'Amérique latine, où des mouvements sociaux et des décisions politiques progressistes ont permis de dépénaliser ou de légaliser l'IVG.

Le Contexte Mondial de l'IVG

L'accès à l'IVG est encore interdit dans près d'une vingtaine de pays. Malgré des avancées législatives ces 30 dernières années, en faveur de l'accès à l'avortement, au nom de la protection de la santé et des droits fondamentaux des femmes, de plus en plus de pays posent des restrictions comme en Pologne. D’autres pays, comme le Honduras, durcissent l’interdiction, même quand la vie des femmes est en danger. L'annulation de Roe vs Wade aux États-Unis constitue un recul important des droits des femmes, renvoyant aux États le droit de légiférer sur cette question et entraînant des interdictions totales dans une dizaine d'États. Cette décision a créé un précédent compliqué pour les États-Unis et pour le monde entier.

En revanche, de nombreux pays d’Amérique latine progressent sur la question des droits reproductifs. Des pays comme la Colombie, l’Argentine, le Mexique, le Kenya et la Corée du Sud parviennent progressivement à protéger l’accès à l’avortement quand les États-Unis sont sur le point de revenir en arrière.

La Situation au Honduras : Interdiction Totale et Conséquences

Au Honduras, l'avortement est interdit en toutes circonstances. L'IVG est illégal même en cas de viol et d'inceste et même quand la vie de la mère et du fœtus sont en danger. Cette interdiction stricte a des conséquences désastreuses pour les femmes honduriennes. Selon un sondage, près d'une femme sur 4 au Honduras a été physiquement ou sexuellement abusée. Une autre enquête révèle qu'entre 50 000 et 80 000 avortements clandestins ont lieu chaque année, avec son lot de complications médicales, de décès et de risque pour ces femmes d'être condamnées à 6 ans de prison.

En janvier 2021, le Honduras a approuvé une réforme constitutionnelle qui durcit encore la législation sur l'avortement. L'article 67 de la Constitution révisé stipule désormais que toute interruption de grossesse « par la mère ou par un tiers » est « interdite et illégale », et que cette clause « ne pourra être réformée que par une majorité des trois quarts des membres du Parlement ».

Lire aussi: Ce qu'il faut savoir sur les tests de paternité illégaux

Les Mouvements de Femmes et les Alternatives en Amérique Latine

Face à cette situation alarmante, les mouvements de femmes s'amplifient en Amérique latine pour faire changer les lois très rigides. En Argentine, les femmes se battent pour avoir le droit d'avorter avec le mouvement Ni Una Menos. Au Mexique, les militantes féministes ont appelé à une grève nationale pour dénoncer le féminicide, la misogynie et l'inégalité de la société mexicaine à l'égard des femmes.

Plusieurs autres pays d’Amérique latine prennent le même chemin que la Colombie. On constate un renversement de la ligne Nord-Sud sur la question des droits reproductifs. En février dernier, une ONG a obtenu la dépénalisation de l’avortement en Colombie. Le projet de réforme a été porté devant la Cour constitutionnelle colombienne par le collectif Causa Justa (Cause juste) composé de plus de 100 organisations issues de tout le pays, dont le Center for reproductive rights, que je dirige. Il a mené des activités de plaidoyer et profité du soutien de personnalités politiques, d’influenceur·euses et de personnalités du spectacle. L’objectif du collectif était que l’avortement ne soit plus considéré comme un crime.

L'Amérique latine reste la région du monde où les conditions d'avortement sont les plus dures. Six pays l’interdisent totalement : le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, Haïti, la République dominicaine et le Surinam. D’autres pays en garantissent l’accès dans des circonstances extrêmes : si la vie de la femme est en danger, ou quand la grossesse est une conséquence d’un viol. Le projet de nouvelle Constitution qui doit être votée en septembre au Chili inclut un article garantissant l’avortement comme un droit fondamental.

Les Droits des Femmes : Un Combat Constant

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. En France et en Europe, cette terrible nouvelle sonne comme une alerte.

La leçon à retenir des victoires des pays du Sud est la suivante : bien sûr, la lutte légale a été très importante, et nous avons obtenu un changement de la loi, mais cette lutte a été accompagnée d’une vaste mobilisation sociale. Le changement est culturel et pas seulement légal. Il faut continuer à mener de front ces deux stratégies.

Lire aussi: En savoir plus sur l'avortement illégal

La pauvreté et les violences faites aux femmes demeurent les fléaux les plus répandus aux quatre coins de la planète. Aucun continent n'est épargné, toutes les cultures et l'ensemble des sociétés sont touchées. Quatre chiffres chocs :

  • Dans le monde, deux analphabètes sur trois sont des femmes.
  • Une femme sur deux travaille contre 76,1% d'hommes.
  • 13,2 %, c'est la moyenne mondiale d'écart de salaire entre les hommes et les femmes selon les statistiques de l'OCDE.
  • Seulement 3 pays ont légalisé 14 semaines au minimum de congés maternité payés.

Au nom des différences culturelles et cultuelles, d'innombrables pays imposent ou ferment les yeux sur les obscurantismes qui maintiennent les femmes sous le joug de mode de vie patriarcale, et les soumettent à l'obéissance aux traditions d'antan et théocratiques. Misère et servitude pour une grande partie de gent féminine commencent dès le jeune âge. Bien qu'internationalement interdites, les mutilations sexuelles féminines se pratiquent encore dans des dizaines de pays. L'Unicef estimait en 2016 que 200 millions de jeunes filles et de femmes, toujours en vie, ont été victimes de mutilations sexuelles pratiquées dans 30 pays africains, du Moyen Orient et d'Asie. De la même façon, la déscolarisation de 132 millions de filles du Sénégal au Népal en passant par le Burkina Faso rendent les femmes plus vulnérables. Les deux tiers des illettrés dans le monde sont des femmes. Autre désastre, le mariage précoce : 650 millions d'adolescentes sont devenues des épouses. Qui dit mariage précoce dit maternité précoce et abandon de l’école, puis dépendance, indigence et brutalité.

Lire aussi: Examen de l'Avortement Illégal aux ÉAU

tags: #ivg #statistiques #Honduras

Articles populaires: