L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe et multifacette, oscillant entre enjeux de santé publique, droits fondamentaux des femmes et considérations éthiques. En France, l'IVG est légale depuis la loi Veil de 1975, mais son accès et sa perception ont évolué au fil des années. Cet article vise à explorer l'IVG en France, en abordant son histoire, les modalités pratiques, les enjeux de santé publique et les débats éthiques qui l'entourent.

De l'avortement clandestin à l'IVG légale : un parcours historique

L’avortement a été autorisé en France par le vote du texte provisoire de la loi Veil n° 75-17 du 17 janvier 1975 pour cinq ans, en donnant la liberté fondamentale aux femmes de choisir l’issue de leur grossesse jusqu’à la dixième semaine, dans des conditions sanitaires sécurisées. Cette loi de santé publique a mis fin à des complications gravissimes, voire mortelles, pour les femmes (une femme par jour mourait des complications d’un avortement clandestin en France avant 1975) et a réduit la mortalité néonatale par voie de conséquence. En novembre 1972, le procès de Bobigny, dont la défense a été assurée par la célèbre avocate Gisèle Halimi, sera le premier temps législatif vers la dépénalisation de l’avortement. En février 1973, Le Monde publie à son tour le manifeste des 331 médecins qui déclaraient pratiquer ou encourager la pratique des avortements ; à partir d’avril 1973 et jusqu’au vote de la loi en 1975, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) participe à la diffusion de la méthode de Karman.

La loi Veil a marqué une étape cruciale en légalisant l'IVG, mais elle a également été le point de départ d'une évolution constante de la législation et des pratiques. Des étapes importantes ont suivi, notamment l'IVG médicamenteuse en 1988, l'allongement du délai légal en 2000 de 10 à 12 semaines de grossesse pour prétendre à l’IVG instrumentale, la gratuité de l’IVG en 2013 et la disparition en 2014 de la « situation de détresse ».

L'IVG en chiffres : une réalité statistique

En 2021, 222 100 IVG ont été pratiquées en France, les trois quarts d’entre elles par méthode médicamenteuse : il s’agit d’un acte fréquent, qui concerne une femme sur trois dans sa vie. Malgré quelques variations annuelles, le taux de recours moyen est assez stable, autour de 15 ‰ femmes de 15 à 49 ans, avec de grandes variabilités régionales. La tranche d’âge la plus représentée est celle des 20-29 ans. Les mineures et les femmes de plus de 42 ans sont les femmes qui avortent le moins. Trois IVG sur quatre sont pratiquées chez des femmes ayant une contraception médicalement instaurée. Ce constat traduit l’intérêt d’une information exhaustive sur la contraception visant à permettre aux femmes de choisir la contraception la plus adaptée à leurs besoins du moment. L’ensemble des contraceptions est accessible aux femmes, quels que soient leur âge et leur parité, sous réserve de contre-indications médicales.

Modalités pratiques de l'IVG

Accès et prise en charge

L’interruption volontaire de grossesse est prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie pour tous les actes afférents. Aucun délai n’est requis entre la consultation de demande d’interruption et sa confirmation écrite lors d’une deuxième consultation. En pratique, ces deux temps se font le même jour si le professionnel sollicité pour ces deux temps est le même et si la femme a pris sa décision d’avorter. Un entretien psychosocial est systématiquement proposé à la femme avant et après l’IVG. Cet entretien est facultatif, à l’exception de la jeune fille mineure, pour laquelle l’entretien pré-IVG est obligatoire et donne lieu à une attestation écrite. Le médecin doit s’efforcer d’obtenir une autorisation parentale pour la jeune fille mineure. Le médecin ou la sage-femme doit s’efforcer d’obtenir le consentement de l’un ou l’autre des parents ou du représentant légal pour la mineure. Si celle-ci désire garder le secret ou en cas de refus, elle se fait alors accompagner par une personne majeure de son choix. Le médecin ou la sage-femme consulté(e) peut faire valoir sa clause de conscience ; dans ce cas, il se doit d’en informer la femme au plus vite pour ne pas retarder sa démarche. L’interruption volontaire de grossesse peut être réalisée entre la confirmation de la demande et 16 SA, permettant ainsi aux femmes d’interrompre leur grossesse sans attendre si leur choix est fait, mais aussi pour celles dont la décision n’a pas encore été prise, de bénéficier de plusieurs consultations et d’un ou plusieurs entretiens avec une personne habilitée au conseil conjugal et familial, un assistant social ou un psychologue afin de les accompagner dans leur réflexion.

Lire aussi: Avortement par aspiration : ce qu'il faut savoir sur les risques

Les différentes méthodes d'IVG

Les différentes méthodes sont exposées à la femme lors de la première consultation afin de lui permettre un choix éclairé en fonction du terme de la grossesse, des contre-indications et des possibilités de chaque centre. Il n’existe pas de supériorité d’une méthode par rapport à une autre ; leurs différences étant vécues par certaines comme des avantages et par d’autres comme des inconvénients. Le choix de réaliser ou non une interruption volontaire de grossesse doit précéder celui de la méthode et non l’inverse.

  • IVG médicamenteuse : Elle est recommandée jusqu’à 9 SA (63 jours) par l’association d’une antiprogestérone (mifépristone) et d’une prostaglandine (misoprostol) selon des schémas différents avant 7 SA (49 jours) et entre 7 et 9 SA. L’IVG médicamenteuse peut démarrer avant même que le groupe Rhésus soit connu, selon les dernières recommandations de la HAS. La prescription de celui-ci et des immunoglobulines en cas de négativité du Rhésus suffit, leur réalisation revient à la femme dans un deuxième temps et avant soixante-douze heures après le début du saignement. puis prise de 400 µg de misoprostol par voie orale, sub­linguale ou buccale vingt-quatre à quarante-huit heures après la prise de mifépristone. L’administration concomitante à la prise de misoprostol d’antalgiques de niveau 1 ou 2 permet d’anticiper la survenue et l’intensité de douleurs en lien avec la contraction utérine et l’expulsion. Seule la consultation de suivi réalisée entre le 14e et le 21e jour permet de confirmer l’efficacité de la méthode par dosage de l’hormone chorionique gonadotrope [hCG] dans le sang (moins de 20 % du taux initial au 14e jour) ou dans les urines (autotest hCG disponible en établissements de santé mais pas en officine dont le seuil de positivité est à 1 000 UI/mL).
  • IVG chirurgicale (instrumentale) : Elle est possible jusqu’à 16 SA. Il s’agit d’obtenir une vacuité utérine au moyen d’une aspiration (électrique ou manuelle) endo-utérine après dilatation du col utérin et introduction d’une curette d'aspiration. Une prémédication est fréquemment utilisée avec des antalgiques de niveau 1 ou 2 plus ou moins associés à un anxiolytique.

Suivi et contraception post-IVG

La contraception post-interruption volontaire de grossesse est abordée au cours des consultations préalables à l’IVG et peut être commencée dès le jour du geste. Si le choix de la femme est celui d’un dispositif intra-utérin ou d’un implant sous-cutané, ceux-ci peuvent être posés le jour-même en fin d’intervention. Si le choix se porte sur une contraception orale, percutanée ou vaginale, celle-ci est à débuter le jour de l’interruption.

L'IVG comme enjeu de santé publique

Prévention des grossesses non désirées

Trois IVG sur quatre sont pratiquées chez des femmes ayant une contraception médicalement instaurée. Ce constat traduit l’intérêt d’une information exhaustive sur la contraception visant à permettre aux femmes de choisir la contraception la plus adaptée à leurs besoins du moment. L’ensemble des contraceptions est accessible aux femmes, quels que soient leur âge et leur parité, sous réserve de contre-indications médicales. Le souhait d’un partage de la charge contraceptive avec les hommes est de plus en plus présent mais se heurte encore à des méthodes non validées en France, pourtant à l’étude (contraception hormonale par testostérone, contraception thermique) et de plus en plus médiatisées. L’analyse des circonstances de survenue d’une grossesse non prévue est l’occasion, au cours de la prise en soin d’une demande d’IVG, de permettre à la femme de choisir la contraception ultérieure la mieux adaptée à cette période de sa vie sexuelle.

Gestion des complications et des risques

L’avortement comporte des risques de complications très faibles dans les pays dans lesquels la loi l’y autorise. Les complications après une IVG médicamenteuse sont rares. Une hémorragie ou une peuvent survenir notamment si la grossesse n’a pas été complètement expulsée. Les complications après l’intervention sont les mêmes que pour l’IVG médicamenteuses : une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 15 à 21 jours suivant l’IVG.

Prise en charge psychologique

Les complications psychologiques de l’interruption volontaire de grossesse sont rares elles aussi. La survenue d’une grossesse non désirée représente une charge psychique dans la vie d’une femme, mais la perspective d’une interruption volontaire de grossesse comme solution à cette problématique procure un sentiment de soulagement pour la majorité des femmes. Une minorité de femmes présente une tristesse, des regrets et un sentiment de culpabilité. Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut s'avérer essentiel. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue. Vous pouvez aussi contacter l’antenne du la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, , sexualité" (par téléphone ou via le tchat) afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue. Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).

Lire aussi: Impact sur la Grossesse

L'IVG : un droit menacé ?

Le droit à l’avortement est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-hommes. Interdire le droit à l’IVG n’empêche pas les femmes d’avorter, mais les place dans l’illégalité et les conduit à la clandestinité. Depuis quelques années, ce droit fait l’objet de menaces régulières. Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental. Les évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200% (1). Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes.

La constitutionnalisation du droit à l'IVG en France

En France, 8 personnes sur 10 sont favorables à la constitutionnalisation du droit à l’avortement. Depuis de nombreuses années, la Fondation des Femmes et les associations de défense de droits des femmes travaillent activement auprès du gouvernement pour faire de l’inscription de ce droit dans la Constitution, une réalité. Le 24 novembre 2022, une proposition de loi pour inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution était adoptée par l’Assemblée nationale, avec 337 voix pour et 32 contre. Le 29 octobre 2023, le chef de l’État annonçait ainsi la présentation en conseil des ministres d’ici fin 2023 d’un projet de loi qui reprendrait le contenu de la proposition de loi pour inscrire dans la Constitution de 1958 la liberté des femmes de recourir à l’IVG. Ce projet de loi sera ensuite voté à l’Assemblée nationale le 24 janvier et la navette parlementaire se poursuivra devant le Sénat le 26 février.

Mythes et réalités autour de l'IVG

De nombreuses idées fausses circulent au sujet de l'IVG. Il est important de les déconstruire pour fournir une information claire et précise.

  • "L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité" : FAUX. L'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme cela est possible en France, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme.
  • "L’IVG produit un dérèglement hormonal." : FAUX. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
  • "L'avortement provoque des troubles psychiques" : FAUX. Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG.
  • "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception" : FAUX. Au contraire, dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné.
  • "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents" : FAUX. En France, une femme mineure, enceinte et qui souhaite interrompre sa grossesse, peut demander une IVG auprès d'un médecin ou d'une sage-femme. Aucune justification n'est nécessaire et aucun accord d'une autre personne (parent ou conjoint) que la femme elle-même n'est requis.
  • "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale" : FAUX. Pas pour toutes les femmes. En effet, chacune des méthodes présente des avantages et des inconvénients qui seront à discuter avec le professionnel de santé.

Lire aussi: Surconsommation de protéines chez le bébé : dangers

tags: #ivg #consequence #sante #publique

Articles populaires: