Introduction
Le Québec et les Pyrénées, deux territoires éloignés géographiquement, partagent un riche patrimoine de contes et légendes. Ces récits, transmis oralement de génération en génération, reflètent les croyances, les peurs et les espoirs des populations locales. Cet article explore quelques-unes de ces histoires fascinantes, en mettant en lumière leurs thèmes communs et leurs particularités régionales.
1. Les Créations et les Visions de la Famille Sans Nom
Michel Tremblay, figure emblématique de la littérature québécoise, explore dans ses Chroniques du Plateau Mont-Royal l'univers des contes et légendes à travers le prisme de la famille sans nom. Les personnages, en particulier Josaphat, réinventent les récits traditionnels pour exprimer leurs propres visions du monde.
1.1. Les Deux Chasse-Galeries de Josaphat
Dans La Maison suspendue, Josaphat, le patriarche, révèle à Gabriel la nature particulière de leur maison, qu'il prétend pouvoir faire voler sur les nuages jusqu'à Montréal. Pour ce faire, il improvise une version personnelle du conte de la chasse-galerie.
L'origine de l'expression remonte au Moyen Âge, en Poitou, avec un seigneur nommé Gallery, passionné de chasse. La "Chasse (de) Gallery" désignait alors une battue céleste et nocturne menée par ce seigneur et ses compagnons, condamnés par un ermite à chasser éternellement dans les nuages pour avoir manqué la messe.
En Nouvelle-France, les colons adaptent la légende. La chasse-galerie ne désigne plus une chasse sanglante, mais plutôt une bande de joyeux lurons chantant et pagayant avec vigueur dans leurs canots d'écorce à travers les airs. La chasse-galerie évoque tout déplacement défiant les lois spatio-temporelles, réalisé à une vitesse démesurée grâce à un véhicule volant et à des forces occultes. Souvent, les voyageurs font appel au diable, récitant une formule magique pour s'envoler. Pour revenir sains et saufs, ils doivent éviter de toucher les clochers d'église et de prononcer le nom de Dieu, sous peine de finir en enfer.
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La première partie du récit de Josaphat suit la trame du conte traditionnel : le violoniste invoque le diable et son canot pour se rendre à Montréal. Cependant, il introduit une variante en précisant que le canot, rempli de damnés, emporte également sa maison. Une autre modification survient lorsque Josaphat raconte que, le diable étant trop ivre pour les ramener, ils ont dû faire appel à leurs anges gardiens.
Cette intervention divine contredit une règle fondamentale du vol magique, qui interdit d'invoquer le nom de Dieu. Au-delà de ce renversement, certains commentaires de Josaphat attirent l'attention, car ils laissent transparaître une critique des rites catholiques en vigueur au début du siècle. En qualifiant les promesses faites aux anges de "niaiseries", il dénonce la réduction de la morale chrétienne à un ensemble de pratiques formelles dénuées de sens. Josaphat en vient presque à blasphémer en insinuant que les anges manquent de discernement quant à la sincérité de ses promesses.
Dans les contes surnaturels québécois de la fin du XIXe siècle, les personnages se jouent souvent du diable grâce à l'intervention divine, mais jamais ils ne ridiculisent les messagers de Dieu ou ne critiquent les commandements de l'Église. La "modernité" du discours de Josaphat, qui justifie sa faute et ironise sur l'institution catholique, reflète l'anticléricalisme et l'anticonformisme de Tremblay, partagés par les membres de sa famille autofictionnelle, à l'exception d'Albertine. Qu'ils soient incestueux, homosexuels ou qu'ils adhèrent à une religion personnelle, ils revendiquent le droit de vivre librement leur "péché" ou leur "hérésie".
Après le récit du conte, Josaphat annonce la vente de la maison à Victoire, qui le renie. Après ses adieux au lac, qu'elle renie également, elle demande à son frère d'invoquer le diable pour quitter Duhamel, un "amer détournement de la chasse-galerie". Ce double reniement explique la quasi-absence de Josaphat dans les Chroniques, qui relatent la vie des enfants de Victoire à Montréal en omettant les références au père et au lieu d'origine. Dans le cycle romanesque, Josaphat est toujours désigné comme l'oncle.
1.2. Le Récit à Marcel
Dans La Grosse Femme d'à côté est enceinte, Josaphat révèle à Marcel qu'il a le pouvoir d'allumer et d'éteindre la lune en jouant de la musique. Il raconte comment il a obtenu ce pouvoir après une rencontre nocturne avec huit chevaux tirant une lune ensanglantée.
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L'originalité du conte réside dans son imagerie lunaire renouvelée : la lune n'est plus une présence transcendante, mais une sphère lourde et opaque, "chose de feu et de sang" qu'enfante la terre. Le conte conduit au motif de la chasse-galerie : Josaphat voit un canot d'écorce avec huit hommes ramant dans le ciel en chantant.
Alors que le canot s'arrête au-dessus de lui, Josaphat reconnaît Teddy Bear Brown, "le seul Anglais qu'on avait jamais vu dans le village pis qui avait toujours prétendu être l'allumeur de lune". Teddy propose à Josaphat de lui transmettre sa charge, car il a failli à sa tâche, faisant souffrir les chevaux qui doivent extraire la lune des flancs de la montagne. Josaphat promet d'être fidèle à sa tâche et de permettre à la lune de naître en paix grâce à sa musique.
Alors que Marcel s'est endormi, Josaphat confie qu'il a choisi son petit-fils pour lui transmettre sa charge : "Pis quand j's'rai trop vieux, j'viendrai te voir, une bonne après-midi, pis j'te dirai : "Marcel, chus fatiqué." J'espère que tu vas comprendre pis que tu vas respecter la lune toute ta vie. Pas de chasse-galerie. Parce que la lune est la seule chose dans le monde dont tu peux être sûr."
Respecter la lune, c'est respecter le seul être qui représente la stabilité et le secours assuré. La lune incarne la Mère et le Rêve, "seconde vie" qui permet d'échapper à l'aliénation. Les personnages de Victoire et de sa belle-fille relèvent du symbolisme lunaire. Dans le récit de Josaphat, la lune représente à la fois l'enfant qu'on arrache à l'univers matriciel et la mère qu'on installe dans une position souveraine, prête à donner la vie.
1.3. Le Répertoire Dramatique et le Récit Sans Fin de la Duchesse de Langeais
Lorraine Camerlain voit en Édouard le fils spirituel de Josaphat, ayant hérité de ses potentialités artistiques. Édouard s'invente le personnage de la duchesse de Langeais, dont les compositions dramatiques et le récit sans fin possèdent une nature apocalyptique.
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Pour satisfaire ses clients, Édouard-la-duchesse se compose un répertoire de rôles qui la mettent en scène en tant que grande vedette internationale, incarnant des femmes illustres qui ont marqué l'histoire.
2. Contes et Légendes des Pyrénées
Les Pyrénées, avec leurs montagnes imposantes et leurs vallées profondes, sont également un terreau fertile pour les contes et légendes. Ces récits mettent souvent en scène des créatures fantastiques, des héros courageux et des événements miraculeux.
2.1. Jean de l'Ours
En Lavedan, les longues soirées d'hiver étaient animées par des histoires et légendes transmises oralement. Ces récits, basés sur l'Ancien Testament, les fées, les sorcières, le diable et les exploits de Charlemagne et de ses compagnons, étaient souvent pris pour des histoires vraies.
L'histoire de Jean de l'Ours raconte l'histoire d'une femme enlevée par un ours et donnant naissance à un enfant mi-homme, mi-ours. Jean, doté d'une force herculéenne, est d'abord rejeté par les humains, mais finit par devenir un héros en affrontant un monstre et en sauvant des princesses.
2.2. La Légende du Lac de Lourdes
Une légende raconte que Lourdes était autrefois une ville corrompue que Dieu décida de punir en la noyant sous les eaux d'un lac. Seules deux femmes pauvres furent épargnées pour leur gentillesse envers un mendiant qui s'avéra être Dieu déguisé. L'une des femmes, ayant désobéi à l'interdiction de se retourner, fut transformée en pierre, la Peyre Crabère, qui devint une pierre de fécondité.
2.3. Boly et le Diable
La légende de Boly raconte comment un Lourdais, avec l'aide d'une sorcière, vendit son âme au diable, mais réussit à le tromper en lui jetant de l'eau bénite au visage et en s'emparant du registre des damnés, sauvant ainsi de nombreux habitants de la damnation éternelle.
2.4. Mirat et la Vierge
La légende de Mirat raconte comment un chef sarrasin, Mirat, occupa la forteresse de Lourdes et résista aux assauts de Charlemagne. Un miracle se produisit lorsqu'un aigle apporta un poisson aux assiégés, prouvant qu'ils n'étaient pas à court de vivres. Mirat se convertit au christianisme et prit le nom de Lorus, donnant son nom à la ville de Lourdes.
2.5. La Grotte de Massabielle
Au début du XXe siècle, on prétendait que la grotte de Massabielle, où la Vierge Marie apparut à Bernadette Soubirous, était autrefois un temple dédié à Vénus, avec une pierre sacrificielle ou une sculpture d'un dieu.
3. De Pierre et d'Os: Une Légende Inuit Moderne
Le roman De pierre et d'os de Bérengère Cournut, bien que contemporain, s'inscrit dans la tradition des contes et légendes en explorant l'imaginaire inuit. L'histoire d'Uqsuralik, une jeune fille séparée de sa famille par la banquise, est un récit initiatique qui met en lumière la force de la nature, la quête identitaire et la spiritualité chamanique.
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