L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet qui a traversé les siècles, marqué par des luttes acharnées pour la reconnaissance des droits des femmes. Des pratiques clandestines et dangereuses du passé aux débats contemporains sur la constitutionnalisation de l'IVG, l'histoire est riche en événements marquants et en figures emblématiques. Cet article explore cette histoire complexe, en mettant en lumière les réalités de l'avortement clandestin, les avancées législatives et les défis persistants.
L'Avortement Clandestin : Une Réalité Tragique
Avant la légalisation de l'IVG, les femmes qui souhaitaient interrompre une grossesse se trouvaient confrontées à des situations désespérées et dangereuses. L'avortement clandestin était une pratique répandue, mais illégale et risquée.
Les Méthodes Dangereuses et Le Rôle des "Faiseuses d'Anges"
Les femmes, souvent sans ressources, recouraient à des méthodes artisanales et dangereuses pour avorter. L'utilisation d'objets tels que des aiguilles à tricoter, des baleines de parapluie ou d'autres ustensiles risqués était courante. Xavière Gauthier, chercheuse, a recensé une variété d'objets utilisés : aiguilles à tricoter, baleines de parapluie ou de corset, épingles à cheveux, bigoudis, scoubidous, tuyaux d’aquarium, piques, tuyaux de perfusion (achetés au marché noir), ciseaux, fourchettes, branches d’arbres, tiges de lierre ou persil, os de poulet, fil de fer, fil électrique, bout de bois, stylo Bic… Les conséquences étaient souvent dramatiques : septicémie, embolie gazeuse, infections, perforation de l'utérus…
Dans ce contexte, les "faiseuses d'anges" jouaient un rôle ambigu. Ces femmes, souvent issues de milieux modestes, pratiquaient des avortements illégaux, parfois de manière bénévole, puis contre rémunération. Marie-Louise Giraud, originaire de la Manche, est un exemple tragique. Elle fut guillotinée en 1943 pour avoir pratiqué des avortements clandestins pendant la Seconde Guerre mondiale. Son histoire illustre la sévérité de la répression à l'époque, où l'avortement était considéré comme un crime contre l'État.
La Loi de 1920 et Ses Conséquences
La loi de 1920, interdisant l'avortement et la contraception, a plongé de nombreuses femmes dans la clandestinité et la misère. Les femmes de classes aisées pouvaient se faire avorter à l'étranger, tandis que les plus démunies risquaient leur vie en recourant à des pratiques dangereuses. La loi de 1920 réprimait fermement cette pratique et toute personne condamnée pour cela risquait la peine de mort. En 1942, l’avortement est déclaré “Crime contre l’État”. Les femmes y ayant recouru ou l’ayant pratiqué seront condamnées à la peine de mort.
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Les statistiques de l'époque sont alarmantes : on estime qu'il y avait des centaines de milliers d'avortements clandestins chaque année, entraînant des milliers de décès par infection, embolie ou hémorragie.
La Lutte pour la Légalisation de l'IVG
La prise de conscience des dangers de l'avortement clandestin et l'évolution des mentalités ont conduit à une lutte acharnée pour la légalisation de l'IVG.
Les Mouvements Féministes et Les Figures Emblématiques
Les mouvements féministes ont joué un rôle essentiel dans la revendication du droit à l'avortement. Des personnalités comme Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi ont porté la voix des femmes et dénoncé les inégalités sociales liées à l'interdiction de l'IVG.
En 1971, le "Manifeste des 343", rédigé par Simone de Beauvoir, a marqué un tournant. 343 femmes ont déclaré avoir eu recours à l'avortement, bravant ainsi la loi et l'opinion publique. Ce manifeste a contribué à sensibiliser l'opinion et à ouvrir le débat sur la légalisation de l'IVG.
Le Procès de Bobigny : Un Événement Déclencheur
Le procès de Bobigny en 1972 a été un événement médiatique majeur. Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans, était jugée pour avoir avorté après un viol. Défendue par Gisèle Halimi, elle a été acquittée, marquant une victoire symbolique pour les partisans de la légalisation de l'IVG. En parallèle, les médecins du « Groupe information santé » découvrent la méthode Karman, qui permet de pratiquer des avortements moins traumatisants que le curetage traditionnel. Ils forment ainsi de nombreux soignants et non-soignants, qui réalisent des avortements illégaux à domicile.
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La Loi Veil : Une Avancée Historique
En 1975, la loi Veil, portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé, a dépénalisé l'avortement en France. Cette loi a constitué une avancée historique pour les droits des femmes, leur permettant de choisir librement d'interrompre une grossesse. La loi Veil de 1975 constitua bien une avancée indéniable, mais au prix de certains compromis insupportables. Au nom de quoi des parents devaient-ils donner leur accord à leur jeune fille pour interrompre sa grossesse quand d’évidence ils n’avaient pas été capables de l’informer sur la contraception et de lui permettre d’y accéder. Surtout au nom de quel droit sur l’enfant ? L’enfant n’appartient à personne !
La loi Veil a été le fruit de débats passionnés et de compromis difficiles. Elle a permis de sortir l'avortement de la clandestinité et de garantir aux femmes un accès à des soins médicaux sûrs et légaux.
Les Défis Persistants et La Nécessité de Protéger le Droit à l'IVG
Malgré les avancées législatives, le droit à l'IVG reste fragile et menacé. Des remises en question régulières et des inégalités d'accès persistent.
Les Inégalités d'Accès à l'IVG
L'accès à l'IVG n'est pas uniforme sur tout le territoire français. Certains départements sont dépourvus de centres pratiquant l'IVG, obligeant les femmes à se déplacer pour avorter. En été, les rendez-vous sont difficiles à obtenir, ce qui peut entraîner des dépassements de délai légal. Les solutions de proximité sont insuffisantes. Le gouvernement répond qu’en contrepartie l’IVG médicamenteuse auprès des médecins de ville a été développée. C’est vrai, mais les femmes ne sont pas toujours dans le délai à respecter », souligne le Dr Gaudry. Le Planning réclame que la possibilité donnée aux femmes de choisir la méthode (médicamenteuse ou par aspiration sous anesthésie) soit traduite dans la réalité.
Les Menaces et Les Remises en Question
Le droit à l'IVG est régulièrement menacé par des mouvements anti-avortement et des discours conservateurs. Des commandos anti-IVG tentent de perturber les interventions et de culpabiliser les patientes.
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La destruction de l'hôpital public et la fermeture de centres IVG constituent également une menace pour l'accès à l'avortement.
La Constitutionnalisation de l'IVG : Un Enjeu Majeur
Face à ces menaces, la constitutionnalisation de l'IVG est devenue un enjeu majeur. L'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution garantirait sa protection et empêcherait toute remise en question future.
Le 4 mars, les parlementaires vont inscrire l'IVG dans la Constitution. Cette décision historique témoigne de l'importance de protéger les droits des femmes et de garantir leur liberté de choisir.
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