Au Maroc, l'avortement est illégal, sauf si la vie de la mère est en danger. Cette interdiction conduit des milliers de femmes à recourir à des avortements clandestins chaque année, souvent dans des conditions dangereuses, avec des conséquences désastreuses pour leur santé et leur vie.

Criminalisation de l'avortement au Maroc

La législation marocaine est très stricte en matière d'avortement. L'article 449 du Code pénal punit d'un à cinq ans d'emprisonnement et d'une amende de 120 à 500 dirhams quiconque pratique ou tente de pratiquer un avortement sur une femme enceinte, qu'elle y ait consenti ou non. Si la mort de la femme en résulte, la peine est la réclusion de dix à vingt ans. La femme qui avorte encourt également une peine de six mois à deux ans de prison.

Cette criminalisation a des conséquences graves pour les femmes. Elle les pousse à se tourner vers des avortements clandestins, pratiqués par des personnes non qualifiées, dans des conditions insalubres et avec des méthodes dangereuses. Selon l'Association marocaine pour le planning familial (AMPF), 72 % des avortements clandestins au Maroc seraient à risque.

Les causes de l'avortement clandestin

Plusieurs facteurs expliquent le recours à l'avortement clandestin au Maroc :

  • L'interdiction légale de l'avortement : C'est la principale cause. Les femmes qui ne veulent pas mener leur grossesse à terme n'ont d'autre choix que de se tourner vers des avortements clandestins.
  • Le manque d'accès à la contraception : De nombreuses femmes n'ont pas accès à des moyens de contraception efficaces, ce qui augmente le risque de grossesses non désirées.
  • La stigmatisation sociale : Les femmes enceintes hors mariage sont souvent stigmatisées et rejetées par leur famille et leur communauté. Cela les pousse à cacher leur grossesse et à recourir à des avortements clandestins.
  • La pauvreté : Les femmes pauvres ont souvent du mal à accéder aux soins de santé, y compris aux services d'avortement légaux (dans les rares cas où ils sont autorisés). Elles sont donc plus susceptibles de recourir à des avortements clandestins, moins chers mais plus dangereux.

Les méthodes d'avortement clandestin

Les femmes qui recourent à l'avortement clandestin utilisent souvent des méthodes dangereuses, telles que :

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  • Les plantes abortives : Certaines femmes utilisent des plantes réputées abortives, comme le thym ou l'armoise. Ces plantes peuvent être toxiques et provoquer des complications graves.
  • Les médicaments détournés : Certaines femmes utilisent des médicaments détournés de leur usage initial, comme l'Artotec (un médicament contre l'arthrose) ou le Cytotec (un médicament contre les ulcères). Ces médicaments peuvent provoquer des hémorragies et des infections.
  • Les méthodes instrumentales : Certaines femmes insèrent des objets dans leur vagin pour provoquer une fausse couche. Ces méthodes sont très dangereuses et peuvent provoquer des blessures graves, des infections et même la mort.

Les conséquences de l'avortement clandestin

L'avortement clandestin peut avoir des conséquences graves pour la santé des femmes, telles que :

  • Les hémorragies : Les avortements clandestins sont souvent pratiqués dans des conditions insalubres, ce qui augmente le risque d'hémorragies.
  • Les infections : Les infections sont une autre complication fréquente des avortements clandestins. Elles peuvent provoquer de la fièvre, des douleurs abdominales et, dans les cas graves, une septicémie (infection généralisée).
  • Les perforations utérines : Les instruments utilisés lors des avortements clandestins peuvent perforer l'utérus, ce qui peut provoquer des hémorragies et des infections.
  • La stérilité : Les avortements clandestins peuvent endommager les organes reproducteurs de la femme et provoquer la stérilité.
  • La mort : Dans les cas les plus graves, l'avortement clandestin peut entraîner la mort de la femme. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les avortements non sécurisés sont la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde.

Outre les conséquences physiques, l'avortement clandestin peut également avoir des conséquences psychologiques importantes pour les femmes, telles que :

  • La culpabilité : Les femmes qui ont recours à l'avortement clandestin peuvent se sentir coupables et honteuses.
  • La dépression : L'avortement clandestin peut provoquer une dépression chez certaines femmes.
  • Le syndrome de stress post-traumatique : Les femmes qui ont vécu un avortement clandestin traumatisant peuvent développer un syndrome de stress post-traumatique.

Le débat sur la dépénalisation de l'avortement au Maroc

Au Maroc, le débat sur la dépénalisation de l'avortement est vif. Les associations féministes et les organisations de défense des droits de l'homme militent pour une réforme de la loi, afin de permettre aux femmes d'accéder à des avortements sûrs et légaux. Elles soulignent que la criminalisation de l'avortement ne fait que pousser les femmes à recourir à des avortements clandestins, avec des conséquences désastreuses pour leur santé et leur vie.

En 2015, le roi Mohammed VI avait ordonné un assouplissement des conditions d'avortement. Un projet de loi avait été adopté en Conseil du gouvernement le 9 juin 2016, mais son processus d'adoption a été bloqué au Parlement. Le projet de loi visait à élargir les « cas de force majeure » où l'avortement pouvait être pratiqué aux situations de viol, d'inceste, de malformations et de maladies incurables du fœtus.

Les opposants à la dépénalisation de l'avortement, principalement des groupes religieux conservateurs, estiment que l'avortement est un acte immoral et contraire aux principes de l'islam. Ils affirment que le fœtus a droit à la vie dès la conception et que l'avortement est un meurtre.

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