Isabelle Joschke, navigatrice franco-allemande, se prépare à affronter le Vendée Globe 2024, une épreuve qu'elle aborde avec une détermination renouvelée après une première participation en 2020. Son parcours est marqué par un engagement profond pour la mixité dans le monde de la voile.
Un Retour Motivé au Vendée Globe
Après une première participation remarquable en 2020, Isabelle Joschke s’apprête à relever le défi du Vendée Globe pour la seconde fois de sa carrière. Forte de quatre années de préparation, elle aborde cette édition avec un regard neuf. J’y retourne d’autant plus volontiers que je me suis posé toutes les bonnes questions et que je sais pourquoi je le fais, je sais que ça vaut le coup. J’ai l’impression d’avoir encore plus envie d’y aller qu’en 2020. Isabelle Joschke en est convaincue : elle est prête à affronter une nouvelle fois l'épreuve de l’Everest des mers. Consciente des défis qui l'attendent, elle sait qu'elle possède les ressources mentales et physiques pour aller jusqu'au bout. Pour elle, cette aventure est plus qu'une course, c'est un engagement total qu'elle est résolue à mener à bien.
Le 9 janvier 2021, Isabelle est contrainte à l’abandon à la suite d'une avarie sur sa quille : une décision lourde de conséquences et qui sonne la fin de son Vendée Globe. Elle se souvient : « Je ne pensais pas que le Vendée Globe allait être aussi difficile. J’avais lu pas mal de choses sur la course, des récits d’autres skippers. Mais dans la réalité, cette course fait mal : le froid, la fatigue, le stress, et surtout la déception de ne pas avoir atteint l’objectif que je m’étais fixé ». A son retour, Isabelle traverse des périodes d'intense fatigue, de doutes et de remise en question. Pourtant, au fil des mois, l'envie de repartir s'installe peu à peu, jusqu'à s'imposer pleinement dans l'esprit de la navigatrice : « Mon premier Vendée Globe m’a changée. Lors de l’édition 2020, je partais avec l’ambition de la découverte, je réalisais un rêve d’enfant. Beaucoup de choses ont changé. Je sais vers quoi je me dirige, ce qui n’était pas le cas il y a quatre ans. Je ne connaissais pas les mers du Sud, je ne savais pas ce que j’allais rencontrer, la longueur de ce parcours. Maintenant que je l’ai vécu, je sais que c’est dur. Je ne me fais pas d’illusion. Et j’y retourne. La décision d’y retourner n’a pas été facile. J’y retourne d’autant plus volontiers que je me suis posé toutes les bonnes questions et que je sais pourquoi je le fais, je sais que ça vaut le coup. J’ai l’impression d’avoir encore plus envie d’y aller qu’en 2020 », témoigne-t-elle.
Une Préparation Intensive et un Engagement Constant
Après quatre années de préparation intense aux côtés du team technique MACSF, Isabelle aborde ce nouveau tour du monde avec une détermination encore plus solide. Elle a travaillé sans relâche pour améliorer tous les aspects de sa préparation, trouvant le juste équilibre entre exigences physiques et mentales. Au fil des saisons, la skipper MACSF a perfectionné son style de navigation, avec le Vendée Globe comme horizon. En décrochant la 9ᵉ place lors de la Route du Rhum en 2022, puis sur la Transat Retour à la Base en 2023, Isabelle a prouvé qu’elle pouvait rivaliser avec les meilleurs, malgré une concurrence de plus en plus féroce, portée par des bateaux de dernière génération toujours plus performants.
À quelques semaines du départ de son deuxième Vendée Globe, la navigatrice redouble d’efforts pour peaufiner chaque détail. L’hiver se découpe en plusieurs parties. De janvier jusqu’à la mi-février, je me suis rendue tous les jours sur le chantier à Lorient pour faire le point avec l’équipe technique, débriefer ensemble sur la saison passée et suivre les modifications en cours sur le bateau. Ce début d’année m’a également permis de me mettre à jour sur le plan administratif (bilan comptable de fin d’année, point sur les factures et les notes de frais). En parallèle, j’ai démarré mon programme de récupération, avec une séance de Pilates par jour, la reprise de la course à pied et de la marche rapide, les baignades en eau de mer… Pour résumer, quand je ne suis pas en course, je suis soit en phase de préparation, soit en phase de récupération. Je profite également de cette période plus calme pour consacrer du temps à mon sponsor, la MACSF. Courant janvier, nous sommes partis à la rencontre du personnel soignant du CHU d’Amiens pour échanger sur des thématiques propres au monde du sport et de la santé. J’ai également pu partager un déjeuner avec les collaborateurs de l’agence MACSF de Rennes.
Lire aussi: L'histoire inspirante d'Isabelle Yacoubou
L'Association Horizon Mixité et l'Engagement pour l'Égalité
En parallèle, je poursuis mon engagement auprès de l’association Horizon Mixité, que nous avons fondée début 2013 et qui fête ses dix ans cette année ! Pour célébrer cet anniversaire, nous avons monté divers projets, notamment un partenariat avec la mission locale de Lorient et la Maison de quartier de Kervénanec dans le but de faciliter l’accès aux métiers de la mer et à l’environnement maritime aux jeunes femmes défavorisées.
Isabelle Joschke a cofondé l'association Horizon Mixité et se réjouit de participer "à faire bouger les choses autant que possible". "On fait naviguer des femmes en équipage féminin pour qu'elles puissent ensuite intégrer des équipages mixtes sans avoir le complexe du syndrome de l'imposteur, détaille-t-elle. Il y a également une grosse activité avec des scolaires, notamment sur le Vendée Globe.
La journaliste Martine Gauffeny et moi avons créé cette association en 2012. Je faisais de la course au large depuis plus de dix ans et, entre-temps, peu d’autres femmes étaient arrivées dans le milieu. Pourtant, il s’agit d’un sport mixte, donc ouvert aux femmes. Et même s’il est très physique - mon bateau fait 9 tonnes -, les femmes réussissent très bien, peu importe leur gabarit.Avec Horizon Mixité, nous voulions répondre à ces multiples contradictions. Nous avons rapidement compris que nous pouvions participer au changement, même modestement, pour qu’il se manifeste à l’échelle de la société.
Nous souhaitons faire naviguer des femmes en voile sportive et les amener jusqu’à la compétition. D’abord, en équipage féminin, pour qu’elles gagnent confiance en elles. Si elles sont entre femmes sur un bateau, elles vont apprendre à tous les postes. Une femme sans expérience qui embarque dans un équipage mixte, il y a très peu de chance qu’elle tienne la barre.Les participantes peuvent être des débutantes, ou des personnes qui ont pratiqué la voile, mais pas sportive. L’objectif est qu’à l’issue d’un cycle de navigation, elles aient davantage confiance pour embarquer en compétition au sein d’un équipage mixte. Grâce à cela, des équipages se forment et, surtout, nous constatons une demande croissante. À tel point que nous ne parvenons pas à y répondre ! Beaucoup plus de femmes que ce que nous pensions souhaitent faire de la compétition. Nous savons que les femmes aiment la voile, de plaisance ou de loisir, mais en voile sportive c’est beaucoup moins visible. Il y a une vraie demande, mais, lorsqu’elles sont interrogées, les femmes expliquent qu’elles n’osent pas naviguer parce qu’il s’agit d’un milieu d’hommes. Elles ne se sentent pas assez expérimentées et n’ont pas assez confiance en elles pour se lancer. Dans une optique plus large, des missions locales à Lorient font découvrir les métiers de la mer à des jeunes femmes à la recherche d’emploi. Nous travaillons également avec des établissements scolaires pour sensibiliser à la mixité.
La Maternité et le Défi de la Mixité dans la Voile
Ce qui se passe dans la voile n’est que le reflet de notre société. La situation de Clarisse montre que, quelles que soient les raisons qui ont conduit à cette décision, il est plus compliqué pour une femme de participer au Vendée Globe et d’avoir des enfants, ce qui n’est pas du tout le cas pour un homme. Dans notre société, les femmes n’ont clairement pas les mêmes droits que les hommes. Bien sûr qu’il y a des actions mises place pour favoriser la présence féminine dans notre sport, à l’instar de l’Ocean Race qui impose une certaine mixité, la Transat Paprec ou encore les Jeux Olympiques en Nacra 17 qui se courent en double mixte. Ces initiatives positives doivent être valorisées.
Lire aussi: Rugby : L'histoire d'Isabelle Ithurburu
Dans un milieu encore majoritairement masculin, il y a encore peu de place pour des questions spécifiquement féminines comme celle de la maternité. Clarisse Cremer, également au départ de ce Vendée Globe, est bien placée pour le savoir, après avoir été débarquée par son sponsor en février 2023, alors qu'elle venait de donner naissance à sa fille. "Si on veut prétendre à un sport mixte où on met en avant cette équité entre les hommes et les femmes en termes de moyens sur l'eau, il faut aussi prendre en compte les spécificités de chacun, et notamment la maternité. "C'est complexe car les années de pic de notre carrière coïncident avec celles pour avoir des enfants", explique Justine Mettraux qui elle-même n'a pas d'enfant. La navigtrice Sam Davies à bord d'un Imoca "Initiatives Cœur" tout neuf pour sa 4e particpation au Vendée Globe. "J'ai un fils de 13 ans aujourd'hui qui est né entre deux Vendée Globe", abonde Sam Davies. Aujourd'hui pour lui "c'est normal que sa maman fasse une course au large. Mais "c'est une logistique énorme pour la préparation de l'absence et pour partir sereine", souligne-t-elle. "Sur les six participantes, il y en a deux qui sont mamans d'un enfant et c'est déjà exceptionnel. Il y a quatre ans, il n'y en avait qu'une qui était maman d'un enfant", souligne Isabelle Joschke qui n'a pas non plus d'enfant et a "fait le choix de s'engager à fond dans ce métier". C'est "un métier au long cours qui demande des déplacements et des absences prolongées". En plus de 20 ans de navigation, elle a pu observer que "la plupart des femmes, soit n'avaient pas d'enfant, soit n'en avaient pas beaucoup. Parce que concrètement dans notre société, ce sont les femmes qui gèrent la famille et les contraintes familiales.
Edukit : Un Outil Pédagogique pour les Jeunes
Elaboré en coopération avec la MACSF, le sponsor du bateau, Edukit propose un contenu à la fois ludique, interactif et éducatif à destination des enfants de 6 à 10 ans et des familles. « Notre projet est d’expliquer aux plus jeunes de manière ludique comment se passe la vie à bord d’un bateau et de les intéresser au monde de la mer et de la voile par le biais d’expériences. Ce projet s’inscrit dans l’engagement d’Isabelle en faveur de la mixité que nous soutenons. C’est en en effet dès le plus jeune âge que l’on peut sensibiliser sur le fait qu’une femme peut faire une course telle que le Vendée Globe au même titre qu’un homme.
Parcours et Débuts d'Isabelle Joschke
Il faut bien situer Munich sur une carte pour comprendre à quel point mener une carrière dans la course au large n’avait rien d’évident pour Isabelle Joschke. Née dans la ville bavaroise d’un père allemand et d’une mère française, elle découvre la navigation à l’âge de 5 ans, en Optimist sur les lacs d’Autriche. Le vrai déclic survient une quinzaine d’années plus tard, à l’occasion d’un stage aux Glénans, puis d’un convoyage vers le Brésil. Après une maîtrise en lettre classique à la Sorbonne, elle devient skipper professionnelle. De 2008 à 2015, elle poursuit sa progression méthodique en s’engageant dans la classe Figaro, réputée pour son exigence et son haut niveau sportif. Elle monte en compétences et apprend beaucoup sur elle-même. Le rêve de Vendée Globe commence à germer et Isabelle voit ensuite le Class40 comme un dernier tremplin idéal. Rapidement, en 2017, elle prend la barre d’un IMOCA emblématique : l’ex-Safran de Marc Guillemot, premier bateau né d’une collaboration qui deviendra fructueuse entre Guillaume Verdier et le cabinet VPLP.
Une Force de Caractère Remarquable
En mer, la navigatrice franco-allemande est à la fois prudente et attentionnée au matériel, tout en affichant une détermination immense et une force de caractère remarquable. C’est justement cette force de caractère qui va marquer sa première participation au Vendée Globe, en 2020-2021. Alors qu’elle réalise une très jolie course et semble avoir fait le plus dur, elle est victime d’une avarie de quille, quelques jours après avoir franchi le cap Horn. Elle rejoint Salvador de Bahia et l’abandon est inéluctable. Après avoir effectué les réparations avec son équipe, elle trouve le courage de repartir en mer et c’est hors course qu’elle termine son premier tour du monde en solitaire, en 107 jours. La navigatrice, très engagée pour la mixité, décide de repartir pour une deuxième campagne Vendée Globe avec le même bateau, considérant que sa parfaite connaissance de cette monture sera un bel atout pour boucler le parcours.
Le Sexisme et la Place des Femmes dans la Voile
Au cours de votre carrière, avez-vous déjà été traitée différemment parce que vous êtes une femme ?Oui, avant même que je fasse de la course au large, dans les milieux de la croisière et du yachting. Une femme jeune et peu expérimentée dans le monde des skippers, c’est inenvisageable. Contrairement à un homme. J’ai fait du porte-à-porte pour rencontrer des propriétaires de bateaux et ils m’ont ri au nez. Je manquais d’expérience, mais j’ai vraiment senti que je n’étais pas du tout au bon endroit. À l’époque, je venais de passer mon brevet de skipper. Je cherchais du travail, j’ai effectué différentes missions jusqu’à de la maintenance sur des chantiers navals. J’ai aussi été embauchée pour faire du ménage, alors que j’étais skippeuse professionnelle ! Je travaillais sur un yacht, entourée d’une trentaine d’hommes. Les trois seules femmes employées s’occupaient du ménage ! Donc dès le début de ma carrière, j’ai été confrontée au sexisme. Je me suis positionnée en réaction face à cette situation. Cela m’a demandé beaucoup d’énergie, mais m’a donné la volonté de montrer que j’étais aussi compétente que des hommes. Je me suis beaucoup battue pour avoir ma place. Cela n’a pas été facile et, si je n’avais pas cette personnalité, cela aurait été impossible. Depuis vingt ans que je pratique de la course, aujourd’hui, mon combat est d’arriver à avoir du poids et à me valoriser à l’égale des hommes, sans en faire plus.
Lire aussi: L'ascension d'Isabelle Gélinas au cinéma
Dans notre société, nous sommes éduquées à ne pas marcher sur les plates-bandes des hommes, à ne pas oser beaucoup de choses. J’ai été sportive toute mon enfance, mais je n’ai jamais fait de compétition. Une fille qui veut faire de la compétition doit le demander, alors que, pour un garçon, c’est presque imposé. Nous, les femmes, quand nous nous retrouvons dans des milieux uniquement masculins, nous voulons prouver que cela vaut la peine que nous soyons là. C’est la voie la plus facile pour faire sa place et être acceptée.Pourtant, les résultats féminins dans les courses au large sont proportionnellement excellents par rapport à ceux des hommes. À l’arrivée de Retour à La Base1, nous étions cinq femmes, dont quatre dans le top 12. Pourquoi ? Parce que si elles ne sont pas sûres d’avoir les armes pour réussir, elles ne se lancent pas. Notre milieu est plus facile pour les hommes que pour les femmes, et ce dès l’entrée en compétition.
Inspirer les Générations Futures
Vous montrez par l’exemple que votre genre n’est pas un obstacle dans votre carrière. Avez-vous la volonté d’inspirer d’autres femmes à travers ces exploits personnels ? Oui, en effet. Je pense que toutes les femmes qui font carrière dans la voile doivent servir d’exemples, car nous ne sommes pas assez nombreuses. Quand j’étais jeune, je n’avais pas forcément de modèle féminin ; à l’époque, nous parlions de Florence Arthaud, mais c’est tout. C’est un réel manque pour donner envie de se lancer dans ces carrières.
Les Femmes dans l'Histoire du Vendée Globe
Parmi les 115 skippers ayant pris, un jour, le départ du Vendée Globe, 12 femmes. Vendée Globe 1996-1997 : Il aura fallu attendre la troisième édition pour voir deux femmes affronter l’Everest des mers : Catherine Chabaud (6e), première femme à terminer un tour du monde à la voile en course et sans escale, et Isabelle Autissier (abandon).Vendée Globe 2000-2001 : La course suivante, elles étaient également deux : Catherine Chabaud et Ellen MacArthur, 24 ans. Cette dernière s'est inscrit dans la mémoire en étant la première femme (et la seule pour l'instant) à monter sur le podium du Vendée Globe.Vendée Globe 2004-2005 : Quatre ans plus tard, Anne Liardet (11e) et Karen Leibovici (13e) bouclent leur tour du monde.Vendée Globe 2008-2009 : Samantha Davies (4e) et Denise Caffari (6e) réussissent à se hisser en haut du tableau lors de cette édition marquée par la victoire de Michel Desjoyeaux (déjà vainqueur en 2000-2001). Vendée Globe 2012-2013 : Sam Davies rempile pour une nouvelle édition mais est contrainte à l’abandon pour démâtage.Vendée Globe 2020-2021 : Six femmes prennent le départ du Vendée Globe : Alexia Barrier (24e), Clarisse Crémer (12e), Samantha Davies (arrivée hors course), Pip Hare (19e), Isabelle Joschke (arrivée hors course) et Miranda Merron (22e). Cette édition est marquée par le record féminin établi par Clarisse Crémer en 87j 2h 24min 25s.
tags: #isabelle #joschke #enfants #nombre
