Lors d’un accouchement, une attention particulière est accordée au nouveau-né afin de détecter et d’anticiper d’éventuelles complications. L’anoxie périnatale, ou manque d’oxygène à la naissance, en fait partie. Cette condition peut avoir des conséquences graves, allant de handicaps sévères au décès du nourrisson. Une prise en charge rapide et adaptée est donc essentielle pour minimiser les risques et améliorer le pronostic.

Définition et mécanismes de l'anoxie périnatale

L'anoxie cérébrale néonatale se caractérise par une privation ou une diminution de l'approvisionnement en oxygène du nouveau-né, touchant principalement le cerveau. Cette privation d'oxygène peut conduire à une encéphalopathie hypoxique-ischémique, entraînant des lésions neurologiques irréparables. L'asphyxie périnatale, soit le manque d'oxygène au moment de l'accouchement, concerne environ 1% des naissances.

Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'un manque d'oxygène chez le bébé, que ce soit pendant la grossesse ou lors de l'accouchement. Parmi ces causes, on retrouve :

  • Complications liées au cordon ombilical : prolapsus ombilical (le cordon sort du vagin avant l'enfant, réduisant l'apport en oxygène), nœuds dans le cordon ou enroulement autour du cou du fœtus.
  • Prématurité : immaturité pulmonaire entraînant des perturbations des échanges gazeux et une diminution de l'apport en oxygène aux organes, notamment le cerveau.
  • Accouchement difficile à terme : décollement placentaire, dystocie (blocage du bébé dans le bassin) ou prolapsus du cordon ombilical.
  • Rupture utérine
  • Anomalies du rythme cardiaque fœtal
  • Insuffisance placentaire
  • Obstruction des voies respiratoires du bébé in utero
  • Hypoxie fœtale : compromission de la santé du bébé et risque de lésions cérébrales irréversibles.

Diagnostic et évaluation de la gravité

La médecine a défini des critères stricts pour diagnostiquer l'anoxie cérébrale. Parmi les principaux symptômes, on retrouve l'apnée primaire (le nouveau-né devient bleu) et l'apnée secondaire (avec blocage de la musculature des centres respiratoires). L'équipe médicale doit être attentive à ces signes lors de l'accouchement et réagir rapidement par une réanimation cardio-pulmonaire.

Pour déterminer la gravité de l'encéphalopathie anoxo-ischémique, on utilise notamment le score de Sarnat, une échelle d'évaluation neurologique du nouveau-né. Le score de Thompson est également employé. L'équipe médicale évalue le niveau de conscience et d'activité, la posture, le tonus et les réflexes du bébé. Le pH sert à vérifier la présence d'acidose métabolique, conséquence du manque d'oxygène.

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Conséquences et séquelles de l'anoxie périnatale

Le manque d'oxygène peut affecter tous les systèmes de l'organisme du nouveau-né, mais l'atteinte neurologique est la plus évidente. Le nouveau-né peut être hypotonique et/ou avoir des difficultés à commencer à respirer correctement.

Les séquelles d'une anoxie cérébrale néonatale peuvent être graves et variées :

  • Retard du développement mental
  • Convulsions
  • Troubles moteurs : liés aux lésions cérébrales et à la nécrose de la substance grise corticale au niveau du cortex moteur.
  • Problèmes cardiaques
  • Atteinte rénale
  • Atteinte neurologique: Le manque d'oxygène peut affecter tous les systèmes, mais le plus évident est l'atteinte neurologique. Dans ce cas, le nouveau-né est hypotonique et/ou a des difficultés à commencer à respirer correctement.
  • Atteinte du système nerveux central (SNC): En cas d'atteinte du système nerveux central (SNC), ce dernier est particulièrement vulnérable en raison de sa faible capacité de régénération, les neurones ne pouvant pas se réparer et les séquelles pouvant être irréversibles.
  • Atteinte cardiaque: En plus de l'atteinte neurologique, le manque d'oxygène peut également affecter le cœur (avec une altération de la contractilité), les reins (avec une insuffisance rénale aiguë), le foie (avec une élévation des enzymes hépatiques), l'intestin (avec une intolérance digestive ou même une entérocolite nécrosante dans les cas graves), etc.

Dans certains cas, l'anoxie périnatale peut entraîner une paralysie cérébrale, un handicap moteur fréquent chez l'enfant. La paralysie cérébrale peut entraîner différents types de handicaps selon la gravité des lésions et leur situation dans le cerveau, affectant la mobilité, le développement musculaire, les sens (vue, ouïe), les fonctions intellectuelles et la parole.

Environ 700 enfants sont ainsi victimes, chaque année en France, d’une atteinte cérébrale due à ce manque d’oxygène (ou encéphalopathie anoxo-ischémique). Parmi ces enfants, 10 à 20 % développent une paralysie du cerveau.

Prise en charge et traitements

Une prise en charge rapide est essentielle, car la privation d’oxygène provoque une défaillance énergétique dans les cellules cérébrales, entraînant des lésions primaires et, potentiellement, une extension des dommages si l’intervention est tardive. En réanimant rapidement, il est possible de limiter les dégâts et de protéger les cellules cérébrales encore viables.

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Afin d’éviter toute invalidité ou décès causés par cette mauvaise alimentation du cerveau en oxygène, le nouveau-né doit être pris en charge dans une intervalle de quelques heures seulement.

Le traitement de l'anoxie périnatale vise à limiter les lésions cérébrales et à soutenir les fonctions vitales du nouveau-né. Parmi les traitements utilisés, on retrouve :

  • Réanimation cardio-pulmonaire : indispensable en cas d'apnée.
  • Hypothermie thérapeutique : consiste à refroidir le corps du bébé de manière contrôlée (température abaissée à 33,5 C°) pendant 72 heures pour réduire l'activité métabolique du cerveau et limiter les lésions. Après cette phase, la température du corps est de nouveau augmentée progressivement. Cette technique a fait ses preuves pour améliorer le pronostic neurologique des nouveau-nés ayant subi une anoxie.
  • Assistance respiratoire : pour assurer une oxygénation adéquate.
  • Nutrition par sonde : si le bébé a des difficultés à s'alimenter.
  • Incubateur : pour maintenir la température corporelle du bébé.

Après le réchauffement de l'enfant, des explorations neurologiques sont réalisées pour vérifier la présence ou non d'éventuelles lésions. Ces examens comprennent généralement un électroencéphalogramme (EEG) et une imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale, réalisés entre le 5ème et le 10ème jour après la naissance.

Suivi à long terme

Les enfants ayant subi une anoxie périnatale nécessitent un suivi médical régulier et prolongé, afin de dépister et de prendre en charge d'éventuelles séquelles. Ce suivi comprend généralement :

  • Examens neurologiques réguliers : pour évaluer le développement neurologique de l'enfant.
  • Suivi par un pédiatre : pour surveiller la croissance, l'alimentation, le sommeil et le transit.
  • Évaluation du développement psychomoteur : pour observer l'éveil, les interactions sociales, le comportement, la communication, le langage et la motricité.
  • Dépistage de la surdité : par oto-émissions provoquées (OEP) et potentiels évoqués auditifs automatisés (PEAa). Le dépistage à la naissance ne repère que les surdités importantes, il est donc important de rester vigilant et de surveiller l'apparition de surdités plus légères ou tardives.
  • Surveillance de la vue : pour détecter et prendre en charge précocement les troubles visuels.
  • Évaluations psychologiques et neuropsychologiques : pour dépister d'éventuelles difficultés d'apprentissage ou troubles du comportement. Une première rencontre avec un psychologue peut être proposée vers 2 ans, puis des évaluations standardisées sont réalisées en grande section de maternelle (5-6 ans) et en CE1 (7-8 ans).

En fonction des résultats de ces évaluations, des bilans complémentaires et des prises en charge spécifiques peuvent être proposés (kinésithérapie, psychomotricité, orthophonie, etc.).

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L'importance d'une prise en charge spécialisée

Face à l'urgence de l'anoxie périnatale, une organisation millimétrée et une collaboration étroite entre les différents professionnels de santé sont indispensables. Certaines maternités de niveau III, comme le CHU de Lille, ont mis en place des astreintes neurophysiologiques dédiées, assurant une prise en charge rapide et spécialisée des nouveau-nés à risque. Ces astreintes impliquent des infirmier(e)s volontaires et des médecins interprétateurs de neurophysiologie clinique, en coordination avec l'équipe de néonatologie.

Ce type d'organisation permet d'adapter et d'optimiser le parcours de soins, de sécuriser la prise en charge et de renforcer la collaboration entre les services de néonatologie, du SMUR pédiatrique, de neurophysiologie et de neuropédiatrie. La généralisation de ce mode de prise en charge paraît donc évidente, mais aujourd'hui en France, seulement quatre maternités de niveau III sont en mesure de gérer ce type d'astreinte.

Soutien aux familles

L’encéphalopathie néonatale et le transfert du bébé en réanimation néonatale pour sa prise en charge par une hypothermie thérapeutique sont des situations de survenue brutale et à fort potentiel traumatique pour les parents. Cet événement traumatique peut aussi parfois avoir des retentissements psychologiques à long terme pour la famille. Il est donc important que l’accompagnement soit adapté. Un entretien avec un psychologue du Service peut être proposé aux familles un an après la sortie de l’hôpital, permettant de revenir sur le vécu de l’hospitalisation et de détecter d’éventuelles difficultés psychologiques et/ou résidus traumatiques.

Pour les parents qui ont attendu et désiré l’enfant, un monde se brise. Il est donc essentiel de leur apporter un soutien psychologique et pratique adapté, en les informant sur les conséquences de l'anoxie, les traitements disponibles et les ressources existantes.

Les parents doivent parfois surmonter de nombreux obstacles pour faire reconnaître le handicap, ainsi que l’erreur médicale s’il y en a une et bénéficier d’une indemnisation ou d’une prise en charge au quotidien, tout au long de la vie de l’enfant. Pour surmonter les obstacles, il est essentiel de se faire assister par des professionnels.

Paralysie cérébrale : accompagnement et soutien

Envoludia est une association créée il y a 50 ans par des parents dont l’enfant est touché par la paralysie cérébrale (connue autrefois sous le nom d’infirmité motrice cérébrale). Elle est spécialisée dans l’accompagnement des personnes touchées par la paralysie cérébrale. Aujourd’hui, Envoludia œuvre pour l’inclusion et l’autonomie des bénéficiaires accompagnés par l’association. Pour cela, Envoludia a mis en place le projet global d’accompagnement (PGA). Il consiste à harmoniser les pratiques d’accompagnement et les soins au sein des établissements de l’association.

La formation des professionnels est une priorité pour l’association Envoludia. Aussi, elle concentre ses actions aux développements de nouvelles compétences d’accompagnement et de soin. Au sein de ses établissements, Envoludia propose à tous ses professionnels un parcours de formation interne. Tous peuvent ainsi développer ou mettre à jour leurs compétences sur les handicaps liés à la paralysie cérébrale. Depuis sa création, l’association continue de former les aidants dans l’accompagnement. Ces formations se déroulent sous forme de conférences et sont ouvertes aux parents, mais aussi aux professionnels. Ces conférences sont gratuites et abordent de nombreux thèmes et sujets, comme les approches thérapeutiques.

Recherche et perspectives d'avenir

Des chercheurs de l'Imperial College London travaillent actuellement sur un test sanguin de diagnostic capable de prédire une issue neurodéveloppementale défavorable dix-huit mois après ce type d'évènement. Ce test prototype recherche certains gènes liés à des problèmes neurologiques à long terme. Les scientifiques estiment même que des recherches plus poussées sur ces gènes pourraient fournir de nouvelles cibles pour traiter les lésions cérébrales avant qu'elles ne deviennent permanentes.

Les chercheurs s'intéressent notamment à l'un des traitements les plus utilisés pour traiter pour l'asphyxie : l’hypothermie, qui fait délibérément chuter la température du bébé pour prévenir le développement de lésions cérébrales.

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