La grossesse est une période de grande écoute de son corps pour la femme. Cependant, environ 25 % des femmes sont confrontées à une grossesse non évolutive au moins une fois dans leur vie, un phénomène souvent tu. Cet article vise à informer sur les causes, le diagnostic et les traitements possibles de la grossesse non évolutive, également appelée fausse couche spontanée.
Définition et types de grossesse non évolutive
Une grossesse non évolutive se définit comme une grossesse qui s'arrête prématurément, empêchant le développement d'un bébé viable. Plusieurs types de grossesses non évolutives existent :
- Œuf clair (grossesse anembryonnaire) : L'œuf se développe, mais sans embryon. La femme possède donc un sac ovulaire dépourvu d’embryon. L'arrêt du développement se produit avant même l'apparition de l'embryon.
- Mort embryonnaire : L'embryon est présent initialement, mais son cœur cesse de battre.
- Grossesse molaire : Il s'agit d'une anomalie du développement du placenta, appelée maladie trophoblastique gestationnelle.
- Grossesse extra-utérine (GEU) : L'œuf s'implante en dehors de la cavité utérine, le plus souvent dans les trompes de Fallope (96 à 98 % des cas), mais aussi parfois sur un ovaire ou le col de l'utérus. La grossesse extra-utérine peut provoquer une hémorragie massive et représente un risque pour la femme enceinte.
Causes des grossesses non évolutives
Les fausses couches sont le plus souvent dues soit à des anomalies génétiques de l’embryon, soit à des problèmes de santé de la mère. Dans environ 60 % des cas, et en particulier pendant le premier trimestre de la grossesse, les fausses couches sont dues à des anomalies de l’embryon qui empêchent son développement normal. Il peut s’agir d’anomalies au niveau des chromosomes (qui se sont mal répartis avant ou après la fécondation) ou d’anomalies du développement embryonnaire (par exemple, au niveau du cœur ou du système nerveux).
D'autres facteurs peuvent augmenter le risque de grossesse non évolutive :
- Anomalies utérines
- Infections maternelles : Certaines infections comme la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus peuvent augmenter le risque de fausse couche.
- Âge maternel avancé : Le risque de fausse couche augmente avec l'âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans.
- Facteurs liés au mode de vie : La consommation d'alcool ou de tabac durant la grossesse peut également augmenter le risque.
- Incompatibilité de rhésus sanguin : Une incompatibilité de rhésus entre la mère de rhésus négatif (O-, A-…) et le foetus de rhésus positif (O+,A+…) peut entraîner une fausse couche.
Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes, l'activité et les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche.
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Symptômes et diagnostic
Symptômes
Les symptômes d'une grossesse non évolutive peuvent varier, et dans certains cas, il peut n'y avoir aucun symptôme apparent.
Dans le cas d’un œuf clair, vous ressentez les symptômes de grossesse liés à l’hormone Béta- HCG, comme le dérèglement de votre humeur lors du 1er mois, ou les nausées.
Les signes suivants peuvent être présents :
- Saignements vaginaux : Tâches ou saignements plus abondants, de teinte rosée, rouge vif ou marron. Tout saignement en début de grossesse doit faire l’objet d’un suivi médical, et particulièrement si la fausse couche est incomplète.
- Crampes abdominales : Crampes semblables à celles des règles, tiraillements, gêne dans le bas-ventre ou les lombaires.
- Disparition des symptômes de grossesse : Des seins qui dégonflent d’un coup, ou des nausées qui s’apaisent.
- Retard des règles : L’implantation de l’embryon puis l’arrêt du développement entrainera une prolongation du cycle de quelques jours.
Dans le cas d'une fausse couche silencieuse, il est improbable que ce type de fausse couche spontanée provoque un saignement ou une douleur intense, parfois seuls des symptômes très légers font leur apparition. Dans un certain sens, le corps agit comme si la grossesse était encore en cours.
Diagnostic
Pour détecter une grossesse non évolutive, un examen par imagerie est nécessaire. Cet examen peut être effectué dès la 4ème semaine de grossesse, soit 6 semaines d’aménorrhée. Les critères posés pour un diagnostic ont été fondés dans le but d’éviter les erreurs de diagnostic.
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Le diagnostic repose principalement sur :
- Échographie endovaginale : Elle permet de visualiser le sac gestationnel et de vérifier la présence d'un embryon avec une activité cardiaque. Pour mettre en évidence l'arrêt d'une grossesse, le gynécologue doit procéder à une échographie endo-vaginale (la sonde est insérée dans le vagin de la patiente), plus précise qu'une échographie abdominale.
- Dosage de l'hormone hCG : Un taux de beta hCG positif (et parfois évolutif). Le taux de hCG peut augmenter normalement, du moins pendant un temps. Parfois, cette augmentation est plus lente ou irrégulière, ce qui peut éveiller un doute lors d’un suivi rapproché. Si vous faites un test de grossesse par prise de sang, et que le taux d’hormone Bêta-HCG est faible (<50 après un retard de règles de 5 jours), il peut alors s’agir d’une grossesse biochimique.
Il est important de consulter un médecin en cas de doute ou de symptômes évoquant une fausse couche.
Traitements
La prise en charge d'une grossesse non évolutive dépend du type de grossesse, de l'état de la patiente et de ses préférences.
Lorsque l'ensemble du contenu utérin est éliminé au cours de la fausse couche, elle est dite complète. Mais ce n'est pas toujours le cas : parfois, une partie du contenu utérin persiste, ou la fausse couche tarde à survenir. Lorsqu'une grossesse non évolutive n'a pas conduit à une fausse couche complète, une intervention est nécessaire pour éliminer les débris utérins et ainsi prévenir tout risque d'infection.
Les options de traitement incluent :
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- Attente vigilante : Dans certains cas, le corps peut expulser naturellement les tissus de la grossesse non évolutive. La gestion de la fausse couche silencieuse peut varier en fonction de la situation et des préférences de la femme. Dans de nombreux cas, si la grossesse n’évolue pas, le corps de la femme expulse naturellement le tissu fœtal quelques jours ou semaines après. Cette option est possible si la patiente est stable et ne présente pas de signes d'infection.
- Traitement médicamenteux : Le traitement repose sur l'administration d'un médicament à base de misoprostol (Cytotec®, Gymiso®), qui mime l'action des prostaglandines E1. Il provoque des contractions de l'utérus et favorise l'ouverture du col utérin. Parfois, un autre médicament, le mifépristone (Myfégine®), est administré 1 ou 2 jours avant le misoprostol, par voie orale. Il s'oppose à l'action d'une des hormones féminines, la progestérone et favorise l'ouverture du col de l'utérus. Il va vous prescrire un traitement médicamenteux au misoprostol. Cette molécule est la version synthétique de la prostaglandine E1.
- Traitement chirurgical (aspiration ou curetage) : Si le corps n’expulse pas naturellement tout le tissu fœtal, un curetage peut être fait. Il s’agit d’un procédé médical au cours duquel le col de l’utérus est dilaté et les tissus qui se trouvent dans l’utérus sont retirés. Le traitement chirurgical se déroule en ambulatoire (sur une journée, sans passer de nuit à l'hôpital). Au cours de l'intervention, le chirurgien va insérer une canule par l’intermédiaire de celui-ci pour aspirer le contenu utérin. Cette intervention peut être réalisée jusqu’à environ 22 semaines. Après vous avoir administré du misoprostol, une anesthésie générale est effectuée. Les protocoles sont très variables d’une équipe à l’autre.
Le traitement chirurgical est plus efficace que le traitement médicamenteux (de 94 à 98 % de succès pour le premier, contre 80 à 90 % pour le second), il limite les douleurs et saignements, mais nécessite une anesthésie générale.
Soutien psychologique
La perte de la grossesse peut provoquer une certaine angoisse. D’autant plus si la perte survient à un stade avancé de grossesse. Certaines femmes peuvent développer un syndrome dépressif. Un professionnel de santé peut vous aider à mieux traverser cette épreuve. La fausse couche silencieuse est, pour la femme et son partenaire, une expérience difficile du point de vue psychologique.
La survenue d’une fausse couche est un événement difficile à vivre pour la plupart des couples. Constat d’échec, sentiment de vide, déprime… autant de sentiments qui s’entremêlent, et toujours cette même peur de ne plus réussir à être enceinte ou de perdre à nouveau un bébé.
Il est essentiel de rechercher un soutien émotionnel auprès de son partenaire, de sa famille, d'amis ou de professionnels de la santé. Depuis janvier 2024, vous avez droit à un arrêt maladie sans jour de carence pour arrêt naturel de grossesse et un suivi psychologique remboursé (Mon parcours Psy). Si vous voulez offrir un cadeau après une fausse couche, optez pour des cadeaux de care : kinésiologie, naturopathie, massages, accompagnement au deuil périnatal du Club d’Après, produits de soins.
Grossesses futures
Si une fausse couche unique n’a aucune influence sur le succès des grossesses futures, l’existence de deux fausses couches successives (avec le même père) semble augmenter le risque d’en développer une nouvelle.
La notion selon laquelle on devrait attendre plusieurs mois avant de retenter une grossesse n’est plus systématiquement recommandée. Par ailleurs, le bilan médical (caryotype parental, anomalies utérines, troubles hormonaux, auto-immunité, etc.) n’est généralement envisagé qu’après trois fausses couches consécutives (on parle de fausses couches spontanées répétées).
Vous avez le projet d’une nouvelle grossesse à la suite de votre fausse couche. Il est recommandé de vous sentir prête physiquement et psychologiquement avant de reprendre une activité sexuelle et de retenter un projet bébé. Pour reprendre les rapports sexuels, votre médecin vous donnera son accord et/ou un délai qui lui semble approprié à votre cas. En règle générale, il est conseillé d’attendre 2 semaines après une fausse couche pour éviter les infections et pour favoriser la cicatrisation de l’utérus et du col. Ce délai permet de diminuer les complications après une fausse couche. Parfois il est conseillé de reprendre le projet bébé uniquement après le retour des règles post fausse couche (4-6 semaines).
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