L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes. En France, elle est autorisée jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée (SA). L'IVG médicamenteuse, une des méthodes utilisées, consiste à interrompre le développement de la grossesse par l'administration de deux médicaments : la mifépristone et le misoprostol. Bien que cette méthode soit généralement sûre et efficace, des échecs peuvent survenir, conduisant à une grossesse évolutive. Cet article vise à explorer les causes de ces échecs, leurs implications et les options de prise en charge.

Généralités sur l'IVG médicamenteuse

L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui peut être pratiquée jusqu'à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle est réalisée par un médecin ou une sage-femme dans un cabinet de ville, un centre de santé ou un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.

La méthode consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents :

  • Mifépristone (MYFEGINE): Interrompt le développement de la grossesse en bloquant l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse.
  • Misoprostol (GYMISO): Provoque des contractions utérines pour expulser l'œuf. La prise de misoprostol par voie vaginale est déconseillée par les laboratoires en raison du risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes.

Mécanisme d'action des médicaments

La mifépristone, à des doses de 3 à 10 mg/kg par voie orale, inhibe l'action de la progestérone endogène ou exogène chez différentes espèces animales (rat, souris, lapin et singe). Chez la femme, à des doses supérieures ou égales à 1 mg/kg, la mifépristone antagonise les effets endométriaux et myométriaux de la progestérone. Pendant la grossesse, elle sensibilise le myomètre aux contractions induites par les prostaglandines. Au cours du premier trimestre, elle permet la dilatation et l'ouverture du col utérin.

Après l'administration orale d'une dose unique de 600 mg, la mifépristone est rapidement absorbée. Dans le plasma, elle est liée à 98 % aux protéines plasmatiques : albumine et essentiellement alpha-1-glycoprotéine acide (AAG), la fixation étant saturable. La N-déméthylation et l'hydroxylation terminale de la chaîne 17-propynyle sont les voies métaboliques principales du métabolisme hépatique oxydatif. La cinétique est non linéaire. Après une phase de distribution, l'élimination est d'abord lente, la concentration diminuant de moitié entre 12 et 72 heures environ, puis plus rapide, pour aboutir à une demi-vie d'élimination de 18 heures. Les métabolites de la mifépristone sont principalement excrétés dans les fèces.

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Causes d'échec de l'IVG médicamenteuse

Malgré un taux de réussite élevé, l'IVG médicamenteuse peut échouer dans 2 à 5 % des cas, selon les chiffres du ministère de la Santé. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à cet échec :

  1. Âge gestationnel avancé: L'efficacité de l'IVG médicamenteuse diminue avec l'avancement de la grossesse. Au-delà de 7 semaines de grossesse (9 SA), le taux d'échec augmente.
  2. Mauvaise observance du protocole: Le non-respect des instructions concernant la prise des médicaments, notamment le moment et la voie d'administration du misoprostol, peut réduire l'efficacité du traitement.
  3. Interactions médicamenteuses: L'administration concomitante de certains médicaments, tels que la rifampicine (un inducteur du CYP3A4), peut diminuer l'efficacité de la mifépristone. À l'inverse, l'itraconazole, un inhibiteur du CYP3A4, augmente l'exposition à la mifépristone, mais cela n'est généralement pas cliniquement pertinent.
  4. Facteurs individuels: Certains antécédents médicaux, gynécologiques ou obstétricaux peuvent augmenter le risque d'échec. La multi-gestité (nombre de grossesses confirmées) est un facteur de risque significatif.
  5. Résistance aux médicaments: Dans de rares cas, l'organisme peut ne pas répondre aux médicaments utilisés, rendant l'IVG inefficace.
  6. Grossesse extra-utérine non diagnostiquée: La grossesse extra-utérine (GEU) est une contre-indication à l'IVG médicamenteuse. Si une GEU n'est pas détectée avant l'administration des médicaments, l'IVG échouera et la GEU continuera d'évoluer, présentant un risque pour la santé de la femme.
  7. Insuffisance hépatique: Une étude a montré que chez les femmes présentant une insuffisance hépatique modérée, l'exposition à la mifépristone et à ses métabolites est réduite, ce qui pourrait potentiellement affecter l'efficacité du médicament.

Diagnostic d'une grossesse évolutive après IVG médicamenteuse

Le contrôle de l'efficacité de l'IVG médicamenteuse est indispensable. Il permet de détecter les échecs et les complications éventuelles. Ce contrôle peut se faire par :

  • Échographie de contrôle: Permet de vérifier si l'expulsion a été complète et si l'utérus est vide.
  • Prise de sang pour dosage des hormones de grossesse (Bêta HCG): Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l'IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l'IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l'IVG, cela indique que l'avortement a fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial, la grossesse est évolutive et l'IVG par médicament n'a pas fonctionné.

Les symptômes suivants peuvent également suggérer un échec de l'IVG médicamenteuse :

  • Persistance des symptômes de grossesse (seins douloureux, nausées).
  • Absence de règles depuis l'intervention.
  • Fièvre, douleurs, frissons, vomissements persistants.

Prise en charge d'une grossesse évolutive après IVG médicamenteuse

En cas de confirmation d'une grossesse évolutive après une IVG médicamenteuse, plusieurs options peuvent être envisagées :

  1. IVG chirurgicale: Si le sac gestationnel persiste, le praticien propose une IVG chirurgicale par aspiration. Cette méthode est généralement très efficace et permet d'interrompre la grossesse en toute sécurité.
  2. Poursuite de la grossesse: Si la femme souhaite poursuivre la grossesse, elle doit être informée des risques potentiels pour le fœtus liés à l'exposition à la mifépristone et au misoprostol. Bien que les données soient limitées, de rares cas de malformations des extrémités des membres inférieurs (notamment, pied-bot) ont été rapportés suite à l'administration de mifépristone seule ou associée à des prostaglandines.

Effets secondaires et complications possibles de l'IVG médicamenteuse

Bien que l'IVG médicamenteuse soit une méthode sûre, elle peut entraîner des effets secondaires et des complications :

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  • Saignements: Des saignements, plus ou moins importants, peuvent survenir entre 30 minutes et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du misoprostol. Ces saignements peuvent durer de 10 à 20 jours et sont comparables ou plus abondants que les règles, avec des caillots.
  • Douleurs: Des douleurs, liées aux contractions utérines, peuvent être ressenties. Des antalgiques (anti-inflammatoires non stéroïdiens et antalgiques de niveau 2) sont prescrits systématiquement pour soulager la douleur.
  • Infection: Une infection peut survenir après l'IVG. Les symptômes d'infection peuvent inclure de la fièvre (à 38°C qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur.
  • Effets indésirables: D'autres effets indésirables peuvent survenir, tels que fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur. Si ces effets sont insoutenables et/ou persistent plus de 24 heures, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG.
  • Complications rares: Dans de rares cas, des complications graves peuvent survenir, telles que choc toxique ou choc septique (causés par Clostridium sordellii ou Escherichia coli), rupture utérine (dans l'interruption de grossesse du 2ème trimestre ou l'induction du travail en cas de mort fœtale au 3ème trimestre).

Contre-indications à l'IVG médicamenteuse

L'IVG médicamenteuse est contre-indiquée dans les situations suivantes :

  • Grossesse extra-utérine (GEU) connue ou suspectée.
  • Allergie à la mifépristone ou au misoprostol.
  • Insuffisance surrénale chronique.
  • Troubles de la coagulation.
  • Porphyrie.
  • Corticothérapie à long terme.

Impact psychologique de l'IVG

L'impact psychologique de l'IVG est variable et dépend de chaque femme. Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG. Si la femme ressent le besoin de partager ses sentiments et d'en parler, elle peut demander à être reçue en entretien individuel.

Contrairement à certaines idées reçues, l'IVG médicamenteuse n'entraîne pas de risque d'infertilité, n'a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n'en avaient pas avant.

Prévention des grossesses non désirées

La prévention des grossesses non désirées est essentielle pour réduire le nombre d'IVG. Il est important de développer l'information des femmes sur la contraception. Dans plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné (rupture de préservatif, oubli de pilule, etc.).

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