Avec une consommation en constante augmentation, le cannabis soulève des questions importantes concernant son utilisation pendant l'allaitement. Cet article, destiné aux professionnels de santé, vise à faire le point sur les données scientifiques actuelles afin de soutenir et d'accompagner au mieux les mères allaitantes qui s'interrogent sur ce sujet délicat.

Prévalence de la Consommation de Cannabis

Le cannabis est la drogue la plus consommée en France, avec environ 900 000 usagers quotidiens. Selon Santé publique France, près de la moitié des adultes (45 %) en ont déjà consommé. Des études révèlent que la consommation persiste pendant la grossesse et l'allaitement. Au Canada, où l'utilisation non-thérapeutique est légale depuis 2018, 2 à 5 % des femmes consomment du cannabis pendant la grossesse et 6 % pendant l'allaitement. Aux États-Unis, où la légalisation est variable selon les États, jusqu'à 11 % des femmes enceintes en consomment. Ces chiffres sont probablement sous-évalués en raison de la sous-déclaration. Les facteurs associés à cette consommation incluent le jeune âge, un niveau d'éducation et socio-économique bas, des problèmes de santé mentale (anxiété, dépression post-partum, idées d'auto-agression), le statut marital, l'origine ethnique, et la consommation concomitante d'alcool et de tabac.

Le Cannabis : Composition et Effets

Le cannabis est une plante utilisée pour ses propriétés psychoactives, et dans certains pays pour ses propriétés thérapeutiques. Elle est consommée sous forme fumée, inhalée ou par ingestion. Le principal composant psychoactif est le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Le THC est très lipophile et se stocke dans les tissus adipeux pour de longues périodes, potentiellement dans les seins de la mère allaitante. Après inhalation, le THC passe des poumons au plasma, puis dans les organes (foie, cerveau, etc.). Il se lie aux récepteurs CB1 et CB2 du système endocannabinoïde, qui régule la faim, l'anxiété, la douleur, l'apprentissage, la mémoire, la reproduction, le métabolisme et la croissance.

Transfert du THC dans le Lait Maternel et Effets sur le Nourrisson

Le THC est détectable dans le lait maternel entre 6 jours et 6 semaines après la prise, avec une demi-vie estimée à 20 jours. Baker et al. estiment que l'enfant ingère environ 2,5 % de la dose maternelle, avec un pic dans le lait environ 1 heure après l'inhalation par la mère. Après ingestion, le THC subit un effet de premier passage hépatique, où une grande partie est détruite dans le foie, et seule une petite partie (1%) atteint le reste du corps.

Effets Potentiels sur le Développement :

La consommation de cannabis pendant la grossesse ou l'allaitement pourrait affecter le développement cérébral, le comportement et la santé mentale de l'enfant. Des études suggèrent des difficultés potentielles en matière de mémoire, d'attention et de résolution de problèmes. Certaines études ont rapporté des déficits de la mémoire à court terme, des raisonnements verbaux et visuels ou abstraits, un impact sur les fonctions de résolution de problème et une hyperactivité chez les enfants exposés in utero. Deux études anciennes et limitées ont donné des résultats mitigés concernant le développement moteur et mental. De plus, il est possible que le cannabis affecte la relation d'attachement avec le bébé.

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Risques Associés à la Consommation de Cannabis Pendant la Grossesse :

La consommation de cannabis durant la grossesse est associée à un risque de diminution du poids de naissance. Certaines études mettent en évidence des complications telles que fausse couche, prématurité, retard de croissance intra-utérin ou transfert en unité néonatale. Un syndrome de sevrage peut être observé chez le nouveau-né, se manifestant par des sursauts, tremblements et difficultés à s'habituer à la lumière.

Recommandations et Points de Vue des Institutions

Il existe un manque de consensus et de littérature scientifique spécifique sur l'exposition aux drogues pendant l'allaitement, ce qui complique l'accompagnement des mères consommatrices. En France comme aux États-Unis, il est généralement conseillé de s'abstenir de consommer du cannabis pendant la grossesse et l'allaitement.

  • Académie Américaine de Pédiatrie : Contre-indique l'allaitement pour les mères consommatrices régulières.
  • Drogues Info Service (France) : Indique que « la consommation de drogue n’est pas une contre-indication à l’allaitement ».
  • Academy of Breastfeeding Medicine : Recommande de « peser très soigneusement les risques versus les bénéfices de l’allaitement chez les femmes qui utilisent de la marijuana de façon modérée ou régulière ».

Étude sur la Persistance du THC dans le Lait Maternel

Une étude de l'hôpital pour enfants du Colorado (USA) a examiné la durée de persistance du THC dans le lait maternel. Les résultats ont montré que le THC était excrété dans le lait maternel jusqu'à six semaines après l'accouchement chez les femmes ayant des antécédents de consommation prénatale de cannabis. La chercheuse Maya Bunik souligne l'importance de soutenir les nouvelles mamans pour encourager l'abstention du cannabis au début de la grossesse et du post-partum.

Le CBD (Cannabidiol)

Bien que le THC soit le composant le plus étudié, le cannabidiol (CBD) est également présent dans le cannabis. Le CBD a un effet psychoactif potentiel, de réduction de l’anxiété, de sédation ou de somnolence.

Conclusion

Face à la complexité de la situation et au manque de données définitives, il est crucial d'adopter une approche individualisée et nuancée. Il est essentiel d'envisager le rapport bénéfice de l’allaitement et risques liés à l’exposition au THC pour les personnes consommant régulièrement. Les professionnels de santé doivent s'informer des données scientifiques les plus récentes, évaluer les risques et les bénéfices de l'allaitement dans chaque situation, et soutenir les mères dans leurs choix, en tenant compte de leurs besoins et de leur contexte.

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Il est important de rappeler aux mères qu’en plus des effets indésirables possibles des cannabinoïdes via le lait maternel, la consommation de cannabis par le père peut également augmenter le risque de syndrome de mort inattendue du nourrisson chez les nourrissons allaités.

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