La fourbure est une affection fréquente et préoccupante chez les chevaux, caractérisée par une inflammation et une congestion du pied. Cette maladie, bien connue dans le monde équin, est la deuxième cause de mortalité chez les chevaux. Il s'agit d'une affection grave et très douloureuse qui empêche le cheval de rester debout, pouvant entraîner des complications fatales telles que des coliques. Un diagnostic précoce augmente considérablement les chances de guérison. Une prise en charge efficace nécessite la collaboration du vétérinaire, du maréchal-ferrant et du propriétaire pour mettre en place un traitement adapté et améliorer le bien-être du cheval.

La fourbure peut se manifester avec différents degrés de gravité, en fonction de son intensité et de sa durée. Bien que certains chevaux ne présentent aucun symptôme jusqu'à un stade terminal où une douleur intense survient, la plupart présentent des signes de douleur dès le début de l'affection. On distingue la fourbure aiguë, très intense et de courte durée, de la fourbure chronique, caractérisée par des lésions installées dans le temps.

Comprendre le pied du cheval

Pour mieux comprendre la fourbure, il est essentiel de connaître l'anatomie du pied du cheval. La corne constitue la partie extérieure du pied et, comme nos ongles, elle n'est ni sensible ni vascularisée. La podophylle, en revanche, est une chair sensible située plus en profondeur. Dans un pied sain, la troisième phalange est correctement alignée, parallèle au sol et à la paroi du sabot.

Les phases de la fourbure

La fourbure évolue en plusieurs phases :

  1. Phase pré-clinique : Cette phase fait suite à un événement déclencheur, souvent une hyperglycémie ou une décharge de toxines, et dure en moyenne 20 à 40 heures.
  2. Phase aiguë : Le premier mécanisme de la fourbure aiguë est l'inflammation du pied. Si cette inflammation est prise en charge rapidement et que la cause est éliminée, il peut ne pas y avoir de séquelles. Cependant, si l'inflammation est trop importante ou prolongée, le podophylle et le kéraphylle se désolidarisent. La troisième phalange n'est alors plus correctement maintenue et bascule vers le bas. Cette phase dure 3 à 6 semaines, pendant lesquelles un suivi radiographique est essentiel. La pointe de la troisième phalange peut descendre et basculer jusqu'à transpercer la sole.
  3. Phase chronique : La fourbure évolue ensuite vers sa forme chronique. Le basculement de la phalange se stabilise ou ralentit, le cheval conserve une démarche raide, mais la douleur est moins intense.

Causes de la fourbure

Plusieurs facteurs peuvent déclencher une fourbure :

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  • Alimentation inadaptée : L'ingestion brutale d'une trop grande quantité de glucides (pillage d'une réserve de grain, mise à l'herbe de printemps trop rapide) est une cause fréquente. Une alimentation trop riche, notamment un excès d'aliments sucrés comme le blé, peut également provoquer une fourbure. Au printemps, l'herbe très riche en sucres peut aussi être un facteur déclenchant. Les chevaux en surpoids sont particulièrement à risque. Il est difficile, voire impossible, de faire maigrir un animal vivant à l'herbe, même coupée à ras.
  • Libération de toxines : Une libération de toxines d'origine bactérienne dans le sang, consécutive à une pathologie grave déjà présente chez le cheval (pneumonie, colique, diarrhée, métrite), peut entraîner une fourbure.
  • Syndrome de Cushing : Cette maladie touche principalement les chevaux de plus de 15 ans et se caractérise par un excès de cortisol dans le sang.
  • Syndrome métabolique équin (SME) : Ce syndrome, qui se rapproche du diabète humain, se caractérise par une résistance à l'insuline, favorisant la fourbure par hyperglycémie. Il touche les chevaux de tous âges, principalement les poneys et les races rustiques (poneys, ânes, certains chevaux de race comme les Camargue, Lusitaniens…) ayant « génétiquement » tendance à prendre du poids avec peu de nourriture. Ces animaux deviennent obèses car ils ont accès à une quantité non limitée d’aliment, et présentent un taux anormalement élevé d’insuline dans le sang, ainsi qu’une résistance à l’insuline.
  • Fourbure d'appui : La fourbure peut survenir sur le membre opposé lors de boiterie prolongée (convalescence suite à une fracture ou une tendinite sévère), en raison d'une surcharge sur ce membre. Le risque est plus important s'il s'agit d'un antérieur. Enfin un cas particulier est représenté par la « fourbure d’appui » qui apparaît sur un pied soumis à un appui permanent en raison d’une affection douloureuse (fracture, infection articulaire) sur le membre opposé et donner la fausse impression que cette dernière est en voie d’amélioration: le cheval semble mieux poser sur son membre fracturé mais cela est en fait du à une douleur encore plus importante sur le pied opposé.
  • Autres causes: Un travail trop intense, l'absorption d'une quantité importante d'eau froide lorsque le cheval est en sueur, un traumatisme, un stress important ou encore des problèmes métaboliques peuvent également favoriser la fourbure. Cela peut être dû à une trop grande longueur de pince, d’un ferrage ou un parage inappropriés, d’un travail rapide ou prolongé sur un sol dur, d’une fracture, ou d’une infection articulaire/tendineuse, etc.

Symptômes de la fourbure

Un cheval atteint de fourbure présente généralement les symptômes suivants :

  • Douleur: Une douleur plus ou moins intense lorsqu'il se déplace, marchant "sur des œufs", doucement, les antérieurs en avant, les postérieurs sous lui (si les quatre pieds sont touchés). La région de la pince devient très douloureuse.
  • Posture: Difficulté à se déplacer, démarche raide. Afin de se soulager si les antérieurs sont atteints, le cheval porte son poids vers l'arrière et poste ses antérieurs vers l'avant. Si les quatre pieds sont touchés, il est souvent couché sur le flanc. Lorsque la fourbure devient chronique, en cas d’intervention tardive ou de persistance des causes, la position antalgique que prend le cheval (penché en arrière) et la bascule éventuelle de la 3e phalange conduisent à une modification des aplombs.
  • Chaleur et pouls : Les pieds sont chauds, les pouls digités (que l'on peut sentir en arrière des boulets) sont frappés.
  • Autres symptômes : Perte d'appétit, augmentation de la fréquence cardiaque, transpiration excessive.

En phase de fourbure aiguë les symptômes apparaissent brutalement et de façon souvent intense, et nécessitent un examen et des soins d’urgence par un vétérinaire.

Lorsque la fourbure devient chronique, le sabot s’allonge en pince avec une forme caractéristique recourbée vers le haut. La paroi se cercle (formation de reliefs et de sillons successifs et plus ou moins parallèles au bourrelet) faisant suite aux inflammations répétées.

Diagnostic de la fourbure

Le diagnostic est principalement clinique, c'est-à-dire basé sur l'observation des symptômes. Le vétérinaire procédera à un examen clinique approfondi, évaluera la démarche du cheval et effectuera un sondage du pied avec une pince exploratrice pour mettre en évidence la sensibilité.

La radiographie est un outil essentiel pour suivre l'évolution de la fourbure, en particulier chez les chevaux atteints de fourbure chronique. Elle permet de visualiser le basculement de la troisième phalange et de mettre en place une ferrure adaptée. Un phlébogramme, une radiographie qui permet d'observer la vascularisation du pied grâce à l'injection d'un produit de contraste, peut également être réalisé pour détecter une lésion vasculaire.

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Traitement de la fourbure

Le traitement de la fourbure vise à soulager la douleur, réduire l'inflammation, prévenir les complications et favoriser la guérison. Il repose sur plusieurs axes :

  • Traitement médical :
    • Anti-inflammatoires : Des anti-inflammatoires, comme la phénylbutasone ou la flunixine, sont administrés pour réduire l'inflammation et diminuer la douleur. Après la réalisation du diagnostic par un vétérinaire, des médicaments favorisant la circulation sanguine, comme l’aspirine, seront administrés.
    • Cryothérapie : La cryothérapie prolongée continue, qui consiste à appliquer du froid sur le pied et le paturon, permet de réduire l'inflammation, de favoriser la circulation sanguine et d'atténuer la douleur. Le cheval tolère généralement bien ce type de dispositif. La cryothérapie permet ainsi de limiter la fourbure chez le cheval et peut même constituer une technique de prévention.
  • Soins de maréchalerie : Le parage et la ferrure sont primordiaux pour soulager le cheval. Le maréchal-ferrant doit s'adapter au degré de gravité de la fourbure et peut utiliser différents types de fers (fers à l'envers, en cœur, en M, fers Napoléons, etc.) pour améliorer le confort du cheval. Pour les chevaux et surtout les poneys ou les ânes ne pouvant être ferrés, les chaussons ou hipposandales peuvent être une très bonne alternative à la ferrure. Une fois que la fourbure a pu être stabilisée et que des signes d’inconfort persistent, des soins de maréchalerie pourront être prodigués après un examen radiographique.
  • Gestion de l'alimentation : Il est essentiel de revoir l'alimentation du cheval et de limiter l'apport en glucides. Il est généralement recommandé de nourrir le cheval uniquement avec du foin pendant un certain temps. Si le cheval est atteint de fourbure chronique, il est important d'être très vigilant à son alimentation et de ne pas le laisser brouter durant des heures dans un pré d'herbe grasse. Si cela n'est pas possible, l'utilisation d'un panier peut limiter sa consommation. Des mélanges de céréales et de granulés conçus pour les chevaux atteints de fourbure peuvent également être utilisés. Il est important de lui donner du foin en quantité limitée et contrôlée : 1.25 à 1.5 % du poids de son corps par jour (4 kg de foin par jour pour un poney de 300 kg par exemple). Il ne faut rien donner d’autre à manger !
  • Repos : Le repos forcé est essentiel pour limiter les risques de bascule de l'os du pied. Il est important d'installer l'animal sur un sol souple. Limitez les déplacements pour votre cheval.

Prévention de la fourbure

La prévention de la fourbure repose principalement sur une gestion rigoureuse de l'alimentation et du mode de vie du cheval :

  • Alimentation équilibrée : Éviter les excès de glucides et favoriser les fibres végétales. Éviter le surpâturage, en particulier pour les chevaux prédisposés aux fourbures. Privilégier les sorties au paddock la nuit et le matin, lorsque la teneur en fructanes de l'herbe est moins importante.
  • Exercice régulier : Une activité physique régulière est importante pour maintenir un poids santé et favoriser une bonne circulation sanguine.
  • Surveillance du poids : Surveiller régulièrement le poids du cheval et adapter son alimentation en conséquence.
  • Soins des pieds : Un parage et un ferrage appropriés sont essentiels pour maintenir l'équilibre du pied et prévenir les problèmes de surcharge.
  • Détection précoce : Surveiller attentivement le comportement du cheval et consulter un vétérinaire dès l'apparition des premiers symptômes de fourbure.

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