L'expression « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » est une formule imagée et pleine de saveur, utilisée pour signifier qu'il ne faut pas abuser de la patience ou de la bonté de certaines personnes, ou les prendre pour des naïfs. Mais d'où vient cette expression et comment s'est-elle popularisée ? Cet article explore les origines possibles de l'expression, sa signification et son utilisation, ainsi que son lien avec le film éponyme de Michel Audiard.

Origines obscures et hypothèses multiples

L'origine exacte de l'expression reste incertaine, mais plusieurs hypothèses coexistent :

  • Vauvert et le Diable : Une des pistes les plus fréquemment évoquées renvoie à la localité de Vauvert. Plusieurs lieux en France portaient ce nom, souvent situés en dehors des grandes villes, notamment de Paris. Au Moyen Âge, se rendre à Vauvert depuis Paris représentait un long et pénible voyage, en raison des moyens de transport rudimentaires. L'expression pourrait donc signifier qu'il faut se lever tôt et se donner de la peine pour arriver à ses fins.

    • Le château de Vauvert, près de Paris, était réputé pour des actes blasphématoires, associant ainsi le lieu au diable. Saint Louis transforma cet endroit en couvent au XIIIe siècle.
    • La ville de Vauvert, en Camargue, étape importante sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, proposait des saynètes bibliques où le diable tenait un rôle central. L'expression initiale aurait été « aller au diable Vauvert ».
  • L'interprétation religieuse : L'expression fait référence aux "enfants du bon Dieu", c'est-à-dire les personnes innocentes et bien intentionnées. Les "canards sauvages" symbolisent quant à eux la méfiance et la difficulté à être approchés. L'expression met donc en garde contre le fait de considérer les personnes bonnes comme des proies faciles.

Signification et emploi de l'expression

L'expression « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » est utilisée pour :

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  • Mettre en garde contre l'abus de confiance : Elle sert à rappeler qu'il ne faut pas abuser de la gentillesse ou de la crédulité d'autrui.
  • Exprimer l'indignation : Elle peut être employée pour signaler qu'une personne est traitée injustement ou est sous-estimée.
  • Se défendre contre une tentative d'exploitation : Elle permet d'affirmer que l'on n'est pas dupe et que l'on ne se laissera pas manipuler.
  • Souligner une erreur de jugement : Comme l'expression "prendre des vessies pour des lanternes", elle peut servir à dénoncer une confusion ou une méprise grossière. L'expression "prendre des vessies pour des lanternes" signifie se tromper lourdement, commettre une erreur de jugement, être incapable de distinguer deux choses qui se ressemblent. Au Moyen-Âge, les vessies de porc séchées et remplies d’air pouvaient servir de lanternes rudimentaires. Confondre une vessie avec une véritable lanterne était donc signe de naïveté ou de stupidité.

Le film de Michel Audiard : une popularisation marquante

En 1968, Michel Audiard réalise son premier film en tant que réalisateur, et choisit de l'intituler Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Ce film, qui marque une étape importante dans la carrière d'Audiard, contribue largement à populariser l'expression.

Genèse et originalité du film

  • Un contexte de renouveau : Après une longue carrière de dialoguiste à succès, Audiard ressent le besoin d'une liberté totale et d'une reconnaissance en tant qu'auteur. Il se lance dans la réalisation avec l'ambition de maîtriser tous les aspects de son œuvre.
  • Une esthétique pop et inventive : Inspiré par Help! des Beatles, Audiard adopte une esthétique pop et colorée, avec une photographie audacieuse signée Georges Barsky. Le film s'ouvre sur un générique animé et utilise des incrustations d'images animées tout au long du récit.
  • Des audaces narratives : Audiard multiplie les idées originales : détournement de publicités, faux micro-trottoirs, parodie de comédies musicales, et surtout, il brise régulièrement le quatrième mur en demandant à ses acteurs de s'adresser directement à la caméra.
  • Des personnages mémorables : Le film révèle le talent de Marlène Jobert, offre un rôle formidable à Françoise Rosay, et met en valeur l'inénarrable Bernard Blier, acteur fétiche d'Audiard.

Synopsis du film

Fred l'Élégant réussit un coup de maître en dérobant un important butin. Cependant, sa petite amie Rita le trahit en informant Charles le Téméraire, qui s'empare de l'or sans lui laisser sa part.

Impact et réception

  • Un accueil initial mitigé : Lors de sa sortie en salles en septembre 1968, le film reçoit un accueil tiède du public.
  • Le coup de pouce de De Gaulle : Lors d'une conférence de presse, le Général de Gaulle cite le titre du film, offrant ainsi une publicité inattendue et massive.
  • Un succès populaire : La semaine suivante, les entrées triplent et le film rencontre un succès important, dépassant les deux millions de spectateurs.

L'héritage du film

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages est considéré comme l'un des films les plus inventifs d'Audiard, tant sur le plan visuel que narratif. Il reste un témoignage de l'esprit novateur du cinéaste et de sa capacité à créer des dialogues percutants et des situations cocasses.

Les dialogues savoureux

Les dialogues du film sont truffés de répliques mémorables, typiques du style Audiard. Même si l'argot est moins présent que dans d'autres de ses œuvres, le sens de la formule est toujours aussi efficace. Le film se présente comme un jeu cinématographique, sans prétention sociale ou politique, si ce n'est une légère moquerie envers les hippies, les gangsters en carton et l'art moderne.

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