L'accouchement est un moment charnière de la grossesse, marquant la rencontre tant attendue avec le nouveau-né. Si pour certaines femmes, la poussée représente un soulagement, pour d'autres, elle incarne l'étape la plus redoutée. Mais est-il toujours nécessaire, voire souhaitable, de pousser activement pour donner naissance à son enfant ? Cet article explore la notion de poussée, en distinguant la poussée réflexe de la poussée dirigée, et en examinant les facteurs qui influencent ce processus physiologique.

La Poussée Réflexe : Un Phénomène Naturel et Instinctif

La poussée réflexe, également connue sous le nom de réflexe de Ferguson, est un phénomène naturel et instinctif qui se manifeste lors de la phase finale de l'accouchement, lorsque le col est complètement dilaté et que le bébé est engagé dans le canal de naissance. À ce stade, le corps de la femme se met à pousser de manière involontaire, presque "tout seul". Ce phénomène illustre la capacité innée du corps à enfanter, un peu comme l'envie irrépressible d'uriner, de vomir ou d'éternuer.

En se laissant guider par cette force naturelle, sans chercher à la provoquer activement (comme c'est souvent le cas avec l'injonction "Poussez madame !"), le corps se met en marche de façon autonome et naturelle. Pour favoriser l'émergence de cette poussée réflexe, il est essentiel de respecter le rythme naturel du travail et de ne pas pousser avant que le bébé ne soit suffisamment descendu dans le canal de naissance. Pousser "dans le vide" peut s'avérer long et épuisant, et même inhiber le réflexe naturel.

Poussée Réflexe vs. Poussée Dirigée : Deux Approches Distinctes

Il est crucial de distinguer la poussée réflexe de la poussée dirigée. La poussée réflexe est un processus instinctif et involontaire, comparable à un éternuement, où le corps de la femme pousse naturellement et efficacement, sans intervention du mental. À l'inverse, la poussée dirigée est souvent initiée sur les conseils d'une sage-femme ou d'un gynécologue.

Pousser de manière volontaire peut entraîner une crispation des muscles. Or, pour que le bébé puisse sortir, le périnée doit s'ouvrir et se détendre. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe d'ailleurs la poussée dirigée comme une pratique fréquemment mal employée, soulignant qu'elle augmente le risque d'intervention instrumentale.

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Facteurs Favorisant la Poussée Spontanée

Le principal facteur favorisant la poussée spontanée est le temps. Contrairement à l'idée reçue selon laquelle il faut pousser dès que le col atteint une dilatation complète (10 centimètres), la poussée dirigée et précipitée n'est généralement pas recommandée. Si le réflexe de poussée spontanée ne se manifeste pas immédiatement, cela signifie souvent que le bébé n'est pas encore totalement descendu, "à la porte du périnée" de sa mère.

En fin de compte, le processus de la poussée spontanée est si puissant et instinctif qu'il ne requiert aucun contrôle conscient. Essayer de le contrôler, voire de le provoquer, est le meilleur moyen de perturber ce processus physiologique. Lorsque l'accouchement se déroule bien, la mère et l'enfant forment une équipe travaillant en harmonie. La meilleure approche consiste donc à ne pas intervenir et à permettre à cette synergie de se déployer naturellement.

Il arrive que l'intensité de la poussée réflexe surprenne la mère. Selon le Dr Michel Odent, "le déclenchement du réflexe d'éjection du fœtus est inhibé par tout ce qui réduit le degré d'intimité". En règle générale, les interventions médicales, telles que la péridurale, le déclenchement artificiel et l'usage d'ocytocine synthétique, semblent diminuer la force de ce réflexe naturel.

Préparation à l'Accouchement et Gestion de la Douleur

Pour que la grossesse se termine en beauté, il est préférable de se préparer à l'accouchement. Autrefois considéré comme un moment sacré, l'accouchement était un événement où la sagesse des femmes était au cœur de l'action. Les matrones de l'époque connaissaient souvent le fonctionnement du bassin féminin et les différentes étapes de l'accouchement : le travail, l'engagement et la délivrance. Les sages-femmes, matrones ou sorcières, selon l'époque et le territoire, s'adaptaient aussi bien à la femme qu'au mode de vie.

Heureusement, les chaînes se brisent, la parole se libère et le corps des femmes aussi. L'accouchement "physiologique" est donc en train de redevenir une sorte de norme, ou du moins un objectif pour de nombreuses femmes et soignants. Un accouchement qui respecte la physiologie sera moins traumatique, laissera moins de traces et pourra même se dérouler plus rapidement.

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Dans le cadre d'un accouchement physiologique, des techniques de relaxation et des exercices de respiration permettent d'atténuer la douleur. Il est également possible de prendre diverses positions, sur un gros ballon de gym ou dans une baignoire par exemple. La personne en travail peut aussi s'étirer le dos sur une chaise équipée d'une liane en tissu.

Accouchement Physiologique : Définition, Avantages et Inconvénients

L'accouchement physiologique, souvent appelé "accouchement naturel", décrit un accouchement dans un environnement non médicalisé et sous la surveillance de sages-femmes. La définition englobe plusieurs modalités d'accouchement. Dans certains cas, cela signifie un accouchement sans péridurale, mais la personne enceinte peut accepter un certain degré d'intervention médicale, comme le monitoring cardiaque du fœtus. D'autres personnes enceintes refusent les analgésiques et tous les instruments médicaux.

Le principal avantage est que la personne en travail peut bouger. La possibilité de changer de position permet d'atténuer la douleur. Marcher, prendre un bain chaud ou s'asseoir sur un ballon d'exercice est possible au cours d'un accouchement non médicalisé, ce qui n'est pas le cas en cas de péridurale ou de monitoring poussé. L'accouchement physiologique permet aussi de "pousser" plus efficacement, car la personne perçoit toutes les sensations et peut ainsi doser les phases de poussée plus facilement. Après un accouchement physiologique, il est possible de se lever de manière autonome plus tôt, ce qui favorise la récupération et peut contribuer à éviter la constipation.

Du côté des inconvénients, il y a évidemment la douleur non atténuée par les analgésiques, qu'il peut être difficile d'affronter sans aide. Chaque personne a un seuil de tolérance à la douleur différent. Il est toutefois toujours possible de demander une péridurale ou des analgésiques si la douleur devient trop intense. De plus, chaque accouchement, médicalisé ou physiologique, comporte un risque de complications. Il faut se préparer à l'éventualité d'une anesthésie générale et d'une césarienne en cas de chute du rythme cardiaque du bébé, d'hémorragie ou d'urgence. L'accouchement physiologique est réservé aux personnes ayant une grossesse à faible risque.

Préparation Spécifique à l'Accouchement Physiologique

Si vous souhaitez un accouchement physiologique, parlez-en à votre gynécologue-obstétricien dès le début de la grossesse. Il fera les examens nécessaires et s'assurera qu'il n'y a pas de contre-indications. Il faut ensuite trouver une sage-femme ayant suivi la formation requise. Si l'accouchement physiologique n'a pas lieu dans un établissement hospitalier, il doit se dérouler proche d'une maternité, afin de permettre un transfert rapide en cas de complication.

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La personne enceinte doit se plier à un suivi médical spécifique, notamment en ce qui concerne la gestion de la douleur. Dans les semaines précédant la date prévisionnelle d'accouchement, il est conseillé de s'entraîner aux techniques de gestion de la douleur sans médicament, en pratiquant les massages, la sophrologie, les exercices de relaxation et de respiration.

Déroulement Type d'un Accouchement Physiologique

Le travail commence spontanément et se déroule sans intervention médicale jusqu'à l'accouchement. Il n'est pas déclenché ou accéléré, sauf si cela devient nécessaire pour la santé de la mère ou du bébé. Quand le col est assez dilaté et que le bébé est suffisamment bas, la personne accouche par voie vaginale dans la position qui lui semble la plus confortable. L'accouchement peut avoir lieu dans une baignoire.

Comme pour tous les types d'accouchements, l'accouchement physiologique dure plus ou moins longtemps. Chaque femme et chaque bébé sont différents. Sans administration de médicaments pour accélérer le travail, il peut prendre plus de temps. L'intensité de la douleur varie également d'une personne à l'autre, ce qui souligne l'importance de l'entraînement aux techniques de gestion de la douleur. Après l'accouchement, l'allaitement peut commencer rapidement.

Le Rôle du Périnée et les Risques Liés à sa Préparation

Au contraire des autres mammifères, les humains sont bipèdes, ce qui pose un défi spécifique pour la grossesse. Chez les mammifères à quatre pattes, le périnée ne reçoit aucune pression. Il est vertical entre l'anus et les voies génitales, qui ne sont pas non plus soumises à des forces internes ou externes. Le périnée n'a donc qu'à s'ouvrir au moment opportun sous l'effet des mouvements du bébé, de la contraction réflexe de l'utérus et grâce au travail hormonal.

Chez les humains, le périnée est horizontal et reçoit tous les efforts de poussées (lorsque l'on ne sait pas pousser correctement). Il est tassé en fin de journée et subit des tensions gigantesques lors des mauvais efforts de poussées pendant la défécation ou pendant des séances sportives. Il est donc important de veiller sur lui tout au long de la grossesse.

Il est déconseillé de commencer à étirer un périnée des mois à l'avance pour le "préparer". Certaines pratiques à la mode, comme l'utilisation de machines censées protéger de l'épisiotomie, peuvent s'avérer contre-productives. L'épisiotomie est certes trop pratiquée en France, mais cela est souvent dû au manque de personnel hospitalier, aux plannings trop serrés et au manque de formation des soignants à la physiologie.

Pendant la grossesse, le périnée a pour vocation ultime de rester le plus fermé possible. Si nous l'étirons via des massages ou des ballonnets de torture, nous risquons une menace d'accouchement précoce et donc l'alitement, ou bien nous risquons d'abîmer les fibres musculaires et de les rendre moins réceptives à ce que la physiologie leur demande de faire au moment fatidique. Le risque est donc de ne plus pouvoir pousser correctement et dans l'axe, et donc de risquer… une épisiotomie !

Par ailleurs, le périnée est un muscle qui réagit de manière réflexe à l'étirement, en se contractant. Aussi, lorsque vous faites un stretching forcé d'un muscle n'ayant aucune envie de se laisser détendre pour rien, il se recontacte. Le bassin s'accommode déjà de lui-même pour pouvoir effectuer sa chorégraphie au moment opportun.

Le Rôle des Hormones et la Chorégraphie du Bassin

La crainte de la déchirure est normale, mais Dame Nature a tout prévu. Tout au long de la grossesse, des hormones de laxité sont sécrétées (la relaxine en particulier), les ligaments se détendent. Puis, des hormones préparent les muscles au grand écart, votre cerveau est dopé de toutes parts pour effectuer un marathon incroyable sans fausse note et sans dérapage. Il faut juste se laisser guider et pour cela, il faut connaître le mode d'emploi.

Quand bébé n'a plus de place, il commence à s'agacer et tape dans le muscle utérin. Ce muscle commence à lui répondre aussi en se contractant. Chaque fois que bébé bouge, par réflexe, l'utérus se contracte. Si les contractions se rapprochent de plus en plus, alors c'est le signal d'alarme pour le cerveau. Les glandes se mettent en branle-bas de combat et lancent des cargaisons d'hormones, dont de l'ocytocine. Cette attaque hormonale délivrera le message au périnée qu'il est temps de se relâcher et de s'ouvrir pour laisser passer ce qu'il protégeait depuis tant de mois.

Une fois que le périnée commence à se détendre légèrement, bébé descend d'un étage. Il était dans votre ventre : il va s'engager dans votre bassin. Votre bassin se conduit comme une fleur dont les pétales s'ouvriraient. Bébé descend dans une enceinte fermée en bas. Il y restera peu de temps. À ce moment-là, le bassin change de sens pour le pousser vers la sortie. Les ailes iliaques vont se refermer en haut, le haut du sacrum rentre en dedans, le coccyx se pousse loin en arrière, les ischions s'écartent au maximum. La fleur éclot dans l'autre sens. Bébé a toute la place pour passer ce détroit inférieur. Et c'est le moment de la délivrance.

Il faut connaître la chorégraphie et apprendre à la ressentir. Pas de panique, les nouvelles péridurales permettent de sentir ce qui se passe, sans douleur, ou avec moins de douleurs. Lors du début du travail, pendant les contractions de l'utérus, il est important de respirer. Les muscles ont besoin d'oxygène pour ne pas tétaniser. Donc, l'important pour cette phase, c'est la respiration, dans n'importe quelle position. Assise, debout, sur le côté, à 4 pattes. Soufflez. Sans saccade. Essayez de compter vos inspirations et vos expirations et tentez d'avoir les mêmes chiffres à l'inspiration qu'à l'expiration.

Quand bébé commence à descendre, bougez votre bassin. Montez des escaliers. Bougez le bassin sur un ballon. Faites du Hoola-Hoop. Dansez la salsa. Faites un cours de Zumba. Une fois descendu dans le dernier détroit, il est temps de faire le plus de place possible pour qu'il passe entre vos ischions. Prenez alors la position qui ressemblerait le plus à une position que vous pourriez prendre si vous deviez aller à la selle. Mettez-vous à 4 pattes, ou sur le côté avec une jambe très relevée, ou ramenez presque les genoux à la poitrine. Faites-vous aider par la sage-femme ou votre conjoint.e. Sentez-le. N'hésitez jamais à en parler à vos praticiens.

Le Film "Faut Pas Pousser" de Nina Narre : Une Réflexion Nécessaire

Le film "Faut Pas Pousser" de Nina Narre (2021) offre une réflexion pertinente sur la médicalisation de l'accouchement en France. L'affiche du film, représentant une femme allongée sur le dos, jambes écartées, avec un professionnel de santé s'apprêtant à intervenir, illustre une réalité souvent vécue par les femmes lors de leur premier accouchement en maternité.

Le film aborde les protocoles, les interdictions, la surveillance omniprésente tout au long de la grossesse et de l'accouchement. Il questionne la vision selon laquelle une femme ne peut pas accoucher seule et a besoin de quelqu'un pour "l'accoucher". Nina Narre contrebalance cette vision en interviewant des personnes engagées pour l'accouchement physiologique, comme Michel Odent, qui a contribué à remettre la femme au centre de son accouchement.

Le film montre des exemples d'accouchement à domicile, entouré d'une sage-femme et de son conjoint, et met en lumière des maternités engagées dans lesquelles les femmes peuvent choisir d'accoucher sans péridurale, en étant accompagnées pour cela. Bien que les doulas ne soient pas mentionnées dans le film, elles jouent un rôle important dans l'accompagnement des familles qui souhaitent reprendre leur pouvoir sur la naissance de leur enfant.

"Faut Pas Pousser" est un outil exceptionnel de compréhension de ce qui se joue dans les maternités et contribue à ouvrir les mentalités sur une autre vision de l'accouchement, celle où la femme accouche et où le soignant est une garantie que cela se passe bien, en confiance de ce qui se déroule.

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