La fausse route est un événement potentiellement alarmant, surtout chez les nourrissons et les jeunes enfants. Elle survient lorsqu'un aliment, un liquide, ou un objet se dirige accidentellement vers les voies respiratoires (trachée) au lieu de l'œsophage. Cet article vise à explorer en profondeur les causes, les conséquences, et les mesures à prendre en cas de fausse route liée à l'alimentation au biberon, en offrant des conseils pratiques pour les parents.
Qu'est-ce qu'une Fausse Route ?
La fausse route désigne le passage anormal d’un aliment ou d’un objet dans les voies respiratoires. Normalement, nous avons deux conduits séparés : l’œsophage pour l’alimentation et la trachée pour la respiration. Une fausse route se produit lorsqu'un corps étranger emprunte le "mauvais" chemin, c'est-à-dire la trachée.
Causes de la Fausse Route chez le Bébé lors de l'Alimentation au Biberon
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une fausse route chez le bébé pendant l'alimentation au biberon :
- Position inadéquate: Chez le bébé, les difficultés de déglutition du lait peuvent être dues à un biberon ou à un sein donnés en position trop horizontale. La position allongée limite aussi la mobilité de la bouche. Cela gêne le mouvement de l’épiglotte qui ne peut plus protéger les voies respiratoires, augmentant le risque de passage de lait vers les poumons. Chez le bébé ou chez l’enfant plus grand, il faut éviter toutes les positions de tête vers l’arrière ou sur les côtés.
- Débit de la tétine: Une tétine percée ou à gros débit entraîne une arrivée trop rapide du lait. Le bébé n’arrive pas à déglutir assez vite.
- Immaturité du bébé: Parfois ces difficultés sont liées à une immaturité du bébé qui a une succion peu efficace. Les mécanismes de déglutition sont encore peu synchronisés. C’est le cas chez certains bébés, nés prématurés ou dans d’autres situations médicales (maladies neurologiques, malformations digestives).
- Troubles de la déglutition: Il est possible qu’un des mécanismes de la déglutition soit perturbé, entraînant un passage d’aliments dans les voies respiratoires.
- Reflux gastro-œsophagien (RGO): Le RGO est une remontée du contenu de l’estomac qui est souvent très acide. Le RGO est dit physiologique, c’est à dire normal avant l’âge de 1 an. La toux peut être un des signes d’inconfort digestif. Cette toux arrive en milieu de repas, lorsque le bol alimentaire commence à être digéré. Elle peut aussi exister à distance des repas et particulièrement la nuit lorsque l’enfant est en position horizontale. Le contenu de l’estomac remonte alors plus facilement vers les voies respiratoires ce qui entraîne une toux ou une envie de boire répétée.
- Hypersensibilité orale: Si l’enfant a une sensibilité importante dans sa bouche (hypersensibilité), il peut réagir de différentes manières. La toux peut être un signe de réaction face à un changement de texture.
- Immaturité de la motricité de la bouche: Si l’enfant présente une immaturité de la motricité de sa bouche, il peut parfois avaler “tout rond” ou aspirer certains aliments. Il avale alors que le bol alimentaire n’est pas prêt et mal mastiqué, ce qui peut entraîner une toux.
Comment Reconnaître une Fausse Route ?
Votre enfant était tranquillement en train de jouer, lorsqu’il se met soudainement à tousser de façon brutale ? une toux subite, c’est-à-dire une toux qui survient brutalement, en dehors de toute pathologie de type rhume, bronchite, etc. L’enfant manifeste alors une gêne respiratoire, il manque d’air, devient rouge et tousse. Il tente de reprendre une respiration qui est devenue anarchique au moment de la fausse route. En cas de fausse route, l’enfant est en difficulté respiratoire car les aliments viennent boucher les voies aériennes. La toux peut alors être un signe parmi d’autres. Des mouvements anormaux de la cage thoracique peuvent être présents. C’est ce qu’on appelle le tirage. C’est un signe d’augmentation importante du travail respiratoire. En cas de fausse route franche, un arrêt total de la respiration peut être noté, entraînant la nécessité d’une intervention rapide. Dans d’autres cas, les fausses routes sont dites “silencieuses” car l’enfant ne s’arrête pas de respirer ou ne tousse pas.
Gestes de Premiers Secours en Cas de Fausse Route
En cas de fausse route, il faut agir très rapidement. Lorsque le bébé ou l’enfant tousse de façon efficace, le médecin recommande de l’encourager à tousser le plus fort possible et d’observer si le réflexe de toux permet de dégager les voies respiratoires.
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- Bébé de moins d’un an: si l’enfant est âgé de moins d’un an, retournez-le (en lui maintenant la tête et le cou) et effectuez 5 compressions thoraciques rapides. si l’asphyxie persiste, réalisez 5 compressions thoraciques : retournez le nourrisson sur le dos et placez-le sur votre bras en appui sur votre cuisse, tête un peu plus basse que le corps. Soutenez-lui la tête avec votre main et comprimez le thorax avec deux doigts, au niveau du sternum.
- Enfant de plus d’un an: « La manœuvre de Heimlich doit être réalisée uniquement chez l’enfant âgé de plus d’un an. Il faut joindre le poing enveloppé de l’autre main au niveau de la cage thoracique de l’enfant, en le ceinturant par l’arrière. Il faut ensuite remonter brusquement le poing vers l’arrière pour créer une pression abdominale et donc un effort expiratoire brusque. L’objectif est toujours le même : tenter de faire recracher l’objet ou le morceau d’aliment bloqué, l’enfant gardant la bouche ouverte. » En-dessous de cet âge, les compressions abdominales peuvent être dangereuses. Il existe en effet un risque de lésions hépatiques, liées au débord du foie.
« Il est essentiel de poursuivre ces manœuvres jusqu’à expulsion du corps étranger. Ensuite, il est important de vérifier si l’enfant respire spontanément ou non.
Si malheureusement, les gestes de première intention précités ne suffisent pas, et que vous vous êtes assurés qu’il ne produisait plus de bruit, ne pouvait plus tousser, ni même respirer, il faut alors prendre l’enfant, le mettre à plat ventre et lui donner des tapes ou des claques dans le dos, entre les omoplates, avec la paume de la main. Il faut que la tête soit tournée vers le bas, plus basse que le thorax. « Cela peut s’appliquer pour des enfants jusqu’à 3 ans au moins » précise le pédiatre.
Surveillance Post-Fausse Route
Une fois l’épisode de fausse route terminé, continuez à surveiller la respiration de votre enfant. Si, au cours des jours qui suivent, celui-ci se met à tousser ou fait une poussée de fièvre, il faut consulter son médecin. « Enfin, il est également possible que l’on soit obligé d’extraire le corps étranger, si celui-ci est descendu dans l’une des deux bronches », conclut le Dr Chabernaud. Précision importante du pédiatre : si l’enfant s’est étouffé avec quelque chose de friable par exemple, une partie pouvant être passée dans les voies aériennes, il faut rester vigilant et amener l’enfant en consultation au moindre doute.
Prévention des Fausses Routes lors de l'Alimentation au Biberon
Pour éviter ce genre d’accident domestique, il est important de respecter plusieurs règles.
- Positionnement correct: Chez le bébé, la prise du biberon ou du sein se fera en position semi assise si la déglutition est fragile.
- Environnement calme: Un environnement calme est préconisé pour permettre au bébé d’être détendu et de ne pas regarder autour de lui pendant la prise alimentaire.
- Tétine adaptée: Le débit de la tétine sera revu si nécessaire.
- Attention à l'alimentation autonome : « Attention tout d’abord à ne pas laisser un enfant jouer seul avec de la nourriture.
- Attention aux objets : De la même manière, attention aux petites pièces de jouet du grand frère ou de la grande sœur, aux petits objets dans le salon. C’est souvent lors d’un moment d’inattention que cela se produit », insiste le spécialiste.
- Éviter les distractions: Chez l’enfant plus grand, on évitera que le regard soit attiré vers le haut ou sur les côtés (télévision) pour aider la déglutition.
- Adapter la taille des morceaux: La mastication est acquise à partir de 2 ans mais comme indiqué précédemment, la motricité de la bouche de l’enfant est optimale vers 7 ans. On propose donc des petits morceaux faciles à mastiquer. Le bol alimentaire sera ainsi plus simple à avaler.
- Proposer une alimentation variée: Si la toux semble être reliée à une cause sensorielle de changement de texture, il ne faut pas arrêter de proposer les aliments. L’objectif est de permettre à la bouche de l’enfant de s’habituer.
- Consulter un professionnel de santé: Si la toux est fréquente et que cela inquiète l’entourage, il est possible d’aller voir une consultante en lactation en cas d’allaitement maternel. Dans tous les autres cas, le médecin traitant peut être consulté. Il jugera de la nécessité d’orienter vers un orthophoniste afin d’évaluer la situation du repas et notamment la déglutition. L’orthophoniste pourra déterminer si la toux est reliée à un trouble de la motricité de la bouche, de la déglutition (dysphagie) ou plutôt à une hypersensibilité orale.
Comprendre la Déglutition : Un Processus Complexe
Pour avaler, notre bouche et notre gorge doivent enchaîner plusieurs petits mouvements complexes afin d’emmener les aliments jusqu’à l’estomac. C’est la déglutition. Les mouvements de la déglutition commencent à apparaître vers 12 semaines de vie intra-utérine. Un entraînement va ensuite se dérouler le reste de la grossesse pour que tout soit opérationnel à la naissance.
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- Phase orale: C’est le moment où le bébé tète pour extraire le lait du sein ou du biberon. Chez un enfant ou un adulte, c’est le moment où l’aliment est mis en bouche puis mastiqué et mélangé à la salive. À la fin de l’étape, les aliments doivent être bien écrasés et mélangés à la salive.
- Phase pharyngée: C’est le moment où le bol alimentaire (ou le lait chez le bébé) va être envoyé vers l’arrière gorge pour être avalé. Un premier carrefour se présente dès l’arrière gorge (pharynx). Deux chemins sont alors possibles. Un chemin qui remonte vers le nez et un autre qui descend vers l’estomac. Pour éviter que les aliments ou les liquides ne remontent vers le nez, un muscle va se contracter : le voile du palais. Ce muscle se situe dans le palais mou et ferme le passage vers le nez. On le reconnaît par la luette située à son extrémité. Un deuxième carrefour décisif se présente, le carrefour aéro-digestif. Deux chemins sont possibles. Le trajet digestif mène à l’estomac puis aux intestins. Le trajet respiratoire mène au larynx puis aux poumons. Pour éviter que le bol alimentaire ne passe dans la voie respiratoire, un «couvercle» se pose sur le larynx pour en fermer l’accès.
- Phase œsophagienne: Une fois que le bol alimentaire passe le carrefour aéro-digestif, il entre dans un long tuyau qui le mènera jusqu’à l’estomac.
Dans ces 3 phases, seule la phase orale est volontaire, c’est-à-dire que la personne contrôle les mouvements de sa bouche pour préparer les aliments à être avalés. Chez le bébé, les mouvements de succion seront d’abord non contrôlés, c’est-à-dire “réflexes”, pendant environ les 6 premiers mois de vie. Les mouvements deviendront peu à peu contrôlés grâce au cerveau. Les deux autres phases, pharyngée et œsophagienne sont automatiques, c’est-à-dire non contrôlées. À partir du moment où nous décidons de déglutir, la suite ne nous appartient plus. C’est le cerveau qui prend le relais en automatique (système neurologique). Nous maîtrisons donc la mise en bouche, la mastication, le déclenchement de la déglutition mais pas le reste.
Quand la Toux N'Est Pas une Fausse Route
Il est important de noter que la toux n’est pas toujours synonyme de fausse route. Elle peut être aussi la conséquence d’une hypersensibilité ou d’une difficulté de motricité orale. La bouche réagit alors à un changement de texture ou de température sans difficulté pour avaler. La toux de l’enfant qui mange peut être un signe de difficulté sensorielle. Si l’enfant a une sensibilité importante dans sa bouche (hypersensibilité), il peut réagir de différentes manières. La toux peut être un signe de réaction face à un changement de texture. Par exemple, un enfant qui mange une texture lisse puis une texture plus granuleuse peut se mettre à tousser. La toux peut être légère ou forte et accompagnée d’autres signes de réaction sensorielle. Il peut avoir les yeux qui pleurent, un haut-le-cœur, des frissons. Toutes ces réactions sensorielles sont normales et nécessaires jusqu’à une certaine limite. Elles ne doivent pas envahir les repas de l’enfant, être présentes à chaque cuillère ou à chaque bouchée. Il est important que l’enfant reste dans le plaisir de manger. Pour apaiser les réactions de l’enfant face aux nouveautés, on continue à lui proposer une alimentation variée. Il ne faut pas mettre de côté ce qui provoque les réactions mais les proposer de manière amusante, en faisant avec l’enfant.
Difficultés d'Alimentation au Biberon et Pleurs : Que Faire ?
Lorsque chaque biberon devient une bataille, que les pleurs s’installent avant même la première gorgée, c’est épuisant… et déstabilisant. Vous vous demandez si vous faites quelque chose de travers, si votre bébé souffre ou s’il rejette le lait ? On vous rassure, ces réactions sont fréquentes chez les nourrissons. Si l’allaitement maternel est recommandé de façon exclusive jusqu’à 6 mois, le recours au biberon peut parfois s’imposer, pour des raisons médicales, personnelles ou tout simplement pratiques. Dans tous les cas, avec quelques ajustements et un peu d’observation, vous pouvez aider votre bébé à boire plus sereinement.
- Vérifier le débit de la tétine: Si votre bébé pleure à chaque biberon, il est possible que le débit de la tétine ne lui convienne pas. Un débit trop lent peut le frustrer et le fatiguer à force de téter sans obtenir assez de lait.
- Envisager les troubles digestifs: Les troubles digestifs sont souvent responsables des pleurs pendant ou après le biberon. Une intolérance ou allergie alimentaire ? Si votre bébé pleure à chaque biberon, a des selles anormales ou présente des rougeurs, il peut être sensible à certains composants du lait infantile, par exemple si votre enfant souffre d’intolérance au lait de vache. Cette intolérance ou allergie peut provoquer des douleurs digestives, des diarrhées ou des reflux plus fréquents.
- Consulter un médecin avant de changer de lait: Puis-je changer de lait infantile si mon bébé pleure à chaque biberon ? Pas sans avis médical ! Parlez-en toujours à votre pédiatre avant de tester un lait épaissi, anti-colique ou sans PLV.
- Tenir compte de la fatigue et de la stimulation: Parfois, votre bébé pleure à chaque biberon tout simplement parce qu’il est trop fatigué ou trop stimulé.
- Adapter le biberon: Un biberon bien adapté peut faire toute la différence pour apaiser votre bébé pendant le repas ! Comme mentionné plus haut dans cet article, la tétine doit correspondre à son rythme de succion. En sachant que chaque enfant a un besoin de succion unique, qui peut varier en fonction de son âge et de son tempérament : certains bébés ont un réflexe de succion plus intense que d’autres. Il est donc important de choisir une tétine qui respecte son rythme naturel et son confort.
- Soulager l'inconfort digestif: Quand votre bébé pleure à chaque repas, qu’il se tortille ou semble gêné après quelques gorgées, c’est toute l’ambiance du repas qui devient tendue dans la maison. On aimerait tant qu’il puisse boire tranquillement, sans grimace ni crispation. Si ces pleurs sont liés à un inconfort digestif (gaz, coliques, petits maux de ventre fréquents chez les nourrissons), il existe des solutions douces pour l’apaiser.
- Faire des pauses régulières: Pendant le repas, votre enfant avale forcément un peu d’air, ce qui peut provoquer des ballonnements, des gaz ou un inconfort digestif chez votre bébé. C’est pourquoi il est important de lui proposer des pauses régulières, surtout s’il boit vite ou s’il a tendance à s’agiter ! Cette pause va aussi l’aider à se calmer, à se recentrer et à retrouver un rythme plus serein avant de poursuivre. C’est l’occasion de le rassurer avec un câlin ou une douce caresse.
- Aider à faire le rot: Placez votre bébé contre votre épaule, en lui tapotant doucement le dos ; Essayez la position assis sur vos genoux, en le maintenant légèrement incliné. Soyez patient : certains nourrissons rotent très vite, d’autres prennent plus de temps.
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