La fausse couche, également appelée avortement spontané, est une interruption spontanée de grossesse qui survient au cours des cinq premiers mois. Bien que fréquente, elle peut avoir de vraies conséquences psychologiques et ne doit ni être minimisée ni être tue. Cet article vise à fournir des informations complètes sur la fausse couche, ses causes, ses symptômes et ses traitements, ainsi que l'importance d'une prise en charge psychologique.
Définition de la fausse couche
Une fausse couche est définie comme une interruption spontanée de la grossesse avant la 20e semaine de grossesse (ou la 22e semaine d'aménorrhée). Au-delà de cinq mois, on parle de mort fœtale in utero. La grande majorité des fausses couches a lieu pendant le premier trimestre de grossesse.
Fausse couche isolée ou à répétition
On parle de fausse couche isolée lorsqu'une femme fait une seule fausse couche, suivie de grossesses normales. Les fausses couches isolées touchent environ 15 % des grossesses. On parle de fausses couches à répétition dès lors qu'une femme enceinte d'un même partenaire présente au moins trois fausses couches spontanées consécutives avant 14 semaines d'aménorrhée. Elles concernent 1,5 % des femmes et nécessitent une prise en charge avec des examens plus poussés.
Causes potentielles d'une fausse couche
Les fausses couches sont le plus souvent dues soit à des anomalies génétiques de l’embryon, soit à des problèmes de santé de la mère. Dans environ 60 % des cas, et en particulier pendant le premier trimestre de la grossesse, les fausses couches sont dues à des anomalies de l’embryon qui empêchent son développement normal. Il peut s’agir d’anomalies au niveau des chromosomes (qui se sont mal répartis avant ou après la fécondation) ou d’anomalies du développement embryonnaire (par exemple, au niveau du cœur ou du système nerveux). Parfois, les membranes embryonnaires et le placenta se développent en l'absence d'un embryon. C'est ce que l'on appelle un « œuf clair ». Il est diagnostiqué par échographie ou peut provoquer des symptômes de fausse couche. Dans certains cas, il se résorbe spontanément en entraînant quelques saignements vaginaux discrets.
Dans le cas d’une fausse couche isolée, la cause n’est généralement pas recherchée. Les causes de la fausse couche sont multiples et peuvent être :
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- Génétiques : anomalies chromosomiques du fœtus (les causes chromosomiques sont à l’origine de près de 50 à 70 % des fausses couches précoces). La trisomie 16, incompatible avec la vie, est l’une des anomalies les plus fréquentes observées lors de fausses couches précoces.
- Anatomiques : malformation ou anomalie de l'utérus. Certaines anomalies de l’utérus peuvent gêner la bonne implantation ou le développement de l’embryon. Ces anomalies peuvent être diagnostiquées par échographie, IRM ou hystéroscopie.
- Hormonales : problème de thyroïde, insuffisance ovarienne ou syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) chez la mère. Le bon déroulement de la grossesse dépend d’un équilibre hormonal précis.
- Immunologiques : maladie inflammatoire auto-immune chez la mère, comme le syndrome des antiphospholipides. Sur le plan immunitaire, des anomalies dans la reconnaissance de l’embryon par le système immunitaire maternel peuvent également jouer un rôle. Le syndrome des antiphospholipides, une maladie auto-immune, est connu pour favoriser les fausses couches à répétition.
- Infectieuses : Certaines infections peuvent provoquer des fausses couches, notamment au cours du premier trimestre (toxoplasmose, rubéole, listériose, infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus, etc.).
- Spermatiques : problème au niveau du sperme chez le père.
- Environnementales : tabagisme, exposition à des toxines, alcool…
- Traumatiques : choc brutal, chute violente…
Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes, l'activité et les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche.
Facteurs de risque
Le risque de fausse couche augmente avec l’âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans. Si une fausse couche unique n’a aucune influence sur le succès des grossesses futures, l’existence de deux fausses couches successives (avec le même père) semble augmenter le risque d’en développer une nouvelle.
Dans environ 30 % des cas, aucune cause identifiable de fausse couche n’est mise en évidence, même après un bilan complet. Cela peut être extrêmement frustrant pour les couples. Après deux à trois fausses couches consécutives, un bilan est généralement proposé.
Symptômes d'une fausse couche
Les deux symptômes les plus fréquents associés à une fausse couche sont :
- Des saignements vaginaux, légers ou abondants (Un saignement vaginal en début de grossesse n’est pas obligatoirement signe de fausse couche).
- Des douleurs abdominales ou pelviennes, des crampes.
Ils peuvent s’accompagner de :
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- Contractions
- Douleurs lombaires
- Symptômes de choc (fièvre, faiblesse, vertiges, étourdissements, confusion, rythme cardiaque accéléré, nausées et/ou vomissements).
Quand les saignements sont modérés, il est conseillé de consulter son médecin dans la journée. S’ils sont abondants, il faut se rendre rapidement aux urgences. Si, en plus de saignements et douleurs, vous avez de la fièvre, des nausées, des vomissements, des malaises ou des étourdissements, consultez en urgence. Il pourrait s’agir d’une fausse couche hémorragique. Des saignements importants, même en l’absence d’autres symptômes, doivent également être pris en charge en urgence.
La fausse couche silencieuse
Une fausse couche silencieuse, également appelée fausse couche retenue, a lieu lorsque la grossesse s’arrête sans signes d’expulsion spontanée et immédiate de l’embryon ou du fœtus. De là l’origine du nom de ce type de fausse couche spontanée, car l’expulsion de l’embryon ou du fœtus a lieu des jours ou des semaines après. Ce type de fausse couche spontanée ne peut être totalement confirmé qu’à l’aide d’une échographie ou d’une analyse de la hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine).
Les symptômes d’une fausse couche silencieuse peuvent varier et, très souvent, ils ne se manifestent pas de la même manière que ceux des fausses couches spontanées. Ceci est dû à un fait essentiel : l’embryon n’est pas expulsé du corps de la femme. Dans un certain sens, le corps agit comme si la grossesse était encore en cours. Il est improbable que ce type de fausse couche spontanée provoque un saignement ou une douleur intense, parfois seuls des symptômes très légers font leur apparition. Cela signifie que le diagnostic de la fausse couche silencieuse se révèle d’une manière particulière, normalement durant une visite chez le médecin et grâce à une échographie.
Les facteurs prédisposant à une fausse couche silencieuse peuvent inclure :
- Âge avancé : comme dans le cas d’une grossesse après 40 ans.
- Anémie gestationnelle : l’anémie durant la grossesse est un trouble relativement habituel qui peut affecter négativement la grossesse et l’accouchement, mais aussi le fœtus ou le nouveau-né.
- Infection des voies urinaires (IVU) : étant donné qu’il y a davantage de sang dans les reins et que la capacité de la vessie est plus réduite, l’urine peut retourner vers l’urètre, ce qui peut contribuer au développement d’infections des voies urinaires pendant la grossesse.
Même si ces facteurs prédisposent à une fausse couche silencieuse, cela ne signifie pas qu’il y aura toujours une fausse couche.
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Traitements de la fausse couche
C’est après avoir réalisé une échographie de contrôle que le diagnostic de fausse couche pourra être établi. Selon les résultats, trois traitements thérapeutiques sont envisagés :
- L’expulsion naturelle et spontanée du sac embryonnaire : Le médecin détermine si la fausse couche a déjà eu lieu. Dans ce cas, il n’y a pas de traitement nécessaire. Si elle est en cours, le médecin peut proposer à la patiente un traitement pour l’expulsion du fœtus ou bien lui conseiller d’attendre l’expulsion naturelle qui se produit en quelques jours. La disparition des douleurs et des saignements marque la fin de l’événement.
- Le traitement médicamenteux : qui permettra d’accélérer l’expulsion du sac embryonnaire. Dans le cas du médicament, le misoprostol est administré soit par voie orale soit par voie vaginale. Il provoque des contractions musculaires et l’ouverture du col de l’utérus afin de permettre l’expulsion du placenta et des tissus embryonnaires.
- Le traitement chirurgical par aspiration : Le traitement chirurgical est une aspiration endo-utérine. Il est proposé lorsque les saignements sont abondants, que la mère souffre de troubles de la coagulation, et en cas d’échec ou de refus du traitement médicamenteux.
La gestion de la fausse couche silencieuse peut varier en fonction de la situation et des préférences de la femme.
- Attendre : dans de nombreux cas, si la grossesse n’évolue pas, le corps de la femme expulse naturellement le tissu fœtal quelques jours ou semaines après.
- Dilatation et curetage : si le corps n’expulse pas naturellement tout le tissu fœtal, un curetage peut être fait. Il s’agit d’un procédé médical au cours duquel le col de l’utérus est dilaté et les tissus qui se trouvent dans l’utérus sont retirés.
Au cours des deux semaines qui suivent une fausse couche, il est conseillé de ne pas avoir de rapports sexuels et de ne pas utiliser de tampons hygiéniques.
Prise en charge physique et psychologique
La fausse couche peut être une expérience traumatisante, tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel. Elle peut entraîner une dépression et un stress post-traumatique. Il est donc important de bénéficier d’une prise en charge adaptée pour surmonter cette épreuve difficile.
Malgré son nom, une fausse couche peut avoir de vraies conséquences. Les femmes qui vivent une fausse couche sont susceptibles de ressentir un sentiment de perte, de chagrin ou de culpabilité. Il peut être difficile de l'évoquer, et certaines se sentent parfois seules ou illégitimes.
L'importance de l'accompagnement
La principale difficulté liée à la fausse couche est le sentiment de solitude des personnes qui la traversent. La fausse couche survient souvent lors des 1ères semaines alors que le corps de la future maman n’a pas encore changé et que les futurs parents n’ont pas encore annoncé la grossesse à leurs proches. Il peut ainsi sembler difficile pour le couple d’envisager de parler à leur entourage de la perte de ce bébé, ne souhaitant pas leur imposer le douloureux ascenseur émotionnel qu’ils sont eux-mêmes en train de vivre. Un sentiment d’échec voire de honte et de culpabilité, de ne pas avoir réussi là où les autres paraissent si nombreux à avoir des bébés sans encombre, peut aussi empêcher les parents de se confier et de s'enfermer dans leur douleur.
Dans cette épreuve qu’est la fausse couche, l’intensité de la douleur psychique ressentie par les parents ne dépend pas seulement de l’avancée de la grossesse, mais aussi de l’intensité du désir d’enfant, ou encore de la projection identitaire dans cette grossesse. Sans accompagnement psychologique, celle-ci peut durer plusieurs semaines voire plusieurs mois, laisser des traces et impacter durablement la parentalité des personnes concernées. Lors de la grossesse suivante, les parents peuvent notamment éprouver des réticences à se projeter dans cette nouvelle grossesse, cette future parentalité et l’accueil de ce nouvel enfant. Il est également fréquent que des angoisses se réactivent durant la grossesse, particulièrement lors de douleurs ou de symptômes similaires à ceux vécus précédemment ou encore à l’approche du terme où s'est arrêtée la grossesse précédente, craignant une nouvelle perte. Et c’est bien compréhensible.
Conseils pour surmonter une fausse couche
- Parlez-en : Si vous êtes concernée, parlez-en ! Les professionnels de santé ainsi que vos proches sont là pour vous accompagner. Comme dans n’importe quel deuil, s’autoriser à exprimer ses émotions, à pleurer et à en parler avec sa propre mère par exemple ou avec des proches de confiance, permet de rompre l’isolement qui dessert ce processus. Échanger avec des personnes qui ont vécu la même chose peut être un vrai soutien, mais cela est parfois plus facile avec des inconnus.
- Consultez un professionnel de santé : Rapprochez-vous de votre psychologue, médecin/ ou d’un autre professionnel de santé qui pourra vous aider. Il est également impératif de s’entourer de professionnels de santé à qui poser vos questions et confier vos inquiétudes, notamment en cas de symptômes suspects. Ils sauront vous rassurer sur votre santé et adapter le suivi des grossesses futures (pour notamment vous aider à passer la fenêtre temporelle qui vous inquiète). Ils pourront également vous renseigner sur les dispositions mises en place récemment dans le cadre de la loi du 7 juillet 2023, visant à favoriser l'accompagnement des couples confrontés à une interruption spontanée de grossesse. Le psychologue est un spécialiste de la santé mentale que chaque personne peut avoir besoin à un (ou plusieurs) moment(s) de sa vie de consulter. Il offre un accompagnement qui est le plus souvent ponctuel, durant quelques semaines ou quelques mois.
- N’oubliez pas : ce n’est pas de votre faute : une fausse couche est un phénomène qui n’a rien d’exceptionnel et cela ne signifie pas que vous ne mènerez aucune grossesse à terme.
Prévention des fausses couches
A noter qu’il n’est pas possible de prévenir les fausses couches dues à une anomalie génétique du fœtus, en revanche certains comportements peuvent être modifiés pour limiter les autres causes d’interruption de grossesse.
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