Le déni de grossesse, un phénomène complexe et souvent mal compris, se définit comme le fait d’être enceinte depuis au moins trois mois sans en avoir conscience. Bien qu’il concerne près d’une grossesse sur 500, il reste une pathologie souvent taboue. Certaines femmes s’aperçoivent de leur grossesse au cours des deuxièmes ou troisièmes trimestres, tandis que d’autres ne se rendent compte de rien jusqu’à l’accouchement.
Qu'est-ce qu'un déni de grossesse ?
Le déni de grossesse est une forme de négation de la grossesse, aux côtés des grossesses dissimulées (grossesses cachées) ou de la dénégation de grossesse (grossesses refusées). Il correspond au fait d’être enceinte depuis au moins trois mois sans avoir conscience de l’être. Certaines femmes témoignent cependant de certains moments de conscience au cours du déni de grossesse. Le déni de grossesse est catégorisé comme un trouble de la gestation psychique.
Le déni de grossesse n’est pas rare en France, puisqu’il pourrait concerner jusqu’à environ 1 grossesse sur 500. Chaque année, environ 80 femmes accouchent inopinément d’un enfant, suite à un déni de grossesse total. Le déni de grossesse peut concerner des femmes qui auparavant ont vécu une ou plusieurs grossesses strictement normales.
Déni partiel versus déni total
On distingue deux types principaux de déni de grossesse :
- Déni de grossesse partiel : La femme prend conscience de sa grossesse après le premier trimestre, après la quatorzième semaine d'aménorrhée, mais avant le terme. La future mère prend conscience de son état de manière tardive, souvent à l'occasion d'une consultation médicale ou d'un examen. Suite à la levée d’un déni partiel de grossesse, le corps de la future mère se métamorphose au fil des heures suivant l’annonce.
- Déni de grossesse total : La femme apprend qu'elle est enceinte seulement le jour de l'accouchement. Elle ne réalise pas qu'elle porte un enfant jusqu'à ce moment précis. Ce phénomène est rare et très impressionnant. Le déni de grossesse total représente environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français. En cas de déni total, ceux sont les fortes douleurs abdominales générées par le travail qui poussent la patiente à consulter en urgence. Dans certains cas de déni de grossesse total, le déni est levé de manière différée, après la naissance de l’enfant.
Il est important de noter que si une femme découvre qu'elle est enceinte avant la quatorzième semaine d'aménorrhée (environ trois mois de grossesse), il ne s'agit pas d'un déni de grossesse, car le phénomène du déni est caractérisé par une absence de prise de conscience prolongée.
Lire aussi: Fausse Couche : Causes et Solutions
Symptômes et signes du déni de grossesse
Les signes d'un déni de grossesse ne peuvent être perçus facilement, d'autant que les symptômes de grossesse habituellement présents ne sont pas ressentis. Le déni de grossesse est marqué par une absence ou une diminution notable des symptômes typiques de la grossesse.
- Persistance des règles : La persistance des règles est très fréquente. Une femme peut tout à fait avoir des « fausses » règles, d’autant plus si ses cycles menstruels sont irréguliers ou qu’elle est sous contraception hormonale. Des saignements de début de grossesse peuvent également être observés et confondus avec des règles.
- Absence de modification du périmètre abdominal : L’une des caractéristiques étonnantes du déni de grossesse est l’absence d’augmentation du périmètre abdominal, ou une augmentation très modérée. Parfois seule un petit bombement abdominal est perceptible et peut donc facilement passer inaperçu. De plus, on remarque généralement aucune variation du poids. En fait, le corps s'adapte en positionnant l'utérus différemment. Dans le cas d'un déni de grossesse, l'utérus se développe verticalement. Le fœtus se trouve alors sous les côtes de la mère. Les muscles de l'abdomen restent quant à eux tendus.
- Non-perception des mouvements fœtaux : L’un des autres signes caractéristiques du déni de grossesse est la non-perception ou la non identification des mouvements fœtaux.
Dans un déni de grossesse, il y a bien une grossesse physique même si le corps fait en sorte de la dissimuler. Une femme qui fait un déni de grossesse perçoit les changements de son corps, mais pas comme des signes de grossesse. Des saignements peuvent ainsi passer pour des règles, un mal de ventre pour une gastro…
Causes du déni de grossesse
Le déni de grossesse est un mécanisme de défense psychique et est catégorisé comme un trouble psychiatrique (trouble de la gestation psychique). Ainsi, des femmes ayant une angoisse de porter un enfant, d’enfanter et/ou d’être mère peuvent déclencher ce mécanisme de défense. Les causes d'un déni de grossesse sont multiples : pression, problèmes relationnels.
Plusieurs facteurs peuvent favoriser un déni de grossesse :
- Facteurs psychologiques : Les racines du déni de grossesse plongent profondément dans le psychologique. L'ambivalence face au désir d'enfant est un exemple pertinent ; une femme peut se trouver déchirée entre son désir et sa capacité à endosser le rôle de mère, poussant ainsi son psychisme à nier la réalité de la grossesse. Les traumatismes, qu'ils soient passés ou présents, tels que les agressions sexuelles, les violences ou les difficultés familiales, peuvent également jouer un rôle important. Ces expériences douloureuses incitent souvent le psychisme à développer des mécanismes de défense afin d'échapper à la douleur et à l'angoisse liées à la grossesse.
- Facteurs émotionnels et relationnels : Les conflits psychiques irrésolus et les complications relationnelles figurent aussi parmi les causes majeures. Le déni peut aussi être la conséquence d'une grossesse qui arrive au mauvais moment : par exemple, pour des raisons professionnelles, ces femmes veulent privilégier leur carrière et assurent qu'il n'y pas de place pour un bébé. Vivre dans un environnement instable ou dans un contexte où la sexualité est un sujet tabou peut augmenter le risque de déni de grossesse. De même, des grossesses successives ou la conviction d'être stérile peuvent influencer cette condition.
- Aspects socioculturels : Le contexte social et les normes culturelles peuvent altérer la perception qu'une femme a de la grossesse et de la maternité. Par exemple, évoluer dans un environnement où la maternité est stigmatisée ou un endroit où les ressources pour les mères sont insuffisantes peut favoriser le déni de grossesse.
- Rapport au corps et à la sexualité : Une femme qui entretient une relation difficile avec son corps ou sa sexualité peut avoir du mal à accepter l'idée d'une grossesse, ce qui peut mener à un déni.
Le déni de grossesse est un mécanisme du corps et de l'esprit encore méconnu, mais on sait qu'il peut aussi se produire après une fausse couche ou une grossesse terminée prématurément dans des circonstances traumatiques (dans le cadre d'une interruption médicale de grossesse, par exemple).
Lire aussi: Tout savoir sur la pilule du lendemain
Le déni de grossesse et la contraception
Est-il possible de passer à côté d'une grossesse tout en prenant la pilule ou en ayant un stérilet ? Oui, car aucune méthode contraceptive n'est totalement infaillible. Ainsi, même lorsque l'on prend la pilule ou que l'on utilise un stérilet, il existe toujours un risque de grossesse, surtout en cas de mauvaise utilisation de la contraception (oubli de pilule, mauvaise pose du stérilet, etc.). Par conséquent, la possibilité de vivre un déni de grossesse sous pilule ou stérilet n'est pas à écarter. Ces deux méthodes contraceptives peuvent aussi altérer les règles : la pilule peut induire de "fausses" menstruations, tandis que le stérilet peut provoquer des saignements irréguliers. Ces perturbations peuvent compliquer la détection précoce d'une grossesse.
Diagnostic du déni de grossesse
Le diagnostic du déni de grossesse représente un défi en raison de l'absence ou de la discrétion des symptômes habituels de la grossesse.
- Test de grossesse : Une réponse simple et rapide consiste à réaliser un test de grossesse. En effet, ce dernier sera toujours positif en cas de grossesse, même dans le cadre d’un déni de grossesse.
- Examen gynécologique et échographie : L'examen gynécologique et l'échographie sont indispensables pour confirmer la grossesse. Idéalement, il faudrait réaliser une échographie abdominale dès qu’une patiente se plaint de douleurs abdominales.
Une fois le déni partiel de grossesse diagnostiqué, le corps de la future mère se métamorphose au fil des heures suivant l’annonce. La verbalisation de la grossesse entraine de ce fait une prise de conscience et des modifications corporelles.
Conséquences du déni de grossesse
Le déni de grossesse a des répercussions tant sur le plan physique que psychologique, pour la mère et l'enfant. Les conséquences sont diverses et peuvent être graves.
Conséquences pour l'enfant
Les enfants issus de grossesses niées font face à de multiples risques :
Lire aussi: Prise en charge après une fausse couche
- Risque accru de naissance prématurée, pouvant entraîner des complications et un faible poids à la naissance.
- L'absence de suivi médical peut causer un retard dans le développement du fœtus.
- Un risque plus élevé d'hospitalisation dès la naissance due à diverses complications de santé.
- Risque accru de mortalité due à des fausses couches, des décès in utero, ou des anomalies congénitales.
- Possibilité de retard de développement et de problèmes de langage chez 30 % des enfants à l'âge de 2 ans.
Un déni de grossesse, par conséquent sans suivi médical adapté, peut engendrer une grossesse à risque aussi bien pour la mère que pour le fœtus. Mais le déni de grossesse peut exposer l’enfant à des complications telles que l’augmentation du risque de prématurité chez l’enfant, un faible poids à la naissance qui est souvent inférieur à 2,5kg, un retard de croissance intra-utérin qui s’est normalisé à l’âge de 9 mois. Mais également le taux de mortalité périnatale atteint les 5 %.
Il faut savoir qu’un bébé né d’un déni de grossesse n’a pas de retard sur sa croissance.
Conséquences pour la mère
Les effets sur la mère sont également significatifs :
- Un accouchement sans assistance médicale peut être traumatisant et dangereux.
- La découverte soudaine de la grossesse peut provoquer choc, refus, culpabilité, honte, et même dépression post-partum.
- Le tabagisme, la consommation d'alcool ou de caféine pendant le déni peuvent nuire à la santé du fœtus et augmenter les risques de complications.
Lorsque la femme découvre sa grossesse au cours des neuf mois, les conséquences pour le fœtus sont le plus souvent beaucoup moins graves. En revanche, les conséquences psychologiques pour la femme enceinte peuvent être importantes (confusion, incrédulité, refus, agressivité, sidération…). Certaines acceptent rapidement la situation, d’autres refusent de voir la réalité. Des cas d’abandons d’enfants sont ainsi signalés, après un déni partiel ou total, lorsque la femme n’a pas réussi à admettre l’idée de sa grossesse.
Impact sur la relation mère-enfant
Le déni de grossesse peut fortement perturber le lien mère-enfant :
- Difficultés pour certaines à créer des liens affectifs, ce qui influence négativement le développement émotionnel et psychologique de l'enfant.
- Risque d'abandon d'enfants.
Il n’existe pas de préoccupation parentale. De plus, au moment de l’accouchement, la femme a une perte psychique qui est traduite par la peur de mourir tellement elle ressent des douleurs (torsions abdominales). Il faut alors prendre en compte la femme d’un point de vue sanitaire, pour mettre en place les conditions nécessaires à une naissance soudaine. Après l’accouchement, la femme ressent de la culpabilité. Elle se remémore son mode de vie avant l’accouchement et ne souhaite pas reconnaître la réalité des évènements ni d'accepter l’arrivée de l’enfant voire à nier totalement cette grossesse et donc à mener jusqu’au néonaticide.
Prise en charge et accompagnement du déni de grossesse
Face à la potentielle gravité du déni de grossesse, une prise en charge médicale et psychologique des femmes concernées est nécessaire pour l’avenir de la femme et de son enfant. Le déni de grossesse nécessite une prise en charge bienveillante et adaptée.
- Accompagnement médical : Une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.).
- Soutien psychologique : Un suivi psychologique post-grossesse aide la mère à surmonter les émotions contradictoires qu’elle peut ressentir, comme l’angoisse, la culpabilité ou la peur. La prise de conscience soudaine peut nécessiter des séances avec un thérapeute ou un psychologue pour aider la mère à intégrer et à accepter cette réalité. Des séances en couple ou en famille peuvent être organisées pour aider à l'adaptation à la nouvelle situation et renforcer les liens entre la mère, l'enfant et les autres membres de la famille.
- Soutien social : Si le déni de grossesse survient dans un contexte de précarité ou de difficultés sociales, les services sociaux peuvent intervenir pour apporter un soutien adapté. En cas de déni total, les services sociaux ou les structures de soutien familial peuvent également être impliqués, pour apporter un soutien sur les aspects pratiques et matériels de la maternité (préparation à la maternité, aides financières, un suivi post-natal pour faciliter les soins à l'enfant, etc.).
Selon la psychiatre du CHU de Grenoble Annie Poizat, les femmes sont peu demandeuses de suivi. Elle dit que “ce n’est pas le déni qui va être le motif de la demande, mais cela va être autre chose, par exemple une fragilité quelconque”.
Prévention et sensibilisation
Une meilleure information du grand public et une formation adaptée des professionnels de santé sont deux aspects essentiels de la prévention et de la prise en charge. La prévention et la sensibilisation passent par une déstigmatisation du déni de grossesse. Cela implique l’information et la déconstruction des tabous, des fausses croyances et des préjugés qui l'entourent. Il est question de clarifier que le déni de grossesse n'est pas une question de négligence ou d'ignorance, mais plutôt un symptôme de souffrance psychologique profonde.
Les professionnels de santé doivent être formés et sensibilisés au déni de grossesse pour mieux identifier et gérer ces situations. Il est important qu'ils soient conscients que des femmes en âge de procréer venant pour des douleurs abdominales ou d’autres symptômes liés habituellement à la grossesse peuvent être en situation de déni. Une évaluation systématique de cette éventualité lors des consultations est importante.
Démarches auprès de l’Assurance maladie
Après leur accouchement à la suite d’un déni de grossesse, bon nombre de femmes se sentent perdues face aux démarches à accomplir auprès de la Sécurité Sociale, afin d’obtenir des congés et indemnités. Afin que la caisse primaire d’assurance maladie puisse enregistrer le déni de grossesse, la femme qui vient d’accoucher à la suite d’un déni doit faire parvenir :
- Un certificat médical attestant de l'état du déni de grossesse OU
- Une déclaration de grossesse effectuée ou non après le début du repos prénatal (grossesse détectée au cours du repos prénatal ou à l’accouchement).
Ces documents vont permettre d'enregistrer les dates du congé maternité avec une date de début, soit à la cessation de l'activité, soit à la date de l'accouchement. Toutes les informations sur la durée du congé maternité sont disponibles sur ameli.fr, ainsi que toutes les conditions d'ouverture de droits aux indemnités journalières.
tags: #fausse #couche #déni #de #grossesse #causes
