L'avortement chez les bovins représente une préoccupation majeure pour les éleveurs, entraînant des pertes économiques et nécessitant une vigilance constante. Il est crucial de comprendre les diverses causes d'avortement, qu'elles soient infectieuses ou non, pour mettre en place des mesures de prévention et de contrôle efficaces. Cet article explore en profondeur les causes d'avortement chez les vaches, les méthodes de diagnostic, les mesures de prévention et les protocoles à suivre en cas d'avortement.
Importance de la Déclaration et de la Surveillance
Une étude récente révèle qu'un éleveur sur quatre seulement déclare les avortements survenus dans son élevage. Pourtant, chaque avortement doit être considéré comme potentiellement lié à une maladie infectieuse, notamment la brucellose, dont les conséquences économiques et sanitaires peuvent être graves pour l'élevage et l'homme. La déclaration et la surveillance des avortements sont donc essentielles pour identifier ces maladies.
Au sens réglementaire, un avortement est défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un veau, soit mort-né, soit décédant dans les 48 heures suivant la naissance, à l'exclusion des avortements d'origine manifestement accidentelle. Il faut dépasser 42 jours de gestation pour parler de fœtus.
Les Différentes Causes d'Avortement
Les causes d'avortement peuvent être classées en deux grandes catégories : les causes non infectieuses et les causes infectieuses.
Causes Non Infectieuses
Ces causes regroupent divers facteurs, notamment :
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- Causes alimentaires : Déficit énergétique, excès de matières azotées totales (MAT), acidose, déficit en minéraux et/ou oligoéléments et/ou vitamines, ingestion de plantes toxiques, mycotoxines, etc.
- Causes traumatiques : Stress thermique, coup, stress de manipulation, etc.
- Causes génétiques : Malformation, complexe vertébral, etc.
Causes Infectieuses
Les causes infectieuses sont liées à divers agents pathogènes, tels que :
- Virus : BVD (diarrhée virale bovine), IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine), Schmallenberg, FCO (fièvre catarrhale ovine), parvovirus, etc.
- Bactéries : Brucellose, Fièvre Q, E. Coli, salmonellose, etc.
- Mycoses : Aspergillus, Mucor, etc.
- Protozoaires : Néosporose, toxoplasmose, etc.
Maladies Infectieuses Majeures Responsables d'Avortements
Parmi les causes infectieuses, certaines maladies sont particulièrement fréquentes et doivent être recherchées en priorité en cas d'avortements répétés.
Néosporose
La néosporose est aujourd'hui la première cause d'avortements bovins en France, responsable de 10 à 15 % des cas. Elle est provoquée par un parasite, Neospora caninum, qui se transmet principalement par deux voies :
- Contamination horizontale : Le parasite est transmis à la vache par un canidé (chien ou renard) qui s'est contaminé en mangeant des placentas ou des avortons de vaches porteuses. Le canidé héberge la forme adulte du parasite et élimine les "œufs" dans ses excréments. Il est important de noter que le chien est une victime et le deuxième hôte du parasite.
- Contamination verticale : La vache pleine se contamine sans avorter. Le parasite se loge alors dans l'organisme du fœtus, et le veau naît vivant mais porteur de la maladie.
Les avortements dus à la néosporose surviennent le plus souvent entre le 3e et le 9e mois de gestation, plus précisément entre le 4e et le 7e mois. Un même animal peut avorter plusieurs fois. Dans certains cas, des veaux vivants mais présentant des troubles nerveux peuvent naître. Il n'existe aucun traitement contre cette maladie, mais des mesures simples permettent de limiter sa diffusion, notamment l'élimination des lignées de vaches atteintes si peu de vaches sont séropositives et empêcher les chiens (et autres carnivores) d'accéder à la nourriture, à l'eau, aux aires d'alimentation, et surtout aux délivrances ou avortons. Le lait ou le colostrum ne transmettent pas la néosporose.
Fièvre Q
La Fièvre Q, causée par la bactérie Coxiella burnetii, est une zoonose qui se transmet principalement par voie aérienne à un grand nombre d'animaux (vaches, moutons, chiens, chats, tiques, faune sauvage…). Dans la majorité des cas, la maladie passe inaperçue, mais elle se manifeste régulièrement par des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie parfois associée à des problèmes d'infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales. De ce fait, les femmes enceintes et les personnes fragiles doivent éviter les contacts avec les animaux dans les fermes concernées. Le risque d'infection humaine par consommation de lait cru ou de produits laitiers frais au lait cru provenant d'animaux infectés par la fièvre Q est considéré comme minime voire quasi nul. La lutte contre la fièvre Q combine des mesures médicales, vaccination des génisses notamment, et des mesures sanitaires complémentaires (isolement, hygiène, désinfection, etc.).
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BVD (Diarrhée Virale Bovine)
La BVD, ou maladie des muqueuses, est souvent associée à des problèmes d'infertilité et digestifs. La BVD ne fait l'objet ni d'une prophylaxie, ni d'une déclaration obligatoire, c'est donc aux éleveurs de s'organiser pour détecter les animaux nés « IPI » (infecté permanent immunotolérant). Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent en France. Ils évitent les problèmes cliniques dus à la maladie et limitent la circulation virale. Les signes de la présence du virus BVD dans le troupeau sont très variés sans signe caractéristique, avec notamment des naissances de veaux faibles ou malformés (atrophie du cervelet ou des yeux, cataracte, déformation des membres). Des souches très virulentes du virus BVD, rares en France, peuvent entraîner des hémorragies mortelles sur des jeunes veaux.
Virus de Schmallenberg
Certains vétérinaires ont fait la recherche du passage du virus de Schmallenberg (sérologie, recherche d’anticorps), recherche qui s’est avérée positive. Le graphique présente les pourcentages de vaches positives quand l’analyse a été demandée, en cas d’avortements en série ; en sachant que cette analyse est aujourd’hui peu demandée, son importance relative est donc surestimée. Mais il est important d’y penser en cas d’avortements ou de mortinatalités, quand les causes majeures d’avortements ont été écartées.
Chez l’adulte, le virus de Schmallenberg peut engendrer une hyperthermie avec diarrhée. Sur une vache gestante, les symptômes varient selon le moment de la contamination : naissance de veaux malformés si la vache est gestante de 1,5 à 4 mois (voir figure 1), avortement ou prématurité. Les malformations fréquentes sont :
- Déformation ou blocage d’une articulation d’un ou plusieurs membres ;
- Malformation de la colonne vertébrale ;
- Anomalie du port de tête (torticolis) ;
- Raccourcissement de la mâchoire inférieure ;
- Hydrocéphalie : “grosse tête”.
Dans certains cas, les veaux naissent vivants et en bonne forme mais développent des signes nerveux (parfois discrets) et meurent dans les heures ou jours suivant leur naissance. Aucun traitement n’existe à ce jour. L’immunité à la suite du passage de la maladie semble très efficace et durable. Le virus est transmis par un Culicoides (petit moucheron), qui se reproduit quand il fait chaud (de 13 à 35 °C) et humide, mais est sensible à la sécheresse et la pluie.
Maladies Abortives de Deuxième Intention
Selon le contexte épidémiologique et clinique des avortements, il peut être nécessaire de mener une investigation sur les maladies dites de « deuxième intention ». L’Idele a mis en ligne des fiches techniques sur ces maladies : la salmonellose, la listériose et la chlamydiose abortive.
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Salmonellose
Les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques chez le veau et l'adulte. Des avortements peuvent également survenir, indépendamment ou non des cas de diarrhée. Ils ont lieu en général dans la 2e moitié de la gestation. Lorsqu'ils sont dus à Salmonella Dublin, il n'y a en général pas d'autres symptômes associés dans le troupeau. Les animaux se contaminent par l'intermédiaire d'eau ou d'aliments souillés par de la terre et surtout par des déjections d'autres animaux de leurs congénères (les volailles et les oiseaux peuvent être des sources de salmonelles). L'hygiène des aliments, de l'eau de boisson et des litières reste la première méthode de prévention. La vaccination est possible contre les souches S. Typhymurium et S. Dublin et réduit les signes cliniques. Les salmonelles sont contagieuses à l'homme par voie orale. Les éleveurs laitiers ayant diagnostiqué un cas d'avortement dû aux salmonelles doivent informer leur laiterie et retirer les lots de lait cru ou de fromages dans l'attente d'analyses complémentaires. S'il y a eu au moins deux cas de salmonellose bovine dans l'élevage en deux mois, il faut renseigner l'information sur la chaîne alimentaire (case à cocher) sur la fiche ASDA du bovin.
Chlamydiose Abortive
Les signes cliniques liés par des Chlamydia sont assez rares chez les bovins à la différence des ovins où la chlamydiose est une des principales causes d'avortements infectieux en série. Les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittac. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache. Dans les élevages mixtes, il peut être judicieux de séparer les bovins des ovins. En cas de chlamydiose, une antibiothérapie (tétracyclines) ne semble pas justifiée. Un vaccin est efficace chez les ovins.
Listériose
Les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s'accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau. L'infection à la listeria est le plus souvent inapparente et sans conséquence pour les animaux. Très résistantes dans le milieu extérieur, les listeria sont des bactéries très fréquentes dans l'environnement. Listeria monocytogenes est aussi pathogène chez l'homme avec des risques chez la femme enceinte.
Conduite à Tenir en Cas d'Avortement
Lorsqu'un avortement survient, il est crucial de suivre un protocole précis pour limiter les risques de propagation de maladies et identifier la cause de l'avortement.
Déclaration Obligatoire
La déclaration d'un avortement bovin est obligatoire et doit être faite auprès de votre vétérinaire sanitaire. Cette déclaration entre dans le cadre de la prophylaxie contre la brucellose. L'État prend alors en charge le déplacement du vétérinaire sanitaire, les frais liés à l'acte vétérinaire et aux analyses pour la recherche de la brucellose.
Isolement et Prévention de la Contamination
Tant que la cause de l'avortement n'est pas connue, il faut considérer que la vache qui vient d'avorter est contagieuse. Il est donc essentiel de :
- Isoler la femelle qui a avorté pour limiter la contamination des congénères et de son environnement pendant une quinzaine de jours afin de favoriser la vidange de l’utérus et le retour en chaleur. Quelle que soit la cause de l’avortement, il est important d’isoler la vache avortée ou présentant des métrites ou des non délivrances durant une quinzaine de jours.
- Conserver les produits de l'avortement (placenta et avorton) à l'écart des autres animaux (chiens…) en attendant la visite du vétérinaire qui effectuera les prélèvements. Placer l’avorton et les enveloppes dans un sac étanche et le faire détruire par le service d’équarrissage. Les veaux morts, avortés et les délivrances sont des réservoirs à maladies : éliminez-les rapidement dans un bac d'équarrissage avant que d'autres animaux n'y touchent (bovins et chiens).
- En élevage laitier, le lait des femelles avortées doit être écarté de la consommation humaine et animale jusqu'à un résultat négatif en brucellose et jusqu'à l'arrêt des écoulements vaginaux. Certaines maladies étant transmissibles à l’homme (zoonose), le lait d’une vache ayant avorté ne doit pas être consommé.
Mesures de Protection
Pour prévenir tout risque de contamination, il est important de :
- Porter des gants au moment du vêlage, de la délivrance, pour manipuler un avorton ou une vache suspecte. Protégez-vous des zoonoses avec des gants.
- Par ailleurs, les femmes enceintes doivent éviter de s’en approcher, et plus généralement éviter d’être présentes lors des vêlages.
Analyses et Diagnostic
En cas d'avortements successifs, les vétérinaires recommandent de faire des analyses sérologiques et par PCR du placenta ou de l'avorton. Des frais sont pris, en partie, en charge par les GDS (Groupements de Défense Sanitaire). En cas d’épisodes d’avortements groupés, pour les adhérents au GDMA, les analyses complémentaires sont prises en charge à 50 %. En raison de l’impact des avortements dans un cheptel, il est important de dépister l’agent pathogène responsable.
Mesures de Biosécurité
Par mesures de biosécurité, le box de vêlage et l’ensemble du matériel de vêlage doivent être nettoyés et désinfectés. Par ailleurs, la prévention des maladies abortives passe par l’hygiène des locaux (désinfection des cases de vêlages et nurseries, abreuvoirs, murs, tubulaires, et vides sanitaires,…), de l’eau de boisson et des aliments qui doivent éviter d’être souillés par d’autres animaux (chiens, chats, volailles, oiseaux, rats,…). Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
Protocole de Soin
Le protocole de soin (antibiothérapie) et de diagnostic est à définir avec son vétérinaire ou le groupement de défense sanitaire (GDS).
Avortements Répétés
En bovin, on considère qu’il y a avortements répétés lorsque deux avortements (ou plus) sont signalés en moins d’un mois ou s’il y a plus de 4% d’avortements sur la campagne. En petits ruminants, on considère qu’il y a avortements répétés lorsque quatre avortements (ou plus) sont signalés en moins d’une semaine ou s’il y a plus de 5% d’avortements sur la campagne.
Le Kit Avortement du GDS
Le GDS43 propose « le kit avortement » à ses adhérents se trouvant dans cette situation. Les maladies inclues dans ce kit sont issues du travail fourni par le dispositif national OSCAR (Observatoire et Suivi des Causes d’Avortements chez les Ruminants). Sa finalité est d'améliorer la connaissance des causes infectieuses des avortements, afin d'adapter les mesures de diagnostic, de prévention et de lutte. Les causes infectieuses les plus fréquentes pour chaque espèce sont donc recherchées. Ces analyses complémentaires à la brucellose sont prises en charge à 100% dans la limite de 2 par épisode d’avortement.
Prise en Charge Financière
L’État prend en charge le déplacement, la visite, les prélèvements et analyses pour la recherche de la Brucellose dès le premier avortement. Pour ce qui est des analyses, le GDS prend en charge, pour ses adhérents, toute recherche sérologique en BVD, Néosporose et Fièvre Q dès lors que 2 avortements surviennent dans le même mois ou qu’il y a 3 avortements sur 9 mois.
Importance de la Collaboration avec le Vétérinaire et le GDS
Une fois le diagnostic établi, votre vétérinaire et votre GDS pourront vous conseiller au mieux sur les mesures les plus appropriées à mettre en place dans votre élevage. Votre vétérinaire sanitaire et le GDMA sont à votre écoute.
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