L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode d'avortement qui, malgré sa perception de simplicité et de rapidité, peut engendrer des douleurs intenses et des effets secondaires significatifs, souvent sous-estimés. Une étude menée par Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, épidémiologiste et chercheuse à l'Inserm, met en lumière ces aspects méconnus et souligne l'importance d'une meilleure information et d'un accompagnement adapté pour les femmes concernées.

La Perception de l'IVG Médicamenteuse

L'idée générale, tant dans le public que dans le milieu hospitalier, est que l'IVG médicamenteuse est simple, facile d'accès et rapide. Cette perception, bien que reflétant certains avantages de la méthode, ne doit pas occulter les défis et les risques potentiels.

Selon Philippe David, chef de service du centre IVG de la clinique Jules-Verne de Nantes, la technique médicamenteuse est effectivement plus simple que la méthode par aspiration réalisée à l'hôpital. Elle ne comporte pas de geste intrusif ni d'anesthésie, et la femme peut rester dans le cadre familier de son domicile. Cependant, il insiste sur la nécessité de ne pas la systématiser et de prendre en compte la situation de chaque femme.

La Réalité de la Douleur

L'étude de Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles révèle que la douleur est une question peu prise en compte dans les avortements par médicaments, malgré son importance. Un quart de l'échantillon étudié a rapporté des douleurs très intenses, supérieures ou égales à 8 sur une échelle de 1 à 10.

Plusieurs facteurs peuvent influencer l'intensité de la douleur. Selon l'étude, elle est plus forte chez les femmes n'ayant jamais été enceintes auparavant ou qui ont habituellement des règles douloureuses. De plus, celles qui ont reçu un seul comprimé de mifépristone (le premier des deux médicaments) ont aussi souffert davantage que celles qui en ont pris trois.

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L'enquête montre également que les antalgiques ne soulagent que moyennement la douleur. Très peu de femmes ont pris des antalgiques puissants, la plupart se contentant de paracétamol ou d'anti-inflammatoires. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande pourtant aux équipes médicales de prescrire systématiquement des antalgiques, allant du paracétamol aux opiacées, en fonction de la douleur ressentie. Or, certains médecins ne suivent pas cette recommandation.

Le Protocole Médicamenteux et la Douleur

La Haute Autorité de Santé (HAS) autorise deux pratiques concernant la dose de mifépristone, le premier médicament utilisé dans l'IVG médicamenteuse : 200 milligrammes ou 600 milligrammes. L'étude de Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles a mis en évidence un lien entre la dose de mifépristone et l'intensité de la douleur.

Les femmes qui avaient reçu 600 milligrammes de mifépristone étaient moins susceptibles de ressentir des douleurs intenses (supérieures ou égales à 8 sur 10) que celles qui en avaient reçu 200 mg. En effet, 16% des femmes ayant reçu 600 milligrammes ont rapporté des douleurs intenses, contre 33% chez celles ayant reçu 200 mg. Cette différence significative n'a pas été prise en compte par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens.

Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles déplore que le coût inférieur de la dose de 200 milligrammes (trois fois moins cher que la dose de 600 milligrammes) puisse influencer les décisions médicales, au détriment du bien-être des patientes.

Les Effets Secondaires et le Manque d'Information

Outre la douleur, l'IVG médicamenteuse peut entraîner d'autres effets secondaires, tels que des saignements abondants, des nausées, des diarrhées et une fatigue intense. L'étude révèle que les femmes ne sont pas toujours suffisamment informées de ces effets indésirables.

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Dans l'étude, plus d'une femme sur quatre a déclaré avoir été inquiète des saignements provoqués par la prise des médicaments. Certaines femmes ont rapporté des saignements abondants pendant plusieurs semaines après l'IVG. Dans certains cas rares, des complications telles que des infections de l'utérus (endométrite) peuvent survenir.

L'Isolement et le Tabou

Au-delà des douleurs physiques et des effets secondaires, l'étude met en lumière l'isolement que peuvent ressentir les femmes lors de cette épreuve. Le sujet de l'avortement reste tabou dans de nombreuses sphères sociales, ce qui peut empêcher les femmes de chercher du soutien auprès de leurs proches.

Certaines femmes ont témoigné d'un sentiment de culpabilité et d'un décalage par rapport à leurs amies. Elles ont également souligné le manque d'informations sur les effets secondaires et le manque d'accompagnement psychologique.

Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles souligne que très peu de femmes se voient prescrire un arrêt de travail après une IVG, car elles ne souhaitent pas que cela se sache, même parmi leurs collègues.

Améliorer l'Information et l'Accompagnement

Face à ces constats, il est crucial d'améliorer l'information et l'accompagnement des femmes qui choisissent l'IVG médicamenteuse. Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles insiste sur la nécessité de mieux informer les femmes, en particulier les jeunes, dès l'adolescence, notamment par le biais des infirmières scolaires.

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Il est également important de sensibiliser les aides-soignant·es, les sages-femmes, les gynécologues et les médecins généralistes aux enjeux de la douleur et des effets secondaires de l'IVG médicamenteuse, afin qu'ils puissent offrir un accompagnement adapté aux besoins de chaque femme.

IVG et Précarité

Une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) a révélé qu'en 2019, 232 200 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit le plus haut niveau depuis trente ans. Cette étude met également en évidence un lien entre la précarité et le recours à l'IVG. Les 10% de femmes ayant le niveau de vie le plus faible ont un taux d'IVG pour 1000 femmes supérieur de 11 points à celui des 10% de femmes ayant le niveau de vie le plus élevé.

Ce constat souligne que les femmes les plus précaires ont plus de difficultés à accéder à une contraception adaptée et à des soins de qualité.

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