Escherichia coli (E. coli) est une bactérie courante présente dans le microbiote intestinal de l’humain et des animaux. Bien que la plupart des souches soient inoffensives, certaines, comme les ECEH (E. coli entérohémorragiques), peuvent être pathogènes et causer des problèmes de santé, notamment pendant la grossesse.

Escherichia coli : Généralités

Escherichia coli est une bactérie que l’on connaît depuis plus de 100 ans. Cette bactérie vit dans le tube digestif des animaux et des humains. On en dénombre une très grande variété. La plupart de ces bactéries vivent paisiblement dans notre tube digestif. Certaines souches d’Escherichia coli ont acquis des facteurs de virulence, les rendant pathogènes pour certaines parties de notre corps. Les ECEH libèrent des toxines qui induisent majoritairement une lésion de l’endothélium vasculaire (la couche de cellules tapissant les vaisseaux sanguins) intestinal et rénal. La transmission des pathogènes de type ECEH survient majoritairement lors de la consommation d’aliments contaminés. Le réservoir naturel des ECEH étant principalement le tube digestif des bovins, les produits alimentaires concernés sont généralement la viande crue ou insuffisamment cuite, les produits laitiers au lait cru, et plus rarement les produits végétaux crus. La contamination peut également survenir lors de la traite ou l’abattage de ces animaux. La transmission interhumaine de ECEH est également possible, mais elle survient plus rarement.

Infections à E. coli pendant la Grossesse

Durant la grossesse, le système immunitaire est affaibli, rendant les femmes plus vulnérables aux infections, notamment urinaires. Dans 95% des cas, l’infection urinaire est due à une contamination bactérienne des voies urinaires. Son origine provient dans 90% des cas de la bactérie Escherichia coli (E. coli). En cas d’infection urinaire, la bactérie franchit la région anale et s’introduit par l’urètre. Sa présence empêche l’évacuation complète de l’urine. En cas de grossesse, l’utérus qui se développe exerce une pression sur la vessie qui provoque des envies d’uriner plus fréquentes. De plus, l’augmentation du taux de progestérone peut entraver une vidange complète de la vessie.

Pourquoi les femmes enceintes sont-elles plus affectées ?

Dès le début de la grossesse, les risques d'infection urinaire sont accrus suite aux bouleversements hormonaux que subit le corps de la femme enceinte. L'augmentation du taux de progestérone est le principal responsable. Le tonus du système urinaire diminue et se traduit par une moins grande quantité d'urine produite donc une évacuation moins rapide de cette urine où les germes se développent alors facilement. Au fur et à mesure du développement de l'utérus, le système urinaire est de plus en plus compressé se traduisant par des envies fréquentes d'uriner mais la vessie ne se vide pas complètement. A cela s'ajoute le fait que les urines d'une femme enceinte deviennent moins acides que la normale et cette diminution d'acidité favorise la multiplication des germes dans l'urine.

Certains antécédents prédisposent à l'infection urinaire. La diminution d'acidité de l'urine est un facteur favorable au développement des bactéries. Or le diabète réunit les mêmes conditions et il constitue dès lors une prédisposition à l'infection urinaire. Certaines femmes qui développent un diabète gestationnel vers la fin du deuxième trimestre de grossesse sont donc également plus exposées. Les femmes régulièrement affectées par une infection des voies urinaires avant leur grossesse courent le risque de voir l'infection se répéter à intervalles réguliers jusqu'à l'accouchement. Et enfin, les malformations des voies urinaires ainsi que les calculs aux reins favorisent également les infections.

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Comment s'installe l'infection urinaire ?

Les infections urinaires sont plus fréquentes chez la femme que chez l'homme. Les femmes sexuellement actives sont 5O fois plus exposées que les hommes à cause de la proximité du méat urinaire, du vagin et de l'anus. L'urètre chez la femme ne mesure que 3 à 4 centimètres, tandis que chez l'homme, grâce au pénis, il mesure 10 à 12 centimètres. Si des bactéries sont présentes dans cette région du corps et à cause de certaines habitudes ou de certains manquements, ces bactéries vont infiltrer le système urinaire et infester celui-ci. Si rien n'est fait pour stopper le développement de ces germes pathogènes, ils infecteront non seulement la vessie mais aussi les reins.

Types d'infections urinaires

On distingue 2 types d'infection d'après sa localisation dans le système urinaire:

  • La cystite: cette maladie est le premier stade de l'infection. Les bactéries sont entrées par l'urètre et s'installent dans la vessie où elles trouvent tout ce dont elles ont besoin pour se multiplier.
  • La pyélonéphrite: les bactéries ont continué leur chemin en montant par les uretères et atteignent les reins. Ce stade est bien plus grave que le premier et peut conduire à la pyélonéphrite aiguë si aucun traitement n'est rapidement administré.

Symptômes d'une infection à E. coli pendant la grossesse

Les symptômes provoqués par ECEH apparaissent entre 3 et 4 jours après l’infection.

En cas d’infection urinaire, les symptômes peuvent inclure :

  • Des douleurs abdominales et des crampes.
  • Des diarrhées, lesquelles peuvent évoluer vers des formes sanglantes (colites hémorragiques).
  • Des vomissements et de la fièvre.
  • Un besoin pressant et fréquent d’uriner.
  • Des difficultés à uriner et l’impression de ne pas vider entièrement sa vessie.
  • L’élimination de quelques gouttes d’urine seulement.
  • Des douleurs ou des brûlures à la miction (au moment d’uriner).
  • Des urines malodorantes et troubles (avec parfois des traces de sang).
  • Une sensation de pesanteur ou de poids dans le bas du ventre, des douleurs dans le bas du dos ou le bas du ventre.
  • De la fièvre, des frissons et des nausées.

Quand l'infection atteint les reins, les symptômes sont plus renforcés et d'autres s'y ajoutent comme une forte fièvre, des douleurs au bas du dos ainsi que des nausées provoquant des vomissements. En cas d'infection, la présence de sang dans l'urine n'est pas exclue, urine souvent trouble et malodorante.

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Dans certains cas, il est possible que vous ne ressentiez aucun symptômes alors même que vous avez une infection urinaire. C’est pour cela que des tests d’urine sont mis en place de façon régulière durant la grossesse. En cas d’apparition des symptômes ou si vous avez le moindre doute d’avoir une infection urinaire au cours de votre grossesse, prévenez immédiatement le professionnel chargé de votre suivi. A noter : la présence de fièvre indique une infection urinaire plus sévère.

Risques et Complications

Une infection urinaire pendant la grossesse peut engendrer certaines complications, plus ou moins graves. Si elle n’est pas traitée, l’infection de la vessie (cystite) peut remonter le long de l’uretère (de la vessie jusqu’au rein), et être à l’origine d’une atteinte infectieuse rénale plus grave (pyélonéphrite). Les cystites lorsqu’elles sont prises en charge à temps s’avèrent bénignes pour le futur bébé. En cas de pyélonéphrite, une hospitalisation de quelques jours est nécessaire.

Une infection urinaire peut aussi être responsable d’un travail et d'un accouchement prématuré, ou engendrer un retard de croissance chez le fœtus (avec des bébés de petit poids à la naissance). Il arrive parfois que le bébé soit infecté : en cas d’infection urinaire chez la mère, des analyses sont systématiquement effectuées à la naissance, et un traitement adapté mis en place.

Dépistage et Diagnostic

Grâce au suivi médical précoce et régulier tout au long de la grossesse, la future maman peut être certaine qu'une infection urinaire ne passe pas inaperçue. A chacune de ses visites chez le docteur, un test d'urine est fait au moyen d'une bandelette urinaire réactive. Ce test permet de déceler la présence de leucocytes, appelés aussi globules blancs, et de nitrites. Si la réaction est positive, le médecin demande alors un examen cytobactériologique des urines ainsi qu'un antibiogramme qui sont effectués en laboratoire. Cette analyse permet de détecter la bactérie en cause et donc d'indiquer l'antibiotique à administrer.

Après avoir interrogé sa patiente sur ses symptômes (description, fréquence, circonstances d’apparition…), le médecin réalise une analyse d’urines à l’aide d’une bandelette urinaire réactive. Cet examen rapide permet de mettre en évidence la présence de leucocytes (globules blancs) et de nitrites dans les urines. Dans certains cas, le médecin peut prescrire une analyse d’urines plus complète pour identifier la bactérie (ou l’autre micro-organisme) responsable de l’infection. L’ECBU (Examen cytobactériologique urinaire) est réalisé en laboratoire.

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Traitement

En cas de réaction positive de la bandelette urinaire, le médecin demande une analyse approfondie de l'urine par un laboratoire. Mais comme l'agent responsable de l'infection est dans 80% des cas la bactérie Escherichia coli, le médecin prescrit, sans attendre les résultats, un traitement par antibiotiques auquel cette bactérie est sensible. En cas de besoin, le traitement est réadapté lors de la réception des résultats de l'analyse. Les antibiotiques administrés aux femmes enceintes sont choisis parmi ceux qui ne sont nocifs ni pour la maman ni pour le fœtus bien entendu. Certains traitements consistent en une prise unique d'antibiotiques, d'autres ne durent que 2 à 3 jours mais un traitement sur une durée de 7 jours semble plus efficace. 8 à 10 jours après la fin du traitement, une nouvelle analyse d'urine est effectuée par le laboratoire pour vérifier l'absence totale de bactéries.

Après avoir confirmé le diagnostic d’infection urinaire, le médecin prescrit généralement un traitement antibiotique adapté à la grossesse, comme la céfalexine ou la fosfomycine. D'autres antibiotiques peuvent être utilisés, mais leur choix dépend du stade de la grossesse, de l’antibiogramme et des éventuelles contre-indications. Certains, comme la nitrofurantoïne ou l’association triméthoprime/sulfaméthoxazole, ne sont pas recommandés à certains trimestres. Pour être efficaces, les médicaments doivent être pris pendant toute la durée prescrite, à la bonne fréquence.

Lorsque la maladie a évolué jusqu'au stade de pyélonéphrite, la future maman est hospitalisée pour des examens complémentaires, notamment une échographie des voies urinaires et aussi pour s'assurer de la bonne continuation de la grossesse. Les traitements contre l'infection et la douleur sont alors administrés par voie intraveineuse. Si l'évolution est positive, l'hospitalisation ne dure pas plus de 2 à 3 jours.

Prévention des infections à E. coli pendant la grossesse

C'est bien connu, mieux vaut prévenir que guérir ! Puisque les infections urinaires peuvent être évitées dans la plupart des cas, autant prendre toutes les précautions utiles dont les principales sont :

  • Boire beaucoup d’eau, tout au long de la journée (au moins 2 litres par jour pendant la grossesse).
  • Limiter la consommation de café et d’épices.
  • Consommer des aliments riches en fibres pour éviter la constipation.
  • Ne pas se retenir d’uriner : la vessie doit être vidée régulièrement (et complètement), pour éviter la prolifération des bactéries et autres agents pathogènes.
  • boire un litre et demi à deux litres d'eau par jour.
  • ne pas passer sur la vulve le papier de toilette utilisé pour s'essuyer après avoir été à selle.
  • ne pas se baigner dans des eaux qui pourraient être souillées par des déjections.
  • utiliser un savon naturel doux et non parfumé pour la toilette intime.
  • porter des vêtements en coton pas trop serrés.
  • uriner après les rapports sexuels pour éliminer d'éventuels germes qui se seraient introduits dans l'urètre.

Prévention des infections à ECEH

Les connaissances actuelles ne permettent pas de réduire l’incidence de ECEH au sein des élevages bovins. En revanche, via des tests, il est possible de déterminer si un animal est porteur de la bactérie. Le cas échéant, la viande peut subir un traitement bactéricide qui consiste à la chauffer ou à l’irradier. Ces techniques, bien qu’étant efficaces, ne garantissent pas systématiquement l’absence de ECEH dans les aliments.

La prévention des infections Escherichia coli entérohémorragiques repose tout d’abord sur l’hygiène des mains.

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