Le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), qualifié d’aigle pêcheur, est un grand rapace diurne piscivore. Après avoir disparu de France continentale, il est revenu nicher spontanément en forêt d’Orléans dans les années 1980. Depuis, cet aigle pêcheur recolonise progressivement les territoires perdus. Cet oiseau de grande envergure fait chaque année des passages sur les grands plans d’eau. Ce migrateur fait tourner la tête de plus d’un photographe animalier pour le spectacle qu’il offre lors des séances de pêche.

Description et Identification

Le Balbuzard pêcheur est un grand rapace. Il possède de longues ailes étroites, anguleuses et pointues dont les rémiges et les poignets sont noirs. La queue est courte et striée de bandes fines grises et noires. Le plumage bicolore, dense et huileux, est assez contrasté. Le dos et le dessus des ailes sont brun foncé alors que la poitrine est quasiment blanche avec une bande pectorale sombre. La tête est de couleur claire, petite et nettement en avant du corps. Des bandes sombres traversent l’œil et s’élargissent en descendant sur la nuque. Le sommet du crâne est blanc parsemé de taches brunes. Une collerette hérissée est visible sur la nuque. L’iris est jaune-orangé. Le bec est crochu et noir, grisâtre, voire bleuté à la base. Les pattes sont gris-blanc et pourvues de doigts très puissants prolongés de longues serres noirâtres.

Lorsque l'oiseau est au repos, les bouts des ailes dépassent la courte queue. Son vol battu est lent. En vol plané, les ailes sont légèrement coudées, alors qu’en glissé face au vent, la coudure des ailes est très prononcée, celles-ci formant un W caractéristique.

Le balbuzard peut être confondu avec les jeunes goélands leucophées, à plumage immature, qui présentent une silhouette en vol très similaire au balbuzard. De près, la couleur brune uniforme du goéland se différencie du balbuzard dont le dessus est brun et le dessous blanc.

Dimorphisme sexuel

Il existe un dimorphisme sexuel entre le mâle et la femelle. Hormis la différence de poids, la femelle possède généralement un plastron d'une coloration plus foncée que le mâle chez qui il est absent ou peu marqué. Sous les ailes, cette dernière possède une barre brune que n’a pas le mâle. Ces détails morphologiques peuvent varier selon les individus.

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Plumage du juvénile

Le plumage des juvéniles est sensiblement le même que ceux des adultes à la différence qu’il semble écailleux sur le dos. On peut l’observer sur les axes fluviaux comme la Loire ainsi que sur les lacs, étangs et grands plans d’eau de la région Val de Loire notamment.

Taille et poids

Le balbuzard mesure 50 cm à 58 cm, avec une envergure de 145 cm à 170 cm. Son poids varie entre 1,2 et 2 kg, la femelle étant plus imposante que le mâle.

Voix

Le Balbuzard est habituellement silencieux, mais il utilise des vocalisations pour demander de la nourriture, quand il est menacé, et pendant les parades nuptiales et de défense. Le cri d’alarme est une série de sifflements rauques et descendants « piu-piu-piu-piu ». Pendant les vols nuptiaux, le mâle émet une série de sifflements mélancoliques « yeelp-yeelp-yeelp ». On peut également entendre des séries de « kyews » sonores.

Distribution et Habitat

Le Balbuzard pêcheur a une vaste distribution, excepté en Antarctique. Il se reproduit en Amérique du Nord, en Eurasie, au Moyen-Orient, dans le nord-est de l’Afrique, en Australie et en Indonésie.

Il fréquente les régions boréales et tempérées de l'hémisphère nord, l'Amérique latine, le sud-est asiatique et les côtes de l'Australie. En Europe, on retrouve les colonies de balbuzard principalement en Scandinavie et en Ecosse. La population européenne migre durant l’hiver en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. La population méditerranéenne est quant à elle sédentaire.

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Le balbuzard est présent à des altitudes généralement inférieures à 1000 mètres, mais on peut le trouver jusqu'à 3300 mètres. Il fréquente les lacs, étangs et rivières, dont les eaux sont claires, poissonneuses et non polluées. Il fréquente également les côtes maritimes, notamment les côtes rocheuses et îlots. J’ajouterais qu’en Corse quelques couples nichent sur les falaises rocheuses bordant la mer.

Distribution en France

En France, il existe deux noyaux de populations. Le premier noyau historique est situé sur les côtes occidentales de la Corse. Les effectifs sont passés de 4 en 1974 à 30 couples nicheurs en 2018. Sur le continent, un noyau orléanais s'est constitué à partir du premier couple nicheur qui a été découvert en 1984 dans le Loiret. Ce noyau concentre la majorité des couples de France continentale (46 couples en 2019). Des couples isolés se sont ensuite installés progressivement dans de nouveaux départements à proximité du noyau. Dans la région Grand Est, un second noyau se constitue lentement à partir du couple installé en Moselle en 2008. Après plus de 120 ans d’absence, un couple isolé s’est reproduit en 2018 dans le sud-ouest sur la première aire artificielle installée en 2005 dans les Landes.

Alimentation et Comportement de Chasse

Le Balbuzard pêcheur se nourrit de poissons, capturés dans des eaux peu profondes, ou près de la surface dans les endroits plus profonds. Il pêche en volant, en pratiquant le vol battu et des glissés à environ 10 à 40 mètres au-dessus de la surface. Quand la proie est localisée, il fait brièvement du vol stationnaire et plonge vers l’eau. Juste avant de toucher la surface, il balance ses pattes vers l’avant et courbe les ailes vers l’arrière, et plonge les pattes en premier dans l’eau. Ensuite, il emporte le poisson avec une patte devant l’autre, afin de placer la proie vers l’avant pour faciliter le transport.

Il peut aussi capturer des oiseaux, des serpents, des petits rongeurs et des salamandres.

Les séquences de la pêche

Le balbuzard cherche sa proie, en vol stationnaire à une hauteur d’environ 20 à 30 mètres. Lorsque celle-ci est repérée, il descend en piqué rapide, les ailes à demi fermées. A 2 ou 3 mètres de la surface, il se positionne tête et pattes en avant et ailes rabattues en arrière, puis il plonge pour s’emparer de sa proie. Il est capable par un acte volontaire de fermer ses narines pour éviter la noyade lors de ses plongeons.

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La proie est maintenue la tête en avant, par les serres recourbées. Cette position permet un meilleur aérodynamisme lors du transport jusqu'à l'aire et évite de déséquilibrer l'oiseau lors du décollage. Le doigt externe réversible (pouvant se retourner en arrière) et les spicules (petits renflements composés d'épines) de la face interne des doigts permettent de tenir fermement les proies capturées.

Un battement d’ailes vigoureux va permettre au balbuzard de s’extraire de l’eau et de reprendre son envol avec un poisson pesant généralement de 100 à 250 grammes, mais pouvant atteindre les 2 kilos. Si la proie est trop lourde, elle est lâchée. Il arrive que des jeunes meurent noyés, entraînés par le poids du poisson et par la non-maîtrise de l’acte de fermeture des narines lors des premières sorties de chasse.

S’il n’a pas à rapporter sa proie au nid pour nourrir sa nichée, il cherche un arbre pour se poser et manger le poisson pêché.

Régime alimentaire

Ce rapace diurne a un régime alimentaire à base de poissons. Une étude conduite par le Muséum d’Orléans (Rosoux, Libois, & Schweyer, 2010) montre que le Balbuzard pêcheur consomme une vingtaine d’espèces de poissons en eau douce.

Reproduction et Nidification

La saison de reproduction diffère selon les populations. Les oiseaux non migrateurs se reproduisent en hiver et au printemps, alors que les oiseaux migrateurs préfèrent le printemps ou l’été. Le mâle effectue une parade aérienne élaborée pendant la période nuptiale et juste avant la ponte. L’une de ces parades est nommée « danse dans le ciel ». Le mâle porte un poisson ou quelques matériaux pour le nid. Le Balbuzard pêcheur défend le nid ou le site de nidification en lançant des cris d’alarme quand il est dérangé, ou qu’un prédateur ou un intrus approche du nid.

Le balbuzard peut se reproduire à partir de 3 ans. Le couple qui se crée est en principe fidèle pour la vie et reviendra toujours sur le même site de nidification. Mais il est possible qu'un mâle expérimenté prenne la place d'un autre. Par ailleurs, femelles et mâles visitent plusieurs aires le temps de se retrouver avec leur partenaire respectif. Ainsi, il y a brassage génétique, et dès qu'un individu disparaît, soit d'accident, soit de mort naturelle, il est remplacé.

Le nid

Le nid du Balbuzard pêcheur est placé dans un arbre mort ou une plateforme artificielle. Mais il peut aussi utiliser des structures humaines telles que pylônes, tours, immeubles et autres. Les deux sexes collectent les matériaux. Le nid est fait avec des rameaux de bois, et tapissé de matériaux plus doux comme du varech, des herbes ou même du carton. Mais on peut aussi y trouver du fil de pêche, des sacs en plastique et beaucoup d’autres matériaux artificiels. Le couple utilise le même nid chaque année en ajoutant des matériaux avant la ponte.

Le nid est construit à l’aide de branchages entremêlés et la coupe est garnie de mousses, lichens et herbes sèches. Il est situé sur des points culminants, tels que la cime des arbres (de préférence les pins), les rochers en bordure de mer, les pylônes électriques ou des nichoirs artificiels en dernier recours. Sur les îlots, il peut nicher à même le sol.

Ponte et incubation

La femelle dépose 2-4 œufs sur plusieurs jours, à un ou deux jours d’intervalle. L’incubation dure environ 40 jours, partagée par les parents. Elle commence après la ponte du premier œuf. Le mâle apporte de la nourriture à la femelle jusqu’à l’envol des jeunes. C’est une bonne façon pour lui de garder sa partenaire et de protéger sa paternité. Entre 1 et 4 œufs sont pondus entre fin mars et début mai. L'extérieur de la coquille est tacheté de brun-rougeâtre. L'intérieur est verdâtre. Le mâle défend l’aire de nidification par des vols onduleux et des chants en vol. Les œufs sont couvés par la femelle pendant 37 à 41 jours. Le mâle remplace la femelle lorsque celle-ci se nourrit.

Éclosion et élevage des jeunes

Le premier poussin qui naît est plus grand que les autres. Si la nourriture est rare, le plus petit mourra. Ce procédé porte le nom de « réduction de la couvée ». Les deux parents nourrissent les jeunes. Le mâle apporte la nourriture à la femelle et aux poussins, environ 3 à 10 poissons par jour. L’un des deux adultes déchire des morceaux de poisson pour les donner aux jeunes. Les deux parents nourrissent et protègent les jeunes contre les prédateurs et le mauvais temps.

Les poussins sont couverts de duvet blanc à la naissance, qui devient brun foncé au bout de dix jours. Les plumes remplacent le duvet au bout de deux semaines. Les jeunes quittent le nid entre 50 et 75 jours après la naissance. Ils commencent à pêcher seuls, mais les parents continuent de les nourrir au nid pendant quelques semaines de plus. Ils obtiennent leur maturité sexuelle vers l’âge de 3 ou 5 ans. Cette espèce produit une seule couvée par saison.

Durée de nidification : un exemple concret

Après une période d’accouplement, la ponte a commencé un mois plus tard. Le 31 mai au matin, le premier poussin était sorti de sa coquille. Dans la matinée, le mâle a rapporté un beau poisson à la femelle restée au nid qui s'est empressée de donner la première becquée au jeune balbuzard. Deux autres œufs ont été observés, on peut donc s’attendre à de nouvelles éclosions dans les prochains jours.

Développement des jeunes après l'éclosion (exemples observés)

  • Nid du Ravoir: Le jeune né sur le nid du Ravoir a été observé jusqu’au 24 août, soit presque deux mois après son premier envol. Ce jour-là, il avait notamment essayé d’attraper un poisson en plongeant directement et avec conviction dans l’étang.
  • Nid de Sologne: Le jeune né sur le nid de Sologne a probablement pris son indépendance à partir de la mi-août, cessant de fréquenter le nid pour y être approvisionné en poissons.

Ces observations illustrent la période de transition pendant laquelle les jeunes balbuzards acquièrent leur autonomie.

Fidélité au site de nidification

Les couples sont généralement fidèles à leurs aires de nidification. Donc à leur retour, ils trouvent une structure qu’ils ont aménagée les années précédentes. Ils la réparent et l’aménagent pour accueillir la nouvelle ponte.

Menaces et Conservation

Au début du 20ème siècle, les populations ont décliné à cause de la collecte des œufs, de la chasse et des pesticides. Mais à présent, après l’arrêt de l’utilisation du DDT, les nombres ont largement rebondi, et les structures de nidification artificielles aident ces rapaces à se reproduire tranquillement.

De nombreuses menaces sur le développement du balbuzard sont liées directement à l’homme. Le balbuzard semble assez tolérant aux dérangements dus aux activités humaines régulières. Par contre l’exploitation forestière ou la présence de photographes trop zélés peuvent être très dommageables à ces rapaces surtout en période de reproduction. La limitation des sites de nidification devant répondre à certaines caractéristiques entrave son expansion. Le braconnage, la destruction des nids, le ramassage des œufs par les collectionneurs, le piégeage par accident dans les filets de pêche, l’absorption de poissons ayant brisé leur ligne et portant encore l’hameçon, sont autant de dangers. La migration est une étape dangereuse, certains individus percutant les lignes électriques. La pollution de l’environnement par des pesticides organochlorés (DDT) et des PCB menace également les balbuzards.

Mesures de protection

Pour accompagner son retour en France, l’espèce bénéficie d’un Plan national d’actions (PNA) validé par le ministère en charge de l’écologie et coordonné par le LPO. Lancé en 2020 pour une durée de 10 ans, ce plan d’actions concerne les deux aigles pêcheurs que l’on retrouve en France : le Balbuzard pêcheur Pandion haliaetus et le Pygargue à queue blanche Haliaeetus albicilla.

En France, le Balbuzard pêcheur n’a fait l’objet de mesures réglementaires qu’à partir des années 1960. L’arrêté ministériel du 24 janvier 1972 interdit la chasse de tous les rapaces diurnes et nocturnes en France, qui inclut donc le Balbuzard pêcheur. La loi du 10 juillet 1976 protège tous les rapaces. L’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 liste le Balbuzard pêcheur parmi les oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire et fixe les modalités de sa protection.

Au niveau européen, le Balbuzard pêcheur bénéficie de différents statuts de protection. Il figure en Annexe I de la Directive « Oiseaux », en Annexe III de la Convention de Berne et à l'Annexe II de la Convention de Bonn.

Classification

En 1758, Linné a classé le balbuzard dans la famille des faucons en le décrivant pour la première fois sous le nom Falco haliaetus. En 1809, Savigny nomma le balbuzard avec le genre Pandion mais changea le nom de l’espèce haliaetus par fluviatilis. Ce n’est donc qu’en 1828 que Lesson fit un regroupement des termes pour obtenir Pandion haliaetus.

Il existe plusieurs sous-espèces : Pandion haliaetus haliaetus (Europe, Asie, Afrique du Nord), P.h. carolinensis (Amérique du Nord), P.h. ridgewayi (au sud-est du Mexique), P.h. cristatus (Australie, Asie du Sud-Est).

Migration et Hivernage

La population européenne, à l’exception des oiseaux méditerranéens, passe l’hiver en Afrique. L'arrivée dans les quartiers d'hiver a lieu fin septembre-début octobre.

En mars, un à plusieurs milliers de balbuzards adultes vont traverser la France. Les haltes migratoires sont plus brèves qu’à l’automne, car la concurrence pour récupérer les sites de nidification dans le nord de l’Europe est rude. En région Centre, les arrivées sur les sites ont lieu à partir de début mars et s'échelonnent jusqu'en avril. Les oiseaux nicheurs du bassin méditerranéen s'installent dès février.

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