Il aura fallu attendre cinq longues années pour que Ronja, fille de brigand parvienne enfin légalement sur le territoire francophone, d'abord à la télévision en Belgique, puis intégralement sur TFou Max en France. Cette série télévisée, adaptée du roman suédois d'Astrid Lindgren écrit en 1981 et publié en français dès 1984, suscite l'étonnement. Mais que retenir de cette œuvre particulière ?

Une Série Enfantine avec une Touche Ghibli

Le point le plus important à retenir est qu'il s'agit avant tout d'une série télévisée qui s'adresse presque exclusivement aux enfants. Il n'y a rien de péjoratif dans ce constat. Polygon Pictures et le Studio Ghibli ne se sont jamais cachés quant à leurs intentions vis-à-vis de cette série télévisée. Ce qui fait une grande différence avec la plupart des séries du même genre, c'est que Ronja, fille de brigand est certes une série enfantine, mais avec une couche Ghibli évidente, ce qui fait une grande différence. De fait, si l'on est familier de l'univers de Hayao Miyazaki, dont son fils s'inspire pour forger l'univers de la série, on se sent tout de suite en terrain connu.

Un Scénario Entre Puérilité et Maturité

Tandis que Ronja, fille de brigand semble quelquefois puérile dans son approche, il arrive régulièrement que le scénario fasse soudain preuve d'une étonnante maturité. La série raconte l'histoire de deux bandes rivales de brigands dont les chefs respectifs se haïssent au plus haut point depuis plusieurs décennies, sans que l'on sache véritablement ce qui a provoqué cette fissure entre eux, si ce n'est de deviner qu'elle fut sans nul doute très futile.

Mais lorsque l'armée de gardes envoyée par le châtelain du royaume multiplie les assauts à leur encontre, les deux bandes rivales vont devoir se réfugier dans un même lieu, en l'occurrence un château délabré coupé en deux parties par la foudre quelques années auparavant. Une sorte de symbolique inversée vis-à-vis du mur de Berlin, mais matérialisée par un immense gouffre a priori infranchissable (mais pas tant que ça en réalité) qui sépare les deux clans. Chacun s'approprie donc une moitié de l'édifice, ce qui ne fait qu'amplifier davantage la rivalité des deux chefs respectifs.

L'Union dans l'Adversité : Ronja et Birk

Bien évidemment, ce cycle infernal de haine va soudain s'effilocher quand la jeune Ronja va faire la rencontre de son homologue dans le camp adverse, le jeune Birk. Alors que tout les oppose, chacun va devoir découvrir l'autre afin de s'unir dans l'adversité. Ronja, fille de brigand détonne tout comme elle étonne dans sa construction narrative.

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La Magie Ghibli : Captiver par la Banalité

À l'image de ses grands frères parus en salle, la série télévisée est excessivement lente dans ce qu'elle veut raconter, tout en ayant cette extraordinaire capacité à capter son auditoire alors qu'il ne se passe pas grand chose à l'écran. C'est un détail que j'ai toujours trouvé fascinant dans les œuvres du studio Ghibli et que je n'ai jamais réussi à retrouver n'importe où ailleurs : cette ingéniosité à rendre captivante la banalité du quotidien. Peut-être parce que tout ce qu'on y voit est d'un réalisme saisissant, à tel point d'ailleurs que l'on est tout à fait capable de les reproduire sans la moindre difficulté dans notre vie de tous les jours. Des faits, des situations, des gestes universels que le studio a toujours réussi à capter dans ses œuvres et que l'on retrouve même dans Ronja, fille de brigand alors qu'elle ne s'adresse clairement pas au même public.

De fait, on a bel et bien ce sentiment qu'il ne se passe vraiment pas grand chose d'un épisode à l'autre, tout au plus Ronja se balade en forêt, va pêcher, se baigne dans un lac, se fait poursuivre par des harpies, voire se laisse envoûter par d'étranges créatures des brumes. En toute bonne foi, je peux tout à fait affirmer que Ronja, fille de brigand aurait tout à fait pu être proposée en un long métrage de deux heures sans que l'on n'y perde l'essentiel. Mais la série télévisée a l'énorme avantage d'imposer une atmosphère et une ambiance qui a tout le temps de se mettre en place, suffisamment pour imposer un retournement de situation superbement amené dans le double épisode de milieu de saison et qui change radicalement la donne. Après cela, il devient quasiment impossible de décrocher de Ronja, fille de brigand jusqu'à son dénouement. On se laisse facilement happer par l'intrigue qui, finalement, se dessinait derrière les apparences mollassonnes de chacun des épisodes précédents.

Une Technique Visuelle Innovante

Techniquement parlant, Ronja, fille de brigand est une copie calque de l'hérétique saison 2 franco-française de Les mystérieuses cités d'or réalisée par Blue Spirit et proposée à la télévision en 2012. Les deux séries reposent exactement sur la même idée de design qui combine des arrières plans en 2D et des personnages en 3D rehaussés de contour noirs, façon cel-shading. Même si j'admets avoir en horreur la suite des aventures d'Estaban, Zia et Tao, je suis obligé d'admettre que visuellement, la combinaison 2D/3D fonctionnait parfaitement, notamment parce que les arrières plans étaient vraiment riches. Je n'en dirai pas autant de l'animation des personnages, ni de l'intrigue franchement gnagnan par contre. Ronja, fille de brigand fait exactement la même chose dans le principe (résumé et accroche de l'épisode suivant inclus, mais sans le mini-reportage), mais en beaucoup mieux. On retrouve ainsi cet univers onirique propre aux œuvres Ghibli, comme une sorte de paysage médiéval fantastique tout à fait crédible. Mais l'animation et la psychologie des personnages sont hautement mieux travaillés que dans l'autre série française.

Des Personnages Attachants et Complexes

C'est simple, chaque protagoniste présenté à l'écran est instantanément adopté par le spectateur alors même que leur animation est parfois survoltée. À travers le premier épisode qui lui est entièrement consacré, la naissance et la jeunesse de Ronya permet à l'histoire et ses personnages de bénéficier d'une énorme mise en valeur. Chaque protagoniste est présenté de manière habile et, alors que la plupart d'entre eux sont dès le départ présentés comme des clichés sur pattes, chacun d'eux dévoile petit à petit une personnalité bien plus complexe qu'il n'y paraît au fil du temps. Si Ronya et Birk sont sans nul doute possible les deux personnages principaux de la série, c'est incontestablement Mattis, le père de Ronya, qui attire à lui tous les suffrages.

Mattis : Un Anti-Héros Attachant

Son attitude exubérante, tout comme son humeur changeante qui passe d'un extrême à l'autre en un tournemain, font de lui un personnage résolument attachant alors qu'il s'agit, totalement, d'un pur anti-héros. Contre vent et marées, Mattis reste en son fort intérieur un brigand malgré tout. Mais un brigand dont le cœur se laisse facilement envahir par toutes sortes d'émotions, bien trop souvent négatives. L'alchimie avec le spectateur est telle que la blessure qu'il finit par éprouver dans le double épisode de milieu de saison finit par nous atteindre aussi.

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Un Conflit de Générations

Ronja, fille de brigand, c'est avant toute chose une intrigue qui oppose les générations, surtout celle qui décide de remettre en cause les acquis de leurs aînés. Jusqu'à la naissance de Ronya et de Birk, chaque clan campait sur sa position, l'autre clan était simplement l'ennemi à abattre, tout du moins à soumettre à la volonté du plus fort. Aucun ne remettait en question cette haine farouche qui gangrénait leurs relations depuis plusieurs décennies. Même Ronya et Birk n'hésiteront pas à s'affronter, verbalement dans un premier temps, convaincus que ce que leurs pères leur disaient était une vérité universelle. Puis, soudain, sans chercher à provoquer volontairement l'évènement, l'un des deux enfants va instinctivement sauver l'autre d'une situation périlleuse. L'acte, absolument non prédéterminé, va définitivement sceller leur alliance, chacun s'efforçant de plus en à plus à veiller aux besoins de l'autre, la plupart du temps au nez et à la barbe de leurs familles respectives.

Des Personnages Féminins en Retrait

Si Ronja, fille de brigand n'est pas dénué de qualité, elle compte aussi plusieurs défauts, sans qu'ils ne soient pour autant rédhibitoires. Si l'on exclut Ronya, la série ne compte en tout et pour tout que deux personnages féminins qui flottent un peu à la marge du récit : Lovis, la mère de Ronya, et Undis, la mère de Birk. Et encore, des deux personnages, Undis voit sa présence à l'écran des plus limitées car la série concentre quasi-intégralement son récit du point de vue de Ronya et du clan de Mattis.

Du coup, Undis n'existe qu'en toile de fond, souvent parce que Birk parle d'elle, ou parce que certains flashback la mettent en scène. Tout juste retient-on qu'elle est une femme de caractère, mais c'est à peu près tout. De son côté, si Lovis ne manque pas de qualité, ni d'autorité, les fans du studio Ghibli auront tôt fait de voir en elle l'amalgame de la vieille Ma Dora, aperçue dans Le château dans le ciel, une femme forte qui impose rien que par sa prestance sa personne dans un clan composé uniquement d'hommes (sans compter ses nattes caractéristiques), et de la douce boulangère Osono vue dans Kiki, la petite sorcière qui influence peu le destin de sa fille, ni ne remet en cause les décisions de son mari. Souvent passive dans ses actions, Lovis reste cependant très alerte dans tout ce qui l'entoure et elle est souvent la plus perspicace de la famille, anticipant les réactions de sa fille.

Une Bande Originale Répétitive

Parmi les autres griefs, la bande originale fait à la fois la force et la faiblesse de Ronja, fille de brigand. Aux oreilles, chaque nouveau morceau entendu est une petite merveille. Cela commence d'ailleurs dès le tout premier épisode qui comporte, de plus, ce qui s'apparente à une jolie berceuse. Toute la bande originale s'inspire de musiques à tendance celtique, mélangeant principalement des instruments à cordes (piano, harpe, guitare, violon), quelques uns à percussion (tambour) et des airs joués à la flûte. Le rendu global est vraiment très bon, car la bande originale embrasse de nombreux styles musicaux qui accompagne vraiment très bien ce qui se passe à l'écran.

Plusieurs moments de la bande originale vont d'ailleurs rester immédiatement en mémoire, à commencer par la chanson du loup et, surtout, le morceau "Mata Ashita" qui revient à chaque fois en introduction ou au sein même de l'épisode visionné. Or, là où le bas blesse, c'est précisément dans cette récurrence éprouvante des mêmes morceaux musicaux d'un épisode à l'autre. Si la première fois, la musique fait mouche, elle commence par gêner quand on l'entend pour la dixième fois, puis on a finit par complètement l'occulter la vingtième fois. C'est dommage, car cela donne l'impression que Ronja, fille de brigand est finalement une série à petit budget typiquement japonaise.

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