La diverticulose colique, caractérisée par la présence de diverticules dans le côlon, est une condition anatomique fréquente qui se développe généralement avec l'âge. Bien que souvent asymptomatique, elle peut évoluer vers une diverticulite, une inflammation ou infection des diverticules, nécessitant alors une prise en charge spécifique. Cet article explore en détail le rôle de l'alimentation dans la gestion de la diverticulose et de la diverticulite, en s'appuyant sur des données scientifiques et des recommandations médicales actuelles.
Qu'est-ce que la diverticulose colique ?
La diverticulose colique est définie par la présence de diverticules sur le côlon. Ces petites poches se forment lorsque la pression à l'intérieur du côlon pousse le revêtement intérieur au travers de zones de fragilité de la paroi musculaire. La diverticulose est une anomalie anatomique du gros intestin qui se développe avec l’âge. La fréquence de la diverticulose augmente avec l’âge, touchant 50 % des plus de 70 ans.
Chez environ les trois quarts des personnes concernées, la diverticulose du côlon ne provoque pas de symptômes et, en particulier, n’est pas à l’origine de troubles fonctionnels de l’intestin. Néanmoins, chez environ 25 % des personnes souffrant de diverticulose, le diamètre du diverticule va augmenter petit à petit et des débris alimentaires peuvent s’y accumuler. Cette inflammation touche également les zones du côlon qui sont à proximité du diverticule enflammé.
Diverticulite : Quand la diverticulose s'enflamme
La diverticulite survient chez des individus déjà atteints de diverticulose colique. La diverticulite est l’infection des diverticules, à l’origine de douleurs inhabituelles, intenses et de fièvre. Les signes associés sont des douleurs de la fosse iliaque gauche, des troubles du transit, de la fièvre… Les diverticulites, diverticules inflammés, peuvent perforer soit sous forme d’abcès : infection localisée au contact du côlon, soit sous forme de péritonite (inflammation et/ou infection du feuillet qui entoure les organes dans le ventre). D’autres complications peuvent survenir comme des fistules (communication du côlon avec un organe de voisinage tels la vessie, l’intestin grêle ou le vagin) ou de sténose (un rétrécissement inflammatoire du diamètre du côlon qui peut faire suite à l’infection). En dehors des infections, les diverticules peuvent saigner (hémorragie), le plus souvent sous la forme d’une émission brutale de sang rouge par l’anus (rectorragie).
Diagnostic de la diverticulite
Face à une douleur abdominale persistante, il est normal de s’inquiéter. La bonne nouvelle, c’est que votre diverticulite peut être diagnostiquée de manière fiable grâce à un parcours médical bien codifié. Celui-ci combine l’examen clinique, les analyses sanguines et, en cas de doute ou de suspicion de complication, l’imagerie médicale.
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La première étape est la consultation médicale. Le médecin commence par un interrogatoire détaillé (type de douleur, durée, symptômes associés comme la fièvre, les troubles digestifs, les antécédents). Ensuite, il procède à un examen abdominal. La région douloureuse (souvent en bas à gauche) est palpée pour évaluer la sensibilité. Dans certains cas, une défense ou une tension de la paroi abdominale peut être ressentie, ce qui oriente vers une inflammation plus importante.
Un bilan sanguin vous est ensuite prescrit pour confirmer la suspicion : une élévation de la CRP (protéine C-réactive), qui traduit une inflammation, une hyperleucocytose (globules blancs élevés), qui évoque une infection, et parfois des perturbations électrolytiques si la maladie s’accompagne de vomissements ou de déshydratation.
Lorsque les symptômes laissent penser à une diverticulite, votre médecin peut demander un scanner abdominal. C’est l’examen de référence pour confirmer le diagnostic et détecter d’éventuelles complications. Le scanner permet de visualiser directement les diverticules et l’inflammation de la paroi colique, d'identifier des signes d’abcès, perforation ou fistule, qui nécessitent une prise en charge spécifique, de différencier la diverticulite d’autres causes de douleurs abdominales (appendicite, colite, calculs urinaires, cancer colorectal).
Alimentation pendant une crise de diverticulite
Lors d'une crise de diverticulite avec des douleurs importantes ou des saignements dans les selles, il est impératif de consulter immédiatement un médecin. Pendant la phase aiguë, un régime sans résidus est souvent prescrit afin de mettre le côlon au repos.
Régime sans résidus : principes et aliments autorisés
Le régime sans résidus vise à minimiser le volume des selles et à réduire la stimulation du côlon. Au menu : riz et pâtes blanches, laitages, bouillon… mais surtout ni fruits et légumes ni céréales complètes.
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Traitement de la crise aiguë
La prise en charge d’une crise aiguë de diverticulite dépend de sa gravité. Dans la majorité des cas, elle peut être traitée sans chirurgie, avec un suivi médical attentif. Dans les formes simples, il vous est conseillé de limiter l’alimentation solide pendant quelques jours et de privilégier une hydratation abondante et une alimentation liquide (eau, bouillons clairs). Cela permet au côlon de se reposer et de réduire l’inflammation.
Les recommandations récentes indiquent qu’en cas de diverticulite non compliquée, les antibiotiques peuvent être évités chez les patients en bon état général. En revanche, ils restent essentiels en cas de fièvre élevée, immunodépression ou signes de complications. Le paracétamol serait privilégié pour soulager la douleur. Les anti-inflammatoires seraient, quant à eux, généralement évités car ils peuvent augmenter le risque de complications digestives. L’hospitalisation est indiquée si votre douleur est très intense, si le patient présente une fièvre élevée, des vomissements persistants, une suspicion de perforation, d’abcès ou si son état général est fragile.
Alimentation après une crise de diverticulite : Prévention et recommandations
Une fois la crise passée, on conseillera d'augmenter progressivement sa consommation de fibres jusqu’à adopter un régime riche en fibres. Pour éviter que les matières fécales ne restent coincées dans les diverticules, on favorise un bon transit en consommant plus de fibres (25 g/jour en moyenne).
L'importance des fibres
Les fibres jouent un rôle crucial dans la prévention de la constipation et la régularisation du transit intestinal. Elles augmentent le volume des selles, les ramollissent et facilitent leur passage dans le côlon, réduisant ainsi la pression sur les parois et limitant le risque de formation de nouveaux diverticules ou d'inflammation.
Quels aliments privilégier ?
- Fruits et légumes: Ils sont une excellente source de fibres, de vitamines et de minéraux. Il est préférable de choisir des fruits et légumes bien mûrs, cuits ou pelés pour faciliter la digestion. Le kiwi, doté de fibres longues et tendres, c’est un excellent allié ! Il permet d’augmenter sa consommation de fibres sans inconfort intestinal.
- Céréales complètes: Pain complet, riz brun, pâtes complètes, quinoa, avoine… Ces aliments sont riches en fibres insolubles, qui augmentent le volume des selles et accélèrent le transit. On opte pour du pain de son riche en fibres digestes et bénéfiques au transit.
- Légumineuses: Lentilles, pois chiches, haricots… Elles sont une excellente source de fibres solubles et insolubles, ainsi que de protéines végétales. Mais mollo avec ses “cousins” secs (haricots rouge ou blanc, pois, lentilles, fèves, flageolets…).
Aliments à consommer avec modération ou à éviter
- Aliments transformés et riches en sucres: Chocolat, bonbons, sodas et d’autres produits très sucrés contiennent des glucides rapidement assimilés qui peuvent entraîner une perforation des diverticules et provoquer des hémorragies et infections diverticulaires.
- Aliments pouvant se coincer dans les diverticules: Certes bénéfiques au transit car riches en fibres, la plupart (graines de lin, de sésame…) peuvent se coincer dans le côlon.
- Farine raffinée: Sa farine raffinée peut provoquer une perforation des diverticules.
Conseils supplémentaires
- Boire suffisamment d'eau: L'eau est essentielle pour ramollir les selles et faciliter leur transit. Il est recommandé de boire au moins 1,5 à 2 litres d'eau par jour.
- Manger lentement et bien mastiquer: Broyer les aliments - surtout les plus durs - et les imbiber de salive facilite la digestion dans l’estomac. Cela évite qu’ils n’arrivent entiers dans le côlon et se coincent dans les diverticules, favorisant les inflammations.
- Activité physique régulière: L'exercice physique stimule le transit intestinal et contribue à prévenir la constipation.
Idées reçues et mises à jour
Contrairement à une idée reçue, les fruits à coque (noix, noisettes, amande, pistaches …), le blé et le maïs ne sont absolument pas déconseillés en cas de diverticulose. Aucun traitement n’a démontré sa capacité à prévenir les diverticulites et les récidives de diverticulite. Que ce soit en prévention de la formation de diverticules ou vis-à-vis du risque de diverticulite, aucune étude n’a mis en évidence le rôle des fibres, de même, l’augmentation de l’activité physique, la réduction du tabagisme, la consommation d’alcool ou de boissons caféinées ne préviennent pas les diverticulites.
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Le microbiote intestinal et la diverticulite
Votre microbiote intestinal agit comme une barrière protectrice : il limite l’inflammation, régule l’immunité locale et empêche la prolifération de bactéries pathogènes. Mais lorsqu’un déséquilibre (dysbiose) s’installe, la muqueuse colique devient plus vulnérable. Plusieurs travaux scientifiques suggèrent que la diverticulite est liée à : une perte de bactéries protectrices productrices de butyrate (anti-inflammatoires), une surabondance de bactéries pro-inflammatoires comme Ruminococcus gnavus, une altération du métabolisme microbien, qui favorise l’inflammation chronique. Une étude récente combinant métagénomique et métabolomique aurait montré que les patients atteints de diverticulite présenterait une signature microbienne spécifique, caractérisée par une dysbiose associée à des perturbations métaboliques qui favoriseraient l’inflammation.
Facteurs de risque et prévention
Médicaments et diverticulite
La prise de médicaments corticoïdes, d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dont l’aspirine et de traitements de chimiothérapie, favorise les complications infectieuses des diverticules.
Prévention des complications
Nul besoin de traiter une diverticulose. En cas de diverticulite aiguë non compliquée, la prescription d’antibiotiques peut être nécessaire, mais uniquement lorsque le traitement médical symptomatique par antidouleurs et laxatifs est inefficace L’antibiothérapie, encore prescrite larga manu serait, dans l’immense majorité des cas, inutile ; des études ayant démontré que l’évolution était identique sous antibiotiques ou non. En revanche, la diverticulite compliquée requiert une antibiothérapie par voie intraveineuse. Pour l’ensemble des complications - péritonite, fistules ou sténose - l’intervention chirurgicale est incontournable avec l’ablation de la partie du côlon où siègent les diverticules en cause. La colectomie prophylactique, c’est-à-dire la résection d’une partie du côlon en prévention de la survenue ou de la récidive de complications, fait débat.
Signes d'alerte
Les signes d’alarmes sont ceux qui font craindre une complication des diverticules comme une douleur au niveau de la fosse iliaque gauche (région de l’abdomen située à gauche en bas de l’ombilic) brutale ou inhabituelle, très intense, accompagnée de fièvre pas forcément très élevée et éventuellement de troubles du transit et de signes urinaires. Ce peut être des brûlures, une envie fréquente d’uriner (pollakiurie) causées par un abcès au contact de la vessie, une fécalurie (présence de matières fécales dans l'urine) ou une pneumaturie (présence d'air ou de gaz dans les urines). L’apparition d’une constipation ou d’une occlusion du côlon peuvent témoigner de la formation d’une sténose inflammatoire.
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