En France, la diarrhée est un problème courant chez les veaux allaitants, affectant environ un veau sur cinq dans les deux premières semaines de vie. Ces épisodes diarrhéiques représentent une part importante des signes cliniques observés chez les jeunes veaux, avec un impact financier, zootechnique et sur le bien-être animal. Les diarrhées néonatales ne sont plus une fatalité.

Impact économique et zootechnique

L'impact financier d'une épidémie de diarrhée dans un élevage peut être considérable, incluant les coûts des traitements, de la main d'œuvre et les pertes potentielles de veaux. La maladie peut se propager rapidement, touchant une proportion importante des veaux, parfois jusqu'à 70 à 100 %. Sur le plan zootechnique, toute perte de croissance durant les six premiers mois de vie du veau peut avoir des conséquences à long terme, affectant le développement musculosquelettique et réduisant potentiellement la carrière productive et reproductrice de l'animal adulte. En élevage laitier, on estime les pertes directes à 125 euros par veau malade (temps de travail inclus). Au-delà des épisodes de diarrhée, on a constaté des effets à plus long terme comme un risque accru de pneumonie, un vêlage de la génisse en moyenne plus tardif, des pertes de production laitière et une moindre longévité de la vache.

Agents infectieux responsables des diarrhées

Les agents infectieux responsables des diarrhées chez les veaux sont nombreux, et il est fréquent que plusieurs agents coexistent chez un même veau. Parmi les principaux agents, on retrouve :

  • Colibacilles : Bien que la plupart des colibacilles soient des hôtes normaux de l'intestin, certaines souches sont pathogènes. Les diarrhées à colibacilles entérotoxinogènes (ETEC) touchent les très jeunes veaux (dans les deux premiers jours) et se manifestent par des diarrhées très liquides, d'apparition brutale et de couleur jaune paille, accompagnées d'une déshydratation sévère et rapide. Les diarrhées à colibacilles entéropathogènes (EPEC), quant à elles, affectent les veaux plus âgés (de 2 jours à plusieurs mois) et se caractérisent par des diarrhées plus consistantes, avec présence de mucus et parfois de sang digéré. La déshydratation est moins rapide, mais l'atteinte générale peut être importante.
  • Salmonelles : Les salmonelles sont moins fréquemment rencontrées chez les veaux que les colibacilles. Elles provoquent une hyperthermie importante (40 à 41 °C) chez les veaux âgés de 8 jours à 2 mois, accompagnée d'une diarrhée pouvant être sanguinolente et contenir des débris de muqueuse intestinale.
  • Rotavirus : Les rotavirus affectent les veaux âgés de quelques jours, provoquant des diarrhées d'intensité variable selon la souche infectante, la pression d'infection, la protection colostrale et les infections concomitantes. La diarrhée est généralement pâteuse à liquide.
  • Coronavirus : Les coronavirus entraînent des diarrhées avec des troubles plus importants (abattement et déshydratation) chez les veaux âgés de 5 à 10 jours. L'épisode diarrhéique peut être plus ou moins intense, parfois sanguinolent, et peut entraîner la mort de l'animal.
  • Cryptosporidies : Il n'existe pas de symptôme spécifique permettant de distinguer la cryptosporidiose des autres diarrhées. On observe des signes généraux tels qu'une apathie, une démarche ébrieuse et une faiblesse musculaire, ainsi que des signes digestifs avec émission de selles pâteuses ou mucoïdes de couleur jaune avec des filets de sang et d'odeur fétide. L'atteinte se situe surtout entre 5 et 15 jours. En France, c’est même l’agent pathogène primaire pour 60% des cas de diarrhée entre 5 jours et 21 jours d’âge.
  • Coccidies : Les coccidioses touchent les veaux à partir de 3 semaines, bien que la contamination puisse se faire dès la naissance. La diarrhée peut prendre une forme hémorragique.

Diagnostic

Bien que les symptômes puissent orienter le diagnostic vers l'agent responsable, ils ne permettent pas à eux seuls de le connaître avec certitude. Il est donc nécessaire de recourir à des examens de laboratoire pour identifier l'agent pathogène impliqué. Prélever dès le premier veau à diarrhée, permet de recourir rapidement à l’analyse si besoin : un prélèvement d’excréments avant tout traitement devra être réalisé dans un pot stérile.

Prévention

La prévention des diarrhées chez les veaux repose sur plusieurs mesures clés :

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  • Hygiène : Une hygiène stricte est nécessaire dès la naissance du veau. Un logement propre et adapté est indispensable pour prévenir les maladies. Pour la mère, la toilette périnéale et le nettoyage du pis avant la première tétée sont importants. Surfaces faciles à nettoyer et désinfecter.
  • Colostrum : La gestion colostrale rigoureuse est fondamentale pour prévenir les diarrhées. Il est essentiel de veiller à la propreté du colostrum, de le prélever et de le faire boire au veau le plus rapidement possible après la naissance, d'évaluer sa concentration en anticorps et de constituer une colostrothèque pour pallier les éventuelles insuffisances. La norme est de maintenir la contamination des colostrums en deçà de 100 000 germes/ml. Distribuer rapidement le colostrum est également décisif pour que le veau profite du transfert des anticorps. En effet, le passage entre les intestins et le sang rétrécit progressivement après la naissance et se ‘ferme’ complétement à 24h de vie.
  • Vaccination : La vaccination des futures mères assure la protection du veau contre certains pathogènes. Même si les diarrhées des veaux continuent d’apparaître après la vaccination des mères, cela facilite beaucoup le traitement : les veaux malades réagissent mieux et plus vite aux thérapies mises en place. Utiliser un vaccin correspondant au microbisme détecté dans l’élevage. Respecter la chaine du froid pour le transport et le stockage du vaccin ainsi que la péremption et la durée de conservation après première ouverture éventuelle. Utiliser des aiguilles et des seringues à usage unique en respectant la bonne voie d’administration. La vaccination des gestantes permet de transférer au veau via le colostrum des anticorps circulants dans la voie sanguine et via le lait de transition des anticorps locaux qui tapissent l’épithélium intestinal.
  • Logement : Les veaux doivent être logés dans des conditions optimales, en niches individuelles ou en cases collectives, en veillant à ce qu'ils disposent d'un espace suffisant, qu'ils soient à l'abri des intempéries et des températures extrêmes, et que les logements soient régulièrement nettoyés et désinfectés. L’orientation du logement a un fort impact sur la qualité de sa ventilation.
  • Autres mesures : La désinfection du nombril réduit fortement les risques d'infection. Il convient de contrôler régulièrement le cordon par palpation sur les 2 premières semaines de vie. A partir de 4 semaines avant le vêlage, les apports nutritionnels doivent alors être contrôlés. Dans le cas de fortes chaleurs les vaches taries sont exposées à un stress thermique dont les répercussions vont toucher en partie le veau à naitre. En effet, l’apparition de diarrhées est favorisée en raison de la dégradation du transfert immunitaire et de la diminution de l’absorption des anticorps.

Conduite à tenir en cas de diarrhées

En cas de diarrhée chez un veau, il est essentiel d'agir rapidement :

  1. Isoler le veau malade avec sa mère dans un box approprié pour éviter la contamination des autres animaux.
  2. Repérer les cas graves nécessitant l'intervention d'un vétérinaire (état général affecté, hypothermie ou hyperthermie, diarrhée sévère, douleur abdominale, muqueuses pâles, absence de réflexe de succion, signes de déshydratation importante).
  3. Soigner les cas moins graves en administrant un réhydratant oral pour compenser la perte d'eau et d'électrolytes.

Réhydratation du veau

Le veau meurt rarement de septicémie, il meurt de déshydratation. Il faut lui apporter de l’eau et des électrolytes ou ions. Le choix du moyen de réhydratation va dépendre de l’état de déshydratation du veau. Une réhydratation par voie orale au moyen d’un réhydratant oral suffit lorsque la déshydratation est légère. Il va permettre de corriger la déshydratation en apportant des électrolytes et apporter de l’énergie au veau grâce aux acides aminés et aux glucides voire corriger l’éventuelle acidose débutante via les substances tampon. Cette réhydratation doit être réalisée de manière précoce dès les premiers signes d’apparition de la diarrhée, directement en buvée ou bien par sondage œsophagien. Demandez conseil à votre vétérinaire sur le choix du réhydratant oral ainsi que sur sa quantité et sa fréquence d’administration. En revanche, dès lors que l’état de déshydratation du veau est modéré voire grave, une réhydratation par voie intraveineuse s’impose. Il est alors nécessaire de rapidement contacter votre vétérinaire.

Traitements naturels complémentaires

En parallèle des traitements conventionnels, il est possible d'utiliser des traitements naturels pour soutenir l'immunité et l'appétit du veau :

  1. Foin de marais : Distribuer du foin de marais accessible sans que les veaux n’aient à lever la tête. Le foin doit être distribué à volonté jusqu’à 6 mois d’âge. Il doit être quotidiennement agité et renouvelé régulièrement.
  2. Tétine : Utiliser une tétine résistante, neuve par veau, à 60 cm de hauteur. Placer la tétine à 60 cm de hauteur pour que le veau relève la tête, ce qui stimulera la fermeture de la gouttière oesophagienne.
  3. Eau : De l’eau à volonté, même après les buvées, dès 2 jours d’âge. Ne diluez pas le lait avec de l’eau.
  4. Argile : Distribuer de l’argile illite ou montmorillonite à volonté dans un seau.
  5. Thé de foin et d’orties : Servir du thé de foin et d’orties pour hydrater, minéraliser et booster la prise alimentaire du veau.
  6. Miel ou café : Stimuler l’appétit avec du miel ou du café.
  7. Huile de foie de morue : Distribuer un complément d’huile de foie de morue.
  8. Kéfir : Distribuer du kéfir maison.
  9. Plantes séchées : Utiliser des plantes séchées aux propriétés anti-diarrhéiques (camomille allemande, caroube, chardon marie, tanins de chataîgnier, curcuma, cyprès, échinacée, noyer, origan, vigne, réglisse, romarin, thym).
  10. Shiatsu animalier : Faire une manipulation simple de shiatsu animalier.

Analyses complémentaires

Afin de lutter plus efficacement, il est judicieux de définir les causes de ces diarrhées. Pour cela, des analyses peuvent être effectuées. D’autres analyses complémentaires peuvent permettre d’affiner le diagnostic ou d’identifier certains facteurs aggravants.

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