Le diabète de type 1 est une maladie chronique qui affecte la capacité du corps à produire de l'insuline, une hormone essentielle pour réguler le taux de sucre dans le sang. Cette condition peut avoir un impact significatif sur la vie des femmes, notamment en ce qui concerne la fertilité, la grossesse et la gestion de la santé en général. Cet article explore les aspects liés au diabète de type 1 chez les femmes, en abordant les questions de fertilité, les complications potentielles pendant la grossesse, le suivi médical nécessaire, et la prévention des risques associés, tout en considérant le contexte de l'interruption volontaire de grossesse (IVG).
Fertilité et Diabète de Type 1
L'un des problèmes majeurs pour les jeunes femmes atteintes de diabète sucré (Diabetes Mellitus - DM-) est la possibilité d'avoir des enfants. Il a été prouvé que le diabète de type 1 réduit la période reproductive de la femme, en retardant l’apparition de la première menstruation. Toutefois, ce qui est plus important en termes de fertilité, il anticipe l’âge de la ménopause en raison d’un certain degré de vieillissement ovarien prématuré. Par ailleurs, il semble que la déficience d’insuline et que l’élévation du glucose dans le sang peuvent altérer le fonctionnement normal du système reproductif. Le Syndrome des Ovaires Polykystiques SOP (cause de troubles ovulatoires) est associé au diabète de type 1. Il est estimé qu’entre 7% et 12% des femmes de diabète de type 1 ont un Syndrome des Ovaires Polykystiques. Tous ces aspects conditionnent le besoin de recourir à des traitements de fertilité. Le principal ennemi pour obtenir un bon résultat des traitements de fertilité est l’âge. Le traitement habituellement utilisé pour la stimulation ovarienne ne modifie pas les niveaux de glucose. Il faut prendre en compte que l’organogénèse a lieu dans les premières semaines de gestation, à partir du transfert. Il ne semble n’y avoir aucune différence importante entre le contrôle métabolique obtenu par une pompe à perfusion continue d’insuline ou schéma basal-bolus avec de multiples doses d’insuline.
Dans le cas des femmes ayant un diabète de type 2, le contrôle métabolique est plus simple, bien qu’elles tendent à être des femmes d’un âge plus avancé et atteintes d’obésité, du Syndrome des Ovaires Polykystiques et d’autres comorbidités qui vont assombrir le résultat des traitements de fertilité. Concernant le traitement pour le diabète, un traitement oral avec metformine peut être utilisé. Il est crucial de passer une consultation préconceptuelle endocrinienne pour la mise au point de toutes les éventuelles complications du diabète et des comorbidités. Un contrôle métabolique adéquat est indispensable avant toute tentative de conception.
Grossesse et Diabète: Une Affaire de Suivi Rigoureux
Devenir maman lorsque l’on est diabétique, quel que soit le type de diabète, c’est possible, mais cela ne s’improvise pas! Si l'on peut concilier diabète et grossesse, la grossesse diabétique reste une grossesse à risques. Avec une grossesse programmée, un bon équilibre glycémique dès la conception et un suivi spécifique adapté, vous mettrez toutes les chances de votre côté pour vous et votre enfant.
Pourquoi programmer sa grossesse?
En tant que femme diabétique, il est essentiel d'être rigoureuse sur la contraception pour éviter les grossesses “surprises” ou repérées tardivement. En effet, un diabète mal équilibré et une grossesse non encadrée exposent le fœtus et la future maman à des risques dès les premiers mois. Il est recommandé de parler de votre désir de maternité à votre diabétologue afin d’effectuer tous les bilans nécessaires pour vérifier votre état de santé et d’obtenir au moins 3 mois avant la conception une hémoglobine glyquée (HbA1c) entre 6 et 6,5 %.
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Les Risques Potentiels
La grossesse diabétique est une grossesse à risques qui peut exposer le bébé et la mère à des complications. Les malformations, notamment cardiaques, sont plus courantes chez les bébés de mamans dont le diabète n’est pas équilibré pendant la grossesse. L'hydramnios, une augmentation du liquide amniotique, est fréquent chez les femmes diabétiques, augmentant le risque d'accouchement prématuré. La souffrance fœtale est surveillée en fin de grossesse par des monitorings. Le diabète, associé à un déclenchement de l’accouchement (le plus souvent 3 semaines avant terme), peut entraîner des problèmes respiratoires à la naissance dus à un manque de maturation pulmonaire. La dystocie des épaules est une complication possible de l'accouchement d'un bébé macrosome.
Lorsque la grossesse est programmée, que l'hémoglobine glyquée à la conception est sous les 6,5 % et que les objectifs glycémiques sont maintenus tout au long de la grossesse, la fréquence des malformations est la même que chez les femmes non diabétiques. Dans ces conditions, les risques de mort fœtale sont eux aussi réduits.
Suivi Médical Renforcé
Plusieurs éléments garantiront une grossesse réussie pendant la période périnatale. Tout au long de la grossesse, des examens réguliers et spécifiques seront pratiqués en complément du suivi médical classique.
Parmi les examens à effectuer avant la grossesse, on peut citer :
- HbA1c < à 6,5 % (avec un minimum d'hypo et d'hyperglycémies)
- Un examen de fond d'œil à réaliser pour identifier toute rétinopathie débutante qui pourrait s'aggraver pendant la grossesse.
Il est souhaitable de repérer une maternité de niveau 2 ou 3. Pour un suivi optimal de la grossesse, il est recommandé de s’entourer de spécialistes (gynécologue obstétricien, diabétologue, échographiste…) pour une meilleure coordination. L’appui du diabétologue, avec des rendez-vous une à deux fois par mois, est indispensable pour l’adaptation des doses d’insuline tout au long de la grossesse.
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En plus des analyses sanguines habituelles pour toute femme enceinte, on demandera une HbA1c ou une fructosamine une fois par mois. Un à trois fonds d'oeil sont préconisés. Des échographies sont réalisées pour surveiller la croissance de bébé, sa prise de poids et la quantité de liquide amniotique, particulièrement en fin de grossesse. Une échocardiographie peut être prescrite pour détecter une éventuelle malformation. Dans les dernières semaines de la grossesse, des monitorings réguliers sont en général effectués.
Alimentation et Traitement Adaptés
La surveillance du poids et de l'équilibre glycémique étant importante, l'apport calorique et le traitement doivent être adaptés à chaque profil. Diabétologue et diététicienne détermineront avec vous le bon régime alimentaire et les quantités de glucides au début et en fin de grossesse. Il peut être utile de consulter une diététicienne ou de revoir la composition des repas et les quantités de glucides avec votre diabétologue en début de grossesse.
Le traitement sera adapté ou modifié pour conserver l’équilibre de la glycémie (passage à l’insuline pour les femmes diabétiques de type 2, utilisation temporaire d’une pompe à insuline, modifications des doses…) car les besoins en insuline augmentent beaucoup vers le sixième mois de la grossesse, pour quasiment doubler en fin de grossesse. L'équilibre glycémique étant plus strict pour une grossesse diabétique, et les antidiabétiques oraux étant proscrits, l’insulinothérapie par injection (ou par pompe) est nécessaire.
Surveillance Glycémique
La glycémie doit être équilibrée depuis au moins 3 mois avant la grossesse, elle doit le rester durant toute la grossesse. La femme enceinte (non diabétique) est déjà en relative hypoglycémie. Les objectifs en tant que future maman diabétique seront donc d'autant plus stricts, ce qui impose une autosurveillance rapprochée avec 6 à 8 contrôles par jour, au minimum.
Objectifs glycémiques :
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- < 0,90 g/l à jeun et avant les repas
- < 1,20 g/l pour la glycémie postprandiale (2 h après le début du repas)
Déroulement de l'Accouchement
Souvent, l’accouchement est programmé avec un déclenchement entre 38 et 39 SA (semaines d’aménorrhée). Plusieurs risques peuvent motiver cette décision : risque d’augmentation du poids du bébé dans les dernières semaines de grossesse, risques obstétricaux, souffrance fœtale voire risque de mort in utero. Si les tentatives d’accouchement par voie basse échouent ou si le poids du bébé est déjà trop élevé (> à 4,250 kg), on a recours à une césarienne. Dans tous les cas, un protocole sera mis en place avec l’anesthésiste et votre diabétologue pour la gestion des glycémies et de l’insuline pendant l’accouchement et immédiatement après la délivrance. Le diabète n’est pas une contre-indication à la péridurale.
Après l'Accouchement
Après la délivrance (l’expulsion du placenta), les femmes sont susceptibles de faire des hypoglycémies car leurs besoins en insuline diminuent et l’allaitement, pour celles qui l’ont choisi, consomme beaucoup de calories. Le risque principal pour le nouveau né est l’hypoglycémie qu’il faut surveiller dès les premières heures.
Allaitement
Les bienfaits du lait maternel pour l’enfant sont connus.
Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)
Épidémiologie de l'IVG
En 2024: 225.270 IVG en France (+7000 par rapport à 2023). Le taux de recours est de 17,3 IVG pour 1000 femmes de 15 à 49 ans, avec un pic chez les 20-29 ans avec 29,8 IVG ‰ (29,4 ‰ en 2023). 45 % des IVG sont réalisées en ville et 80 % des IVG sont médicamenteuses.
Conditions d'Accès à l'IVG
Toute patiente qui désire une IVG doit obtenir un rendez-vous (ou une téléconsultation) dans les 5 jours suivant son appel. Plus l’IVG intervient précocement pendant la grossesse, plus le risque de complications est faible.
Le processus comprend généralement plusieurs consultations :
- Première consultation: Informations claires et précises sur la procédure d’IVG et remise de documents écrits. Proposer un entretien spécialisé d’information, soutien et écoute (obligatoire pour les mineures). Préciser l’âge gestationnel par date des dernières règles (DDR) + examen clinique + échographie pelvienne.
- Deuxième consultation: Consentement écrit de la pratique de l’IVG. Proposer le dépistage des IST (Chlamydia, VIH…), vérifier le statut du frottis cervico-vaginal. Aborder la contraception future, possibilité de la prescrire en avance. Groupe sanguin ABO-Rhésus systématique. Comprendre l’échec de la contraception actuelle + éducation à la contraception d’urgence.
- Troisième consultation: Conditions de réalisation de l’IVG à domicile: compréhension, distance domicile - centre hospitalier référent (ouvert 24/7) de maximum 1 heure. Laisser le choix du lieu: domicile ou hôpital. Expliquer la conduite à tenir en cas de survenue d’effets indésirables (hémorragie, douleur) + support écrit. Remise de fiche de liaison avec les éléments essentiels. Prise de mifépristone. Remettre une fiche de conseils sur les suites normales de l’IVG + numéro de téléphone à appeler en cas d’urgence. Délivrance du misoprostol si prise à domicile. Sinon revenir en consultation dans 36-48 heures. Si prise à domicile et Rhésus négatif: injection immédiate des immunoglobulines anti-D. Intérêt de ne pas être seule lors de la prise du misoprostol à domicile. Prescription d’antalgiques de palier 1 (ibuprofène à dose antalgique) et 2. Prescription de la contraception.
L’IVG est totalement gratuit pour les mineures.
Contraception et IVG
«Les échecs contraceptifs dus au défaut d’observance sont l’une des principales causes de recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en France ». Il est donc crucial d'aborder la contraception future lors des consultations liées à l'IVG.
Prévention et Dépistage Précoce du Diabète de Type 1 chez l'Enfant
L’association l’Aide aux Jeunes Diabétiques (AJD) a lancé une campagne de communication « Ensemble, repérons plus tôt le diabète de type 1 avant qu’il ne soit trop tard ». En 2023, plus de 4 enfants de moins de 15 ans sur 10 ont été diagnostiqués trop tard de leur diabète de type 1, arrivant donc aux urgences pédiatriques dans une situation d’acidocétose. Ces diagnostics tardifs mettent en danger la vie des enfants et ont des conséquences graves à court (coma, décès) et à long terme sur leur santé. Il est crucial de repérer tôt les signaux (soif et mictions plus fréquentes, retour de l’énurésie) pour diminuer le risque de complications graves comme l’acidocétose.
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