Le diabète gestationnel, également appelé « diabète de grossesse », est un trouble de la tolérance glucidique conduisant à une hyperglycémie de sévérité variable, débutant ou diagnostiqué pour la première fois pendant la grossesse. Il touche environ une femme enceinte sur 10 et survient généralement à la fin du deuxième trimestre. Cet article vise à informer les femmes enceintes sur les risques associés au diabète gestationnel, l'importance de l'insuline, le déroulement de l'accouchement et les mesures à prendre pour minimiser les complications pour la mère et l'enfant.

Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?

Le diabète gestationnel est un trouble de la régulation du glucose (glycémie) qui entraîne un excès de sucre dans le sang. La grossesse est dite diabétogène car, pendant cette période, il existe un état d’insulinorésistance. En deuxième moitié de grossesse, la quantité plus importante d’hormones placentaires (hormone lactogène placentaire [HLP] et progestérone) conduit à une insulinorésistance de l’organisme. La plupart du temps, le pancréas sécrète davantage d’insuline permettant de s’adapter à ce dérèglement.

Les changements hormonaux de la grossesse entraînent une résistance à l’insuline, surtout à partir du 6e mois de grossesse. Dans la majorité des cas, le pancréas s’adapte et augmente sa production d’insuline. Mais chez certaines femmes, cette compensation n’est pas suffisante.

Le diabète gestationnel peut parfois passer inaperçu tout comme le diabète de type 2 pendant de nombreuses années. Les symptômes ressentis par la future mère lors d’un diabète gestationnel sont les mêmes que ceux que ressent le diabétique de type 1 ou 2 : fatigue inhabituelle, soif intense, urines fréquentes… Afin qu’il soit dépisté au plus tôt et pour éviter des risques pour le fœtus ou un accouchement prématuré, il est important d’informer son médecin gynécologue à l’apparition de tels symptômes.

Dépistage et facteurs de risque

Il n’y a pas d’intérêt à dépister toutes les femmes. Seules celles qui sont à risque bénéficient du dépistage. Dans ce cas, un premier test de glycémie à jeun a lieu au 1er trimestre. Il est même parfois recommandé de réaliser le dépistage avant la conception pour détecter l’existence d’un diabète de type 2 antérieur à la grossesse. Un dépistage du diabète gestationnel est effectué de façon systématique au cours de la grossesse par un test d’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) entre les 24ème et 28ème semaines d’aménorrhée. L’HGPO consiste à boire une quantité standard de glucose, sous forme de sirop, équivalente à 75 grammes. Il suffit qu’une seule des valeurs de glycémie soit égale ou supérieure aux seuils définis pour établir le diagnostic de diabète gestationnel.

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Aujourd’hui, les facteurs de risque du diabète gestationnel sont mieux identifiés. Parmi les plus courants, il y a la grossesse tardive, le surpoids et l’obésité. Selon le Pr Gautier, ce sont essentiellement celles qui cumulent des facteurs de risque cardiovasculaire : obésité, hypertension ou origines géographiques où le diabète est plus fréquent, comme le Maghreb, l’Afrique subsaharienne ou la péninsule ibérique. L’âge maternel joue également un rôle important : le risque augmente nettement après 35 ans. Les antécédents familiaux constituent un autre indicateur majeur. Des grossesses antérieures compliquées par un bébé macrosome, c’est-à-dire un nouveau-né dont le poids dépasse 4 000 g, ou un excès de poids à la naissance induisent également un risque plus élevé. Le mode de vie intervient aussi : tabagisme, sédentarité ou excès calorique augmentent les risques de développer ce trouble.

Risques pour la mère et le bébé

Quand le diabète n’est pas pris en charge ou que les glycémies ne sont pas équilibrées, il existe des risques pour la mère et le bébé.

Pour le bébé

Le risque le plus important pour votre bébé, c’est la macrosomie, c’est à dire un poids de naissance trop important, qui peut entraîner un accouchement difficile et des complications comme la dystocie des épaules. La macrosomie est une condition dans laquelle un bébé est anormalement grand à la naissance. Les bébés atteints peuvent peser jusqu'à 4,5 kg ou plus. Le bébé ne sera alors pas beaucoup plus grand que la normale, mais il sera plus « adipeux », c’est-à-dire qu’il aura développé plus de graisse sous la peau.

Pour le nouveau-né, le risque principal est l’hypoglycémie, surtout si le diabète est déséquilibré ou que le poids de naissance est trop petit ou trop gros. Votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 3 heures environ.

À long terme, les enfants nés de femmes avec diabète gestationnel constituent une population à risque modéré de complications métaboliques ; ce risque est identique, que l’enfant ait été allaité ou non. Plusieurs études suggèrent par ailleurs un risque accru de diabète de type 2 à long terme, voire de troubles neurodéveloppementaux, même si les mécanismes restent à éclaircir.

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Il est important de comprendre que puisque la grossesse gestationnelle survient en deuxième partie de grossesse, le fœtus n’a pas été exposé à l’excès de glucose dès la conception. L’enfant à naître ne présente donc aucun risque de développer une malformation pouvant être provoquée par une exposition à des quantités élevées de glucose au cours de l’organogénèse (développement foetal).

Pour la mère

La complication la plus grave et la plus fréquente est la survenue d’une prééclampsie, c’est-à-dire une toxémie gravidique pouvant associer prise de poids, œdèmes et hypertension artérielle. La prééclampsie est causée par une malformation des vaisseaux sanguins du placenta et se caractérise par une pression artérielle élevée chez la mère (dite hypertension artérielle gravidique). Si elle n’est pas prise en charge, elle peut conduire à la crise d’éclampsie et à un accouchement prématuré provoqué en urgence par césarienne. On observe également un risque plus élevé d’accouchement par césarienne ou d’un accouchement prématuré.

La complication maternelle la plus redoutée reste la prééclampsie, un syndrome grave associant hypertension, protéinurie et œdèmes, voire convulsions. Cela entraîne une défaillance d’un certain nombre d’organes et même la mort si ce n’est pas traité. Le risque de prématurité est également plus élevé.

Dans les années à venir, vous aurez un risque de développer un diabète de type 2, on vous conseille d’en parler avec votre médecin traitant. Après la naissance, le risque principal pour votre bébé est l'hypoglycémie.

Prise en charge et traitement

La prise en charge du diabète gestationnel repose sur l’autosurveillance glycémique et les mesures hygiéno-diététiques. Dès l’annonce du diagnostic, vous allez devoir apprendre à contrôler votre glycémie, à composer des menus équilibrés en choisissant les aliments les plus adaptés et dans certains cas, vous devrez vous injecter de l’insuline. À l’aide d’un lecteur de glycémie qui vous est prescrit par votre médecin, vous allez mesurer votre taux de glycémie 4 à 6 fois par jour. C’est ce qu’on appelle l’autosurveillance. En fonction des résultats obtenus, vous pourrez dans certains cas, si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, vous voir prescrire des injections d’insuline afin d’obtenir des glycémies dans les objectifs. Votre objectif sera de garder jusqu’à la fin de votre grossesse une glycémie inférieure à 0,95 g/L à jeun et inférieure à 1,2 g/L deux heures après le début du repas (glycémie post-prandiale).

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Mesures hygiéno-diététiques

La diététique est un point important de la prise en charge. Un diététicien peut aider la future maman à adopter une alimentation équilibrée. Le premier traitement du diabète gestationnel est la prise en charge diététique personnalisée, avec calcul de la ration calorique, répartition de la prise de glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations), en privilégiant les éléments à faible index glycémique (qui font peu monter la glycémie). La prise de fibres est également importante car elles ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d'hyperglycémie post-prandiale (après le repas). La recommandation d’apport énergétique est de 25 - 35 kcal/kg/j. Les glucides devraient représenter 40 à 50% de l’apport calorique total et les glucides à index glycémique bas ainsi que les fibres pourraient avoir un intérêt pour le contrôle du diabète gestationnel.

L’activité physique régulière est conseillée chez la femme enceinte en l’absence de contre-indications. Si vous ne présentez pas de contre-indication obstétricale, commencez ou poursuivez une activité physique adaptée. Il est recommandé de pratiquer cette activité environ 30 minutes de trois à cinq fois par semaine.

Insuline

Un traitement par insuline peut s’avérer nécessaire si, 10 jours environ après la mise en place des règles hygiéno-diététiques, la glycémie demeure élevée. Lorsque cela ne suffit pas, l’insuline devient indispensable. Chez la femme enceinte, il n’y a pas d’autre traitement, la durée trop courte de la grossesse limitant l’usage des pompes. L'insulinothérapie est un traitement médical, qui consiste à administrer de l'insuline à une femme enceinte atteinte de diabète gestationnel.

Accouchement

Si le diabète gestationnel est bien équilibré et qu’il n’y a pas de complication, l’accouchement peut se dérouler normalement. Il n’y a pas de nécessité de déclencher systématiquement l’accouchement avant terme en l’absence de déséquilibre du diabète ou autre risque. En cas de diabète gestationnel équilibré et en l’absence d’autres pathologies, le suivi clinique ne sera pas différent des autres grossesses.

Une femme atteinte de diabète gestationnel peut accoucher dans une maternité de proximité (niveau 1), sauf en cas de prématurité, de malformation grave ou de troubles importants de la croissance fœtale. En l’absence de facteurs de risques, si le diabète gestationnel est bien équilibré, la grossesse est prise en charge comme une grossesse normale. Une césarienne pourra être proposée si le poids de votre bébé est estimé à plus de 4,200 kg. En cas de diabète gestationnel déséquilibré, un déclenchement avant terme sera envisagé, dans la mesure du possible après 39 SA (semaines d'aménorrhée) en tenant compte des risques et bénéfices pour vous et pour votre enfant.

Suivi après l'accouchement

Durant le post-partum, votre glycémie sera surveillée afin de vérifier que le diabète disparaît, ce qui est le plus fréquent. Attention, le diabète gestationnel récidive fréquemment lors des grossesses ultérieures, sans que la fréquence soit précisément connue (30 à 84% des cas).

Après la naissance, le risque principal pour votre bébé est l'hypoglycémie. Ce risque est plus important si vous avez reçu de l'insuline ou si votre nouveau-né a un très petit ou un très gros poids de naissance. Le cas échéant, votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 2/3 heures. Sa glycémie sera surveillée, en l'absence de signes cliniques d'hypoglycémie, juste avant la tétée, à partir de la 2e tétée.

Si vous avez eu un diabète gestationnel, vous avez 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2 dans les années à venir et un dépistage de celui-ci est fortement conseillé, lors de la consultation post-natale, puis tous les 1 à 3 ans, pendant au moins 25 ans. Ce dépistage peut être effectué avec une glycémie à jeun ou une HGPO (HyperGlycémie Provoquée par voie Orale). Pour réduire le risque de développer un diabète de type 2, il est important de continuer après la grossesse à avoir une alimentation équilibrée, de contrôler son poids et de pratiquer une activité physique régulière.

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