Le diabète gestationnel, une condition qui touche près d'une grossesse sur dix, se manifeste par une hyperglycémie (taux élevé de sucre dans le sang) détectée pour la première fois pendant la grossesse. Bien que généralement temporaire et disparaissant après l'accouchement, il nécessite une prise en charge rigoureuse pour minimiser les risques pour la mère et l'enfant. Cet article explore les facteurs de risque associés au diabète gestationnel, les méthodes de dépistage, les stratégies de prise en charge et les implications à long terme pour la mère et l'enfant.
Qu'est-ce que le Diabète Gestationnel ?
Le diabète gestationnel est un trouble de la tolérance glucidique qui se développe pendant la grossesse, entraînant un excès de sucre dans le sang. Pendant la grossesse, l’équilibre hormonal de la femme est modifié. Dans la majorité des cas, le pancréas réagit en augmentant la quantité d’insuline sécrétée, et cela n’a aucune conséquence. Mais, pour certaines femmes, cette compensation ne se fait pas, ou pas correctement, ce qui conduit à un excès de sucre dans le sang (hyperglycémie). La grossesse est dite diabétogène car, pendant cette période, il existe un état d’insulinorésistance. Dans le deuxième cas, c’est un diabète gestationnel qui ne dure que le temps de la grossesse.
Prévalence et Dépistage en France
En France, le diabète gestationnel concernait, en 2012, près d’une grossesse sur dix, soit environ 80 000 femmes, avec un taux de dépistage de 76 %. La fréquence du diabète gestationnel est estimée à près de 16,5%. Le dépistage n’est pas recommandé pour toutes les femmes, mais pour celles présentant des facteurs de risque. Un premier test de glycémie à jeun a lieu au 1er trimestre. Il est même parfois recommandé de réaliser le dépistage avant la conception pour détecter l’existence d’un diabète de type 2 antérieur à la grossesse.
Le dépistage est réalisé autour de 6 mois de grossesse, en présence de facteurs de risques, par un test en laboratoire d’analyse médical avec un examen appelé “HGPO” pour hyperglycémie provoquée par voie orale. L’HGPO consiste à boire une quantité standard de glucose, sous forme de sirop, équivalente à 75 grammes. Il suffit qu’une seule des valeurs de glycémie soit égale ou supérieure aux seuils définis pour établir le diagnostic de diabète gestationnel. Le diagnostic est posé lorsque la glycémie à jeun dépasse 0,92g/l, ou 1,80g/l une heure après la prise de glucose, ou 1,53g/l deux heures après.
Facteurs de Risque du Diabète Gestationnel
Plusieurs facteurs augmentent le risque de développer un diabète gestationnel. Il est important de noter que la présence d'un ou plusieurs de ces facteurs n'implique pas nécessairement le développement du diabète gestationnel.
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- Antécédents obstétricaux: Antécédents de diabète gestationnel lors d’une grossesse précédente ou antécédent de macrosomie (bébé de poids élevé à la naissance). Des antécédents de diabète gestationnel chez la mère au cours d’une précédente grossesse. Des grossesses antérieures compliquées par un bébé macrosome, c’est-à-dire un nouveau-né dont le poids dépasse 4 000 g, ou un excès de poids à la naissance induisent également un risque plus élevé.
- Origine ethnique: Certaines populations présentent un risque accru, notamment les femmes originaires d'Afrique du Nord, d'Afrique subsaharienne et d'Asie. L’origine ethnique de la mère. En effet, les femmes d’origine caucasienne (à peau blanche) ont un risque plus faible que celles originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne ou d’Asie.
- Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK): Ce trouble hormonal est associé à une résistance à l'insuline, augmentant le risque de diabète gestationnel.
- Âge maternel avancé: Le risque augmente nettement après 35 ans.
- Surpoids et obésité: L'obésité est l'un des facteurs de risque les plus courants.
- Antécédents familiaux de diabète: Quand vous avez un parent diabétique de type 2, vous avez 40 % de risques d’être diabétique plus tard… avec deux parents, c’est 60 %.
- Facteurs liés au mode de vie: Tabagisme, sédentarité ou excès calorique augmentent les risques de développer ce trouble.
- Inégalités sociales: Ces maladies chroniques suivent la pauvreté… Il y a beaucoup plus de grossesses à risque dans les départements les moins riches.
Risques et Complications Associés au Diabète Gestationnel
Le diabète gestationnel, s'il n'est pas correctement géré, peut entraîner des complications pour la mère et le bébé.
Pour la Mère:
- Pré-éclampsie: Le diabète gestationnel est associé à un risque accru de pré-éclampsie, une complication grave caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. La complication la plus grave et la plus fréquente est la survenue d’une prééclampsie, c’est-à-dire une toxémie gravidique pouvant associer prise de poids, œdèmes et hypertension artérielle. « Cela entraîne une défaillance d’un certain nombre d’organes… et même la mort si ce n’est pas traité ».
- Accouchement par césarienne: Le diabète gestationnel est associé à un risque accru de césarienne. On observe également un risque plus élevé d’accouchement par césarienne ou d’un accouchement prématuré.
- Risque accru de diabète de type 2: Le diabète gestationnel expose à un risque ultérieur accru de diabète de type 2, multiplié par 7. Une étude française a montré que 35% des femmes atteintes de diabète gestationnel développent un « vrai » diabète de type 2 dans les 11 ans. Le fait d’avoir eu un diabète gestationnel est un très gros facteur de risque. Il peut réapparaître immédiatement après la grossesse ou dix ans plus tard. Un suivi annuel de la glycémie est donc indispensable, d’autant que le risque d’évolution vers un diabète de type 2 atteint environ 50 % à dix ans.
Pour le Bébé:
- Macrosomie: La macrosomie est la principale conséquence néonatale démontrée d’un diabète gestationnel. Elle est le facteur principal associé aux complications rapportées en cas de diabète gestationnel. Chez l’enfant, le risque principal du diabète gestationnel est de mettre au monde un bébé avec un poids de naissance élevé, c’est-à-dire qui pèse plus de 4 kg à la naissance (macrosomie). Le bébé ne sera alors pas beaucoup plus grand que la normale, mais il sera plus « adipeux », c’est-à-dire qu’il aura développé plus de graisse sous la peau. En l'absence de prise en charge, le poids du bébé est supérieur à 4 kg, ce qui peut rendre l'accouchement difficile.
- Dystocie des épaules: Un poids de naissance important augmente les difficultés au moment de l’accouchement, notamment le risque de dystocie des épaules, lorsque la tête est expulsée mais que les épaules restent bloquées et ne parviennent pas à s’engager.
- Hypoglycémie néonatale: Après la naissance, les nourrissons peuvent faire des hypoglycémies, leur organisme étant habitué à des taux de sucre in utero élevés.
- Risque accru de diabète de type 2 à long terme: Plusieurs études suggèrent par ailleurs un risque accru de diabète de type 2 à long terme, voire de troubles neurodéveloppementaux, même si les mécanismes restent à éclaircir. L'enfant peut également être prédisposé à développer un diabète de type 2 au cours de sa vie.
Prise en Charge du Diabète Gestationnel
La prise en charge du diabète gestationnel vise à maintenir une glycémie dans des valeurs cibles pour minimiser les risques pour la mère et l'enfant. Elle repose sur plusieurs piliers :
Suivi Médical Spécifique: Il est souhaitable qu’une équipe pluridisciplinaire de professionnels de santé (médecin généraliste, gynécologue, nutritionniste, diabétologue…) suive votre grossesse et votre diabète.
Autosurveillance Glycémique (ASG): L’autosurveillance glycémique (ASG) permet de surveiller les patientes et d’indiquer l’insulinothérapie. A l’aide d’un lecteur de glycémie qui vous est prescrit par votre médecin, vous allez mesurer votre taux de glycémie 4 à 6 fois par jour. C’est ce qu’on appelle l’autosurveillance. Selon les recommandations, l’ASG est prescrite entre 4 et 6 fois par jour, au moins une fois à jeun et deux heures après les repas selon le traitement - diététique ou insuline - et l’équilibre obtenu (accord professionnel). En fonction des résultats obtenus, vous pourrez dans certains cas, si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, vous voir prescrire des injections d’insuline afin d’obtenir des glycémies dans les objectifs. Votre objectif sera de garder jusqu’à la fin de votre grossesse une glycémie inférieure à 0,95 g/L à jeun et inférieure à 1,2 g/L deux heures après le début du repas (glycémie post-prandiale).
Diététique: La diététique est une étape fondamentale pour la prévention et la prise en charge du diabète gestationnel. Le premier traitement du diabète gestationnel est la prise en charge diététique personnalisée, avec calcul de la ration calorique, répartition de la prise de glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations), en privilégiant les éléments à faible index glycémique (qui font peu monter la glycémie). La prise de fibres est également importante car elles ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d'hyperglycémie post-prandiale (après le repas). Le deuxième objectif pour les repas principaux est de réduire l’index glycémique du repas en favorisant les glucides complexes contenant des fibres (légumineuses, pates ou riz complet par exemple). Un diététicien peut aider la future maman à adopter une alimentation équilibrée. Par ailleurs, durant la grossesse, les besoins nutritionnels en vitamine B9, en calcium, en fer et en énergie augmentent.
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Activité Physique: L’activité physique régulière est conseillée chez la femme enceinte en l’absence de contre-indications. Si vous ne présentez pas de contre-indication obstétricale, commencez ou poursuivez une activité physique adaptée. Il est recommandé de pratiquer cette activité environ 30 minutes de trois à cinq fois par semaine. Côté exercice physique, il faudra se rapprocher du médecin traitant qui conseillera sur l’activité physique la plus adaptée à la grossesse.
Insulinothérapie: En cas d’échec des mesures hygiéno-diététiques, un traitement par insuline peut s’avérer nécessaire si, 10 jours environ après la mise en place des règles hygiéno-diététiques, la glycémie demeure élevée. Celle-ci est instaurée dans 26 % des cas de diabète gestationnel en France (1). Lorsque les femmes sont traitées par insuline, l’ASG est indispensable pour adapter les doses d’insuline. En cas d’échec, on débute l’insulinothérapie, par une injection bed time le soir, qui le plus souvent suffit à équilibrer la glycémie à jeun.
Suivi Obstétrical: D’un point de vue obstétrical, avec un diabète bien équilibré, le suivi de votre grossesse ne sera pas très différent de celui d'une femme non diabétique. Une échographie supplémentaire pourra être faite en fin de grossesse pour évaluer la taille de votre bébé. Si votre diabète est difficilement équilibré ou que vous présentez d'autres facteurs de risques, comme l’hypertension artérielle, par exemple, le suivi sera plus rapproché et d'autres examens pourront être prescrits pour vérifier la vitalité du fœtus.
Accouchement et Suivi Post-Partum
Une femme atteinte de diabète gestationnel peut accoucher dans une maternité de proximité (niveau 1), sauf en cas de prématurité, de malformation grave ou de troubles importants de la croissance fœtale. En l’absence de facteurs de risques, si le diabète gestationnel est bien équilibré, la grossesse est prise en charge comme une grossesse normale. Une césarienne pourra être proposée si le poids de votre bébé est estimé à plus de 4,200 kg. En cas de diabète gestationnel déséquilibré, un déclenchement avant terme sera envisagé, dans la mesure du possible après 39 SA (semaines d'aménorrhée) en tenant compte des risques et bénéfices pour vous et pour votre enfant.
Durant le post-partum, votre glycémie sera surveillée afin de vérifier que le diabète disparaît. Après la naissance, le risque principal pour votre bébé est l'hypoglycémie. Ce risque est plus important si vous avez reçu de l'insuline ou si votre nouveau-né a un très petit ou un très gros poids de naissance. (<10e et >90e percentile). Le cas échéant, votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 2/3 heures. Sa glycémie sera surveillée, en l'absence de signes cliniques d'hypoglycémie, juste avant la tétée, à partir de la 2e tétée.
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Attention, le diabète gestationnel récidive fréquemment lors des grossesses ultérieures, sans que la fréquence soit précisément connue (30 à 84% des cas).
Prévention du Diabète de Type 2 après un Diabète Gestationnel
Si vous avez eu un diabète gestationnel, vous avez 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2 dans les années à venir et un dépistage de celui-ci est fortement conseillé, lors de la consultation post-natale, puis tous les 1 à 3 ans, pendant au moins 25 ans. Ce dépistage peut être effectué avec une glycémie à jeun ou une HGPO (HyperGlycémie Provoquée par voie Orale). Pour réduire le risque de développer un diabète de type 2, il est important de continuer après la grossesse à avoir une alimentation équilibrée, de contrôler son poids et de pratiquer une activité physique régulière.
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