Le diabète gestationnel (DG), défini comme une hyperglycémie diagnostiquée pendant la grossesse, représente un problème de santé publique croissant en raison de sa prévalence en augmentation et de ses conséquences délétères pour la mère et l'enfant. Bien que les facteurs de risque environnementaux tels que la sédentarité et une alimentation riche en sucres et en graisses soient bien établis, le rôle des facteurs de risque génétiques et épigénétiques suscite un intérêt croissant. Cet article explore les aspects génétiques et épigénétiques du diabète gestationnel, en mettant en évidence les recherches récentes et les implications pour la prévention et la prise en charge.
Hérédité et Prédisposition Génétique au Diabète
Avant d'aborder les spécificités du diabète gestationnel, il est essentiel de rappeler le rôle de l'hérédité dans le diabète en général. L’hérédité en matière de santé correspond à la transmission de certaines prédispositions génétiques et caractéristiques génétiques, d’une génération à l’autre. Un antécédent familial de diabète, en particulier de diabète de type 2 (DT2), est un facteur de risque reconnu pour le développement du DG. Si un parent est atteint d’un diabète de type 2, il peut dans certains cas transmettre des gènes de prédisposition, augmentant ainsi le risque pour son enfant d’être lui-même touché par un diabète. Cependant, l’hérédité n’est pas une fatalité et certains de nos caractères héréditaires peuvent être influencés par notre environnement et notre mode de vie. En effet, le diabète de type 2 est une maladie multifactorielle. Avoir une prédisposition génétique ne signifie pas systématiquement que l’on va développer un diabète, mais que le risque est plus élevé.
Dans l'apparition du diabète, il existe un risque reconnu de transmission familiale. Cependant, le poids de l’hérédité est plus ou moins important selon le type de diabète. Il faut différencier pour les deux types de diabète, le risque induit par l’héritage génétique et le réel développement du diabète. En effet, l’héritage génétique augmente le risque de devenir diabétique, mais ne suffit pas à lui seul. En présence de cette prédisposition génétique, son apparition est provoquée par des facteurs de risque environnementaux, dont les principaux sont la sédentarité et une alimentation trop riche en sucre et en graisse.
Les diabètes de type 1 et type 2 ne sont pas, pour la majorité des cas, des maladies monogéniques, c’est-à-dire dues à la mutation d’un gène spécifique. Elles touchent une combinaison de gènes mutés, on parle alors de profils génétiques. Ainsi, dans les formes courantes de diabète de types 1 et 2, de multiples variants de gènes associés ont été identifiés. Dans le diabète de type 1, les études montrent que plus de 60 variants génétiques ont ainsi été isolés, et plus de 200 dans le cas du diabète de type 2.
À la différence du diabète de type 1 ou 2, il existe des diabètes plus rares dont l’origine est monogénétique (un seul gène muté) et pour lesquels l’apparition est essentiellement liée à l’hérédité. Le diabète MODY et le diabète néonatal en font partie. Très rare, il est considéré comme un diabète familial. La mutation se trouvant sur un gène autosome (chromosome non sexuel) et dominant, la moitié des personnes de chaque génération d’une même famille est diabétique. Comme son nom l’indique “Maturity-Onset Diabetes of the Young », ou diabète de type adulte chez le jeune, il apparaît généralement dès l’enfance ou l’adolescence. Il se différencie du diabète de type 1 car il n’est pas une maladie auto-immune (pas de destruction des cellules β par des auto-anticorps), mais induit par anomalie de la régulation de la sécrétion d’insuline. Le diabète néonatal présente également une mutation unique, dont la transmission se fait uniquement par le père dans un tiers des cas. Celui-ci peut d’ailleurs ne pas être atteint, l’expression de la maladie dépend du gène maternel complémentaire. Ce diabète représente 1 cas sur 300000 / an. Il peut s’exprimer de manière transitoire ou permanente, dès les premiers jours de la vie.
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Diabète de Type 2 et Risque de Transmission
Pour le diabète de type 2, le risque de transmission est élevé (40 % si un des deux parents est diabétique). Ainsi, lorsque le diabète est présent chez un des parents, un dépistage régulier, même en l’absence de symptôme, est recommandé. Il va permettre, si le résultat est positif, la mise en place de mesures de prévention (activité physique, alimentation), d’une surveillance régulière de l’évolution du diabète (glycémie) et le cas échéant d’un traitement.
Facteurs de Risque du Diabète Gestationnel
Plusieurs facteurs de risque sont associés au diabète gestationnel, notamment :
- Âge maternel avancé : Les femmes âgées de 35 ans ou plus présentent un risque accru.
- IMC élevé : Un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 25 kg/m² avant la grossesse augmente le risque.
- Antécédents familiaux de DT2 : Un parent du premier degré (père, mère, frère ou sœur) atteint de DT2 constitue un facteur de risque.
- Antécédents personnels de DG : Les femmes ayant déjà eu un DG lors d'une grossesse précédente sont plus susceptibles de le développer à nouveau.
- Antécédents de macrosomie : Avoir donné naissance à un bébé de poids élevé (macrosomie) est également un facteur de risque.
Le Diabète Gestationnel : un Facteur de Risque de Complications Obstétricales
Le diabète gestationnel (DG)Hyperglycémie à jeun gravidique sans hyperglycémie avant la grossesse.C’est un facteur de risque de complications obstétricales:
- Maternelles: pré-éclampsie, césarienne, traumatisme périnéal
- Fœtales: macrosomie, hydramnios (rare), hyperbilirubinémie, dystocie des épaules, mortalité, hypoglycémie, prématurité
La prévalence du diabète gestationnel est de 8 % et en augmentation. Le risque à long terme de diabète de type 2 est multiplié par 7.
Le diabète gestationnel est sur-dépisté: 76 % des femmes enceintes versus 42 % attendus.
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Rappels sur le diabète gestationnel:
La glycémie baisse de 20 % pendant la grossesse chez la femme non diabétique. 18 % des femmes avec un diabète gestationnel développeront un diabète de type 2 dans les 6 ans. Le diabète gestationnel ne modifie pas l’incidence des asphyxies néonatales, décès périnataux et hypocalcémies néonatales.
Épigénétique et Diabète Gestationnel
Outre les facteurs de risque génétiques classiques, l'épigénétique joue un rôle de plus en plus reconnu dans le développement du diabète gestationnel et ses conséquences à long terme. L'épigénétique se réfère aux modifications chimiques de l'ADN qui n'altèrent pas la séquence des gènes, mais qui peuvent modifier leur expression. Ces modifications peuvent être influencées par des facteurs environnementaux tels que l'alimentation, le stress et l'exposition à des substances toxiques.
L'exposition au GDM entraine des modifications épigénétiques du génome. Ces marques chimiques n'altèrent pas le code génétique, mais modifient l'expression des gènes, notamment pendant le développement foetal. Ces modifications ont un impact métabolique après la naissance de l'enfant mais aussi chez sa mère. Ainsi le GDM est un bon modèle d'analyse (épi)génétique du DT2, et un moyen d'identifier les mécanismes précoces conduisant au DT2.
Impact Épigénétique du Diabète Gestationnel sur la Mère et l'Enfant
Le projet du Pr Froguel sur l’impact épigénétique du diabète gestationnel sur le risque de diabète de type 2 (DT2) de la mère et sur la santé de l‘enfant a montré que l’exposition a une hyperglycémie pendant la grossesse de ces femmes avait entraîné des modifications majeures directes du méthylome de l’enfant. Si ceci peut paraître inquiétant, on peut également l’interpréter comme une possible bonne nouvelle. En effet, on pourrait en déduire qu’une bonne prise en charge des diabètes gestationnels, avec un dépistage approprié et une maîtrise aussi parfaite que possible de l’hyperglycémie tout au long de la grossesse, permettrait de limiter le risque de dérèglement des gènes des enfants. Cependant, dans certains cas, il a été remarqué que le diabète gestationnel, en interaction avec le méthylome anormal de la mère, pouvait quand même modifier le méthylome des enfants malgré la prise en charge proposée.
La transmission épigénétique entre les mères atteintes de diabète gestationnel et leur enfant, est probablement déterminée non seulement par l’exposition au diabète gestationnel (limitée à quelques mois), mais aussi par d’autres facteurs potentiellement de longue durée, tels que les antécédents métaboliques maternels et, plus généralement, l’environnement de la fillette devenue femme puis mère.
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Méthylation de l'ADN et Diabète Gestationnel
L'équipe du Professeur Froguel a postulé que des modifications de la méthylation du génome pouvaient être présentes à la fois chez la mère qui a fait un diabète gestationnel et chez son enfant. Le risque accru d’obésité de l’enfant puis de diabète pourrait donc s’expliquer par des changements épigénétiques en réponse à l’exposition hyperglycémique maternelle pendant la grossesse. Dans le projet de recherche, les liens éventuels entre l’exposition au diabète gestationnel et la méthylation du génome ont été recherchés chez 536 paires mère-enfant de la cohorte finlandaise FinnGeDi qui a été suivie au long cours. Il a été montré que l’exposition a une hyperglycémie pendant la grossesse de ces femmes avait entraîné des modifications majeures directes du méthylome de l’enfant.
Ainsi, l'exposition à une hyperglycémie pendant la grossesse, via des mécanismes épigénétiques, agisse sur des régions du génome communes à la mère la mère et à son enfant, avec des conséquences fonctionnelles sur les tissus clés du contrôle glycémiques, conduisant à des désordres métaboliques chez l'enfant et à distance de la grossesse chez la mère.
Diabète et Hérédité : Comprendre les Risques et Agir pour Prévenir
Parmi les facteurs de risque du DT2, l’hérédité joue un rôle majeur, mais reste encore sous-estimée. Si l’un des parents est atteint, le risque pour l’enfant de développer la maladie est de 30 % et grimpe à 50 % si les deux parents sont concernés.
En effet, si les facteurs génétiques et certaines caractéristiques comme l’âge ou le sexe ne peuvent être modifiés, il est possible de prévenir ou de retarder l’apparition du DT2 en adoptant une bonne hygiène de vie. Plusieurs actions peuvent être mises en place pour limiter les risques, même en cas d’antécédents familiaux (réaliser un test de risque (Findrisc), pratiquer une activité physique régulière, adopter une alimentation variée et équilibrée, arrêter le tabac et limiter la consommation d’alcool).
Importance du Dépistage et de la Prise en Charge Précoce
L’hérédité est un facteur de risque dans le développement du diabète. Elle représente donc un indice majeur dans la probabilité d’apparition du diabète chez une personne. Ce point est notamment important pour les diabètes d’origine monogénique ou le diabète de type 2 pour lequel le risque de transmission est élevé (40 % si un des deux parents est diabétique).
Les femmes ayant développé un diabète gestationnel durant leur grossesse ont sept fois plus de risque de développer un diabète de type 2 à l’avenir. La bonne nouvelle est que, même si vous avez des antécédents de diabète de type 2 dans votre famille proche (parents, frères et sœurs), vous pouvez le retarder, voire l’éviter, en adoptant un mode de vie sain.
Dépistage et Prise en Charge du Diabète Gestationnel
Ainsi, lorsque le diabète est présent chez un des parents, un dépistage régulier, même en l’absence de symptôme, est recommandé. Il va permettre, si le résultat est positif, la mise en place de mesures de prévention (activité physique, alimentation), d’une surveillance régulière de l’évolution du diabète (glycémie) et le cas échéant d’un traitement.
Une bonne prise en charge des diabètes gestationnels, avec un dépistage approprié et une maîtrise aussi parfaite que possible de l’hyperglycémie tout au long de la grossesse, permettrait de limiter le risque de dérèglement des gènes des enfants.
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