Introduction

L'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? », popularisée par Molière dans sa pièce Les Fourberies de Scapin, est bien plus qu'une simple citation théâtrale. Elle est devenue un proverbe français, une formule concise et percutante pour exprimer l'étonnement, l'incompréhension, voire la critique face à une situation délicate, un choix inattendu, ou une mésaventure. Cet article explore l'origine, la signification, l'évolution et l'impact de cette expression emblématique, en la replaçant dans son contexte historique et littéraire, et en analysant sa pertinence dans le monde contemporain.

L'Origine Littéraire : Les Fourberies de Scapin

L'expression trouve son origine dans Les Fourberies de Scapin, une comédie en trois actes de Molière, représentée pour la première fois en 1671. La pièce s'inspire de la Commedia dell'arte italienne, avec ses personnages types (valets rusés, vieillards avares, jeunes amoureux), son rythme rapide, ses quiproquos et ses gags physiques. L'action se déroule à Naples, et met en scène deux jeunes hommes, Octave et Léandre, qui, pendant l'absence de leurs pères, tombent amoureux et se marient en secret.

Au retour des pères, Argante et Géronte, les jeunes gens se trouvent dans une situation délicate. Scapin, le valet rusé et manipulateur, véritable architecte de l'intrigue, intervient pour les aider à soutirer de l'argent à leurs pères et à régulariser leurs unions. C'est dans ce contexte que Géronte, apprenant que son fils Léandre est retenu prisonnier sur une galère turque et qu'il doit verser une rançon pour le libérer, s'exclame à plusieurs reprises : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? ».

La Signification de l'Expression

La question de Géronte exprime un mélange d'étonnement, d'incompréhension et d'agacement. Il ne comprend pas pourquoi son fils s'est retrouvé dans une telle situation, et il rechigne à payer la rançon. La « galère » représente ici une situation difficile, un piège, une mésaventure dans laquelle Léandre s'est imprudemment engagé. Le mot « diable » ajoute une dimension de désespoir et d'impuissance.

L'expression, au-delà de son contexte littéraire, a pris une signification plus large et est devenue un proverbe populaire. Elle est employée pour exprimer l'étonnement, l'incompréhension, la critique ou la résignation face à une situation difficile, un choix risqué, ou une action imprudente. Elle suggère que la personne en question a fait des choix qui l'ont menée à une situation désastreuse, et qu'il est désormais difficile, voire impossible, de revenir en arrière.

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L'Évolution et l'Usage de l'Expression à Travers le Temps

Depuis sa création par Molière, l'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » a traversé les siècles en conservant sa pertinence et sa force évocatrice. On la retrouve dans la littérature, le théâtre, le cinéma, les médias, et dans les conversations de tous les jours.

Dans la littérature

De nombreux auteurs ont utilisé ou fait référence à cette expression dans leurs œuvres. Victor Hugo, dans Les Misérables, l'utilise pour exprimer l'étonnement face à la situation désespérée de certains personnages. Gustave Flaubert, dans Madame Bovary, pourrait l'employer pour commenter les choix de vie de son héroïne.

Dans le théâtre et le cinéma

L'expression est fréquemment citée dans les pièces de théâtre et les films, souvent dans des scènes où un personnage se retrouve dans une situation absurde ou dangereuse. Elle est devenue un clin d'œil culturel, une référence reconnaissable par un large public.

Dans les médias

Les journalistes et les chroniqueurs utilisent souvent cette expression pour commenter l'actualité politique, économique ou sociale. Elle permet de souligner la complexité de certaines situations, de critiquer des décisions controversées, ou d'exprimer un sentiment d'incompréhension face à des événements inattendus.

Dans le langage courant

L'expression est couramment employée dans les conversations de tous les jours pour exprimer l'étonnement, la surprise, ou la critique face à une situation inhabituelle ou à un choix imprudent. Elle est devenue une façon concise et imagée de commenter les actions d'autrui ou les événements qui nous entourent.

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Le Contexte Historique et Social de l'Œuvre de Molière

Pour bien comprendre la portée de l'expression et de l'œuvre de Molière en général, il est essentiel de la replacer dans son contexte historique et social. Molière a vécu sous le règne de Louis XIV, une époque marquée par la centralisation du pouvoir royal, le développement économique et culturel, mais aussi par de fortes inégalités sociales et des tensions religieuses.

La société française du XVIIe siècle était hiérarchisée, avec une noblesse et un clergé jouissant de privilèges considérables, tandis que le peuple vivait souvent dans la misère. L'Église catholique exerçait une influence prépondérante sur la vie sociale et politique, et toute opinion divergente était sévèrement réprimée.

Molière, à travers ses pièces, a critiqué les mœurs de son temps, dénonçant l'hypocrisie, la vanité, l'avarice et les autres vices de la société. Ses œuvres ont souvent été censurées et attaquées par les autorités religieuses et la haute noblesse, qui y voyaient une menace pour l'ordre établi. Malgré les difficultés, Molière a continué à défendre son art et à créer un théâtre moderne, plus accessible et plus réaliste, qui s'éloignait des conventions classiques de l'époque.

L'Héritage de Molière

Molière a profondément marqué l'histoire du théâtre français et européen. Il a remodelé les conventions théâtrales, introduit un style de comédie plus vif et plus naturel, et créé des personnages inoubliables qui sont devenus des archétypes littéraires. Son œuvre a enrichi la langue française avec des expressions et des proverbes qui sont toujours d'actualité.

L'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » est un exemple parfait de l'héritage de Molière. Elle a traversé les siècles en conservant sa pertinence et sa force évocatrice, et elle continue à exprimer un sentiment universel d'incompréhension et de critique face aux dilemmes et aux difficultés de la vie.

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Molière et le Thème du Diable

Bien que Molière soit surtout connu pour ses comédies de mœurs, il a également abordé le thème du diable dans certaines de ses pièces. Dans Tartuffe, par exemple, le personnage principal est un hypocrite qui se fait passer pour un saint homme afin de manipuler son entourage. Tartuffe, en se présentant comme un ange, se révèle en réalité un diable déguisé.

Dans Dom Juan, Molière met en scène un héros cynique et athée qui défie les conventions sociales et religieuses. Le diable est présent dans cette pièce à travers le personnage de Sganarelle, le valet de Dom Juan, qui représente la conscience morale du héros et qui le met en garde contre les dangers de la damnation éternelle.

Molière, en utilisant le thème du diable, ne cherche pas à faire l'apologie de l'enfer ou de la damnation. Il utilise plutôt le diable comme un symbole de la tentation, de l'immoralité et de la déchéance humaine.

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