Le diabète gestationnel est une forme de diabète qui se développe pendant la grossesse et disparaît généralement après l'accouchement. Il se caractérise par une hyperglycémie, c'est-à-dire un taux de sucre élevé dans le sang, qui survient ou est détectée pour la première fois pendant la grossesse. Cette condition peut avoir des implications pour la mère et le bébé, d'où l'importance d'un dépistage et d'une prise en charge adéquats.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Pendant la grossesse, le placenta produit des hormones qui peuvent perturber la sécrétion d'insuline, l'hormone responsable de la régulation du taux de sucre dans le sang. Chez certaines femmes, cette perturbation entraîne une diminution de la production d'insuline, ce qui provoque une augmentation du taux de sucre dans le sang. Ce phénomène est connu sous le nom de diabète gestationnel.
Bérengère Philippon, une maman de deux enfants et spécialiste de l'alimentation à indice glycémique bas, a elle-même été confrontée au diabète gestationnel lors de sa deuxième grossesse. Elle souligne que le diabète gestationnel touche environ 9% des femmes enceintes et qu'il est important de comprendre que le sucre ne se trouve pas uniquement dans les desserts, mais aussi dans certains aliments salés et féculents.
Facteurs de risque et dépistage
Plusieurs facteurs de risque peuvent augmenter la probabilité de développer un diabète gestationnel. Parmi ceux-ci, on retrouve :
- Un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 25 kg/m2 (surpoids et obésité)
- Un âge supérieur ou égal à 35 ans
- Des antécédents familiaux de diabète au premier degré (père, mère, fratrie)
- Des antécédents obstétricaux de diabète gestationnel ou de macrosomie (poids de naissance au-delà de 4 kg)
- Le syndrome des ovaires polykystiques
En France, le dépistage du diabète gestationnel est recommandé entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée (entre le 5e et le 6e mois) chez les femmes présentant au moins un de ces facteurs de risque. Le dépistage se fait par une hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) avec 75 g de glucose, avec mesure des glycémies à 0, 1 et 2 heures.
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Si la glycémie à jeun est ≥ 0,92 g/L (5,1 mmol/L) ou si la glycémie à 1 h est ≥ 1,80 g/L (10 mmol/L) ou la glycémie à 2 h > 1,53 g/L (8,5 mmol/L), le diagnostic de diabète gestationnel est posé. Une seule valeur positive est suffisante pour confirmer le diagnostic.
Risques et complications
Le diabète gestationnel peut entraîner des complications pour la mère et le bébé.
Pour la mère :
- Risque accru d'hypertension artérielle gravidique et de prééclampsie
- Risque de césarienne
- Risque de récidive du diabète gestationnel lors d'une grossesse ultérieure
- Risque augmenté de développer un diabète de type 2 à long terme
- Syndrome métabolique et pathologies cardiovasculaires
Pour le bébé :
- Macrosomie (poids de naissance élevé), ce qui peut augmenter le risque de dystocie des épaules (blocage des épaules pendant l'accouchement) et de paralysie du plexus brachial
- Hypoglycémie néonatale (taux de sucre trop bas à la naissance)
- Risque augmenté de surpoids, d'obésité et de diabète de type 2 à l'âge adulte
- Risque d'allergies (dermatite atopique, troubles respiratoires)
- Possibilité de troubles du spectre de l'autisme (données contradictoires)
Il est important de noter que la fréquence des malformations n'est pas augmentée en cas de diabète gestationnel, car les hyperglycémies surviennent généralement aux 2e et 3e trimestres, alors que les glycémies sont normales durant l'embryogenèse.
Prise en charge et traitement
La prise en charge du diabète gestationnel est multidisciplinaire et inclut les gynécologues-obstétriciens, les médecins généralistes, les endocrinologues-diabétologues et les sages-femmes. Elle peut être intégrée dans un programme d'éducation thérapeutique.
Dans un premier temps, la prise en charge repose sur des mesures hygiéno-diététiques. Il ne s'agit pas de suivre un régime strict, mais plutôt d'adopter une alimentation équilibrée et normocalorique, répartie en trois repas et, si souhaité, une ou deux collations. Il est recommandé de privilégier les sucres lents (glucides riches en fibres comme le pain complet, les pâtes, la semoule, les fruits frais et les légumes verts) et d'éviter les sucres rapides (purée, riz à cuisson rapide, pain blanc, sodas et confiseries). Une activité physique adaptée à la grossesse est également encouragée.
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L'autosurveillance glycémique est essentielle pour contrôler le taux de sucre dans le sang. Elle consiste à mesurer la glycémie capillaire avant et après chaque repas, soit 4 à 6 fois par jour. L'objectif est d'obtenir des glycémies à jeun < 0,95 g/L (5,3 mmol/L) et, en période postprandiale, < 1,20 g/L (6,7 mmol/L) à 2 heures du repas.
Si les objectifs glycémiques ne sont pas atteints après 7 à 15 jours de mesures hygiéno-diététiques, une insulinothérapie peut être proposée. L'insuline lente ou intermédiaire compense la sécrétion basale, tandis que l'insuline rapide compense les besoins liés au repas. Le schéma et les posologies d'insuline sont adaptés à chaque femme en fonction de sa corpulence, de son âge gestationnel et du moment de la journée où les hyperglycémies surviennent.
Macrosomie fœtale : un risque associé
La macrosomie fœtale, définie par un poids de naissance supérieur à 4 kg, est une conséquence fréquente du diabète gestationnel. Les hyperglycémies maternelles entraînent des hyperglycémies fœtales, ce qui stimule la sécrétion d'insuline fœtale et favorise la croissance du bébé.
La macrosomie fœtale peut entraîner des complications pendant l'accouchement, notamment la dystocie des épaules. Dans certains cas, une césarienne peut être nécessaire pour assurer un accouchement en toute sécurité.
Diabète gestationnel et PAPP-A : quel lien ?
La Pregnancy-Associated Plasma Protein-A (PAPP-A) est une protéine produite par le placenta pendant la grossesse. Un faible taux de PAPP-A au premier trimestre de la grossesse a été associé à un risque accru de complications, notamment la prééclampsie et le retard de croissance intra-utérin (RCIU).
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Une étude récente menée au Centre hospitalier universitaire de Nice a examiné le lien entre un faible taux de PAPP-A et la prééclampsie. Les résultats ont montré que seulement 8,2% des femmes présentant un faible taux de PAPP-A ont développé une prééclampsie. De plus, les femmes atteintes de prééclampsie avec un faible taux de PAPP-A avaient tendance à avoir une apparition précoce de la prééclampsie (avant 32 semaines d'aménorrhée) et un taux plus élevé de césariennes pour anomalie du rythme cardiaque fœtal.
Ces résultats suggèrent que le marqueur sérique PAPP-A reste peu prévisible et controversé. D'autres études sont nécessaires pour mieux comprendre le rôle de la PAPP-A dans le développement de la prééclampsie et d'autres complications de la grossesse.
Le rôle du futur papa
Il est intéressant de noter que les futurs papas peuvent également être touchés par le diabète gestationnel. Une étude canadienne a révélé que les hommes dont la conjointe a fait du diabète gestationnel ont un risque 33% plus élevé de développer un diabète de type 2 après l'accouchement de leur femme.
Cette association pourrait être due à des habitudes de vie partagées par les couples, telles que de mauvaises habitudes alimentaires et un manque d'activité physique. Il est donc important que les futurs papas soient également conscients des risques liés au diabète et qu'ils adoptent un mode de vie sain pour leur propre santé et celle de leur famille.
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