Le diabète gestationnel, un trouble de la tolérance au glucose détecté durant la grossesse, mérite une attention particulière en raison de ses répercussions potentielles sur la santé à long terme de la mère et de l'enfant. Bien que temporaire et disparaissant généralement après l'accouchement, une prise en charge adéquate est cruciale pour minimiser les risques. Parallèlement, l'allaitement maternel, reconnu pour ses nombreux bienfaits pour le nourrisson, suscite des interrogations quant à son impact sur la gestion du diabète post-partum. Cet article explore les liens entre le diabète, l'allaitement et propose des conseils pour une gestion optimale de la glycémie pendant cette période.
Diabète gestationnel : un aperçu
Le diabète gestationnel est un trouble de la régulation du glucose qui survient spécifiquement pendant la grossesse. Il est diagnostiqué lors d'un examen de glycémie à jeun ou d'un test d'hyperglycémie provoquée, révélant une élévation du taux de glucose au-delà des valeurs de référence spécifiques à la période de gestation. Il est donc un diabète de type 2 temporaire qui disparaît après l'accouchement.
Prévalence et risques associés
La prévalence du diabète gestationnel est en augmentation globale, influencée par des facteurs tels que l'obésité et l'âge maternel avancé. Aux États-Unis, on estime que près de 6 à 9 % des femmes enceintes développent un diabète gestationnel chaque année.
Au cours de la grossesse, le diabète gestationnel peut augmenter le risque de complications obstétricales telles que la macrosomie fœtale (un bébé de poids élevé), la prééclampsie (dysfonctionnement du placenta) et le travail prématuré.
Allaitement et diabète : une relation complexe
L'allaitement maternel est largement reconnu comme la nutrition optimale pour le nourrisson, favorisant le développement immunologique et réduisant le risque de nombreuses maladies à long terme. Mais qu'en est-il de son impact sur la santé de la mère, en particulier en cas de diabète gestationnel ?
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Impact de l'allaitement sur le métabolisme du glucose
L'allaitement requiert une énergie substantielle, évaluée à près de 500 calories par jour. Fait intéressant, la lactogénèse agit positivement sur le métabolisme du glucose, non seulement par une perte de poids, mais également en augmentant la sensibilité à l'insuline.
Une étude japonaise rétrospective a analysé les dossiers médicaux de 88 jeunes femmes pour lesquelles un diabète gestationnel avait été détecté durant la période de grossesse. Les résultats ont montré un lien potentiel entre l'allaitement et une meilleure régulation de la glycémie post-partum.
Allaitement et risque de diabète de type 2
Plusieurs études épidémiologiques suggèrent que l'allaitement pourrait protéger les femmes contre le diabète de type 2, plusieurs décennies après le sevrage de leurs enfants. Le diabète de type 2 commence par une résistance à l'insuline, et l'allaitement pourrait restaurer cette sensibilité.
Une étude a recruté 18 femmes qui avaient accouché depuis 5 semaines. Les chercheurs ont constaté que toutes les femmes présentaient de faibles taux d'insuline, caractéristiques de la période post-partum, indépendamment de la nourriture de leurs nouveau-nés. La simulation d’un état postprandial via l’administration d’insuline supprimait la lipolyse et la production de glucose chez toutes les mères.
Selon une étude américaine, les mères qui allaitent leur nourrisson pendant au moins 6 mois auraient un risque réduit de développer un diabète de type 2. Pendant 30 ans, les scientifiques ont suivi 1200 femmes américaines ayant eu au moins un enfant. Au cours de cette période, 182 participantes ont développé un diabète de type 2. La majorité (139) a allaité moins de 6 mois ou n’a pas allaité du tout, et 43 ont donné le sein 6 mois ou plus après leur accouchement.
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Cependant, il est important de noter que ces études observationnelles ne permettent pas d'établir un lien de causalité définitif. D'autres facteurs, tels que le niveau d'éducation, l'alimentation et les antécédents familiaux de diabète, peuvent également influencer le risque de développer un diabète de type 2.
Conseils pour une gestion optimale du diabète pendant l'allaitement
L'allaitement est non seulement possible, mais également recommandé pour les femmes ayant eu un diabète gestationnel. Cependant, une surveillance attentive et une adaptation du traitement sont nécessaires pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant.
Surveillance de la glycémie
La surveillance régulière des niveaux de glucose sanguin pendant la période post-partum est essentielle. Après l’accouchement, les hypoglycémies peuvent être fréquentes car les besoins en insuline diminuent. Il est important d'adapter les doses d'insuline en conséquence, en collaboration avec votre médecin.
Laura livre une de ses astuces : “Pour me faire une idée des tétées au début, j'avais fait un petit tableau de suivi et j'avais ajouté une case "glycémie". Cela m'a aidé à me stabiliser et surtout à m'assurer que je ne donnais pas le sein en hypo.”
Alimentation équilibrée et fractionnée
Comme pour toute femme enceinte, l’alimentation doit être variée, équilibrée, riche en calcium, fer et vitamines. La quantité de glucides n’est pas nécessairement modifiée, mais plutôt fractionnée.
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Daphné témoigne : “J’ai eu l’impression de faire n’importe quoi : affamée par l'allaitement (et aussi par l'envie de compenser la rigueur du contrôle alimentaire pendant la grossesse), j'ai mangé ce que je voulais, beaucoup de gâteaux et de chocolats, en me piquant mais de manière souvent insuffisante (trop peur de faire une hypo avec bébé). J'ai mis le diabète au second plan: 6 mois après la naissance, mon HbA1C était passée de 5,9 à 9,1. Heureusement, trois mois plus tard, c’est redescendu à 7,3… et c’est resté dans ces eaux-là depuis".
Prévention et gestion des hypoglycémies
Si vous avez choisi d’allaiter votre enfant, prenez garde à toujours avoir à portée de main de quoi vous resucrer lors des tétées. En cas d’hypoglycémie importante, déposez votre enfant dans son parc ou dans son lit pour qu’il soit en sécurité.
Lorsque les enfants sont plus grands, il vous faut gérer les hypoglycémies dans toutes les situations (promenade, sport, voiture…). Prévoyez donc la quantité nécessaire lors de vos sorties pour ne pas être dans l’embarras.
Allaitement précoce et fréquence des tétées
L'allaitement précoce favoriser une meilleure régulation de la glycémie post-partum. L'allaitement maternel intensif, avec des tétées fréquentes et une durée prolongée, peut aider à stabiliser les niveaux de glucose sanguin et à améliorer la sensibilité à l'insuline.
Médicaments et allaitement
En cas de diabète non insulinodépendant, il faut retarder la reprise des comprimés hypoglycémiants car ils passent dans le lait. Votre médecin traitant jugera peut-être utile de vous traiter temporairement par insuline, voire d’utiliser une pompe à insuline.
Soutien et éducation
L'allaitement maternel peut être un défi, surtout pour les femmes ayant eu un diabète gestationnel. N'hésitez pas à rechercher un soutien auprès de professionnels de la santé, de groupes de soutien à l'allaitement ou d'autres mères vivant avec le diabète.
Parlez du diabète à vos enfants. Ils comprennent ainsi pourquoi maman est de mauvaise humeur ou pourquoi elle a très soif lors d’une hyperglycémie ou encore pourquoi maman doit s’asseoir un instant et se resucrer lors d’une hypoglycémie.
Grossesse et diabète préexistant
De nos jours, toute femme ayant un diabète, qu’il soit de type 1 ou de type 2, peut avoir un bébé. Sa grossesse reste tout de même à risque. C’est pourquoi, en cas de diabète, entamer un projet de grossesse ne se fait pas à la légère : il doit être préparé soigneusement avec le médecin avant la conception.
Risques et complications
La possibilité de perdre un bébé est présente pour toute grossesse : on comptabilise environ 15 % de fausses couches précoces. En cas de diabète mal maîtrisé, ce risque est doublé. Les bébés nés de mères atteintes de diabète courent un risque plus élevé de malformations congénitales. Ces malformations, notamment cardiaques, du système nerveux ou musculo-squelettique, sont étroitement liées à l’hyperglycémie dans les premières semaines de la grossesse, celles où les organes se forment. Le fœtus peut présenter une macrosomie, c’est-à-dire être plus gros que la normale (poids de naissance supérieur à 4 kg), ce qui rend l’accouchement plus difficile et augmente le recours à la césarienne.
Suivi médical renforcé
Toutes ces complications peuvent être évitées grâce à l’anticipation. C’est pourquoi il est essentiel que les femmes vivant avec un diabète soient suivies dès que le projet d’enfant est envisagé. Cette visite vous permettra notamment d’évaluer votre état de santé général, de discuter des risques potentiels, de définir des objectifs glycémiques, d’ajuster votre traitement si besoin ou encore de réaliser un bilan complet. En effet, le maintien d’un bon contrôle glycémique avant et pendant la grossesse est essentiel pour réduire les risques de complications.
Entre le deuxième et le troisième trimestre, surtout vers le sixième mois, les besoins en insuline sont presque multipliés par deux. Il faudra tenir compte de ces changements dans votre traitement en modifiant, avec l’aide de votre diabétologue, les doses d’insuline au fur et à mesure de la grossesse, et aussi en emportant partout avec vous les bandelettes qui permettent de détecter la présence de corps cétoniques dans l’urine. Pour obtenir ce résultat, votre médecin traitant mettra très certainement en place une surveillance renforcée de votre glycémie.
Si votre diabète est traité par multi-injection, votre diabétologue pourra éventuellement vous proposer la pompe à insuline. En effet, l’administration continue d’insuline peut constituer un excellent outil pour équilibrer le diabète, tout en vous évitant les nombreuses piqûres par jour. Dans tous les cas, vous pouvez continuer à administrer l’insuline dans la peau du ventre.
En plus des analyses habituelles du suivi de la grossesse, votre diabétologue pourra vous demander une HbA1c ou une fructosamine une fois par mois. Un examen du fond d'œil est aussi préconisé tous les 3 mois.
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