La déshydratation, une condition caractérisée par une perte excessive d'eau et de sels minéraux, représente un risque significatif pour les nourrissons. Elle est souvent consécutive à un épisode de diarrhée aiguë, notamment lors d'une infection gastro-intestinale d'origine virale. Chez les bébés, la déshydratation peut survenir rapidement, surtout en cas d'infection gastro-intestinale d'origine virale. Il est crucial de reconnaître les signes précoces de déshydratation et d'agir rapidement pour prévenir des complications graves.

Comprendre la déshydratation chez le bébé

Pour bien fonctionner, que l’on soit nouveau-né, enfant ou adulte, notre organisme a besoin d’eau, mais aussi d’autres liquides. Au cours d’une journée, le corps de votre enfant va constamment perdre puis réabsorber de l’eau. Qu’il transpire, qu’il pleure, qu’il urine ou qu’il aille à la selle, il perd de l’eau. S’il tète, s’il mange ou s’il boit, il en réabsorbe.

Votre bébé est victime de déshydratation lorsque son organisme perd de grandes quantités d’eau. Si ces liquides ne sont pas réabsorbés rapidement, cela peut provoquer l’apparition d’un certain nombre de problèmes graves, parmi lesquels : une insolation, des crises d’épilepsie, une insuffisance rénale, une perte de conscience et une chute du taux d’oxygène dans le sang.

La déshydratation correspond à une perte conséquente d’eau et de sels minéraux de l’organisme. L'eau représente 75 à 80 % du poids d'un nouveau-né, 65 % chez un nourrisson et 60 % chez un adulte. On considère qu'un nourrisson est déshydraté à partir d'une perte de 5 % de son poids. Lorsqu’elle atteint 10 %, cela peut être grave.

La déshydratation aiguë est particulièrement grave pour les nourrissons, chez lesquels la concentration en eau de l'organisme est proportionnellement plus élevée que chez le grand enfant ou chez l'adulte, les pertes étant donc proportionnellement plus abondantes.

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Causes de la déshydratation aiguë chez le nourrisson

La cause majeure des déshydratations aiguës du nourrisson est la diarrhée, d'origine surtout infectieuse, éventuellement associée à des vomissements. Il faut y ajouter la fièvre, quelle que soit son origine.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la déshydratation chez les nourrissons :

  • Gastro-entérite aiguë : Chez le jeune enfant, la déshydratation est souvent la conséquence d’une gastro-entérite aiguë. L’infection virale va entraîner une hypersécrétion d’eau et d’électrolytes par les cellules de l’intestin (les entérocytes). Les principaux agents infectieux des gastroentérites aiguës sont viraux : le rotavirus, principal responsable d’épidémies hivernales, le norovirus, l’adénovirus, le calicivirus, l’astrovirus. Les norovirus sont devenus la première cause de diarrhée aiguë dans les pays ayant un bon taux de couverture vaccinale vis-à-vis du rotavirus, et induisent des vomissements très fréquents, qui constituent le seul symptôme dans 20 % des cas. Les infections à bactéries entéro-invasives comme Salmonella, Shigella, Yersinia ou Campylobacter jejuni sont beaucoup plus rares, responsables de diarrhées glairo-sanglantes et de signes généraux : fièvre élevée, douleurs abdominales témoins d’une colite. Les bactéries entéro-toxinogènes telles qu’Escherichia coli entérotoxinogène ou Vibriocholerae sont responsables de diarrhées hydriques profuses dans les pays à ressources limitées. Clostridium difficile peut être responsable de diarrhée post-antibiothérapie. Staphylococcus aureus, Salmonella spp. et exceptionnellement Clostridium botulinum peuvent être responsables de toxi-infections alimentaires collectives. Les causes parasitaires sont plus rares, Giardia lamblia étant le principal en France métropolitaine.

  • Diarrhée : Que les selles de votre bébé soient parfois liquides n’a en soi rien d’inquiétant. Cependant, des maladies virales peuvent parfois lui donner la diarrhée. Si c’est le cas, votre bébé perd beaucoup d’eau et de sels minéraux à travers ses selles, ce qui peut le déshydrater.

  • Vomissements : De nombreuses maladies, dont notamment la gastro-entérite, peuvent déclencher des vomissements qui, à leur tour, provoquent une déshydratation. Pour empêcher cette dernière de se produire, il est important de s’assurer que votre enfant absorbe plus de liquides que d’habitude. S’il continue à les vomir, contactez votre professionnel de santé : celui-ci saura vous indiquer la marche à suivre. Détail important : pendant les premières 24 heures de vomissements, évitez de donner des aliments solides à votre bébé et préférez-leur une solution de réhydratation orale disponible en pharmacie.

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  • Fièvre : Une fièvre, c’est-à-dire une température supérieure ou égale à 38 °C, peut également provoquer une déshydratation chez votre bébé, car elle accélère la perte de liquides. Plus la fièvre est forte, plus votre bébé peut être déshydraté : c’est la raison pour laquelle il est important de bien boire s’il a une fièvre.

  • Fortes chaleurs : Enfin, les fortes chaleurs peuvent également être à l’origine d’une perte d’eau de l’organisme. Une exposition à de fortes chaleurs et de gros coups de soleil sont également des causes probables de déshydratation de votre bébé. Si celui-ci souffre de problèmes liés aux fortes températures ou au soleil, contactez votre professionnel de santé et rendez-vous aux urgences.

  • Autres causes: malnutrition ou insuffisance d'apports liquidiens, intoxication ou intolérance alimentaire.

Signes de déshydratation chez le nourrisson

Il est important de reconnaître rapidement les symptômes surtout chez le nourrisson de moins de 6 mois afin d'éviter une déshydratation sévère de plus de 10 % du poids de l'enfant nécessitant une hospitalisation en urgence.

Les signes de déshydratation de votre bébé dépendent de la gravité de celle-ci.

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Signes d’une déshydratation légère ou modérée

Les formes moyennes se caractérisent par une perte de poids de 5 à 10 %. Le diagnostic repose sur le seul examen clinique de l'enfant. Des examens complémentaires peuvent le confirmer après hospitalisation en urgence du nourrisson. Quand la cause persiste, l'évolution de la forme la plus bénigne vers la forme la plus grave peut se faire en quelques heures.

Les signes d’une déshydratation légère ou modérée de votre bébé peuvent être s’il :

  • Joue moins qu’à son habitude.

  • A la bouche sèche.

  • Mouille moins de six couches par jour (s’il c’est un bébé) ou urine moins fréquemment (s’il est plus âgé).

  • Pleure moins.

  • A des cernes sous les yeux.

  • A les fontanelles (les zones molles du crâne de votre bébé) enfoncées.

  • A des selles plus liquides si la déshydratation est provoquée par une diarrhée, ou des selles moins nombreuses si elle est provoquée par des vomissements ou une absorption moins importante de liquides.

Signes d’une déshydratation sévère

Si la perte de poids est supérieure à 10% : la déshydratation est sévère.

Les signes d’une déshydratation sévère de votre bébé sont notamment :

  • S’il est grognon, s’il est toujours fatigué.

  • S’il a des cernes sous les yeux.

  • S’il a les mains et les pieds froids ou pâles.

  • S’il a la peau fripée.

  • S’il ne mouille pas sa couche pendant 8 heures (pour les bébés) ou n’urine pas en 10 heures (pour les enfants plus âgés).

Autres signes cliniques de déshydratation

Le diagnostic de déshydratation nécessite l’association de plusieurs signes cliniques de déshydratation, aucun seul n’étant suffisamment discriminant et leur reproductibilité inter-observateur étant médiocre : soif pouvant se traduire par des pleurs, sécheresse des muqueuses (recherchée dans le sillon gingivo-jugal), absence de larmes, pli cutané persistant, cernes péri-oculaires (impression d’yeux enfoncés dans les orbites), hypotonie des globes oculaires, dépression de la fontanelle antérieure.

Un temps de recoloration cutanée allongé : il s'agit du temps que met la peau à se recolorer au niveau périphérique après une pression de quelques secondes.

Les signes de choc hypovolémique sont recherchés : tachycardie et polypnée, teint pâle, gris ou cyanosé, marbrures et allongement du temps de recoloration cutanée, extrémités froides, et troubles de conscience qui peuvent débuter par un état d’agitation. L’hypo­tension artérielle est un signe tardif en raison de l’importance de la réponse vasoconstrictrice.

Que faire en cas de déshydratation ?

Le traitement des déshydratations vise à supprimer la cause quand cela est possible, à réhydrater en apportant de l'eau, à corriger les désordres électrolytiques et les complications éventuelles.

Réhydratation orale

Le premier geste est de compenser la perte en eau et en sels minéraux en donnant à boire à l’enfant une solution de réhydratation orale (SRO). La réhydratation orale constitue le traitement essentiel d’une diarrhée aiguë sans signes de gravité et repose sur l’administration de solutés de réhydratation orale d’osmolarité réduite (50/60 mmol/L de Na+) qui réduit le volume des selles et la fréquence des vomissements.

« Ces boissons sucrées salées, dont la composition est riche en sodium, sont facilement acceptées par les nourrissons jusqu'à deux ans. Les solutés de réhydratation orale se présentent sous forme de sachets en poudre à diluer dans de l’eau. Lorsqu’ils sont prescrits par le médecin, ils sont pris en charge par l'Assurance maladie pour les nourrissons et les enfants de moins de 5 ans atteints de diarrhée aiguë.

La réhydratation orale doit être précisément expliquée aux parents pour être efficace. En cas d’échec (vomissements persistants malgré un fractionnement bien conduit des prises), la réhydratation par solutés de réhydratation orale administrée en débit continu par une sonde nasogastrique doit être proposée, de préférence à la réhydratation intraveineuse chez les enfants ne présentant ni état de choc, ni troubles de conscience, ni iléus paralytique, et en l’absence de malformation ORL. Elle permet d’éviter un prélèvement veineux, entraîne moins de complications tout en permettant une durée de séjour plus courte.

  • Pour les nourrissons et les jeunes bébés : Si vous allaitez votre bébé et qu’il a besoin d’être réhydraté, continuez, sauf s’il vomit. Dans ce cas, arrêtez temporairement l’allaitement. Votre professionnel de santé vous recommandera probablement de lui donner une solution de réhydratation orale entre les tétées et vous précisera combien et à quelle fréquence. Si vous nourrissez votre petit au lait artificiel, arrêtez et réhydratez-le simplement au moyen d’une solution de réhydratation orale jusqu’à ce qu’il se rétablisse. Vous pourrez alors reprendre l’allaitement. Ne diluez surtout pas le lait artificiel avec de l’eau. Souvenez-vous bien qu’il est déconseillé de donner de l’eau aux bébés de moins de 6 mois, alors ne soignez pas une déshydratation en lui en donnant.

  • Pour les bébés plus âgés et les jeunes enfants : Contactez votre professionnel de santé : celui-ci pourra vous conseiller d’acheter une solution de réhydratation orale spécialement conçue pour les bébés et les jeunes enfants en pharmacie. Suivez les recommandations de votre médecin. Habituellement, il s’agit de petites doses administrées fréquemment (1 cuiller à café toutes les 1-2 minutes).

  • Alimentation : Nourrisson allaité: allaitement poursuivi avec le SRO. Nourrisson au lait infantile: réalimentation sous 4 heures, éviter les aliments laxatifs. Si diarrhée > 7 jours ou sévère avec hospitalisation: avec lait sans lactose pendant 7-14 jours. Enfant: absence de régime anti-diarrhéique validé

Voici quelques boissons à éviter si votre bébé est déshydraté : de l’eau, des boissons gazeuses, du thé, des jus de fruits, du bouillon, des desserts à la gélatine. Ces boissons ne donneront pas à votre enfant l’apport en sels et en sucres dont il a besoin. De plus, si sa déshydratation est provoquée par une diarrhée, cela peut la faire empirer.

Réhydratation intraveineuse

Au-delà de 5% de perte de poids : il est préférable de faire hospitaliser rapidement le bébé, afin qu'il soit réhydraté par voie veineuse (perfusion).

La réhydratation intraveineuse est prescrite en relais de la correction d’un choc hypovolémique, en cas de déshydratation avec altération de l’état de conscience ou acidose importante, ou en cas d’échec de la réhydratation entérale (orale ou nasogastrique) se manifestant par une aggravation de la déshydratation, la persistance des vomissements, ou l’épuisement de l’enfant, enfin en cas de distension abdominale majeure ou de suspicion d’affection chirurgicale.

La réalisation d’un prélèvement sanguin pour ionogramme sanguin, avec glycémie, protidémie, urée, créatininémie et CO2 total veineux n’est indiquée qu’en cas de nécessité de réhydratation intraveineuse, dans le même temps que la pose de l’accès veineux. L’objectif est une éventuelle adaptation du contenu de la perfusion. Ces examens et notamment la connaissance de la natrémie sont inutiles en cas de réhydratation orale.

En cas de choc hypovolémique, la restauration de la volémie est une urgence immédiate. Elle nécessite une prise en charge par un médecin expérimenté et requiert un appel du Samu si l’enfant n’est pas dans une structure hospitalière appropriée. Le remplissage vasculaire s’effectue par bolus de 20 mL/kg de sérum salé isotonique (ou solution de Ringer lactate) jusqu’à correction des signes de choc hypovolémique, administré par une voie veineuse périphérique (voire intra-osseuse en cas d’échec de la voie veineuse). Entre deux bolus, fréquences cardiaque et respiratoire, qualité du pouls, état de conscience, perfusion périphérique, précharge et pression artérielle doivent être contrôlés.

Médicaments

« Parfois, en parallèle du soluté de réhydratation orale, le médecin peut prescrire du racécadotril (Tiorfan®), un antidiarrhéique qui va diminuer l'hypersécrétion intestinale et limiter la perte d'eau, précise le Dr Jean-Louis Chabernaud. » Cependant, « (…) l’intérêt du Racécadotril a été considéré comme « limité » dans une Cochrane publiée en 2019 et n’est donc plus recommandé en routine. » et « En ambulatoire, aucun anti-émétique ne peut être utilisé. » - GFHGNP 2024

Les probiotiques (Saccharomyces boulardii, Lactobacillus rhamnosus GG) réduisent la durée et l’intensité des symptômes. Ils peuvent être utilisés en complément de la réhydratation orale. Le lopéramide n’est pas recommandé et est même contre-indiqué avant 2 ans.

Quand consulter un professionnel de santé ?

Il est important de consulter son médecin traitant ou son pédiatre lorsque le bébé ou le jeune enfant vomit, souffre d’une diarrhée importante, a de la fièvre, refuse de boire, urine rarement ou si son état général se dégrade.

Si votre bébé présente l’un des signes de déshydratation ci-dessus, appelez immédiatement un professionnel de santé. Celui-ci pourra vous expliquer comment remédier à la situation, par exemple en achetant une solution de réhydratation orale (SRO) en pharmacie.

Si vous pensez que votre bébé est gravement déshydraté, emmenez-le aux urgences. Il est possible qu’il faille l’hospitaliser pour le réhydrater par intraveineuse.

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