Dans la France des Trente Glorieuses, l'interdiction de la contraception et de l'avortement a conduit à des pratiques clandestines dangereuses. Cet article explore le contexte historique de cette époque, mettant en lumière les difficultés rencontrées par les femmes et le rôle joué par les voyages à l'étranger, notamment en Hollande, pour accéder à des avortements légaux et sûrs.

La Clandestinité et ses Dangers

Face à l'interdiction de l'avortement, les femmes se tournaient vers des solutions désespérées. Elles se débrouillaient dans la clandestinité, souvent livrées aux mains des "faiseuses d'anges" utilisant des méthodes rudimentaires et dangereuses. Les services d'urgence des hôpitaux étaient régulièrement confrontés aux conséquences tragiques de ces avortements clandestins : infections, hémorragies, et parfois même la mort. On estime qu'une femme mourait chaque jour des suites d'un avortement clandestin dans les années soixante-dix.

Les femmes qui avaient les moyens financiers se tournaient vers l'étranger, notamment l'Angleterre, la Hollande et la Suisse, où l'avortement était légal et pratiqué dans des conditions médicales sûres.

Le Rôle des Pays-Bas

Les Pays-Bas sont devenus une destination privilégiée pour les femmes françaises cherchant à interrompre leur grossesse légalement. Le témoignage de Simone Iff, présidente du Planning familial de 1973 à 1981, illustre bien cette réalité. Elle se souvient de la facilité avec laquelle elle a pu accéder à un avortement en Suisse, soulignant le contraste frappant avec la situation en France.

Les Acteurs du Changement

La lutte pour la légalisation de l'avortement en France a été menée par différents acteurs, notamment des mouvements féministes tels que le MLAC (Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception). Ces mouvements revendiquaient le droit des femmes à disposer de leur corps et organisaient des actions pour rendre l'avortement accessible, même illégalement.

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En 1971, le "Manifeste des 343 salopes", signé par des personnalités comme Simone de Beauvoir et Catherine Deneuve, a eu un impact important sur l'opinion publique. En 1972, le procès de Bobigny, où une jeune femme était jugée pour avoir avorté après un viol, a également contribué à sensibiliser le public à la question de l'avortement.

La Loi Veil : Une Avancée Majeure

La loi Veil du 17 janvier 1975 a marqué une étape décisive dans la lutte pour les droits des femmes en France. Elle a légalisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG), permettant aux femmes d'avorter légalement et en toute sécurité.

Simone Veil, alors ministre de la Santé, a joué un rôle crucial dans l'adoption de cette loi. Elle a su convaincre une majorité de parlementaires de la nécessité de dépénaliser l'avortement, malgré les fortes oppositions.

La loi Veil a été une avancée majeure, mais elle n'a pas mis fin à tous les obstacles. Des difficultés d'accès à l'IVG persistent dans certains territoires, contraignant encore des femmes à se rendre à l'étranger pour avorter.

Les Évolutions Législatives Postérieures

Depuis la loi Veil, plusieurs évolutions législatives ont contribué à renforcer les droits des femmes en matière d'avortement. La loi de 1982 a introduit le remboursement de l'IVG, celle de 1993 a créé un délit d'entrave à l'IVG, et celle de 2001 a porté le délai légal de 10 à 12 semaines de grossesse. La loi égalité hommes-femmes de 2014 a supprimé la notion de "situation de détresse" pour justifier une demande d'avortement.

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Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. La "clause de conscience", permettant à un médecin de refuser une IVG, et le délai obligatoire de 7 jours de réflexion pour la femme entre les deux premières consultations n'ont pas été supprimés.

Les Défis Actuels

Aujourd'hui, le droit à l'avortement reste fragile et menacé dans de nombreux pays. En France, des difficultés d'accès à l'IVG persistent, notamment en raison de la fermeture de structures pratiquant l'IVG et du manque de relève militante.

Il est donc essentiel de rester vigilant et de continuer à défendre le droit des femmes à disposer de leur corps.

L'Avortement à Rennes : Un Cas Local

À Rennes, les mobilisations pour la liberté de l'avortement ont été menées par des groupes tels que Choisir-Rennes et le MLAC de Rennes. Ces groupes ont aidé les femmes à se rendre en Angleterre ou aux Pays-Bas pour avorter.

Cependant, l'application de la loi Veil à Rennes a été difficile. Le professeur Toulouse, chef de service de gynécologie et de maternité à l'Hôtel-Dieu, a posé des conditions restrictives pour l'ouverture d'un service IVG à l'hôpital.

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Face à ces difficultés, la clinique Saint-Vincent, et en particulier le médecin Maurice Caillet, ont joué un rôle important en pratiquant des IVG pour les femmes qui en avaient besoin.

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