La dermatose polymorphe gravidique (DPG), également connue sous le nom d'éruption polymorphe de la grossesse (EPG), est une affection cutanée bénigne mais prurigineuse qui survient pendant la grossesse. Bien que généralement associée à la fin de la grossesse, elle peut également se manifester dans la période post-partum. Cet article explore en détail les causes, les symptômes, les options de traitement et d'autres informations essentielles concernant la DPG post-partum.
Introduction
La dermatose polymorphe gravidique est une affection cutanée relativement rare qui touche entre 0,4 et 0,8 % des grossesses. Elle est plus fréquente chez les femmes enceintes pour la première fois (primipares). Bien que la DPG soit généralement bénigne et disparaisse spontanément après l'accouchement, elle peut provoquer des démangeaisons intenses et inconfortables. Il est important de comprendre les caractéristiques de cette affection pour un diagnostic et une prise en charge appropriés.
Causes de la Dermatose Polymorphe Gravidique
La cause exacte de la DPG reste inconnue. Contrairement à d'autres affections cutanées de la grossesse, comme la pemphigoïde gestationnelle, la DPG n'est pas une maladie auto-immune et n'est pas liée à un contexte allergique ou atopique. L'imprégnation hormonale de la grossesse, bien que suspectée, n'a pas été formellement démontrée comme cause directe.
Cependant, la pemphigoïde gravidique (PG), qui peut se manifester également en post-partum, est causée par la production d'anticorps IgG anti-BP180. Ces anticorps résultent de la présentation antigénique par des molécules du CMH de classe II exprimées de manière aberrante à la surface des cellules stromales amniochorioniques et trophoblastiques.
Symptômes et Manifestations Cliniques
La DPG se caractérise par des lésions cutanées variées, d'où le terme "polymorphe". Les manifestations peuvent inclure :
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- Papules urticariennes et plaques annulaires : Ces lésions ressemblent à de l'urticaire, avec des plaques lisses, rosées et fixes.
- Lésions de type érythème multiforme : Ces lésions présentent un aspect en "cible" avec des anneaux concentriques de différentes couleurs.
- Lésions eczémateuses : Elles ressemblent à de l'eczéma, avec des plaques papulovésiculeuses.
- Papulovésicules : Petites vésicules surélevées sur une base rouge.
- Cloques tendues : Dans certains cas, les lésions peuvent évoluer vers des cloques de taille plus importante (plus fréquent en cas de pemphigoïde gravidique).
Les lésions apparaissent généralement d'abord autour de l'ombilic et s'étendent à l'abdomen et aux extrémités. Le visage et les muqueuses sont généralement épargnés. Le prurit, ou démangeaisons, est un symptôme constant et souvent intense, décrit comme nocturne et insomniant.
Dans le cas de la pemphigoïde gravidique, un prurit intense précède souvent l'éruption.
Diagnostic
Le diagnostic de la DPG est principalement clinique. La présence d'éléments maculo-papuleux et d'un prurit intense chez une femme enceinte ou en post-partum est souvent suffisante pour poser le diagnostic. Cependant, il est crucial d'exclure d'autres affections cutanées de la grossesse, en particulier la pemphigoïde gestationnelle, qui peut avoir des conséquences plus graves.
Les tests suivants peuvent être effectués pour confirmer le diagnostic ou exclure d'autres affections :
- Biopsie cutanée : Un petit prélèvement de peau est examiné au microscope. L'histologie de la DPG n'est pas spécifique, mais elle peut aider à exclure d'autres diagnostics.
- Immunofluorescence directe : Cette technique recherche des dépôts d'anticorps (IgG et C3) à la jonction dermo-épidermique. Elle est généralement négative dans la DPG, mais positive dans la pemphigoïde gestationnelle.
- Immunofluorescence indirecte : Ce test détecte la présence d'auto-anticorps IgG sériques ciblant la membrane basale de la peau. Il est positif dans 30 à 100 % des cas de pemphigoïde gravidique.
Traitement
Le traitement de la DPG vise principalement à soulager les démangeaisons et à réduire l'inflammation. Les options de traitement comprennent :
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- Corticostéroïdes topiques : Les crèmes dermocorticoïdes sont le traitement de première intention. Des crèmes à activité forte ou très forte peuvent être nécessaires pour contrôler les symptômes. L'application se fait généralement une fois par jour, le soir après la douche.
- Antihistaminiques : Les antihistaminiques oraux, tels que la cétirizine, peuvent aider à réduire les démangeaisons.
- Corticostéroïdes oraux : Dans les cas plus graves, des corticostéroïdes par voie orale, comme la prednisone ou la prednisolone, peuvent être nécessaires. Il convient d'utiliser les doses minimales efficaces et de les réduire progressivement.
- Photothérapie UVB : La photothérapie UVB peut être envisagée si les autres traitements ne sont pas efficaces.
- Immunoadsorption systémique ou immunoglobulines intraveineuses : Dans les cas exceptionnels où le traitement conventionnel échoue, ces options peuvent être envisagées.
Il est important de noter que l'application de crèmes cortisonées sur la peau ne présente pas de risques fœtaux connus.
Évolution et Pronostic
La DPG est généralement une affection bénigne qui se résout spontanément en quelques semaines ou mois après l'accouchement. Une poussée peut survenir immédiatement après l'accouchement, mais elle se résorbe généralement en quatre semaines.
Bien que la DPG ne soit pas dangereuse pour la mère ou le bébé, elle peut être associée à un risque légèrement accru de :
- Bébé petit pour l'âge gestationnel.
- Naissance prématurée.
- Lésions cutanées légères et spontanément résolutives chez le nouveau-né (dans 10 à 11 % des cas pour la pemphigoïde gravidique).
La récidive lors des grossesses ultérieures est rare dans le cas de la DPG typique. Cependant, elle est fréquente (35 à 50%) dans le cas de la pemphigoïde gravidique, et les formes précoces sont généralement plus sévères.
Dermatoses Spécifiques de la Grossesse : Diagnostic Différentiel
Il est crucial de distinguer la DPG d'autres dermatoses spécifiques de la grossesse, car leur prise en charge et leur pronostic peuvent différer. Voici quelques-unes de ces affections :
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- Pemphigoïde Gestationnelle (PG) : Maladie auto-immune rare, caractérisée par des papules urticariennes et des plaques annulaires évoluant en cloques tendues. Elle est associée à un risque de retard de croissance intra-utérin. Le diagnostic repose sur l'immunofluorescence directe.
- Cholestase Intrahépatique Gravidique (CIG) : Se manifeste par un prurit isolé, à prédominance nocturne, sans lésions cutanées (sauf excoriations de grattage). Elle est associée à un risque de prématurité, de mort in utero et de croissance ralentie. Le diagnostic est confirmé par le dosage des sels biliaires et de l'alanine aminotransférase.
- Impétigo Herpétiforme : Dermatose rare, survenant surtout chez les primipares au 3e trimestre. Se manifeste par des plaques érythémateuses et centrifuges bordées de pustules stériles. Peut être associée à une hypocalcémie et une hypoalbuminémie.
- Éruption Atopique de la Grossesse (EAG) : Dermatose spécifique la plus fréquente, survenant chez les femmes ayant des antécédents d'atopie. Se manifeste par des plaques d'eczéma aigu sur fond de xérose diffuse, débutant aux plis du coude et aux creux poplités.
Manifestations Physiologiques de la Grossesse
Il est également important de distinguer les dermatoses spécifiques de la grossesse des changements physiologiques cutanés qui surviennent pendant la grossesse. Ces changements sont généralement bénins et ne nécessitent pas de traitement. Ils comprennent :
- Hyperpigmentation : Apparaît dès le premier trimestre, touchant l'aréole mammaire, les mamelons, les aisselles, le périnée, les faces internes des cuisses et la ligne blanche (ligne médiane de l'abdomen).
- Mélasma : Hyperpigmentation en plaques gris marron du visage.
- Angiomes stellaires : Lésions érythémateuses en étoile, plus fréquentes au 2e trimestre.
- Érythème palmaire : Rougeur diffuse ou limitée aux paumes des mains.
- Varicosités : Des membres inférieurs, du vagin (signe de Jacquemier) et teinte bleutée de la muqueuse génitale (signe de Chadwick).
- Vergetures : "Quasi-déchirures" linéaires du derme, apparaissant au 2e ou 3e trimestre.
- Pilosité accrue : Sur le visage, les bras et les jambes.
- Modifications des ongles : Deviennent plus brillants.
- Hypertrophie des glandes de Montgomery : Papules brunes sur les aréoles mammaires.
- Hypersudation : Augmentation de l'activité des glandes sudorales.
- Chute de cheveux : Diffuse et brutale dans les premiers mois du post-partum.
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