La grossesse est une période de changements physiologiques importants, rendant le corps de la femme plus susceptible à certaines infections. Parmi celles-ci, les déséquilibres de la flore vaginale, notamment la vaginose et la présence d'une flore polymorphe, peuvent susciter des inquiétudes. Cet article vise à éclairer ces aspects, en particulier leur impact potentiel sur la grossesse et les mesures à prendre.

Qu'est-ce que la flore polymorphe ?

L'ensemble des micro-organismes qui colonisent notre corps est appelé la flore microbienne ou le microbiote. On parle de flore polymorphe dès lors qu'un examen révèle la présence de plusieurs bactéries dans un fluide biologique analysé. "Que ce soit la peau, la sphère ORL (nez, gorge, bouche), le tube digestif ou encore le vagin, tous contiennent des bactéries, virus et champignons constituant le microbiote ou flore microbienne, explique le Dr Jean-Charles Gagnard, médecin infectiologue à Antony. Ces bactéries, virus et champignons ne sont pas pathogènes (pas responsable de maladie) mais sont commensales et saprophytes, nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme." Une flore polymorphe détectée lors d'un examen est généralement normale et signe de bonne santé. En cas d'infection, c'est une bactérie qui va ressortir à l'examen, et non pas une grande variété de bactéries.

La flore vaginale : Un écosystème essentiel

La flore vaginale, également appelée flore de Doderlein ou microbiote vaginal, est un écosystème complexe et sensible qui joue un rôle de bouclier protecteur du vagin. Elle est composée d’une variété de micro-organismes, principalement des lactobacilles (à 90%), et d’autres types de bactéries (10%). Les lactobacilles créent une barrière au niveau de la muqueuse intime, maintenant ainsi un environnement vaginal sain. Le pH vaginal, idéalement légèrement acide (entre 3,8 et 4,5), est crucial pour cet équilibre.

Déséquilibre de la flore vaginale : La vaginose

La vaginose est une pathologie courante et sans gravité en dehors de la grossesse. Elle provient d’un déséquilibre de la flore vaginale, où les lactobacilles protecteurs sont supplantées par d'autres bactéries, essentiellement Gardnerella vaginalis. Différentes causes peuvent expliquer une vaginose : un traitement antibiotique antérieur, une toilette intime trop prononcée qui déséquilibre la flore vaginale, un antécédent d’IST (infection sexuellement transmissible), ou encore des relations sexuelles avec plusieurs partenaires.

Diagnostic et symptômes

Dans 50 % des cas, la vaginose ne donne pas de symptômes. Cependant, elle peut se manifester par des pertes vaginales abondantes, blanchâtres ou jaunâtres. Les signes cliniques suffisent souvent à établir le diagnostic. Pour confirmer une vaginose, le médecin effectuera un prélèvement de la flore vaginale. Si les Lactobacillus spp positifs sont majoritaires, il n’y a pas lieu de s’inquiéter si vous êtes enceinte.

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Risques pendant la grossesse

Chez les femmes enceintes, la vaginose peut avoir des conséquences importantes sur la poursuite de la grossesse. La présence de Gardnerella dans la flore vaginale augmente le risque de fausse-couche tardive, d’accouchement anticipé ou de rupture des membranes. C’est surtout en début de grossesse qu’un taux excessif de Gardnerella dans la flore vaginale peut s’avérer dangereux. Avoir une vaginose avant 16 semaines de grossesse multiplierait par 7 le risque d’accouchement prématuré. En fin de grossesse, la vaginose provoquée par la Gardnerella présente moins de risques pour le bébé.

Traitement

Le médecin prescrit un traitement antibiotique pour guérir la vaginose de la femme enceinte. Il s’agit souvent de métronidazole (Flagyl), ou bien de clindamycine. Ces antibiotiques peuvent être pris par voie orale, mais pendant la grossesse ils sont également utilisés sous forme de crème ou de gel. Le médecin peut aussi vous conseiller de prendre des cures de prébiotiques ou des probiotiques, pour reconstituer une flore vaginale normale. Si vous avez déjà eu un accouchement prématuré auparavant, ou des menaces d’accouchement prématuré, le gynécologue vous prescrira une analyse de la flore vaginale dès le début de votre grossesse. Si elle révèle une vaginose, il vous prescrira un traitement antibiotique compatible avec votre état de femme enceinte. Si vous n’avez pas de risque d’accouchement prématuré, aucun prélèvement vaginal n’est nécessaire en début de grossesse.

Infections urinaires et grossesse

Les infections urinaires sont très fréquentes pendant la grossesse. L’augmentation de la production de progestérone rend la vessie paresseuse. L’urine y stagne plus longtemps et les germes s’y développent plus facilement. Le médecin prescrit le plus souvent des antibiotiques pour éviter que l’infection ne se propage ou qu’elle provoque un accouchement prématuré.

Flore polymorphe dans les urines

La présence d'une flore polymorphe dans les urines, détectée lors d'un ECBU (Examen Cytobactériologique des Urines), traduit généralement une contamination du prélèvement avec des bactéries extérieures. Pour avoir des résultats fiables, les urines doivent être recueillies dans de parfaites conditions d'hygiène, après une toilette intime et sur un deuxième jet d'urine.

Autres infections à surveiller pendant la grossesse

Outre la vaginose et les infections urinaires, d'autres infections peuvent être dangereuses pour le fœtus pendant la grossesse :

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  • Toxoplasmose : Une infection parasitaire causée par le parasite Toxoplasma gondii. Un dépistage systématique est effectué en début de grossesse, puis tous les mois pour celles qui ne sont pas immunisées. Protégez-vous contre la toxoplasmose : ne touchez pas à mains nues la terre ou les fruits et légumes du jardin avant qu’ils n’aient été lavés abondamment, puis essuyez-les avec un papier absorbant. Ne mangez que de la viande bien cuite et, si possible, évitez les contacts avec les chats (en particulier avec leur litière).

  • Listériose : La contamination à la Listeria a lieu le plus souvent par l’intermédiaire des fromages au lait cru, des produits de charcuterie et de la mer, les graines germées réfrigérées, la viande crue. Faites bien cuire viandes et poissons.

  • Streptocoque B : Il se retrouve dans la flore vaginale de 35 % des femmes environ, sans provoquer d’infections. Or, cette bactérie peut contaminer le bébé via le liquide amniotique ou pendant l’accouchement. On la dépiste de manière systématique par un prélèvement vaginal au début du 9e mois de grossesse.

  • CMV (Cytomégalovirus) : Une petite partie de la population n’est pas immunisée. Parmi elles, des femmes enceintes contractent parfois le CMV. Dans 90 % des cas, cela n’aura aucune conséquence sur le fœtus, et pour 10 %, cela peut entraîner des malformations graves.

Conseils pour maintenir une flore vaginale saine pendant la grossesse

  • Hygiène intime : Évitez les douches vaginales et les produits d’hygiène intime parfumés, qui peuvent perturber l’équilibre de la flore. Utilisez un savon doux au pH neutre pour la toilette externe.
  • Alimentation : Adoptez une alimentation équilibrée, riche en fibres, en probiotiques (yaourts, kéfir) et en prébiotiques (fruits, légumes, céréales complètes) pour favoriser la croissance des bonnes bactéries.
  • Hydratation : Buvez abondamment, au moins deux litres d’eau par jour, pour favoriser l’élimination des toxines et prévenir les infections urinaires.
  • Vêtements : Portez des sous-vêtements en coton, qui permettent à la peau de respirer et réduisent l’humidité.
  • Probiotiques : Envisagez de prendre des compléments de probiotiques, sur conseil médical, pour renforcer la flore vaginale.
  • Suivi médical : Consultez régulièrement votre médecin ou votre sage-femme pour un suivi personnalisé et pour détecter et traiter rapidement tout déséquilibre de la flore vaginale.

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