Une croyance populaire tenace suggère que les accouchements surviennent plus souvent la nuit. Mais qu'en est-il réellement ? Une étude britannique approfondie, portant sur des millions de naissances, semble confirmer cette tendance. Cet article explore les raisons potentielles derrière cette observation, en s'appuyant sur des données statistiques et des explications scientifiques.
Une étude britannique révèle des tendances nocturnes
Une vaste étude menée au Royaume-Uni a analysé cinq millions d’accouchements sur une période de neuf ans, de 2005 à 2014. Les conclusions de cette recherche sont claires : la majorité des femmes accouchent la nuit. Plus précisément, l'étude publiée dans la revue scientifique PLOS One en 2018, a révélé que 71,5 % des naissances dites « spontanées » (celles qui se produisent naturellement, sans intervention médicale) ont lieu entre 1 h et 7 h du matin. L'heure moyenne d'accouchement, selon cette étude, est 4 heures du matin.
L'héritage évolutif : une explication ancestrale
Pour expliquer cette prédominance des accouchements nocturnes, le Dr Peter Martin, qui a dirigé l’étude, avance une théorie liée à notre héritage évolutif. Selon lui, nos ancêtres vivaient en groupes actifs et dispersés pendant la journée, se réunissant la nuit pour se reposer. Dans ce contexte, un accouchement et une naissance nocturnes offraient une protection accrue à la mère et au nouveau-né, les protégeant des dangers potentiels de l'environnement diurne. "Cela peut faire partie de notre héritage lié à l’Évolution. Nos ancêtres vivaient dans des groupes qui étaient actifs en journée et qui se rassemblaient pendant la nuit. Donc un accouchement pendant la nuit offrait à la mère et au nouveau-né une protection".
Le rôle des hormones dans le déclenchement de l'accouchement
Une autre explication réside dans le rôle crucial des hormones, qui déclenchent l'accouchement. La mélatonine, l'hormone du sommeil, est plus présente dans le corps la nuit, en particulier à la fin de la grossesse. Cette hormone, couplée à l'ocytocine, contribue à renforcer les contractions et à faciliter le travail. "Le rôle des hormones est également primordial, puisque ce sont elles qui déclenchent l’accouchement : la mélatonine, hormone du sommeil, couplée à l’ocytocine, rendent les contractions plus fortes”, explique l’auteur de cette étude.
L'impact des interventions médicales sur le moment de la naissance
Il est important de noter que les procédures liées à la naissance ont considérablement évolué depuis les années 1950. L'augmentation des déclenchements et des césariennes a modifié le paysage des accouchements. Comme le souligne la professeure Alison Macfarlane, co-auteure de l'étude, les naissances provoquées sont plus susceptibles de se produire la nuit, tandis que les césariennes planifiées sont généralement programmées le matin. Les chercheurs ont constaté que 28,5% des naissances avaient eu lieu entre 9h et 17h59 en semaine, tandis que 71,5% se sont produites en dehors de ces heures, le week-end, les jours fériés ou entre 17h et 8h59 les jours de semaine non fériés. Les accouchements par césarienne programmés ont représenté 9,2% des naissances et se sont produits surtout les jours de semaine entre 9h et 11h59, avec un pic prononcé entre 9h et 10h59. Parallèlement, les naissances après un travail induit, c’est-à-dire un travail déclenché par des médicaments, qui ont représenté plus d'un cinquième des naissances de l’étude, seraient plus susceptibles de se produire vers minuit du mardi au samedi, et les jours précédant un jour férié. Ils seraient moins susceptibles de se produire le dimanche, le lundi et pendant ou juste après un jour férié.
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Les idées reçues sur la lune et les accouchements
La pleine lune a longtemps été associée à diverses croyances populaires, y compris l'idée qu'elle influence le nombre de naissances. Cependant, aucune étude scientifique n'a pu établir de lien fiable entre les phases lunaires et les pics d'accouchements. Cette croyance est souvent attribuée à un biais de confirmation : on remarque davantage les accouchements les nuits de pleine lune, sans qu'il y en ait réellement plus. La lune n’accouche pas de nos bébésAucune corrélation fiable entre phase lunaire et pic de naissances n'a jamais été mise en évidence.
Variations statistiques : jours de la semaine et périodes de vacances
L'étude britannique a également mis en évidence des variations statistiques intéressantes concernant le moment des naissances. Les chercheurs ont remarqué que le 25 et le 26 décembre étaient les jours où il y avait le moins de naissances.
Risque de décès néonatal et horaires d'accouchement
Une étude menée en Écosse entre 1985 et 2004 a examiné le lien entre les horaires d'accouchement et le risque de décès néonatal. Les résultats ont montré que le risque de décès néonatal était plus élevé en dehors des horaires de travail habituels (9h-17h du lundi au vendredi) et pendant les week-ends. Dharmintra Pasupathy de l'université de Cambridge et ses collègues ont étudié un nombre de naissances très important, en raison de la rareté des décès néonatals, atteignant 1.039.560 naissances vivantes survenues en Ecosse entre 1985 et 2004. Ils ont relevé tous les décès néonatals (dans les quatre premières semaines de vie) non liés à des anomalies congénitales. Le risque de décès néonatal s'élevait à 4,2 pour 10.000 lorsque l'accouchement avait lieu dans les horaires de travail habituels, à savoir entre 9 heures et 17 heures du lundi au vendredi, et atteignait 5,6 pour 10.000 en dehors de ces horaires et les week-ends.
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