Introduction

Le dépistage prénatal non invasif (DPNI) représente une avancée significative dans le domaine du diagnostic prénatal. Il offre aux femmes enceintes la possibilité d'évaluer le risque de certaines anomalies chromosomiques fœtales, notamment les trisomies 13, 18 et 21, de manière précoce, fiable et non invasive. Cet article se propose d'examiner en détail le DPNI, en abordant ses principes, ses indications, ses avantages, ses limites, ainsi que les considérations éthiques qui lui sont associées.

Qu'est-ce que le Dépistage Prénatal Non Invasif (DPNI) ?

Le DPNI est un test de dépistage génétique innovant, spécifiquement conçu pour les femmes enceintes présentant un risque accru de trisomie 13, 18 ou 21 chez le fœtus. Il repose sur l'analyse de l'ADN libre circulant (ADNlc) dans le sang maternel. Cet ADNlc est constitué de fragments d'ADN d'origine maternelle et placentaire, ce dernier reflétant l'ADN fœtal.

Principe du DPNI

À partir d'une simple prise de sang maternel, le DPNI permet de quantifier les fragments d'ADN provenant des chromosomes 13, 18 et 21. Une quantité anormale d'ADN pour l'un de ces chromosomes peut indiquer un risque accru de trisomie correspondante chez le fœtus. Par exemple, si la quantité d'ADN provenant du chromosome 21 est supérieure à la normale, le risque de trisomie 21 (syndrome de Down) est élevé.

Quand Réaliser le DPNI ?

Le DPNI peut être réalisé dès la 12e semaine d'aménorrhée (soit la 10e semaine de grossesse) et ce, tout au long de la grossesse.

Avantages du DPNI

  • Non invasif : Le DPNI ne comporte aucun risque pour le fœtus, car il nécessite uniquement une prise de sang chez la mère.
  • Précoce : Il peut être réalisé dès le premier trimestre de la grossesse.
  • Fiable : Le DPNI offre une sensibilité élevée pour la détection des trisomies 13, 18 et 21.

Place du DPNI dans le Suivi de la Grossesse

Le DPNI est particulièrement indiqué pour les patientes présentant un risque élevé de trisomie 13, 18 ou 21, détecté lors du dépistage combiné du premier trimestre (marqueurs sériques maternels et échographie). Il constitue une alternative au prélèvement invasif (amniocentèse ou choriocentèse) et permet de déterminer si ce dernier est réellement nécessaire.

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Dépistage Classique par Marqueurs Sériques

Jusqu'à récemment, le dépistage prénatal des anomalies chromosomiques reposait sur le dosage de l'HCG (hormone chorionique gonadotrope) et de la PAPP-A (protéine plasmatique associée à la grossesse A) dans le sérum maternel, combiné à la mesure de la clarté nucale (épaisseur de la nuque du fœtus) lors de l'échographie du premier trimestre. Un risque supérieur à 1 sur 250 conduit généralement à la proposition d'une analyse chromosomique du fœtus. Cette méthode entraînait un taux de faux positifs d'environ 5 % et un taux de détection compris entre 80 et 95 %, selon la stratégie de dépistage utilisée.

DPNI : Une Alternative au Prélèvement Invasif

Le DPNI offre une opportunité d'éviter un prélèvement invasif tel que l'amniocentèse, qui comporte un faible risque de fausse couche. En précisant le risque de trisomie, le DPNI aide à prendre une décision éclairée quant à la nécessité d'un examen plus approfondi.

Interprétation des Résultats du DPNI

Le DPNI fournit deux types de résultats :

  • Résultat positif : Indique une forte suspicion d'atteinte du fœtus par l'une des anomalies recherchées (trisomie 13, 18 ou 21). Cependant, le DPNI étant un test de dépistage, un résultat positif doit être confirmé par un caryotype fœtal réalisé sur un prélèvement invasif (amniocentèse ou choriocentèse). Il est important de noter qu'un résultat faussement positif est possible, notamment dans de rares cas où l'anomalie est présente uniquement dans le placenta et non chez le fœtus.
  • Résultat négatif : Indique un risque très faible de trisomie 13, 18 ou 21. Bien que rassurant, un résultat négatif ne garantit pas l'absence totale d'anomalie chromosomique.

Conditions de Réalisation du DPNI

Le DPNI doit être obligatoirement proposé aux femmes enceintes par un médecin ou une sage-femme, mais il reste facultatif. Chaque femme est libre de décider si elle souhaite ou non réaliser ce test. Pour effectuer un DPNI, une consultation médicale préalable est nécessaire, au cours de laquelle le médecin ou la sage-femme établit une prescription et valide l'indication médicale du test en remplissant un formulaire spécifique.

Où Réaliser le DPNI ?

Dans certaines régions, comme en région SUD (Provence-Alpes-Côte d'Azur), des initiatives sont mises en place pour faciliter l'accès au DPNI. Par exemple, l'ARS Paca a financé l'acquisition d'une plateforme de séquençage nouvelle génération à l'hôpital Nord de Marseille, permettant la prise en charge gratuite du test selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS). Le prélèvement sanguin peut être réalisé dans certains laboratoires sans rendez-vous, sur présentation de la prescription médicale, du bon de demande et de l'attestation d'information et de consentement, ainsi que de certains éléments du dossier médical.

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Coût du DPNI

Si le contexte médical de la patiente est compatible avec les exigences réglementaires, le DPNI est pris en charge par l'assurance maladie. Dans le cas contraire, le coût du test peut être d'environ 398€.

Évolutions et Extensions du DPNI

Depuis son introduction en 2011, le DPNI a connu de nombreuses évolutions. Les laboratoires spécialisés ont développé des outils permettant de dépister d'autres pathologies que les trisomies 21, 13 et 18, notamment :

  • Les trisomies 16 et 22
  • Les anomalies des chromosomes sexuels (syndrome de Turner, syndrome de Klinefelter)
  • De nombreuses microdélétions impliquées dans des pathologies fœtales graves
  • Des délétions supérieures à 7 Mb sur chaque chromosome

Dépistage des Anomalies des Chromosomes Sexuels

L'ACMG (American College of Medical Genetics and Genomics) recommande d'informer toutes les femmes enceintes de la possibilité de réaliser un dépistage des anomalies des chromosomes sexuels par étude de l'ADN fœtal dans le sang maternel. Le dépistage anténatal du syndrome de Turner ou du syndrome de Klinefelter soulève des questions éthiques, notamment en ce qui concerne l'anxiété parentale, le risque de discrimination et la possibilité de demandes d'IMG. Cependant, un diagnostic précoce peut permettre une prise en charge plus adaptée, avec la mise en place de stratégies compensatrices visant à améliorer le pronostic.

Dépistage des Microdélétions

Les microdélétions peuvent induire des anomalies physiques et neuro-développementales au moins aussi sévères que les aneuploïdies. Leur risque est indépendant de l'âge maternel. On considère qu'il existe des microdélétions et des micro-duplications à traduction clinique dans 1 à 1,7 % des grossesses. Parmi les microdélétions les plus fréquemment dépistées, on retrouve :

  • Le syndrome de Di George (délétion 22q11.2) : Anomalie chromosomique congénitale fréquente, caractérisée par des malformations cardiaques et palatines, une dysmorphie faciale, un retard du développement et une immunodéficience.
  • Les délétions 15q11q12 (syndromes de Prader-Willi et d'Angelman) : Ces syndromes sont associés à un retard mental constant.
  • Les délétions 1p, 4p, 5p : Elles s'accompagnent souvent d'une hypotrophie et d'un pronostic intellectuel défavorable.

Dépistage des Trisomies 16 et 22

Les trisomies 16 et 22 représentent la première cause de trisomie à la conception. Elles sont souvent à l'origine d'avortements spontanés précoces. Le dépistage de ces trisomies à 12 SA peut être pertinent, notamment en cas de trisomie 16 confinée au placenta, qui peut se compliquer de retards de croissance intra-utérins sévères.

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Importance de l'Information et du Conseil Génétique

L'information pré-test est fondamentale et ne saurait se résumer à un simple formulaire de consentement signé rapidement. L'ACMG recommande une consultation de conseil génétique avant tout test non invasif, afin d'expliquer le risque d'aneuploïdie, de translocation, de microdélétion, et de détailler ce qui peut être dépisté ou non. Ce conseil génétique vise à faciliter la prise de décision éclairée par la patiente, en lui fournissant des informations claires et complètes sur les résultats des examens déjà réalisés, les performances des tests disponibles (valeurs prédictives positives et négatives), ainsi que les conséquences, limites et incertitudes associées.

Délai de Rendu des Résultats

Le délai de rendu des résultats du DPNI est un facteur important à prendre en compte, car il peut influencer la décision de s'orienter vers une attitude invasive ou non invasive. Il est essentiel que les tests proposés aient un délai de réponse rapide (8 à 10 jours maximum) et soient accessibles tôt dans la grossesse, afin de ne pas pénaliser les patientes par une prise éventuelle de décision d'IMG après 15/16 SA.

Rôle de l'Échographie

L'échographie garde toute sa place dans le suivi de la grossesse, notamment pour valider les résultats d'analyse sur trophoblaste direct, s'assurer de l'absence d'anomalie anatomique dans le cadre d'un DPNI, et aider à l'évaluation pronostique et thérapeutique des anomalies anatomiques ou des syndromes malformatifs.

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