Le déni de grossesse est un phénomène complexe et souvent mal compris qui touche un nombre significatif de femmes. Il se manifeste par l'incapacité d'une femme à prendre conscience de sa grossesse, parfois jusqu'à l'accouchement. Ce trouble, classifié comme un trouble de la gestation psychique, est loin d'être un simple manque de connaissance ou de négligence. Il s'agit d'un mécanisme de défense psychologique inconscient, souvent lié à des souffrances profondes.
Qu'est-ce que le déni de grossesse ?
Le déni de grossesse se définit comme le fait d'être enceinte sans en avoir conscience. Contrairement à la grossesse nerveuse, où une femme pense être enceinte et développe des symptômes en l'absence de grossesse, le déni de grossesse se caractérise par une absence de conscience de la grossesse, malgré la présence d'un fœtus en développement.
Selon une étude menée en 2017 par l'Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire, entre 1 500 et 3 000 femmes seraient concernées par le déni de grossesse chaque année en France. Cela représente environ une grossesse sur 500.
La psychothérapeute Hélène Romano, spécialisée dans la prise en charge des blessés psychiques, décrit le déni de grossesse comme le fait de porter la vie de manière inconsciente, sans transparence psychique et sans ressentir la grossesse physiquement.
Les différents types de déni de grossesse
Il existe deux types principaux de déni de grossesse :
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- Déni de grossesse partiel: La femme prend conscience de sa grossesse entre la fin du premier trimestre (après la quatorzième semaine d'aménorrhée) et le terme. Une fois la grossesse reconnue, le corps de la femme peut changer en quelques heures. Il s’agit du cas le plus fréquent.
- Déni de grossesse total: La femme n'est pas consciente de sa grossesse jusqu'au moment de l'accouchement. Elle peut penser avoir une gastro-entérite, un mal de ventre, etc. Ce phénomène est plus rare. Environ 80 femmes accouchent inopinément d’un enfant chaque année, à la suite d'un déni de grossesse total. Le déni de grossesse total représente environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français.
Si une femme découvre qu'elle est enceinte avant la quatorzième semaine d'aménorrhée (environ trois mois de grossesse), il ne s'agit pas d'un déni de grossesse, car le phénomène du déni est caractérisé par une absence de prise de conscience prolongée. Le caractère tardif du déni de grossesse est important car, en France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'est légale que jusqu'à la 14e semaine d'aménorrhée.
Les causes du déni de grossesse
Le déni de grossesse est considéré comme un trouble psychiatrique, plus précisément un trouble de la gestation psychique. Le cerveau de la femme enceinte adopte une stratégie de défense inconsciente afin de la protéger. Les causes du déni de grossesse sont multifactorielles et peuvent inclure :
- Facteurs psychologiques:
- L'ambivalence du désir d'enfant : Une femme peut être tiraillée entre son désir d'avoir un enfant et sa capacité à assumer le rôle de mère.
- Des traumatismes passés ou actuels : Agressions sexuelles, violences, difficultés familiales.
- Des conflits psychiques non résolus.
- Facteurs émotionnels et relationnels:
- Vivre dans un environnement instable ou dans un contexte où la sexualité est un sujet tabou.
- Des grossesses successives ou la conviction d'être stérile.
- Aspects socioculturels:
- Le contexte social et les normes culturelles peuvent altérer la perception qu'une femme a de la grossesse et de la maternité.
- Évoluer dans un environnement où la maternité est stigmatisée ou un endroit où les ressources pour les mères sont insuffisantes.
- Le rapport au corps et à la sexualité: Une femme qui entretient une relation difficile avec son corps ou sa sexualité peut avoir du mal à accepter l'idée d'une grossesse.
Les symptômes et signes du déni de grossesse
Le déni de grossesse est souvent caractérisé par l'absence ou la diminution des symptômes typiques de la grossesse. Cependant, il est important de noter que ces symptômes peuvent varier d'une femme à l'autre.
- Absence de symptômes typiques:
- Absence de nausées et de vomissements.
- Absence de retard de règles (aménorrhée). Des saignements de début de grossesse peuvent être confondus avec les règles. Certaines continuent de prendre une contraception orale, d’où les saignements réguliers.
- Absence de seins gonflés et sensibles.
- Absence de fatigue inhabituelle.
- Absence de besoin fréquent d'uriner.
- Pas de mouvements du foetus ressentis. Pour beaucoup de femmes, elles ne sentent pas le fœtus se mouvoir.
- Absence de ventre qui s'arrondit. Le foetus se plaçant derrière les côtes.
- Absence de prise de poids.
- Position et invisibilité du fœtus: Dans le ventre de la maman, le bébé se cache d’une drôle de manière. Les muscles de la future maman se tendent et se renforcent afin que son corps ne fasse aucun changement. L'utérus peut s'allonger le long de la colonne vertébrale et le fœtus peut se positionner de manière à rendre la grossesse moins visible. L’utérus de la mère devient alors de plus en plus lourd et volumineux, il a également un risque que celui-ci s’incline un peu sur l’avant, c'est ce qu’on appelle une position antéversé.
- Douleurs et autres symptômes:
- Douleurs abdominales : Elles peuvent être ressenties mais attribuées à d'autres causes, telles que des troubles digestifs.
- Saignements vaginaux : Ils peuvent se produire et être confondus avec des menstruations ou d'autres problèmes gynécologiques.
Diagnostic du déni de grossesse
Le diagnostic du déni de grossesse peut être difficile en raison de l'absence ou de la discrétion des symptômes habituels. Cependant, plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour confirmer le diagnostic :
- Test de grossesse: Un test de grossesse, qu'il soit urinaire ou sanguin, sera toujours positif en cas de grossesse, même en cas de déni.
- Examen gynécologique et échographie: Un examen gynécologique et une échographie abdominale peuvent confirmer la présence du fœtus. L'échographie est conseillée dès l'apparition de douleurs abdominales chez une patiente.
- Métamorphose physique après l'annonce: Une fois le déni partiel de grossesse diagnostiqué, le corps de la future mère se métamorphose au fil des heures suivant l’annonce. La verbalisation de la grossesse entraine de ce fait une prise de conscience et des modifications corporelles.
Conséquences du déni de grossesse
Le déni de grossesse peut avoir des conséquences importantes pour la mère et l'enfant, tant sur le plan physique que psychologique.
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Conséquences pour l'enfant
- Prématurité: Risque accru de naissance prématurée, pouvant entraîner des complications et un faible poids à la naissance.
- Retard de croissance intra-utérin: L'absence de suivi médical peut causer un retard dans le développement du fœtus.
- Hospitalisation néonatale: Risque plus élevé d'hospitalisation dès la naissance due à diverses complications de santé.
- Mortalité fœtale: Risque accru de mortalité due à des fausses couches, des décès in utero, ou des anomalies congénitales. Le taux de mortalité périnatale atteint les 5 %.
- Retard de développement psychomoteur : Possibilité de retard de développement et de problèmes de langage chez 30 % des enfants à l'âge de 2 ans.
Conséquences pour la mère
- Accouchement inopiné et complications: Un accouchement sans assistance médicale peut être traumatisant et dangereux.
- Conséquences psychologiques: La découverte soudaine de la grossesse peut provoquer choc, refus, culpabilité, honte, et même dépression post-partum. Après l’accouchement, la femme ressent de la culpabilité. Elle se remémore son mode de vie avant l’accouchement et ne souhaite pas reconnaître la réalité des évènements ni d'accepter l’arrivée de l’enfant voire à nier totalement cette grossesse et donc à mener jusqu’au néonaticide.
- Comportements à risque: Le tabagisme, la consommation d'alcool ou de caféine pendant le déni peuvent nuire à la santé du fœtus et augmenter les risques de complications.
- Impact sur la relation mère-enfant: Le déni de grossesse peut fortement perturber le lien mère-enfant. Difficultés pour certaines à créer des liens affectifs, ce qui influence négativement le développement émotionnel et psychologique de l'enfant. Risque d'abandon d'enfants.
Un déni de grossesse, par conséquent sans suivi médical adapté, peut engendrer une grossesse à risque aussi bien pour la mère que pour le fœtus. Cela peut engendrer des répercussions physiques sur la femme et sur l’enfant sur le domaine médical et psychologique, allant d’une normalité à une pathologie gravissime.
Prise en charge et accompagnement du déni de grossesse
Le déni de grossesse nécessite une prise en charge globale et adaptée, incluant un suivi médical et un soutien psychologique.
- Suivi médical: Une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et de l'enfant. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.). Il faut alors prendre en compte la femme d’un point de vue sanitaire, pour mettre en place les conditions nécessaires à une naissance soudaine.
- Soutien psychologique: Un soutien psychologique est souvent nécessaire pour aider la femme à accepter sa situation et à faire face aux émotions contradictoires qu'elle peut ressentir. Cela contribue également à prévenir ou traiter des troubles tels que la dépression post-partum. Des séances en couple ou en famille peuvent être organisées pour aider à l'adaptation à la nouvelle situation et renforcer les liens entre la mère, l'enfant et les autres membres de la famille. La prise de conscience soudaine peut nécessiter des séances avec un thérapeute ou un psychologue pour aider la mère à intégrer et à accepter cette réalité. On propose un séjour où l’on passe de 3 à 5 jours pour ces cas, puisque le déni de grossesse ne permet aucun voyage émotionnel de la femme autour de l’arrivée de son bébé. Si ce voyage n’a pas lieu, la femme n’a pas le temps de construire un lien avec le fœtus. Elle ne pourra pas le reconnaître comme faisant partie de la lignée familiale. De plus, il n’existe pas de préoccupation parentale. De plus, au moment de l’accouchement, la femme a une perte psychique qui est traduite par la peur de mourir tellement elle ressent des douleurs (torsions abdominales).
- Soutien social: En cas de déni total, les services sociaux ou les structures de soutien familial peuvent être impliqués pour apporter un soutien sur les aspects pratiques et matériels de la maternité (préparation à la maternité, aides financières, un suivi post-natal pour faciliter les soins à l'enfant, etc.).
Pour les psychiatres, le déni de grossesse traduit une souffrance psychologique.
Prévention et sensibilisation au déni de grossesse
La prévention et la sensibilisation au déni de grossesse passent par une déstigmatisation du phénomène. Il est essentiel d'informer le grand public et de former les professionnels de santé pour mieux identifier et prendre en charge ces situations.
Il faut clarifier que le déni de grossesse n'est pas une question de négligence ou d'ignorance, mais plutôt un symptôme de souffrance psychologique profonde. Les professionnels de santé doivent être formés et sensibilisés au déni de grossesse pour mieux identifier et gérer ces situations. Il est important qu'ils soient conscients que des femmes en âge de procréer venant pour des douleurs abdominales ou d’autres symptômes liés habituellement à la grossesse peuvent être en situation de déni. Une évaluation systématique de cette éventualité lors des consultations est importante.
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Démarches auprès de l’Assurance maladie
Après un accouchement à la suite d’un déni de grossesse, bon nombre de femmes se sentent perdues face aux démarches à accomplir auprès de la Sécurité Sociale, afin d’obtenir des congés et indemnités. Afin que la caisse primaire d’assurance maladie puisse enregistrer le déni de grossesse, la femme qui vient d’accoucher à la suite d’un déni doit faire parvenir : un certificat médical attestant de l'état du déni de grossesse OU une déclaration de grossesse effectuée ou non après le début du repos prénatal (grossesse détectée au cours du repos prénatal ou à l’accouchement). Ces documents vont permettre d'enregistrer les dates du congé maternité avec une date de début, soit à la cessation de l'activité, soit à la date de l'accouchement. Toutes les informations sur la durée du congé maternité sont disponibles sur ameli.fr, ainsi que toutes les conditions d'ouverture de droits aux indemnités journalières.
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