Le déni de grossesse est un phénomène complexe et souvent mal compris, parfois même considéré à tort comme un mythe par le monde médical. Pourtant, il s'agit d'une réalité qui touche un nombre non négligeable de femmes et qui peut avoir des conséquences importantes sur la santé de la mère, du fœtus et du nouveau-né. Cet article vise à explorer en profondeur le déni de grossesse, en abordant sa définition, ses différentes formes, ses causes potentielles, ses symptômes, son diagnostic et sa prise en charge.
Définition et ampleur du phénomène
Le déni de grossesse se définit comme une grossesse évolutive dont la femme n'a pas conscience. Autrement dit, la femme porte un enfant sans savoir qu'elle est enceinte. Ce phénomène se distingue de la dissimulation de grossesse, où la femme est consciente de sa grossesse mais choisit de la cacher à son entourage. Selon l'Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse (AFRDG), entre 600 et 3 000 femmes par an en France seraient concernées par le déni de grossesse. D'après une étude menée en 2017 par l'Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire, le déni de grossesse est un trouble qui toucherait entre 1 500 et 3 000 femmes chaque année en France. Le CHU de Lille estime également que près de 1 500 à 3 000 femmes sont touchées chaque année par le déni de grossesse. Ce phénomène représente en moyenne un cas sur 450 à 500 naissances.
Les différentes formes de déni de grossesse
On distingue principalement deux formes de déni de grossesse :
- Le déni de grossesse partiel : La femme prend conscience de sa grossesse après le premier trimestre, généralement après la 14e semaine d'aménorrhée, mais avant le terme. La "levée du déni" (prise de conscience de la grossesse) survient souvent à l'occasion d'examens médicaux prescrits pour explorer des douleurs lombaires, des règles irrégulières ou une asthénie. Dans ce cas, la reconnaissance de la grossesse peut soudainement entraîner des changements corporels significatifs en quelques heures.
- Le déni de grossesse total : La femme ne prend conscience de sa grossesse qu'au moment de l'accouchement. Ce phénomène est rare et très impressionnant. Le déni de grossesse total représente environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français.
Il existe également d'autres classifications, comme la "dénégation de grossesse", catégorie hybride dans laquelle la conscience de la grossesse et la perception des signaux gravidiques est fluctuante.
Causes et facteurs de risque potentiels
Les causes du déni de grossesse sont complexes et multifactorielles. Elles peuvent être d'ordre psychologique, émotionnel ou liées à des événements de vie spécifiques. Parmi les facteurs potentiels, on peut citer :
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- L'ambivalence face au désir d'enfant : Un conflit interne concernant la maternité peut favoriser le déni.
- Un rapport difficile au corps : Des antécédents de troubles alimentaires, une image corporelle négative ou une difficulté à accepter les changements physiques peuvent être en cause.
- Des traumatismes passés ou actuels : Des antécédents d'abus sexuels, de violences ou d'événements traumatisants peuvent perturber la perception de la grossesse.
- Des conflits psychiques non résolus : Des difficultés relationnelles, des problèmes familiaux ou des conflits internes peuvent contribuer au déni.
- Un contexte de vie difficile : La précarité sociale, le chômage, des difficultés financières ou des problèmes de logement peuvent rendre la grossesse difficile à envisager.
- L'absence de facteurs de risque identifiés : Il est important de noter que le déni de grossesse peut survenir chez des femmes sans antécédents particuliers ni facteurs de risque apparents.
Il est important de souligner qu'il est impossible de définir le profil psychologique type d’une femme faisant un déni de grossesse.
Symptômes et signes cliniques
Le déni de grossesse est souvent caractérisé par l'absence des signaux gravidiques habituels. Parmi les symptômes et signes cliniques possibles, on retrouve :
- L'absence d'aménorrhée (arrêt des règles) : La femme peut continuer à avoir des saignements réguliers, souvent interprétés comme des règles normales, en particulier si elle prend une contraception orale. Des saignements de début de grossesse peuvent également être observés et confondus avec des règles.
- L'absence de nausées et de vomissements : Les symptômes de grossesse les plus communs, comme les nausées de grossesse ou encore l’insomnie de grossesse peuvent être absents ou minimisés.
- L'absence de gonflement abdominal : Malgré la croissance fœtale, le ventre ne s'arrondit pas de manière significative. Les muscles de la future maman se tendent et se renforcent afin que son corps ne fasse aucun changement. L'utérus s'allonge le long de la colonne vertébrale, et le fœtus se positionne derrière les côtes.
- Une prise de poids minime : La prise de poids est généralement faible, entre 3 à 6 kg pendant la grossesse.
- L'absence de perception des mouvements fœtaux : Les mouvements du fœtus ne sont pas ressentis ou sont interprétés comme des troubles digestifs.
- La persistance des règles : Certaines femmes continuent de prendre une contraception orale, d’où les saignements réguliers.
Il est important de noter que ces symptômes peuvent varier d'une femme à l'autre et que certaines femmes peuvent présenter des signes atypiques.
Diagnostic et tests
Le diagnostic du déni de grossesse peut être difficile, en particulier en l'absence de signes cliniques évidents. Cependant, plusieurs examens peuvent permettre de confirmer la grossesse :
- Test de grossesse urinaire ou sanguin : Même en cas de déni de grossesse, le test de grossesse est positif car la mère sécrète de l'hormone bêta-HCG.
- Échographie : L'échographie permet de visualiser le fœtus et de confirmer la grossesse. Lorsqu’il suspecte une grossesse, le médecin généraliste peut adresser sans tarder la patiente pour réaliser une échographie en ville ou dans un service obstétrical d’urgence. L'échographie abdominale est conseillée dès l'apparition de douleurs abdominales chez une patiente.
Prise en charge et accompagnement
La prise en charge du déni de grossesse est essentielle pour garantir la santé et le bien-être de la mère et de l'enfant. Elle débute au moment de la levée du déni et doit être adaptée à chaque situation.
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- Prise en charge médicale : Une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. Un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.). Il est primordial de prendre en compte la femme d’un point de vue sanitaire, pour mettre en place les conditions nécessaires à une naissance soudaine.
- Accompagnement psychologique : Le déni de grossesse peut avoir des répercussions psychologiques importantes. Un suivi psychologique est recommandé pour aider la mère à surmonter les émotions contradictoires qu'elle peut ressentir, comme l'angoisse, la culpabilité ou la peur. Lorsque c’est possible, l’accompagnement par un psychologue spécialiste de la périnatalité est bénéfique pour favoriser l’adaptation à la parentalité et préparer le post-partum. Un suivi psychologique post-grossesse aide la mère à surmonter les émotions contradictoires qu’elle peut ressentir, comme l’angoisse, la culpabilité ou la peur.
- Soutien social : Si le déni de grossesse survient dans un contexte de précarité ou de difficultés sociales, les services sociaux peuvent intervenir pour apporter un soutien adapté.
- Suivi après l'accouchement : Un séjour long dans le service de suite de couches est recommandé. L'intégration dans une unité de parentalité, un suivi psychologique ambulatoire, ou un module d'hospitalisation à domicile peuvent être proposés afin de favoriser le tissage des liens mère-bébé, en complément du suivi au centre de protection maternelle et infantile (PMI).
Conséquences et risques
Le déni de grossesse peut avoir des conséquences importantes sur la santé de la mère et de l'enfant.
- Risques pour la mère : L'absence de suivi médical pendant la grossesse peut entraîner des complications obstétricales, comme l'hémorragie post-partum. L'accouchement imprévu consécutif à un déni total représente un traumatisme majeur à la fois sur le plan psychologique et physique. Après l’accouchement, la femme ressent de la culpabilité.
- Risques pour l'enfant : Le déni de grossesse peut exposer l'enfant à des complications telles que l'augmentation du risque de prématurité, un faible poids à la naissance, un retard de croissance intra-utérin. Le taux de mortalité périnatale atteint les 5 %. L’absence de contact entre la mère et son enfant pendant la grossesse peut détériorer la relation mère-enfant sur le long terme.
- Conséquences psychologiques : La découverte tardive de la grossesse peut être un choc émotionnel important pour la mère, entraînant des sentiments de culpabilité, d'angoisse et de détresse. Si ce voyage n’a pas lieu, la femme n’a pas le temps de construire un lien avec le fœtus. Elle ne pourra pas le reconnaître comme faisant partie de la lignée familiale. De plus, il n’existe pas de préoccupation parentale.
Déni de grossesse et test urinaire
Le test urinaire de grossesse est un outil de diagnostic fiable, même en cas de déni de grossesse. En effet, ce test détecte la présence de l'hormone hCG (hormone chorionique gonadotrope), produite par le corps de la femme enceinte dès le début de la grossesse. Ainsi, même si la femme ne ressent pas les symptômes habituels de la grossesse, le test urinaire sera positif si elle est enceinte.
Il est important de noter que certains facteurs peuvent affecter la fiabilité du test urinaire, tels que :
- La date de réalisation du test : Il est recommandé de réaliser le test quelques jours après la date présumée des règles pour obtenir un résultat plus fiable.
- Le respect des instructions : Il est important de suivre attentivement les instructions du fabricant pour réaliser le test correctement.
- La prise de certains médicaments : Certains médicaments peuvent fausser les résultats du test.
En cas de doute, il est conseillé de consulter un médecin pour réaliser un test sanguin, qui est plus précis et fiable que le test urinaire.
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