L'ictère néonatal, communément appelé jaunisse, est une affection fréquente chez les nouveau-nés, caractérisée par une coloration jaune de la peau et du blanc des yeux. Bien que la plupart des cas soient bénins, il est crucial de ne pas négliger cette condition, car certaines formes peuvent être pathologiques et entraîner des complications graves, notamment l'ictère nucléaire.
Qu'est-ce que l'ictère néonatal ?
L'ictère néonatal est une condition qui se manifeste par une coloration jaunâtre de la peau et des muqueuses chez le nouveau-né. Cette teinte particulière résulte d'une accumulation de bilirubine dans les tissus, un pigment jaune produit lors de la dégradation des globules rouges. L'ictère néonatal survient chez 65 à 70% des nouveau-nés.
La bilirubine : un pigment à surveiller
La bilirubine est un pigment jaune produit lors de la décomposition normale des globules rouges. Chez l'adulte, le foie traite la bilirubine, qui est ensuite éliminée du corps par les selles. Cependant, chez le nouveau-né, le foie est souvent immature et incapable de traiter efficacement la bilirubine, ce qui entraîne son accumulation dans le sang.
Types d'ictère néonatal
- Ictère physiologique : Il s'agit de la forme la plus fréquente, survenant chez 30 à 50 % des nouveau-nés sains, généralement 2 à 3 jours après la naissance. Il est lié à une production accrue de bilirubine (2 à 3 fois supérieure à celle de l'adulte) ou à l'immaturité du foie du nouveau-né. Le plus souvent, cet ictère disparaît sous une à deux semaines.
- Ictère de l'allaitement : Il est dû à une consommation insuffisante de lait maternel. Le transit du nouveau-né est ralenti et il a donc tendance à éliminer moins de bilirubine.
- Ictère au lait maternel : Il est moins fréquent et dû à la présence dans le sang maternel de forts taux d'une substance non identifiée ralentissant l'excrétion de bilirubine. Il concerne habituellement des nouveaux-nés à terme bénéficiant d’une lactation maternelle abondante. Il est provoqué par certaines substances contenues dans le lait maternel, qui interfèrent avec la capacité du foie à excréter la bilirubine.
- Ictère pathologique : Il survient dans les premières 24 heures après la naissance ou persiste au-delà de 14 jours. L'ictère pathologique est le plus souvent due à une incompatibilité de groupe sanguin. Exemple : si la maman est O + et que le bébé est A +, B + ou AB. Cela se traduit par le fait que les anticorps de la maman détruisent encore plus de globules rouges chez le bébé ce qui accentue la présence de bilirubine.
Ictère nucléaire : une complication rare mais grave
L'ictère nucléaire est une complication grave, mais rare, de l'ictère néonatal. Elle est associée à un taux très élevé de bilirubine, qui se dépose dans le cerveau, ce qui entraîne des lésions cérébrales. Le risque d’ictère nucléaire est plus élevé chez les nouveau-nés prématurés, gravement malades ou recevant certains médicaments.
Causes de l'ictère nucléaire
L'ictère nucléaire survient lorsque le taux de bilirubine dans le sang est extrêmement élevé et que cette bilirubine traverse la barrière hémato-encéphalique, atteignant ainsi le cerveau. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à un taux élevé de bilirubine, notamment :
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- Incompatibilité sanguine : Si la mère et le bébé ont des groupes sanguins différents, le corps de la mère peut produire des anticorps qui détruisent les globules rouges du nourrisson, augmentant ainsi la production de bilirubine.
- Prématurité : Les bébés prématurés ont souvent un foie immature, ce qui les rend moins capables de traiter la bilirubine.
- Infections : Certaines infections peuvent augmenter la production de bilirubine ou diminuer la capacité du foie à la traiter.
- Maladies héréditaires : Certaines maladies héréditaires peuvent affecter la capacité du foie à traiter la bilirubine.
Symptômes de l'ictère nucléaire
Non traité, l'ictère nucléaire peut aboutir à une absence de réaction ou une léthargie, une perte du tonus musculaire, des pleurs, des problèmes d’alimentation et des crises convulsives. Les signes précoces de neurotoxicité de la bilirubine (refus de boire, somnolence, hypotonie) ainsi que ses signes plus tardifs (cri aigu et attitude en hyperextension). La présence de ces symptômes est une urgence thérapeutique : l’enfant doit être adressé, sans délai, dans un service de néonatologie ou d’urgences pédiatriques en fonction de l’organisation locale.
Diagnostic de l'ictère néonatal et risque d'ictère nucléaire
Le dépistage de l’ictère en maternité est assuré par un bilirubinomètre transcutané. L’appareil est appliqué sur le front et le sternum du nouveau-né. Il évalue par mesure optique la concentration en bilirubine totale. La surveillance se fait grâce à un bilirubinomètre transcutané (BTC). Ce petit appareil permet de « flasher » la peau du nourrisson afin de mesurer de façon instantanée, le taux de bilirubine au contact de son épiderme. Celui-ci indique alors le taux de bilirubine dans le sang.
En cas d’ictère chez un nouveau-né après la sortie de maternité, il convient de rechercher des signes neurologiques qui imposent une prise en charge en urgence ; en leur absence, la prise en charge suit un algorithme décisionnel. L’interrogatoire permet de renseigner l’âge de début de l’ictère, les traitements éventuels au cours du séjour à la maternité et l’existence de facteurs de risque d’hyperbilirubinémie sévère.
La valeur de la bilirubine s’interprète en fonction de l’âge post-natal - exprimé en heures de vie - et en utilisant le nomogramme de Bhutani. L’ictère « pathologique » correspond à une hyperbilirubinémie dépassant le 95e percentile des valeurs de bilirubinémie totale pour l’âge.
Traitement de l'ictère néonatal et prévention de l'ictère nucléaire
Le traitement de l’ictère associé à un taux élevé de bilirubine fait appel à la photothérapie. La photothérapie est le traitement le plus courant. L’exposition à la lumière bleue permet de convertir la bilirubine en produits de dégradation hydrosolubles éliminables dans l’urine. Les nouveau-nés sont dévêtus afin d’exposer autant de peau que possible. Une protection oculaire est nécessaire pour protéger leurs yeux de la lumière intense. Les nouveau-nés sont retournés fréquemment et laissés sous photothérapie jusqu’à ce que le taux de bilirubine baisse. Le traitement peut durer 2 jours à une semaine.
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Rarement, si le taux de bilirubine continue à augmenter malgré une photothérapie intense, une transfusion peut être pratiquée. L’exsanguinotransfusion est une pratique devenue rare. Elle est utilisée pour le traitement de l’hyperbilirubinémie non conjuguée en cas d’échec ou de retard de la photothérapie intensive afin de prévenir la neurotoxicité de la bilirubine. Il s’agit d’un échange de sang volume à volume correspondant à environ deux masses sanguines, soit 150 à 170 mL/kg.
L’ictère de l’allaitement peut être réduit en augmentant la fréquence de l’allaitement jusqu’à 8 à 12 tétées par jour au moins. L’ictère au lait maternel : dans certains cas, il peut être conseillé à la mère d’arrêter d’allaiter son enfant pendant 1 ou 2 jours et de reprendre l’allaitement lorsque le taux de bilirubine décroît.
Prévention de l'ictère néonatal
Plusieurs mesures peuvent être prises pour prévenir l'ictère néonatal ou réduire sa gravité :
- Allaitement fréquent : L'allaitement fréquent, idéalement 8 à 12 fois par jour, peut aider à prévenir l'ictère de l'allaitement en favorisant l'élimination de la bilirubine par les selles.
- Surveillance étroite : Les nouveau-nés doivent être surveillés de près pour détecter les signes de jaunisse, en particulier au cours des premiers jours de vie.
- Dépistage prénatal : Le dépistage prénatal des incompatibilités sanguines peut aider à identifier les bébés à risque d'ictère sévère.
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