Paul Kagame, né le 23 octobre 1957 à Tambwe, près de Gitarama, dans le territoire du Ruanda-Urundi sous tutelle belge (aujourd’hui le Rwanda), est une figure centrale de l'histoire contemporaine du Rwanda. Son parcours est marqué par l'exil, la guerre, le génocide et la reconstruction d'un pays meurtri. Il est l’homme fort du pays depuis que le Front patriotique rwandais (FPR) a renversé, en juillet 1994, le gouvernement extrémiste hutu ayant déclenché un génocide qui a fait 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsie.
Jeunesse et Exil
Ses parents ont quitté le pays en 1959, lors des premières violences perpétrées contre les Tutsi par les Hutu dans le contexte de l'indépendance du pays. Kagame grandit en exil en Ouganda. Kagame poursuit des études à l'université de Makerere, à Kampala, avant de rejoindre, en 1979, les forces de Yoweri Museveni (futur président de l'Ouganda) qui renversent le président ougandais Milton Obote en 1985. Kagame devient le chef des renseignements de l'armée du nouveau dirigeant, poste où il impose une image d'homme incorruptible et discipliné qui fait respecter un code de conduite sévère. C’est cette période de sa vie - de sa vie "ougandaise" - qui va le former. L’Ouganda des années 1970-1980 est une jungle parsemée de cadavres où tout le monde trahit tout le monde. La communauté internationale qui avait - à bon droit - vilipendé Idi Amin s’en lave désormais les mains maintenant qu’il a disparu. L’Occident aide les survivants à survivre à travers l’aide internationale, selon un partage des tâches que Kagame reproduira plus tard, au Rwanda d’abord et ensuite au Congo. Le mépris qu’il ressent à l’égard de la "communauté internationale", de son cynisme diplomatique et de son hypocrisie humanitaire, est le produit de son expérience des guerres civiles ougandaises entre 1978 et 1986. Et sa vision du "héros" aussi. Car, en janvier 1986, Kagame pénètre en vainqueur dans Kampala sur les talons de son chef Yoweri Museveni.
Le Front Patriotique Rwandais et la Guerre Civile
À la fin des années 1980, Kagame et trois autres chefs militaires rwandais expatriés constituent le Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement rebelle d'origine tutsi, et préparent le renversement du régime pro-hutu rwandais. Alors que Kagame suit une formation à l'École supérieure de guerre de Fort Leavenworth (dans le Kansas), la tentative d'invasion conduite, en octobre 1990, par des vétérans tutsi de l'armée ougandaise, est repoussée. Les trois chefs militaires du FPR sont tués lors des offensives menées depuis leurs bases ougandaises, laissant à Kagame le commandement de la rébellion armée tutsi. Durant trois ans, l'armée rwandaise maintient sa défense face aux forces rebelles, grâce au soutien apporté par la France. Un accord de paix entre le gouvernement et le FPR est conclu le 4 août 1993 à Arusha (Tanzanie) pour imposer un cessez-le-feu et un partage du pouvoir à Kigali, mais il restera lettre morte. Dès 1987, il commence à étendre ses contacts au sein de la diaspora rwandaise, qui utilise sa position en Ouganda pour monter une structure politico-militaire visant à renverser le régime Hutu de Kigali. Or, la pression anti-rwandaise monte en Ouganda, où Museveni est obligé de mettre à l’écart toute la génération des réfugiés et de leurs enfants qui ont soutenu son accession au pouvoir. Après un moment d’hésitation, le Général Rwigema, qui se sentait Ougandais, amer et s’estimant trahi, bascule et décide de rejoindre le FPR. Pour Kagame, c’est une catastrophe car Rwigema est aussi populaire dans les milieux de la diaspora que Kagame l’est peu et, qu’en outre, leurs deux filiations rwandaises sont absolument antinomiques : Rwigema est l’héritier du royaume Nyinginya, alors que Kagame est issu du clan des Bega qui avait renversé et tué le Roi au moment de la conquête coloniale en 1896.
Le Génocide et la Prise de Pouvoir
L'assassinat, dans des circonstances troubles, du président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, est le déclencheur du génocide de la minorité tutsi, orchestré par les milices hutu, et qui fera près d'un million de morts en l'espace de cent jours. Kagame et le FPR reprennent alors la lutte armée. Surpassés en nombre par l'armée rwandaise, les rebelles appliquent à la perfection une stratégie de guérilla de longue haleine. Le 4 juillet, le FPR assiège et prend la capitale Kigali, malgré l'intervention française autorisée par l'ONU, appelée opération Turquoise. En quelques semaines, le FPR prend le contrôle du pays et provoque l'exode massif des Hutu, notamment vers le Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). Le nouveau régime comprend un président et un Premier ministre, mais la réalité du pouvoir appartient à Kagame « l'homme fort » qui, à trente-sept ans, cumule les fonctions de vice-président et de ministre de la Défense du gouvernement d'union nationale. Celui-ci veille à prévenir toutes représailles aveugles de la part des Tutsi, de façon à enrayer la spirale des violences et appelle les deux composantes de son peuple à vivre ensemble. Mais des accusations de corruption et de tendance dictatoriale entraînent des démissions dans le gouvernement. En mars 2000, à la suite de la démission du président hutu modéré Pasteur Bizimungu, Kagame assure l'intérim avant d'être élu président par le Parlement, en avril. Le 25 août 2003, il remporte la première élection présidentielle au suffrage universel de l'histoire du pays, avec plus de 95 % des suffrages.
Présidence et Développement du Rwanda
Le nouveau président s’efforce d’unifier le pays et de redresser une économie sinistrée par la guerre. Après la démission de Pasteur Bizimungu en 2000, il est élu président du Rwanda, réélu en 2003, 2010, 2017 et 2024. Il est crédité d'avoir apporté la croissance économique et la stabilité au pays à la suite du génocide ainsi que d'avoir réduit la corruption dans le pays. Kagame a un plan pour le Rwanda. Un plan qui lui ressemble : froid, efficace, totalement polarisé sur le succès technique, ne s’embarrassant pas des moyens employés. Il saura le vendre à une opinion internationale ravie à la fois grâce à des changements fondamentaux - honnêteté de l’administration, sécurité, propreté urbaine, amélioration des transports et de la santé publique - mais aussi des gadgets agréables aux Occidentaux comme l’internet dans les autobus ou l’interdiction des sacs en plastique.
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Accusations et Controverses
Cependant, il est considéré par plusieurs observateurs comme étant un dictateur. Il est également accusé par l'ONU d'être partie prenante à la guerre du Kivu dans l'est de la république démocratique du Congo, à travers le soutien rwandais au Mouvement du 23 mars, groupe armé rebelle accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Protégé par le blindage génocidaire, il sait pouvoir faire pratiquement ce qu’il veut. D’ailleurs il a toujours gagné : échapper au destin d’un réfugié apatride pour accéder aux plus hauts niveaux du pouvoir en Ouganda, prendre le contrôle du FPR, gagner une seconde guerre civile au Rwanda en dissimulant ses propres violences grâce à l’apocalypse génocidaire, créer un gouvernement "d’union nationale" après le génocide, puis l’abolir à l’occasion d’un massacre commis par ses propres troupes (Kibeho. 1995) et finalement prendre le pouvoir absolu grâce à des scores électoraux dignes de Staline (95 % en 2003, 93 % en 2010 et 99 % en 2017). Il n’a même pas besoin de frauder, tout le monde vote réellement pour lui. La peur est telle que l’obéissance est réelle. Et la communauté internationale, prisonnière de ses remords et séduite par les progrès qu’il introduit, acquiesce. Il y aura quand même une grosse bévue : son invasion du Congo. Pourtant, cela avait bien commencé : les génocidaires survivants, réfugiés à quelques kilomètres de la frontière, ne cessaient de lancer des raids de harcèlement sur le Rwanda, aussi inutiles que meurtriers. Après deux ans de préparation, Kagame était parvenu à rassembler une coalition d’Etats africains, soutenus par les Etats-Unis qui souhaitaient se débarrasser de leur vieux complice des années de la guerre froide, Mobutu Ssese Seko. Kagame, nimbé de son aura de héros anti-génocidaire, mena l’offensive et renversa le vieux tyran. S’en suivit une visite du Président Clinton à Kigali? qui présenta ses excuses pour l’attitude amorphe de son pays lors du génocide. Les excuses étaient justifiées, mais le moment était mal choisi. Kagame est un joueur à la main sûre, mais il a une très grande confiance en lui-même. Encouragé par ce qu’il voyait déjà comme un succès de plus, il prit quelques mois plus tard un risque de trop en attaquant à la fois certains de ses alliés et le régime qu’il venait d’installer lui-même à Kinshasa. Il s’en suivit une guerre (1998-2002) qui ébranla tout le continent africain et fit près de trois millions de morts. A cet instant, le "héros" avait un peu outrepassé son périmètre de confort diplomatique et il dut évacuer le terrain. Son échec eut même des effets secondaires inattendus, puisque la communauté internationale osa enfin regarder de plus près le parcours du FPR depuis son accession au pouvoir.
Rôle International
Il est également président de l'Union africaine de 2018 à 2019. Depuis janvier 2018, il est devenu Président de l’Union Africaine et fait la leçon à ses pairs pour lesquels il n’a qu’une estime limitée.
Trente Ans Après le Génocide : Entre Mémoire et Accusations
En avril 2024, le Rwanda a commémoré le trentième anniversaire du génocide des Tutsi. Kigali s’est tue, dimanche 7 avril. Dans les rues désertes, les boutiques ont gardé leurs rideaux fermés. Pas un moto-taxi rouge en station au bord des trottoirs. Même les cloches des églises ont cessé de sonner. Bouclée pour quelques heures par la police, la capitale rwandaise a commémoré le trentième anniversaire du génocide des Tutsi. « Kwibuka », intiment les autorités : « Souviens-toi » du 7 avril 1994, lorsque le pire des crimes a débuté. « Souviens-toi » comment, durant trois mois, des Rwandais ont massacré avec minutie au moins 800 000 autres Rwandais. Alors que, dans le pays, des charniers continuent d’être mis au jour, Kigali n’oublie pas, même si le Rwanda a profondément changé au cours des trois dernières décennies. Désormais réputée pour son ordre, son bitume impeccable et ses bosquets parfaitement taillés, la capitale est devenue la vitrine du destin hors du commun de ce pays d’Afrique des Grands Lacs, le symbole de son développement éclair sans égal sur le continent, de sa réussite économique et de son modèle politique. Un homme, aussi adulé que critiqué, porte cette renaissance : Paul Kagame, 66 ans dont trente à la tête du Rwanda. Un dirigeant à la gouvernance autoritaire qui brigue à la mi-juillet un quatrième mandat qu’il a peu de risque de perdre. C’est lui qui, à la tête du Front patriotique rwandais, a mis un terme au génocide, en juillet 1994, en prenant le pouvoir à Kigali, chassant, puis traquant les responsables des massacres. Lui toujours qui, trois décennies plus tard, a rallumé la flamme du Mémorial de Gisozi, où reposent les restes de 250 000 victimes du dernier génocide du XXe siècle.
La communauté internationale pointée du doigt. Puis les commémorations officielles se sont poursuivies à la BK Arena, une immense enceinte aux murs, plafonds et sol tapissés de noir pour l’occasion. La salle, où s’étaient rassemblées 5 000 personnes, n’était illuminée que par une œuvre symbolisant un arbre dont les « racines représentent la mémoire du passé » et les branches, « la protection que n’ont pas eue les familles durant le génocide et sur laquelle elles peuvent désormais compter », selon le gouvernement rwandais. Le péril génocidaire est une affaire du présent, a expliqué Paul Kagame dans un discours offensif de plus d’une demi-heure, répondant aux mises en cause de la communauté internationale. Alors que plusieurs rapports attestent du soutien actif de Kigali à la rébellion du Mouvement du 23 mars, qui a repris son offensive dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda est sommé par plusieurs Etats, dont la France, de cesser d’apporter son aide aux insurgés. Le président rwandais a, en substance, invoqué le droit et même la nécessité de se défendre. « On assiste à une indifférence semblable à celle qui prévalait entre 1990 et 1994. Cherche-t-on un autre million de morts ? », avait mis en garde, avant lui, Jean-Damascène Bizimana, le ministre de l’unité nationale et de l’engagement civique. Après 1994, « les forces génocidaires ont fui vers la RDC, avec l’aide extérieure. Elles ont conduit des centaines d’attaques pendant cinq ans. Les survivants sont toujours dans l’est du Congo (…). Leurs objectifs n’ont pas changé et la seule raison pour laquelle leur groupe, connu sous le nom de FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda], n’a pas été démantelé, c’est parce qu’il sert des intérêts secrets », a affirmé le président Kagame. Il a ajouté que « le Rwanda prend toutes ses responsabilités pour sa propre sécurité. Nous y aurons toujours une attention maximale, même si nous sommes seuls ». De plus en plus critique à l’égard de Kigali, la communauté internationale a été particulièrement ciblée, dimanche, par le dirigeant rwandais. « C’est [elle] qui nous a tous laissé tomber, que ce soit par mépris ou par lâcheté », a-t-il déclaré devant onze chefs d’Etat et de gouvernement. Plusieurs anciens présidents étaient présents, dont Bill Clinton, au pouvoir à Washington pendant le génocide, et Nicolas Sarkozy, venu à titre personnel, sa fonction d’administrateur du groupe Accor le menant régulièrement à Kigali.
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