Abdelaziz Bouteflika, figure emblématique de l'histoire algérienne contemporaine, a marqué son pays pendant plus de deux décennies. Né le 2 mars 1937 à Oujda, au Maroc, et décédé le 17 septembre 2021 à Zéralda, en Algérie, son parcours est intimement lié à l'évolution de l'Algérie, de la lutte pour l'indépendance à la présidence de la République.

Jeunesse et engagement dans la guerre d'Algérie

Issu d'une famille modeste originaire de Tlemcen, dans l'ouest de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika grandit au Maroc où sa mère tient un hammam. Son père, Ahmed Bouteflika, émigre très jeune au Maroc. Il s'engage contre la présence coloniale française au moment de la guerre d'Algérie. En mai 1956, lorsque le Front de libération nationale (FLN) décide de la grève des étudiants, il rejoint les rangs de l'Armée de libération nationale (ALN), à la frontière algéro-marocaine, en wilaya V (Oranie).

Très vite, il est affecté au secrétariat de l'état-major général de l'armée des frontières. Le commandant Si Abdelkader - son nom de guerre - est appelé à travailler au sein de l'état-major avec le colonel Houari Boumediene, dont il devient l'homme lige. Il fit son instruction militaire à l'École des cadres de l'ALN de Dar El Kebdani (Maroc, Ville de Nador), puis il devint "contrôleur" pour la direction de la Wilaya V (au Maroc), sa tâche consistait "à plaider la cause de l'ALN" auprès des populations rurales algériennes pour en obtenir le ralliement. Il se consacrera à cette fonction de contrôleur durant dix mois, entre 1957 et 1958. En 1958, il fut promu par Houari Boumédiène et devint secrétaire administratif au sein du poste de commandement de la Wilaya V (au Maroc) puis secrétaire particulier de Boumédiène au PC de la Wilaya V, mais aussi au PC de l'état-major Ouest et au PC de l'état-major général (1960).

Ascension politique après l'indépendance

Après l'indépendance proclamée en juillet 1962, il est député de Tlemcen à l'Assemblée constituante et ministre de la Jeunesse et des Sports. Le 4 septembre 1963, il est confirmé officiellement à la tête du ministère des Affaires étrangères dont il restera le titulaire sans discontinuer pendant seize ans, jusqu'en février 1979.

Désigné membre du comité central et du bureau politique du FLN le 23 avril 1964, appartenant au cercle restreint des intimes de Boumediene, il fait alors partie du fameux « groupe d'Oujda », qui réunit des officiers ayant combattu dans l'Ouest algérien pendant la guerre d'indépendance contre la France. Abdelaziz Bouteflika est directement à l'origine du processus ayant conduit au coup d'État du 19 juin 1965. En voulant le limoger, le président de la République, Ahmed Ben Bella, a en effet précipité sa propre chute.

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Le point culminant de sa carrière de diplomate se situe en septembre 1974 : l'Assemblée générale de l'ONU le porte à sa présidence, le temps d'une session. Il réussit à faire exclure l'Afrique du Sud des travaux de l'Organisation et reçoit Yasser Arafat. Les États-Unis s'en agacent.

Après le décès du chef de l'État algérien en décembre, il est nommé ministre conseiller à la présidence de la République. Mais, le président Boumediene disparu, l'heure des règlements de comptes sonne pour Abdelaziz Bouteflika. Devant la tombe de Houari Boumediene, le 9 décembre 1978, celui qui avait été son ministre des Affaires étrangères jure que la marche vers la révolution socialiste sera poursuivie. L'homme, pensait-on, allait succéder au chef de l'État défunt, dont il avait été le confident. L'armée en décide autrement et lui préfère l'un des siens, Chadli Bendjedid. Le 13 janvier 1980, le dauphin présumé est évincé du gouvernement. Sa disgrâce est confirmée en 1982. Il quitte l'Algérie pour y soigner une insuffisance rénale et partage son temps entre la Suisse, la France et le Proche-Orient, où ses talents de diplomate sont fort appréciés.

Traversée du désert et retour en grâce

Le président Chadli Bendjedid le nomme ministre d'État en 1979. Bouteflika est néanmoins peu à peu écarté de la scène politique qu'il quitte en 1981. Il est traduit devant le conseil de discipline du FLN. Il choisit de s'exiler pendant 6 ans dans un contexte politique hostile et d'incrimination par la Cour des comptes de sa gestion du ministère des Affaires étrangères. Le 22 décembre 1981, Bouteflika est poursuivi pour « gestion occulte de devises au niveau du ministère des Affaires étrangères» (entre 1965 et 1978) par la Cour des comptes. Dans son arrêt définitif du 8 août 1983, la Cour des comptes donnait son verdict : « M. Abdelaziz Bouteflika a pratiqué à des fins frauduleuses une opération non conforme aux dispositions légales et réglementaires, commettant de ce fait des infractions prévues et punies par l'ordonnance n° 66-10 du 21 juin 1966 et les articles 424 et 425 du Code pénal. » (El Moudjahid du 9 août 1983.) La Cour des comptes évaluait à « plus de 6 milliards de centimes » (l'équivalent de 100 milliards de centimes actuels) le montant dont Bouteflika restait redevable auprès du Trésor. Bouteflika ne remboursera jamais ses dettes, il sera même acquitté, par contre ses collaborateur Senouci et Boudjakdji seront emprisonnés.

Il est de retour en Algérie en janvier 1987 et prend part au congrès du FLN de 1989 qui l'élit membre du Comité central. Pressenti pour occuper des fonctions de ministre, il décline ces propositions, comme il ne donne pas suite, en 1994, aux sollicitations dont il est l'objet en vue de son accession aux fonctions de président.

Présidence de la République (1999-2019)

En décembre 1998, il fait part de sa décision de se présenter, en qualité de candidat indépendant à l'élection présidentielle anticipée. Bouteflika est élu président le 15 avril 1999 lors d'un scrutin au cours duquel ses adversaires se retirent, dénonçant les conditions d'organisation du vote.

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Président de la République algérienne de 1999 à 2019, Abdelaziz Bouteflika était un revenant politique, qui avait été écarté du pouvoir pendant près de vingt ans. Il est réélu président en 2004 au 1er tour de l'élection. En 2005, Bouteflika est nommé président du FLN au huitième congrès du parti. Les deux mandats du président Bouteflika sont marqués par une ferme volonté de civiliser le régime. La professionnalisation de l'armée, la mise à la retraite de hauts gradés et la promotion d'hommes neufs, proches du chef de l'État, vont dans ce sens. Mais la répression des émeutes de Kabylie (Printemps noir) entre avril 2001 et 2002 discrédite l'image de l'État. En août 2005, la nomination au poste d'ambassadeur à Rabat du général Larbi Belkheir, ex-directeur de cabinet de Bouteflika, traduit également une reprise en main de l'armée par le pouvoir civil.

Bouteflika a été vivement critiqué par l'association Reporters sans frontières qui l'accuse de tenter de mettre au pas la presse privée du pays. Bouteflika promettait en 1999 de respecter la liberté de la presse. En 2005, Bouteflika convoque pour le mois de septembre un référendum pour faire adopter un ensemble de mesures dont le but est de restaurer la paix civile en Algérie. Il propose ainsi de reconnaître le droit à des réparations aux familles de disparus, d'accorder une forme d'amnistie pour les membres de groupes armés non coupables de massacres et de créer une aide pour les veuves et orphelins de membres de groupes armés tués.

Le Parlement algérien vote à main levée, le 12 novembre 2008, la modification de la Constitution (500 oui, 21 non, 8 abstentions). Parmi les changements figure le retrait de la limite de deux mandats consécutifs qu'un président peut exercer. Abdelaziz Bouteflika annonce lors d'un rassemblement à Alger, le 12 février 2009, qu'il est candidat à sa succession lors de la prochaine élection présidentielle. Il est réélu pour un troisième mandat dès le premier tour, le 9 avril 2009, avec 90,24 % des voix.

Fin de règne contestée

Le 15 avril 2011, alors que des émeutes et manifestations ont lieu depuis plusieurs mois en Algérie dans un contexte de protestations et révolutions dans le monde arabe, il annonce la mise en place d'une commission chargée de modifier la Constitution, une révision de la loi électorale, de la loi sur les partis politiques et du code de l'information. Ces annonces jugées tardives et peu novatrices ne convainquent pas la presse indépendante et la société civile.

Le 27 avril 2013, il est de nouveau admis à Paris à Val-de-Grâce, à la suite d'un AIT (accident ischémique transitoire, c'est-à-dire une petite attaque cérébrale). Le 19 mai 2013, les quotidiens algériens Mon journal et Djaridati qui affirmaient que Bouteflika est dans un état comateux ont été saisis à l'imprimerie et interdits de parution, ce qui n'était plus arrivé depuis les années 1990. L'opacité autour de cette hospitalisation est dénoncée par la presse algérienne.

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Le 12 juin 2013, après 47 jours d'absence, les premières images de Bouteflika sont diffusées sur la chaîne d'État ENTV recevant le Premier ministre et le chef d'état-major, Ahmed Gaïd Salah. Le 16 juillet 2013, Bouteflika rentre à Alger en fauteuil roulant après 80 jours d'absence, où il est reçu par son Premier ministre, l'état-major des armées, les présidents de l'assemblée, du Sénat et du Conseil constitutionnel.

Abdelaziz Bouteflika, âgé de 76 ans et au pouvoir en Algérie depuis 1999, est désigné samedi par le Front de libération nationale candidat à la présidentielle de 2014 pour un 4e mandat à la tête de l'Etat.

Le Hirak et la démission

À l’approche de l'élection présidentielle de 2019, le régime, qui a du mal à lui trouver un successeur, envisage de reporter le scrutin et de maintenir Bouteflika au pouvoir dans l’intervalle. Ces facteurs favorisent la tenue d'importantes manifestations, qui conduisent le chef de l’État à renoncer à briguer un cinquième mandat, et à se maintenir au pouvoir le cas échéant, puis, sous la pression de l'armée, à quitter la tête du pays, vingt ans après avoir accédé à la présidence.

La dernière fois que les Algériens l’avaient vu, c’était le 2 avril 2019. Ce soir-là, vêtu d’une djellabah, le visage blafard, tassé sur un fauteuil roulant, Abdelaziz Bouteflika remettait sa démission au président du Conseil constitutionnel.

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