L'allaitement maternel est un processus naturel et complexe qui assure aux nourrissons une nutrition optimale et une protection immunitaire. Le lait maternel est un liquide vivant, spécialement conçu pour le bébé humain, et qui évolue pour répondre aux besoins nutritionnels spécifiques du bébé. Il est adapté aux possibilités d'élimination rénale du bébé dont les organes ne sont pas encore matures. Comprendre comment le lait maternel est produit et de quoi il est composé peut aider les mères à prendre des décisions éclairées concernant l'alimentation de leur enfant.

Production du lait maternel

La production de lait maternel, ou lactation, est un processus qui se prépare pendant la grossesse et qui commence surtout à l’accouchement. Pendant la grossesse, le corps de la femme se prépare à l'allaitement. Dès le 5ème-6ème mois de grossesse, une petite quantité de lait maternel peut déjà être présente, une étape appelée lactogenèse I.

Phases de la Lactogenèse

Après l’accouchement, la lactogenèse II commence, avec une production abondante de lait maternel, communément connue sous le nom de “montée de lait“. Contrairement à d’autres mammifères, la lactogenèse II ou montée de lait commence quelques jours après l’accouchement. Ces jours représentent une période critique pour l’allaitement maternel, car c’est pendant cette période que beaucoup de difficultés liées à l’allaitement peuvent survenir. Enfin, arrive la galactopoïèse ou lactogenèse III, qui est le processus qui maintient la production de lait une fois l’allaitement maternel établi.

Rôle des hormones

Plusieurs hormones jouent un rôle crucial dans la régulation de la synthèse, de la sécrétion et de l’expulsion du lait. La prolactine, produite par l’hypophyse en réponse à l’augmentation des niveaux d’œstrogène et de progestérone pendant la grossesse, stimule la production de lait. Cependant, pendant la grossesse, elle reste inactive en raison de la progestérone et du lactogène placentaire qui empêchent la prolactine de se lier à ses récepteurs. Après l’accouchement, les niveaux de ces deux hormones diminuent rapidement et l’action de la prolactine cesse d’être bloquée, ce qui déclenche la sécrétion de lait maternel. La libération de prolactine se produit par impulsions en réponse à divers stimuli, le plus efficace étant la succion du mamelon. Le pic maximum de concentration plasmatique de prolactine se produit environ 20 à 30 minutes après la succion, de sorte que son effet le plus important est de produire du lait maternel pour la prochaine prise. De là vient le dicton, “plus il y a de succion, plus il y a de production”.

L’ocytocine, libérée en réponse à la stimulation du mamelon par la succion ou la manipulation, ainsi qu’en réponse à des stimuli physiques, visuels, sonores ou émotionnels agréables, est responsable de la contraction des cellules qui entourent les alvéoles, ce qui provoque l’éjection du lait, facilitant ainsi le déplacement du lait maternel à travers les conduits vers le mamelon. Ce processus se produit de manière continue pendant la succion et permet de remplir à nouveau les conduits à mesure qu’ils se vident. Il est important de noter que le stress, l’anxiété et d’autres stimuli physiques soudains désagréables peuvent bloquer le réflexe d’éjection de l’ocytocine.

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Facteurs influençant la production de lait

Plusieurs facteurs peuvent influencer la lactogenèse et l’allaitement, notamment le contact précoce de la peau de la mère avec celle de l’enfant, le début de l’allaitement dans la première heure après l’accouchement, l’allaitement fréquent, un bon couplage bouche-poitrine, la vidange appropriée du sein et la succion précoce et fréquente dans les premiers jours.

Certains facteurs peuvent rendre difficile ou retarder la lactogenèse, tels que l’obésité et le diabète insulinodépendant mal contrôlé, la rétention de débris placentaires, les accouchements difficiles et le stress. Chez la mère, le stress agit en bloquant le réflexe oxytocique ; chez le nourrisson, il peut perturber l’adaptation au sein ou entraîner une succion faible.

Une fois que la production abondante de lait maternel a commencé, la quantité dépend de l’efficacité et de la fréquence de vidange du sein. En plus du volume, la succion peut en partie réguler la composition du lait. Le lait maternel est produit en continu et stocké jusqu’à la prochaine tétée dans les alvéoles et dans le système canalaire.

Composition du lait maternel

Le lait maternel est un fluide complexe et dynamique dont la composition varie en fonction de plusieurs facteurs, notamment le stade de la lactation, l'heure de la journée et les besoins individuels du bébé. Les composants majeurs du lait maternel sont l'eau, les glucides, les lipides, les protéines et les micronutriments.

Composants principaux

  • Eau: L’eau étant le principal constituant du lait maternel (87,5 %), celui-ci est particulièrement désaltérant.

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  • Glucides: Le lait humain contient 60 g/l de lactose, ce qui représente 85 % de sa teneur en glucides. Le lactose est un disaccharide, constitué de glucose et de galactose. Le glucose est destiné aux cellules cérébrales, musculaires, graisseuses et intestinales. Le colostrum humain contient une proportion importante (12 g/l) de sucres rares, les oligosaccharides. On en a dénombré plus de 130 espèces différentes. Ce sont des prébiotiques, des composés qui exercent une stimulation sur les micro-organismes du côlon et jouent un rôle dans la croissance de la flore protectrice (Bifidus) de la muqueuse intestinale, empêchant l’adhérence des microbes aux parois.

  • Lipides: La teneur moyenne en lipides du lait maternel est d'environ 40 grammes par litre. Cette teneur peut subir des variations importantes (de 3 à 180 grammes par litre) suivant l'heure de la journée, l'âge de l'enfant, le volume de la tétée, la constitution de la mère et son type d’alimentation. La synthèse des lipides est complexe et longue, c'est pourquoi les lipides ne se concentrent dans le lait humain qu'en fin de tétée de chaque sein. Les lipides du lait humain sont constitués à 98 % par les triglycérides, des graisses polyinsaturées qui jouent un rôle dans la myélinisation du système nerveux, l'acuité de la vision et la synthèse d'hormones. Le lait humain contient également des phospholipides, du (bon) cholestérol, bénéfique au niveau cardio-vasculaire et cérébral.

  • Protéines: Le lactosérum constitue la moitié des protéines du lait maternel (6 g/l). Il contient de l’alpha lactalbumine (3,5 g/l), productrice de lactose nécessaire à la construction du cerveau humain et de la lactotransferrine ou lactoferrine (1,5 g/l), nécessaire pour l'absorption intestinale du fer et agent anti-infectieux puissant par sa capacité à s’approprier le fer nécessaire au développement de certaines bactéries. Le lait maternel est exempt de beta lactoglobuline, une protéine du lait de vache extrêmement allergisante pour l'être humain. Il faut 100 jours (3 mois et demi) pour que l'intestin du bébé mette en place une barrière anti-allergique efficace contre les protéines non humaines. Dans le lait maternel, la caséine (4 g/l) est particulièrement digeste. Parmi les trois types alpha, beta et k, la caséine beta a un profil particulier pour chaque femme, probablement déterminé par son code génétique. Sa dégradation libère des peptides à activité anti-infectieuse. Les immunoglobulines (1-2 g/l) sont des protéines qui fournissent des défenses immunitaires, des anticorps. La muqueuse digestive du bébé est immature à la naissance et met au moins 4 mois à s’édifier. Dans le colostrum, les IgA, sont présentes de façon massive (près de 90 g/l). Ils tapissent la muqueuse digestive, empêchant les bactéries pathogènes de se fixer sur la paroi.

  • Micronutriments: La quantité de sels minéraux et oligo-éléments (2 g/l) du lait maternel est adaptée aux possibilités d'élimination rénale du bébé dont les organes ne sont pas encore matures. La concentration des oligo-éléments est élevée dans le colostrum.

Autres composants

Le lait humain contient de nombreux facteurs de défense immunitaire antibactériens (diphtérie, tétanos, streptocoques, coqueluche, dysenterie, colibacilles, typhus, etc.), antiviraux (grippe, poliomyélite, etc.) et antiparasitaires. Les nucléotides ont un effet immunologique.

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Dans le lait humain, les acides aminés libres (2 g/l) sont présents dans une proportion 3 à 4 fois plus importante que dans le lait de vache. Ils permettent l’assimilation des lipides et participent à la construction du cerveau. Les acides aminés libres essentiels du lait maternel sont l'histidine, l'isoleucine, la leucine, la lysine, la méthionine, la phénylalanine, la taurine, la thréonine, le tryptophane et la valine. Les acides aminés libres non essentiels du lait maternel sont l'arginine, l'alanine, l'acide aspartique, la cystéine, l'acide glutamique, le glycocolle, la proline, la sérine et la tyrosine.

Dans les protides, on classe les hormones du lait dont certaines favorisent la croissance et le développement des organes sexuels propres à l'espèce.

Alimentation de la mère et composition du lait

La composition du lait maternel dépend en partie de l'alimentation de la mère. Bien qu'il n'y ait pas de régime spécifique à suivre pendant l'allaitement, une alimentation équilibrée et variée est recommandée. Il est important d'inclure des huiles riches en Oméga 3 essentiels. Les bébés souffrent souvent d’une carence en vitamine D essentielle pour absorber le calcium et favoriser sa croissance osseuse. Ainsi, si vous vivez dans un lieu peu exposé au soleil, il est recommandé de prendre des compléments. Chaque repas doit comporter une source de protéines. Les femmes allaitantes ont souvent plus soif que d’habitude. La maman ne devra pas boire d’alcool durant l’allaitement. En effet, l’alcool se retrouve vite dans le lait maternel (environ 30 à 60 minutes si l’estomac est vide/ environ 90 minutes si la maman a mangé) et un abus d’alcool peut ralentir la prise de poids de bébé et nuire à son développement. Les boissons énergétiques sont à éviter et les boissons excitantes comme le café et le thé également. Il faudra se limiter à deux tasses par jour de thé, de café, de chocolat chaud ou encore de boissons gazeuses. La prise de médicaments est également fortement déconseillée. Ils sont en effet très vite absorbés par le lait maternel.

Certains aliments peuvent aider à augmenter la lactation, comme les amandes, les noix de cajou, les dattes et les lentilles. D'autres, dits « anti-galactogènes », peuvent aider à diminuer la production de lait maternel, comme le persil, le chou, la sauge, l’aneth, la menthe ou encore l’oseille.

Bénéfices de l'allaitement maternel

L’allaitement maternel offre de nombreux avantages tant pour le bébé que pour la maman.

Pour le bébé

  • Protège contre les infections respiratoires, les otites, les infections gastro-intestinales et même les infections urinaires.
  • Protège contre le syndrome de mort subite du nourrisson.
  • L’allaitement offre aux bébés un contact physique qui les aide à se sentir plus en sécurité, au chaud et réconfortés.
  • Les enfants nourris au sein ont un meilleur développement dentaire et moins de problèmes d’orthodontie et de caries.
  • Il favorise le développement intellectuel car le lait maternel contient des composants spécifiques qui sont essentiels au développement du cerveau.
  • Le lait maternel est mieux digéré et a des effets positifs à long terme sur la santé de l’enfant en réduisant le risque d’allergies, de diabète, de maladie cœliaque, de maladie inflammatoire de l’intestin, d’obésité, d’hypertension ou d’hypercholestérolémie.
  • Il semble qu’il offre une certaine protection contre les lymphomes et certains autres cancers.
  • Le lait humain est l’aliment de choix pour tous les nourrissons, y compris les prématurés, les jumeaux et les nourrissons malades.

Pour la maman

  • Elle prévient les hémorragies post-partum, car la succion du bébé aide l’utérus à retrouver sa taille initiale et réduit le risque d’anémie.
  • Aide à la reprise de poids avant la grossesse.
  • Il procure un bien-être émotionnel et offre une occasion unique d’établir des liens entre la mère et l’enfant.
  • Réduit le risque de cancer du sein et de l’ovaire.
  • Améliore la teneur en calcium des os à la ménopause.

Pour la société et l'environnement

  • Il est gratuit, ce qui économise les formules artificielles.
  • En réduisant les infections et leur gravité, il réduit les coûts médicaux et les problèmes professionnels et familiaux que ces maladies posent aux parents et à la société.
  • Il réduit l’utilisation des ressources humaines et matérielles en matière de santé et, si les enfants tombent malades, ils se rétablissent plus rapidement.
  • Le lait maternel est une ressource naturelle qui ne pollue pas et protège l’environnement car il ne produit pas de déchets, ne nécessite pas d’emballage ni de traitements spéciaux qui entraînent une dépense d’énergie pour sa production ou des émissions de CO2.

Sevrage

Comme toute chose dans la vie, il y aura un jour ou l’autre un moment où l’allaitement maternel prendra fin, et il est important de comprendre comment procéder. Il est bien connu que la recommandation de l’OMS et des lignes directrices cliniques est de 6 mois exclusivement et de compléter l’alimentation jusqu’à l’âge de deux ans, voire jusqu’à l’âge de 7 ans. Il n’y a pas de raison de s’arrêter à un certain âge, mais évidemment cette décision appartient à la mère.

Circonstances du sevrage

Chaque cas est unique et tous sont respectables. Les raisons possibles du sevrage peuvent être une décision maternelle, la volonté du bébé, une maladie de la mère ou de l’enfant, ou une nécessité professionnelle.

Types de sevrage

En théorie, il existe 4 types de sevrage, en fonction de la cause du sevrage :

  • Sevrage inévitable pour des raisons médicales ou autres. En réalité, peu de maladies et de médicaments contre-indiquent l’allaitement.
  • Sevrage volontaire de l’enfant : le bébé décide progressivement de ne plus être allaité. Elle peut parfois être conditionnée par une nouvelle grossesse, qui peut parfois modifier le goût et la quantité du lait maternel.
  • Sevrage par décision maternelle : la décision de poursuivre ou non l’allaitement est légitime et la mère ne doit pas accepter de jugement de valeur pour le choix qu'elle a fait.
  • Sevrage forcé dû à des causes externes. Social ou familial. Hors de la mère et de l’enfant.
  • Sevrage involontaire : les tétées sont progressivement espacées jusqu’à ce que le bébé soit sevré.

Sentiments liés au sevrage

Durant cette phase de sevrage, de nombreux sentiments, tels que la culpabilité et la tristesse, peuvent apparaître, ce qui est tout à fait normal. Si l’allaitement maternel stressait la mère et mettait à rude épreuve le lien mère-bébé, il sera perçu comme un soulagement pour les deux.

Lignes directrices pour le sevrage

Pour réaliser le sevrage, il existe plusieurs options, et chaque mère utilise une méthode différente. D’une part, si le sevrage se fait du jour au lendemain, le médecin peut recommander des médicaments spécifiques pour couper le lait. En revanche, si le sevrage est progressif, les tétées deviendront progressivement moins fréquentes et la production de lait maternel diminuera.

Comment procéder à un sevrage progressif:

  • Ne pas proposer, ne pas refuser : si l’enfant ne demande pas à être allaité, ne pas lui proposer. S’il le demande, ne pas le refuser.
  • Espacement des tétées : distraire l’enfant autrement (au parc, en jouant avec lui, en lui lisant une histoire, en le berçant dans vos bras…).
  • Offrir un autre type d’aliment aux heures où il demande habituellement le sein. Anticiper ses besoins.
  • Gérer les tétées avec l’enfant : dire “seulement à la maison”, “seulement 3 minutes”, “seulement un sein”, “seulement pour dormir”, etc.
  • Parler à l'enfant et convenir avec lui du sevrage, en lui expliquant que “maman ne veut plus donner la tétine”.
  • En cas de douleur, il est nécessaire de faire des extractions périodiques pour éviter des complications telles que la mastite. Si le sevrage est bien toléré, il ne sera pas nécessaire de le faire.

Il est important de se rappeler qu’il y a des crises d’allaitement qui ne signifient pas nécessairement un sevrage. Ces crises d’allaitement maternel sont tout à fait normales. Un bébé peut perdre l’envie de téter, par exemple s’il est malade, s’il a eu peur lors de l’allaitement précédent ou si on l’a forcé à allaiter.

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