L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise l'allaitement maternel exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois. Pourtant, de nombreuses mères cessent d'allaiter lorsque leur bébé entre à la crèche, souvent par manque d'informations ou de soutien. Heureusement, les professionnels de la petite enfance accompagnent de plus en plus la poursuite de l'allaitement maternel dans les structures d'accueil. Cet article vise à informer les parents et les professionnels sur les obligations, les protocoles et les bonnes pratiques concernant le lait maternel en crèche, afin de faciliter la poursuite de l'allaitement après la reprise du travail.
Cadre légal et recommandations générales
Bien qu'il ne soit pas obligatoire pour une crèche d'accepter le lait maternel, c'est un choix de la structure d'accueil. Si le lait maternel est accepté, les modalités de traitement devront être notifiées dans le contrat d’accueil de la structure. De même, un protocole, voire une convention à signer, sera remis aux parents pour spécifier les modalités de transport du lait, les contenants acceptés, les durées de conservation, etc.
Allaitement in situ : Il est important de souligner que l’allaitement in situ doit être encouragé. Durant la première année du bébé, les mères bénéficient, en vertu du Code du travail, d’une heure non rémunérée, scindable en deux, pour tirer leur lait ou venir allaiter leur bébé sur le lieu d’accueil. Les crèches et assistantes maternelles ont un rôle à jouer en proposant aux mamans de venir allaiter le bébé, et en mettant à leur disposition un espace dédié.
Protocoles de conservation du lait maternel
Afin de limiter le risque microbien et préserver les bienfaits nutritionnels du lait maternel, un protocole de conservation précis doit être appliqué dans les structures d’accueil.
Contenants adaptés
Le plus simple pour la structure d’accueil est un lait maternel stocké dans un biberon, avec tétine adaptée. Il existe des biberons en verre, en plastique (sans BPA), en inox, « mais l’idéal reste le verre. A la congélation, le lait maternel se solidifie et les nutriments se collent à la paroi. Le verre demeure le matériau le plus sain, car ne dégageant aucune substance toxique ». Quant aux sachets stériles spécial lait maternel, ils sont certes pratiques mais nécessitent différentes manipulations : ouverture du sachet, transvasement du lait dans le biberon, etc. « Or, chaque manipulation du lait maternel multiplie le risque microbien, c’est pourquoi certaines structures refusent ces sachets », souligne la consultante en lactation. A noter cependant que certaines marques proposent des sachets s’adaptant directement sur le tire-lait, puis le biberon. « Avec un seul contenant pour toutes les étapes, on limite le nombre de manipulations, c’est une solution très intéressante dont il faut parler aux parents. »
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Étiquetage
Biberon ou sachet, le personnel de crèche ou l’assistante maternelle doivent vérifier que chaque contenant est étiqueté avec les mentions suivantes :
- Le nom et prénom de l’enfant.
- La quantité de lait en ml.
- La date et l’heure du recueil.
- La date et l’heure de congélation s’il s’agit de lait maternel congelé.
- La date et l’heure de décongélation le cas échéant.
Une astuce à donner aux parents : utiliser un code couleur différent selon qu’il s’agisse de lait frais, de lait congelé ou de lait décongelé.
Transport et stockage
Du domicile au lieu d’accueil, le lait maternel doit être transporté dans une glacière ou un sac isotherme, avec des pains de glace. « On vérifie qu’ils sont bien propres ». Le lait maternel frais ou décongelé sera, dès l’arrivée, mis au réfrigérateur, à 4°C - jamais dans la porte du réfrigérateur, moins froide. S’il s’agit de lait encore congelé destiné à servir de stock, il sera entreposé au congélateur à -18°C.
Sas de sécurité : Il est conseillé de mettre les biberons ou sachets dans une boite en plastique fermée dans le réfrigérateur à la maison, que l’on transvase ensuite dans la glacière puis, à la crèche ou chez l’assistante maternelle, dans le réfrigérateur. « Ainsi, les biberons ne sont pas en contact avec l’environnement du réfrigérateur, ni à la maison, ni dans la structure d’accueil. Cela crée un sas de sécurité anti-microbien supplémentaire ».
Durées de conservation
Concernant les durées de conservation du lait maternel, il existe différentes normes. Les normes hospitalières sont plus strictes comparées à celles de l’OMS et de la Leche League valables pour la maison, et également validées par des études cliniques. Simplement, l’environnement et le risque microbien est différent entre l’hôpital et la maison.
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Schématiquement :
- Normes hospitalières (4/4/4) :
- 4 heures à température ambiante pour le lait maternel frais.
- 4 jours au réfrigérateur pour un lait frais.
- 4 mois au congélateur pour un lait congelé.
- Normes OMS et Leche League (8/8/8) :
- 8 heures à température ambiante pour le lait maternel frais.
- 8 jours au réfrigérateur pour un lait frais.
- 8 mois au congélateur pour un lait congelé.
Un lait décongelé peut quant à lui se garder 24 heures au réfrigérateur, et 2 heures à température ambiante. Il ne doit pas être recongelé, ni mélangé à du lait frais.
Attention : Ces durées ne sont pas cumulables. Elles sont valables pour des bébés en bonne santé, nés à terme, et pour un lait recueilli en respectant toutes les précautions d’hygiène : lavage des mains, matériel propre, etc.
A la crèche et à l’assistante maternelle d’appliquer leur propre consensus, en fonction de l’environnement (taille de la biberonnerie par exemple), du niveau de formation du personnel, etc. Certaines crèches choisiront d’adopter la règle des 4/4/4 de l’hôpital. Parfois, des règles plus strictes sont appliquées, par exemple une durée de conservation de 48 heures seulement au réfrigérateur pour un lait frais. Dans tous les cas, ces durées sont à indiquer dans le contrat.
Réchauffage et décongélation
« Le lait contient des éléments vivants et des agents anti-infectieux sensibles aux changements de température. Pour préserver ses bienfaits nutritionnels, il est important d’éviter les brusques écarts de température, que ce soit du chaud vers le froid lors de la congélation, ou du froid vers le chaud lors de la décongélation et du réchauffage ».
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Par conséquent, jamais de micro-ondes, ni de bain marie à l’eau bouillante pour réchauffer le lait maternel. De même, on veillera à décongeler le lait maternel en douceur, en le mettant au réfrigérateur, puis à température ambiante avant de le donner eu bébé. « S’il ne le prend pas à température ambiante, on le réchauffe quelques minutes dans de l’eau chaude à 40°C maximum ». Même chose pour le lait frais si le bébé le préfère tiède (36°C).
Un lait maternel, qu’il soit frais ou décongelé, doit impérativement être jeté dans les deux heures maximum dès lors qu’il est touché par la bouche du bébé. Aussi afin d’éviter le gâchis, « il est important de rappeler aux mamans de privilégier des petites quantités de lait maternel 15 à 60 ml en moyenne », recommande l’infirmière puéricultrice. Un bébé allaité n’a en effet pas le même rythme de remplissage et de vidange gastrique, il ne faut donc pas se calquer sur les quantités que boit un bébé au lait maternisé à tel ou tel mois. De plus, avec l’entrée à la crèche ou chez l’assistante maternelle, le nourrisson risque d’espacer ses repas afin de privilégier les tétées lorsqu’il est avec sa mère.
Lait à l’aspect caillé
Une fois décongelé, il arrive que le lait maternel prenne un aspect caillé et une odeur aigre. « Cela est dû à la forte présence de lipases, une substance qui aide à la digestion des triglycérides. Certaines mères ont un lait qui en contient un peu plus. Malgré cette consistance et cette odeur, le lait reste tout à fait propre à la consommation. » Cependant, certains bébés peuvent le refuser. « L’astuce à donner aux mamans consiste, avant de congeler le lait maternel, de monter le lait à 50°C dans de l’eau chaude, afin de désactiver ces lipases. »
Hygiène et sécurité alimentaire en crèche (HACCP)
Dans les établissements d'accueil des jeunes enfants (EAJE), les tout-petits sont particulièrement sensibles à l'hygiène. Les normes HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) visent à prévenir les risques en identifiant et contrôlant les dangers à chaque étape de la chaîne alimentaire. Dans les crèches, l'HACCP garantit un environnement sûr pour les enfants en se concentrant sur la propreté des locaux et équipements, le contrôle des températures, et le suivi des protocoles de désinfection. Il s'adapte également aux spécificités des crèches, avec le suivi de la biberonnerie par exemple.
Normes d'hygiène à respecter
Les normes d'hygiène dans les crèches couvrent plusieurs aspects :
- Nettoyage et désinfection : Mise en place d'un protocole d'hygiène avec des tâches de nettoyage et désinfection quotidiennes avec des produits professionnels adaptés aux crèches et à la présence de jeunes enfants.
- Traçabilité des aliments : La traçabilité des aliments doit être faite, de la réception jusqu'à la consommation. Chaque étape doit être documentée : contrôle de température à la réception, dates de péremption, état des emballages.
- Hygiène personnelle du personnel : Lavage des mains pendant au moins 30 secondes avant toute manipulation alimentaire et après chaque passage aux sanitaires. Cheveux attachés sous coiffe, ongles courts sans vernis et absence totale de bijoux (sauf alliance lisse). Vêtements exclusivement dédiés à la cuisine ou à la biberonnerie.
- Biberonnerie : Les biberons doivent être nettoyés et désinfectés après chaque utilisation, et doivent être stockés dans un endroit propre, sec et à l'abri de la lumière. Désinfection thermique : utiliser un lave-biberon ou lave-vaisselle professionnel dont le rinçage atteint 70-85 °C, ou un bain à 65 °C minimum. Chauffe des biberons : privilégier le chauffe-biberon ; l'usage du micro-ondes est déconseillé pour éviter les zones de sur-chauffe. Délai de consommation : tout biberon préparé doit être consommé dans l'heure qui suit, faute de quoi il est jeté. Eaux et laits : bouteille d'eau entamée à conserver 24 h au réfrigérateur ; lait infantile liquide ouvert : 24 h au froid ; boîte de poudre : jeter 30 jours après ouverture. Préparation du lait en poudre : en situation à risque, reconstituer le lait avec une eau à 70 °C puis refroidir rapidement (recommandation OMS / ANSES).
Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS)
Le Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS) décrit les procédures pour assurer la sécurité sanitaire dans les crèches. Basé sur les normes HACCP, il est obligatoire et prouve leur conformité. Il existe des modèles pré-établis pour les crèches, mais chaque PMS doit être adapté à la structure et aux spécificités de l'établissement. Il doit être rédigé par un professionnel formé aux normes et protocoles HACCP.
Le PMS doit inclure des protocoles de nettoyage et de désinfection, la traçabilité des denrées alimentaires, la gestion de la chaîne du froid et du chaud, et la formation du personnel.
Conseils aux parents pour faciliter l'allaitement en crèche
- Informer la crèche : Discutez de votre souhait de poursuivre l'allaitement avec la direction de la crèche et assurez-vous qu'ils sont en mesure de respecter les protocoles nécessaires.
- Fournir un protocole clair : Remettez à la crèche un protocole écrit détaillant les modalités de conservation, de réchauffage et d'administration du lait maternel.
- Préparer des quantités adaptées : Privilégiez des petites quantités de lait (15 à 60 ml) pour éviter le gaspillage.
- Étiqueter clairement les contenants : Indiquez le nom de l'enfant, la date et l'heure du recueil sur chaque biberon ou sachet.
- Respecter la chaîne du froid : Transportez le lait dans une glacière isotherme avec des pains de glace.
- Communiquer avec l'équipe : Restez en contact régulier avec l'équipe de la crèche pour discuter de l'alimentation de votre enfant et répondre à leurs questions.
Surmonter les obstacles et idées reçues
Certaines crèches peuvent être réticentes à accepter le lait maternel en raison de craintes concernant la sécurité ou la complexité de sa gestion. Il est important de dialoguer avec l'équipe et de leur fournir des informations claires et précises sur les avantages du lait maternel et les protocoles à suivre.
Il est également important de lutter contre certaines idées reçues, comme celle selon laquelle le lait maternel est potentiellement dangereux ou que sa manipulation nécessite des précautions spéciales. Le lait maternel est un aliment vivant doté d'un pouvoir unique d'autoconservation grâce aux facteurs immunitaires qu'il contient.
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