La prescription de médicaments chez l'enfant est une tâche complexe et délicate, qui nécessite une attention particulière aux caractéristiques pharmacodynamiques propres à cette population. Contrairement aux adultes, où la majorité des médicaments sont développés et testés, l'enfant présente des particularités physiologiques et métaboliques qui influencent l'absorption, la distribution, le métabolisme et l'excrétion des médicaments. Les erreurs de dosage et la prescription de médicaments inadaptés sont des problèmes fréquents en pédiatrie, soulignant l'importance de mettre en place des stratégies de prévention efficaces.
Complexité de la Prescription Médicamenteuse en Pédiatrie
La prescription médicamenteuse chez l’enfant doit tenir compte des caractéristiques pharmacodynamiques propres à celui-ci et être calculée individuellement en fonction du degré de prématurité, de l’âge, du poids ou de la surface corporelle, et de la condition clinique. La complexité de la prescription pédiatrique réside dans le fait que la grande majorité des médicaments a été développée chez l’adulte. L'extrapolation des données de l'adulte à l'enfant est souvent imprécise en raison des différences significatives en termes de développement physiologique et de maturation des organes.
Particularités Pharmacologiques chez l'Enfant
L'évaluation des médicaments en pédiatrie est indispensable en raison des particularités pharmacologiques qui caractérisent l'enfant tout au long de son développement et rendent peu fiable l'extrapolation aux enfants des données de l'adulte. C'est pendant la période néonatale que les particularités du devenir des médicaments dans l'organisme sont les plus marquées. Elles se traduisent par un ralentissement de l'élimination de la plupart des médicaments, suivi par une accélération des processus d'élimination à la période nourrisson-jeune enfant. Ces particularités expliquent les schémas d'administration différents (dose unitaire rapportée au poids, espacement des prises, voie d'administration) entre les enfants et les adultes, mais aussi entre les différentes classes d'âge de l'enfance.
Chez le nouveau-né (de la naissance à l'âge de 30 jours), les capacités d'élimination hépatique et rénale sont diminuées et le volume de distribution souvent augmenté. Ces particularités expliquent le choix de doses unitaires rapportées au poids proches de celles utilisées chez l'adulte, mais avec un plus grand espacement des doses. On évitera les médicaments fortement liés aux protéines plasmatiques qui exposent à l'ictère nucléaire. Chez le nourrisson (de 1 mois à 2 ans), le métabolisme accéléré et le volume de distribution plus grand rendent compte de doses unitaires par rapport au poids plus élevées associées à un intervalle de dose plus court que chez l'adulte.
Prescription Hors AMM
De nombreuses spécialités sont par conséquent prescrites aux enfants soit sans autorisation de mise sur le marché (AMM), soit en dehors des conditions de leur AMM, c'est-à-dire dans une indication, une posologie, une forme galénique et/ou à un âge différents de ceux stipulés dans l'AMM. En pédiatrie, la prescription hors AMM est très répandue estimée entre 36 % et 100 %, plus fréquente en soins intensifs qu'en ville. La prescription hors AMM, et surtout l'absence de schémas posologiques adaptés, peuvent accroître le risque médicamenteux chez l'enfant.
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Fréquence et Nature des Erreurs Médicamenteuses en Pédiatrie
Parmi les erreurs médicales, celles concernant les médicaments sont les plus fréquentes, notamment chez l’enfant, du fait d’erreurs de dosage ou de la prescription de médicaments inadaptés. Les erreurs médicamenteuses peuvent survenir aux différentes étapes du circuit du médicament et qu'aucune des professions impliquées (infirmier, médecin, pharmacien) n'est à l'abri de commettre une erreur. En effet, près d'un tiers (298, soit 30%) des erreurs médicamenteuses décrites grâce à ce système de déclaration étaient des erreurs de prescription, un quart (245, soit 24%) des erreurs de dispensation et moins de la moitié (410, soit 41%) des erreurs d'administration (que l'erreur porte sur le produit administré, le dosage ou l'horaire d'administration).
Une étude a classé et quantifié les erreurs médicamenteuses, et à identifier les facteurs de risques. L'erreur porte, dans 39 % des cas, sur l'horaire d'administration du médicament.
Types d'Erreurs de Dosage
Les erreurs de posologie d'un facteur de 10 à 100 ne sont pas exceptionnelles. Elles résultent d'un mauvais placement de virgule ou d'erreurs de calcul (1/3 des cas). L'essentiel de ces erreurs concerne la voie intraveineuse (48 %). Elles ne sont généralement diagnostiquées que si les médicaments ont une forte toxicité en surdosage (caféine, vincristine, etc.). Les erreurs de dose sont souvent liées au « reconditionnement » de médicaments dont la forme galénique n'est pas adaptée aux jeunes enfants, pour en administrer la posologie précise.
Classes Thérapeutiques les Plus Concernées
Les anti-infectieux constituent la classe thérapeutique la plus fréquemment en cause dans les erreurs médicamenteuses recensées dans cet établissement pédiatrique américain (17%), devant les antalgiques et les sédatifs (15%), les compléments alimentaires et les vitamines (11%), les médicaments de l'appareil gastro-intestinal (8%) et ceux du système cardio-vasculaire (7%).
Impact Clinique des Erreurs Médicamenteuses
La majorité des erreurs médicamenteuses commises n'ont aucune incidence sur l'état de santé du patient. En effet, sur les 1.010 erreurs médicamenteuses passées en revue, 173 (soit 17%) ont été considérées comme des "presque-accidents", c'est-à-dire qu'une correction a permis de les éviter mais qu'une erreur comparable arrivant à terme pourrait avoir de graves conséquences sur l'état de santé du patient. Plus du tiers des erreurs (379 erreurs, soit 38%) n'ont pas atteint le patient, près de la moitié (511) n'ont pas été corrigées à temps mais n'ont nécessité ni renforcement de la surveillance du patient ni traitement supplémentaire. Concernant les erreurs ayant affecté l'état de santé des patients, 103 (10%) ont nécessité la mise en place d'un suivi renforcé, 17 (2%) ont entraîné l'instauration d'un traitement supplémentaire ou un prolongement de la durée d'hospitalisation. Aucune d'entre elles n'a eu de conséquence grave et aucun décès en lien avec une erreur médicamenteuse n'a été recensé.
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Stratégies de Prévention des Erreurs Médicamenteuses
La meilleure façon de les éviter réside dans l’utilisation de logiciels de prescription, l’implication des pharmaciens dans les unités de soins et une communication de qualité entre les médecins prescripteurs, les soignants, les pharmaciens et les familles. Plusieurs stratégies peuvent être mises en place pour minimiser le risque d'erreurs médicamenteuses en pédiatrie.
Utilisation de Logiciels de Prescription et Protocoles
La prescription informatisée supprime les problèmes de lisibilité et des erreurs médicamenteuses. La prescription informatisée avec calcul de dose intégré, ainsi que la durée de l'injection et la vitesse de perfusion. Il est important d'avoir des protocoles dans le service à disposition de tout prescripteur.
Rôle du Pharmacien
L’implication des pharmaciens dans les unités de soins est essentielle. La dispensation, d'administration et de surveillance des traitements médicamenteux. La pharmacie du service doit s'assurer que les concentrations ou présentations choisies de produit soient optimales.
Communication et Coordination
Une communication de qualité entre les médecins prescripteurs, les soignants, les pharmaciens et les familles est cruciale. La chaîne des soins doit être bien coordonnée pour éviter des erreurs qui n'ont pu se corriger l'un l'autre. Un professionnel de santé s’est aperçu en fin de séance de vaccination qu’il avait administré une dose enfant du vaccin Pfizer à des patients adultes. Des mesures préventives d'accidents ultérieurs doivent être prises. Il faut encourager les instances pour discuter de ce problème au sein des équipes.
Formation et Sensibilisation
La formation des vaccinateurs et le respect scrupuleux des procédures sont essentiels. Il est important de vérifier les durées entre deux administrations d'un même médicament. Les doses et les calculs initiaux doivent être précis en raison de l'espace mort des seringues.
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Importance de la Déclaration des Erreurs
Si l'utilisation des systèmes de déclaration des erreurs se répand, peu d'études se sont attachées à évaluer la précision des déclarations ainsi collectées ou l'impact de cette mesure et les établissements de santé restent peu expérimentés sur la manière d'utiliser ces outils. Un système de déclaration des erreurs médicamenteuses s'avère efficace pour collecter des informations fiables sur ce sujet de façon en temps réel. Cependant, ce recueil de données sur les erreurs médicamenteuses ne se montre utile que s'il fait l'objet d'un suivi régulier et d'une exploitation pour permettre de développer des procédures de sécurité destinées à prévenir la répétition des erreurs les plus fréquentes.
Bonnes Pratiques de Prescription
L'ordonnance doit comprendre, outre le nom et le prénom, le poids et l'âge de l'enfant. La dose est exprimée en mg/kg et en équivalent en ml s'il s'agit d'une forme liquide. La dose unitaire accompagnée de l'espacement des doses (par ex. : 10 mg toutes les 8 heures) est à privilégier, car plus précise que la dose quotidienne accompagnée du nombre de prises (par ex. : 30 mg/24 h en 3 prises). Les abréviations qui portent à confusion seront évitées (µg plutôt que mcg qui peut être confondu avec mg). À l'hôpital, un contrôle de qualité de la transmission et un compte-rendu de l'exécution doivent être exigés. Lorsque la voie IV est choisie en néonatologie, les modalités de dilution seront précisées, les tubulures (0,3 mm de diamètre) et les seringues seront adaptées aux volumes à injecter. Les prescriptions doivent être formulées avec toute la clarté nécessaire. La rédaction lisible de l'ordonnance évite la confusion lors de la dispensation du médicament et permet à la famille d'exécuter le mieux possible la prescription. L'ordonnance étant un prolongement de la consultation, il faut l'expliquer à la famille du jeune patient, en s'adaptant à son niveau de compréhension et en veillant à sa compréhension.
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