Introduction
La crèche Napoléon Magne est un établissement emblématique de Périgueux, témoin d'une longue histoire de dévouement au service de la petite enfance. De ses origines modestes à sa modernisation récente, elle incarne l'évolution des préoccupations sociales et des approches pédagogiques en matière d'accueil des jeunes enfants. Cet article retrace l'histoire de cette institution, en mettant en lumière les figures qui l'ont marquée et les étapes clés de son développement.
Les Origines : L'École Libre Saint-Georges et l'Engagement de la Famille Magne
L'histoire de la crèche Napoléon Magne est intimement liée à celle de l'école libre Saint-Georges, fondée en octobre 1867 par l'abbé Estignac dans le quartier populaire des Barris-Saint-Georges à Périgueux. Confiée aux sœurs de Sainte-Marthe, cette école congréganiste bénéficiait d'une aide octroyée à toutes les écoles communales, laïques ou congréganistes.
En 1879, suite à un projet de transformation des écoles congréganistes en écoles laïques, l'école Saint-Georges fut supprimée et les sœurs durent quitter les lieux. C'est alors que Madame Pierre Magne, soucieuse de maintenir l'offre éducative dans ce quartier, prêta gratuitement la maison familiale de son époux. L'école put ainsi rouvrir ses portes en octobre 1879, redevenant une école libre dans une période difficile.
Madame Alfred Magne, belle-fille de Madame Pierre Magne, poursuivit l'œuvre de sa belle-mère en faisant construire un autre bâtiment proche du premier, comprenant trois salles de classe, une salle et des chambres pour les sœurs. L'ensemble fut inauguré en 1897. Après l'agrandissement et la gratuité de cette école, plus de 300 élèves fréquentèrent l'établissement.
L'école fut ensuite fermée par arrêté ministériel du 13 juillet 1906. En octobre 1916, sur demande de Monsieur Napoléon Magne, les locaux furent transformés en ambulance et deux sœurs furent recrutées pour soigner les blessés de la Première Guerre mondiale.
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La Fondation Magne : Naissance d'une Œuvre Sociale
Après la guerre, en 1919, les sœurs de Sainte-Marthe ouvrirent dans ces locaux une garderie et un patronage. Le 7 novembre 1925, Monsieur Napoléon Magne fit donation à l'hospice civil et militaire de Périgueux, en nue propriété, des immeubles du quartier de Barris, à charge pour le nue propriétaire d'y conserver les œuvres qui y fonctionnent sous le titre de "Fondation Magne". Cette fondation comprenait :
- Une garderie pour les jeunes enfants des deux sexes de 2 à 6 ans
- Une crèche pour les enfants au biberon avec goutte de lait
- Une salle de réunion et de récréation pour les jeunes filles de 6 à 18 ans
Le tout étant réservé aux enfants du quartier des Barris-Saint-Georges. L'administration et la surveillance de la crèche devaient être laissées aux sœurs de Sainte-Marthe.
La crèche Magne fut reconnue d'utilité publique le 9 juin 1937. Un comité d'administration constitué sous l'égide de la loi 1901 présidait au bon fonctionnement de l'œuvre. Les décisions étaient prises par ce conseil composé de neuf membres :
- La Ville de Périgueux
- Le centre hospitalier de Périgueux
- La Caisse d'Allocations Familiales
- La congrégation des sœurs de Sainte-Marthe
- La directrice de la crèche
- Un représentant du personnel de la crèche
En 1966, par acte notarié du 1er août, Madame Napoléon Magne renonçait à son usufruit au profit du centre hospitalier de Périgueux.
Évolution et Modernisation de la Crèche Magne
Dans les années 1960, Madame Annette Martin, jardinière d'enfant, témoigne de la simplicité de la crèche Napoléon Magne. Sa fonction était d'assurer les soins et le bien-être aux bébés et aux jeunes enfants confiés par les parents durant leur journée de travail. Son rôle était d'occuper, d'éveiller et de stimuler les tout-petits âgés de 2 ans 1/2 à 3 ans. Le matériel mis à leur disposition était suffisant, mais au fil du temps, les locaux furent mieux aménagés et modernisés, s'équipant de nombreux jouets, jeux et gros matériel d'intérieur ou d'extérieur.
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Les religieuses furent présentes dans la crèche depuis sa fondation jusqu'en 1985, année de leur départ. Elles avaient à cœur, accompagnées de professionnelles, d'accueillir au mieux chaque enfant, quel que soit le milieu ou les origines. La tradition s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui dans ce cadre qui a toujours su garder un esprit familial.
Jusqu'en septembre 1985, la direction de la crèche Magne était assurée par les sœurs de Sainte-Marthe. Cette congrégation n'étant plus en mesure de continuer à diriger l'œuvre, et compte tenu de l'impossibilité de recruter des sœurs catholiques, la direction de la crèche fut confiée à une directrice laïque, Madame Descamp.
En 1989, une halte-garderie fut mise en service avec la création de nouveaux locaux, permettant l'accueil supplémentaire d'une douzaine d'enfants âgés de 2 mois 1/2 à 4 ans.
Les Directrices de la Crèche Magne : Une Succession d'Engagements
Différentes directrices se sont succédé depuis l'origine, chacune apportant sa contribution au développement de la crèche :
- Mère Saint-Jean Pampouille (1916 à 1935)
- Mère Marie Gaëtan Barrichon (1935 à 1937)
- Mère Alphonsine Fromantal (1937 à 1940)
- Mère Marie Angéline Malafaye (1940 à 1942)
- Mère Marie Adrienne Cournil (1942 à 1948)
- Mère Lucile Verlhac (1948 à 1956)
- Mère Saint-François Régis Desmaison (1956 à 1972)
- Sœur Marie Dominique Delmouly (1973 à 1985)
- Madame Descamp (Après 1985)
- Madame Anne-Sophie Rose (2008)
Fonctionnement Actuel de la Crèche Magne
L'effectif des enfants confiés à la crèche et à la garderie peut atteindre 80. La répartition de ces enfants se fait sur quatre services de 20 lits environ. Le personnel est composé de 24 employés dont :
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- Une puéricultrice
- 6 auxiliaires de puériculture
- Une aide soignante
- Une jardinière d'enfants
- Une aide maternelle
- Une cuisinière
- Deux lingères
- 10 agents de crèches
Une auxiliaire de puériculture et un agent de service sont nouvellement affectés au fonctionnement de la halte-garderie. Le ménage des locaux est assuré par chaque service.
La crèche est ouverte tous les jours, du lundi au vendredi de 6h30 à 19h. La halte-garderie est ouverte de 9 heures à 12 heures et de 13 heures 30 à 18 heures 30.
Le financement de la crèche est assuré par la participation des familles, les prestations de la Caisse d'Allocations Familiales et les subventions de la Ville de Périgueux.
En 2008, Madame Anne-Sophie Rose prend la direction de la crèche. La halte-garderie est remplacée par une structure multiaccueil petite enfance. Les bâtiments sont entièrement restaurés et reconstruits en partie ; la crèche est modernisée et agrandie.
La Crèche des Arènes : Un Autre Établissement Municipal
Il est important de mentionner également l'existence d'une autre crèche municipale à Périgueux, la crèche des Arènes. Après la fermeture progressive de la crèche Saint-Vincent de Paul, située 17 rue Louis Blanc, il manquait un établissement dans cet important quartier des quatre chemins.
En février 1972, le conseil municipal de Périgueux décida la création d'une crèche moderne, rue de Strasbourg, à proximité du parc des Arènes et du site gallo-romain. En janvier 1973, la crèche des Arènes ainsi qu'une halte-garderie furent inaugurées pour le bien-être des enfants du centre-ville.
La première directrice était Mademoiselle Ledu. À la fin de la même année, Madame Denise Reynaud, professionnelle du service de pédiatrie de l'hôpital, fut affectée à la crèche et devint la deuxième directrice en janvier 1985, jusqu'à son décès brutal en 1997. Le 1er septembre 1997, Madame Pascale Azéma succéda à Madame Raynaud. Cette puéricultrice venait de la DDASS-DDSP où elle avait acquis une grande expérience professionnelle.
L'accueil aux Arènes est d'environ 50 enfants, avec 14 employées comprenant une auxiliaire de puériculture, et 5 employées pour la halte-garderie. Les horaires de la crèche sont de 7h30 à 19 heures, et ceux de la halte-garderie de 7h45 à 12h30 et de 13h30 à 18 heures.
Une journée à la crèche "chez les grands" commence dès 6h30, avec les premiers arrivés réunis chez les bébés et benjamins jusqu'à 7h30. À partir de 7h30, une employée de "référence" prend en charge "leurs petits" dans chaque section. Dès 9 heures, un petit goûter est offert à chaque enfant. Les activités sont organisées par groupes de 4 à 5 : activités libres avec les employées, activités dirigées avec une éducatrice. L'accent est mis sur le partage, la vie en collectivité, l'éveil du langage et sensoriel.
À 10h30, une récréation avec jeux de plein air, ballon et bac à sable permet de développer la motricité. À 11h15, les enfants se regroupent par tables rondes de 7 pour un repas en self-service, favorisant la découverte et la reconnaissance des aliments. À 12h00, chaque enfant passe à l'apprentissage de la propreté. À 12h30, après avoir récupéré leur "doudou", les enfants passent au dortoir pour une sieste de deux heures.
À 14h30, le réveil est progressif, suivi d'activités dans la cour ou la salle de jeux. À 16 heures, le goûter est servi, suivi d'un passage à la propreté, d'une récréation et d'activités artistiques : chants, cinéma, contes. L'arrivée des parents commence ensuite, et les enfants sont gardés jusqu'à la fermeture de la crèche à 19 heures.
La Crèche "Câlins-Câlines" du Gour de l'Arche : Une Présence dans un Quartier Sensible
Une autre crèche municipale importante à Périgueux est la crèche "Câlins-Câlines" du Gour de l'Arche. En 1975, le conseil municipal de la ville décida la création de la quatrième crèche municipale, dans un quartier sensible et en pleine évolution, le Gour de l'Arche.
La crèche "Câlins-Câlines" ouvrit ses portes en novembre 1976, chemin de Salgourde, à proximité d'une cité H.L.M, dans un pavillon aménagé et entouré d'un grand terrain facile d'accès. Cet établissement est dirigé depuis l'origine par Madame Annick Caras. Son effectif est de 40 places réservées aux enfants de 3 mois à 3 ans et dont les deux parents travaillent. Les horaires sont de 7h30 à 19h00, du lundi au vendredi.
Depuis 1997, une halte-garderie est ouverte afin d'offrir aux familles un service plus large, avec des horaires de 8h30 à 17h30. Les activités sont multiples et variées : promenade, jeux de sable, pataugeoire, activités d'éveil, sous l'encadrement d'une éducatrice de jeunes enfants. Les enfants sont réunis par groupes d'âges avec une "référente" pour chaque groupe. Un pédiatre et un psychologue sont attachés à la crèche.
En 2007, Madame Nadège Pons prend la direction de la crèche, ayant sous ses ordres 20 personnes employées à ce service de 40 places. La halte-garderie est remplacée par une structure multiaccueil petite enfance.
La Famille Magne : Une Dynastie de Bienfaiteurs Périgourdins
Il est impossible d'évoquer la crèche Napoléon Magne sans rendre hommage à la famille Magne, une dynastie de bienfaiteurs qui a marqué l'histoire de Périgueux et de Trélissac.
Louis Magne (1766-1836) : Teinturier, il naquit et décéda à Périgueux, dans le quartier des Barris-Saint-Georges. Il avait épousé Jeanne Buis.
Pierre Magne (1806-1879) : Fils de Louis et de Jeanne Buis, il naquit à Périgueux. Après des études de droit, il entreprit une importante carrière politique et diplomatique. Il fut successivement sénateur et député, président du conseil général de la Dordogne, sous-secrétaire d'État au ministère de la Guerre, ministre des Travaux Publics et des Finances, membre du Conseil privé de S.M. L'Empereur Napoléon III qui l'anoblit. Il avait épousé, le 9 octobre 1833, Catherine Célestine Maigne de Cubjac. Il est décédé en son château de Montaigne le 17 février 1879.
Louis Alfred Magne (1834-1878) : Fils de Pierre et de Catherine Maigne, il naquit à Périgueux. Membre du Conseil Général de la Dordogne, il fut successivement chef de cabinet du ministre des Finances, trésorier général payeur du Loiret et de l'Aisne, administrateur des Chemins de fer d'Orléans. Il fit bâtir le grand château de Trélissac vers 1864. Il avait épousé Gabrielle Mathilde Werle (1840-1914).
Napoléon Magne (1865-1933) : Fils de Louis Alfred et de Mathilde Werle, il naquit à Reims. Après des études au collège Stanislas, il entra à Saint-Cyr en 1884. Capitaine de cavalerie à 28 ans, il fut détaché plusieurs années à l'école de cavalerie de Saumur et quitta l'armée en 1898. Il avait épousé, le 1er août 1921, Marie Brocheton (1878-1973). C'est lui qui légua la maison familiale où naquit Pierre Magne, devenant "Fondation de la famille Magne et crèche Napoléon Magne". Il légua également les châteaux de Trélissac, les terres et la ferme à l'hospice civil et militaire de Périgueux pour la même fondation.
Dans son testament en date du 1er mai 1929, précisant la donation des immeubles des Barris-Saint-Georges, il déclarait : "J'ai été toute ma vie, guidé par un très profond sentiment du devoir, de l'honneur et de l'équité. Si j'ai pu léser quelqu'un, c'est involontairement, et je m'en excuse ici…"
Bien que le nom de Magne soit éteint, sa descendance a pu continuer avec la fille de Pierre Magne, Thirion-Montauban Marquise de Reverseaux, qui reçut le Château de Montaigne en partage et le fit reconstruire après l'incendie de 1885. Sa petite-fille, Hélène Mercier de Lostange, son arrière-petite-fille Antoinette le Cour Grandmaison et son arrière-arrière-petite-fille Cécile Malher-Besse, héritière actuelle du château de Montaigne, ont continué cette descendance.
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