Travailler dans le secteur de la petite enfance est une vocation pour de nombreuses personnes passionnées par le développement et l’épanouissement des jeunes enfants. Cependant, le sujet du salaire dans le secteur de la Petite Enfance suscite souvent des interrogations, tant chez les professionnels que chez ceux qui envisagent de se lancer dans ce domaine. Quels sont les niveaux de rémunération actuels ? Quelles sont les évolutions possibles ? Cet article vise à explorer en détail les salaires en crèche hospitalière, en tenant compte de la convention collective applicable, et d'autres facteurs qui influencent la rémunération des professionnels de la petite enfance.
Le Secteur de la Petite Enfance : Aperçu Général
Le secteur de la petite enfance regroupe plusieurs métiers centrés sur l’accueil, l’éducation et la prise en charge des enfants, principalement de la naissance à six ans. Les crèches publiques, privées ou municipales sont des lieux d’accueil pour les enfants de moins de 3 ans. Pour y travailler, plusieurs formations sont possibles :
- CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance (CAP AEPE) : Accessible après la 3e, il prépare en 2 ans aux métiers d’agent de crèche, d’aide éducateur ou d’animateur petite enfance.
- Diplôme d’État d’auxiliaire de puériculture (DEAP) : Formation en 1 an après un CAP ou le bac, ou en 2 ans après la 3e, offrant les compétences nécessaires pour prendre en charge les jeunes enfants. Les auxiliaires de puériculture travaillent principalement dans des établissements tels que les crèches, les maternités, les hôpitaux ou associations.
- Diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants (DEEJE) : Accessible après une formation de 3 ans post-bac (ou équivalence), ce métier est très populaire. Les éducateurs de jeunes enfants (EJE) ont un rôle éducatif auprès des enfants.
- Diplôme d’État de puériculteur (DEP) : Formation en 1 an après un diplôme d’infirmier ou de sage-femme, ou en 3 ans après un bac.
- Directeur de crèche : Ce poste est accessible après quelques années d’expérience dans le secteur de la petite enfance. Bien que les métiers d’EJE et de puériculteurs soient les mieux placés pour évoluer en directeur de crèche, la législation s’est assouplie.
Spécificités des Crèches Hospitalières
Les crèches hospitalières, créées dans les années 70, ont pour vocation d’accueillir les enfants des personnels hospitaliers. Elles sont généralement installées dans les locaux de l’hôpital ou à proximité. Le fait que la majorité des crèches soient situées dans les locaux-mêmes de l’hôpital impliquent un certain nombre de contraintes ou d’avantages. Ainsi, elles dépendent des procédures d’hygiène de l’établissement mises au point par les Équipes Opérationnelles d’Hygiène (EOH).
Pour Sylvie Kracher, coordinatrice des crèches hospitalières de Strasbourg, « être dans un hôpital, c’est une chance : on a un médecin du travail, un pôle de pédiatres, une diététicienne pour les menus, un service d’hygiène formidable qui ne la transforme pas en crèche hygiéniste. C’est agréable et confortable ».
Structure et Gestion
Environ 130 structures relèvent de la fonction publique hospitalière. Les crèches hospitalières sont en majorité des crèches publiques dépendant de la fonction publique hospitalière. Soit, elles sont rattachées aux services RH des hôpitaux car elles sont un service social de l’hôpital, soit à un service de soins de l’hôpital (en général le service pédiatrie ou le pôle famille).
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Selon Pascale Tournadre-Regairaz, présidente de l’association des EAJE hospitaliers publics et responsable des EAJE » Clair de Lune » du centre hospitalier Le Vinatier à Bron, dans les crèches hospitalières qui dépendent d’un service de soins (50% environ), c’est plus compliqué. « Les enfants des crèches ne sont pas des patients, ce sont des enfants en pleine santé. Et parfois la crèche est confondue avec un service de soins… En revanche quand, comme au Vinatier, elles dépendent des RH, c’est plus clair : elles sont un service social de l’hôpital à destination de ses employés et fonctionnent tout naturellement comme une crèche », explique-t-elle.
Certains hôpitaux préfèrent confier la reprise ou la conception et la gestion de leur crèche à un réseau d’entreprises de crèches en Délégation de Service Publique. Ce sont en général des DSP assez longues - de 20 à 30 ans- car l’hôpital met à disposition un local, mais au délégataire de le rénover ou de l’aménager. Bref à lui de concevoir la structure, voire de la construire quand, comme à Lyon, l’hôpital ne met qu’un terrain à disposition du délégataire. La plupart font ce choix parce qu’ils considèrent que la crèche n’est pas leur cœur de métier, parce que cela leur coûte trop cher ou encore parce que la gestion du personnel leur prend trop de temps.
Horaires et Organisation
La grande spécificité des crèches hospitalières, c’est son public : des agents hospitaliers. Car de cette spécificité tout découle : les amplitudes d’ouverture sur l’année, les horaires atypiques et du coup des plannings casse-tête. Les crèches hospitalières pour la plupart se mettent au diapason : amplitudes horaires allant souvent de 6 h à 22h. Soit 16h par jour environ (certaines montent à 17h, d’autres sont plus proches de 15 mais aucune ne fait du 24h/24h) lorsque la moyenne des crèches sont ouvertes 11h par jour. Par ailleurs, elles sont ouvertes quasiment toute l’année, week-end et jours fériés compris.
Pascale Tournadre-Reigaratz, présidente de l’association des EAJE hospitaliers publics, conclut : « Les crèches hospitalières proposent en moyenne une offre de +33% par rapport aux autres ».
Toutes les directrices de crèches hospitalières quelles qu’elles soient sont unanimes : le secret, c’est l’organisation. Complexe, délicate, fastidieuse, prise de tête, chronophage, indispensable… elles n’ont pas assez de mots pour la décrire. Mais nécessaire. Principale contrainte : il faut jongler avec les plannings des enfants… et des pros. Donc l’organisation doit être irréprochable, il faut parfois deux personnes pour se pencher sur le planning d’un seul mois !
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Convention Collective Applicable
La convention collective 51 fixe la grille de salaires pour les secteurs d’activité des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux privés à but non lucratif, ainsi qu’aux services centraux et aux sièges sociaux des organismes gérant ces établissements. Le champ d’application correspond aux activités de la fonction privée hospitalière, du soin et du médico-social. La grille des salaires liste les niveaux minimums de rémunération à appliquer à leurs salariés selon leur position et/ou leur catégorie.
Comment Déterminer le Salaire Minimum ?
Pour obtenir le salaire mensuel, il s’agit d’appliquer la valeur du point à un coefficient dépendant du métier. La grille de salaire dépend du coefficient, qui est attribué en fonction du métier. La convention collective 51 répartit les métiers par filières et affecte pour chacun d’eux, un nombre de points conventionnels.
Formule de calcul : Salaire minimum = Valeur du point x Coefficient
Important : Le SMIC mensuel brut a été revalorisé à 1801,80 € au 1er novembre 2024. En cas d’augmentation du SMIC en cours d’année, il est impératif de vérifier si les salaires minimums conventionnels sont toujours supérieurs.
Champ d'Application de la Convention Collective 51
La convention s'applique aux établissements d'hospitalisation, de soins, de cure, de garde et d'assistance privés à but non lucratif, notamment :
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- Les établissements de formation des personnels sanitaires et sociaux.
- Les services d'hospitalisation de court, moyen ou long séjour.
- Les services d'hospitalisation à domicile, de jour, de nuit ou de semaine.
- Les activités des blocs opératoires mobiles.
- Les consultations et les soins médicaux dispensés dans les établissements ou centres assurant les soins ambulatoires.
- Les activités de radiodiagnostic et de radiothérapie.
- La médecine systématique et de dépistage.
- Les activités de pratique dentaire exercées en établissement ou dispensaire.
- Les activités des auxiliaires médicaux exercées dans les centres de soins ou dispensaires.
- Les activités des banques de sperme ou d'organes.
- Les lactariums.
- La collecte du sang ou d'autres organes humains.
- L'accueil et l'hébergement des personnes âgées en hospices, maisons de retraite, logements-foyers, résidences temporaires, résidences expérimentales.
- L'hébergement de personnes âgées en familles d'accueil.
- L'accueil, l'hébergement et la rééducation de mineurs handicapés.
- L'accueil, l'hébergement et la rééducation de mineurs protégés par suite d'une décision de justice socialement en difficulté.
- Les crèches, garderies et haltes-garderies.
- L'accueil, l'hébergement et la réadaptation d'adultes handicapés.
- L'accueil, l'hébergement et l'accompagnement social de personnes ou de familles sans ressources et sans abri.
- Les activités des centres d'aide par le travail (CAT), des centres de rééducation professionnelle (CRP) et des ateliers protégés.
- Les activités des centres de jour ou sections occupationnelles pour adultes handicapés.
- Les activités des services de soins à domicile.
- Les activités d'administration générale et de collecte des organismes d'action sociale ou caritative à compétence générale ou spécialisée.
- Les actions socio-éducatives en milieu ouvert à destination des enfants, adolescents, adultes et familles.
- Les activités de préparation et de suivi du reclassement des personnes handicapées.
- Les services de tutelle.
- Les activités des organisations associatives diverses créées autour d'une cause d'intérêt général ou d'un objectif particulier.
- Les activités thermales et de thalassothérapie.
Signataires de la Convention Collective
- Organisations d'employeurs : Fédération des établissements hospitaliers d'assistance privée à but non lucratif.
- Organisations syndicales des salariés : Fédération générale des services publics et de santé CGT, Fédération nationale des syndicats des services de santé et services sociaux CFDT, Fédération des services publics et de santé CGT-FO, Confédération générale des cadres CGC, Fédération nationale des syndicats chrétiens des services de santé et services sociaux CFTC.
Salaires dans les Crèches Hospitalières
Le personnel de ces crèches hospitalières relève de la grille salariale de la fonction publique hospitalière. Ce qui permet aux professionnels y travaillant d’être mieux rémunérés que leurs collègues du privé notamment. Globalement, ils perçoivent environ 20 à 30% de plus à qualification égale. Avantage qui s’est encore accentué depuis le Ségur de la Santé. Et puis ils cumulent aussi les avantages spécifiques liés aux horaires atypiques (primes de nuit, de week-end et de jours fériés notamment). Et c’est sans doute grâce à ces salaires que le turn over, malgré les contraintes liées à ce type de structure, n’y est paradoxalement pas plus important qu’ailleurs. Voire moindre.
Le salaire moyen d’un professionnel de la petite enfance en crèche est d’environ 1 600 € net par mois.
Salaire d'une Auxiliaire de Puériculture en 2025
En 2025, le salaire brut mensuel d’un(e) auxiliaire de puériculture en début de carrière commence autour de 1 836 € à 1 900 €, soit environ 1 300 € à 1 432 € nets. Avec les années, les échelons et les primes, la rémunération peut atteindre 2 500 € à 2 756 € bruts mensuels, voire davantage avec les heures supplémentaires.
Grille indiciaire : salaire selon l’échelon (Classe normale)
| Échelon | Durée approximative | Salaire brut mensuel |
|---|---|---|
| 1 | 1,5 an | 1 836 € |
| 10 | 4 ans | 2 387 € |
| 11 | - | 2 545 € |
Classe supérieure (fin de carrière)
Les salaires évoluent de 1 905 € à 2 756 € bruts mensuels. Ces chiffres varient en fonction de l’ancienneté, du grade, et des responsabilités exercées dans la structure (publique ou privée).
Facteurs Influant sur la Rémunération
Plusieurs facteurs peuvent influencer la rémunération des professionnels de la petite enfance :
- L'expérience: Chaque année compte dans les grilles salariales, surtout dans la fonction publique.
- Le type d’employeur: Le secteur public propose des salaires encadrés par des grilles indiciaires et assortis d’avantages (sécurité de l’emploi, retraite). Dans le secteur privé, le salaire dépend de la convention collective et commence souvent au SMIC, évoluant lentement. Les primes et avantages y sont généralement moindres.
- La formation: Des diplômes supérieurs ou des spécialisations peuvent ouvrir la voie à des postes mieux rémunérés.
- La localisation: Certaines villes appliquent des primes spécifiques.
- Le poste occupé: Agent de crèche, ATSEM, auxiliaire, assistante maternelle.
- L’alternance: Le salaire en alternance dépend de plusieurs critères : l’âge de l’apprenti, son niveau d’études, et l’année du contrat. En général, il est basé sur un pourcentage du SMIC ou du minimum conventionnel de la branche professionnelle, pouvant aller de 55 % à 100 % du SMIC selon les cas.
Évolution de Carrière et Augmentation de Salaire
Grâce à des formations complémentaires ou continues, il est possible de progresser vers des postes à responsabilités, tels que directeur de structure ou encadrant d’équipe. Le salaire augmente automatiquement par ancienneté (changement d’échelon), et des revalorisations du SMIC ou de la grille indiciaire peuvent aussi s’appliquer.
Défis Financiers des Crèches Hospitalières
Le fonctionnement d’une crèche hospitalière est complexe et coûteux. Selon Pascale Tournadre-Reigairaz, prenant l’exemple de sa crèche, le coût annuel d’une place en crèche est en moyenne de 15 700€. Pour une crèche hospitalière, il est de 21 500€. 5000€ donc de plus en moyenne, soit 24% de plus que la moyenne des crèches. En fait, pratiquement toutes les crèches hospitalières à gestion directe sont déficitaires.
Taux d'Occupation et Agréments Modulés
Un taux d’occupation assez bas est parfois compensé par l’accueil occasionnel et les agréments modulés. Pour Claire Bressou, une des solutions pour améliorer son taux d’occupation réside dans les agréments modulés : moins d’enfants, donc moins de pros le matin, ou en toute fin de journée, ou le week-end par exemple. Bref des agréments ajustés à l’accueil effectif.
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