L'avortement, un sujet de société majeur aux États-Unis, a toujours été une source de division profonde. Alors que certains États se montrent soucieux des droits reproductifs, d'autres adoptent une approche répressive. La décision de la Cour suprême en juin 2022 d'invalider l'arrêt Roe vs Wade a exacerbé cette fracture, laissant chaque État libre de légiférer sur la question. Dans ce contexte polarisé, les politiques de Donald Trump en matière d'avortement ont marqué un tournant décisif, influençant profondément l'accès à l'IVG et les droits des femmes.

Contexte Historique et Juridique

Pour comprendre pleinement les enjeux actuels, il est essentiel de revenir sur l'évolution de l'offensive contre l'arrêt Roe v. Wade, la décision historique de la Cour suprême de 1973 qui a dépénalisé l'avortement.

L'Évolution des Droits Reproductifs avant Roe v. Wade

Au milieu des années 1960, la mobilisation des féministes a commencé à porter ses fruits avec l'abrogation de la loi Comstock de 1873, qui interdisait la diffusion d'informations sur la contraception et l'avortement. En 1968, Ronald Reagan, alors gouverneur républicain de Californie, a signé l'une des premières lois aux États-Unis dépénalisant l'avortement. Progressivement, d'autres États ont suivi l'exemple de la Californie, car à cette époque, ce sont les États fédérés qui légiféraient sur cette question.

L'Arrêt Roe v. Wade et ses Conséquences

Il a fallu attendre la décision de l'arrêt Roe v. Wade du 22 janvier 1973 pour que l'avortement devienne un droit constitutionnel pour toutes les Américaines. Cet arrêt a confirmé le principe de la liberté individuelle de décision en matière de procréation. Toutefois, si ce droit était absolu pendant le premier trimestre, il s'est effacé au profit des États dès la constatation de la viabilité du fœtus, soit entre la 24e et la 28e semaine, sauf si la santé ou la vie de la mère étaient en danger.

La Réaction du Mouvement Pro-Vie

Depuis l'arrêt Roe v. Wade, le mouvement pro-vie s'est transformé en un mouvement national organisé. Sa mobilisation ininterrompue au cours des dernières décennies a réussi à rendre quasi-caduque l'arrêt historique. Plus de 330 amendements pour la sainteté de la vie ont été introduits au Congrès depuis 1973. Dès 1976, l'amendement Hyde a interdit la prise en charge de l'avortement par l'assurance publique Medicaid, l'aide médicale réservée aux plus démunis, sauf en cas de grossesse issue de viol, d'inceste ou de danger pour la vie de la mère. En 1992, l'arrêt Planned Parenthood of Southeastern Pennsylvania v. Casey a consolidé le pouvoir des États en matière de régulation de l'accès à l'avortement.

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Les Politiques de Trump : Un Changement Radical

L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a marqué un tournant décisif dans la lutte pour les droits reproductifs aux États-Unis. Ses politiques et ses nominations ont encouragé les groupes pro-vie à redoubler d'efforts, entraînant une série de restrictions à l'avortement.

Les Premières Mesures Anti-Avortement

Moins de cinq jours après son investiture, Donald Trump est revenu sur plusieurs mesures de son prédécesseur qui visaient à protéger l'accès à l'avortement. Il a notamment réaffirmé la mise en application de l'amendement dit "Hyde", qui vise à empêcher l'utilisation de fonds fédéraux pour des interruptions volontaires de grossesse (IVG), sauf dans de rares cas. Cette politique était déjà en vigueur, mais la Maison-Blanche a fait valoir que "l'administration précédente n'a pas tenu compte de cette politique établie et de bon sens".

La "Mexico City Policy" et la Restriction de l'Aide Internationale

La nouvelle administration américaine a également acté le retour de la "Mexico City Policy", une politique mise en place sous la présidence Reagan en 1984. Elle supprime les subventions publiques américaines aux organisations qui défendent, conseillent ou pratiquent des avortements à l'étranger, même si ces actions ne sont pas directement financées par les fonds américains en question. Cette décision, bien que prévisible, a eu un impact considérable sur l'accès à l'avortement dans le monde entier. Par ailleurs, les États-Unis ont rejoint de nouveau une déclaration internationale s'opposant au droit à l'avortement initiée lors du premier mandat de Donald Trump - et dont Joe Biden s'était retiré - dite Déclaration de consensus de Genève sur « la promotion de la santé de la femme et le renforcement de la famille ».

La Nomination de Juges Conservateurs à la Cour Suprême

L'une des actions les plus significatives de Donald Trump a été la nomination de trois juges conservateurs à la Cour suprême : Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Ces nominations ont modifié l'équilibre de la Cour, créant une majorité conservatrice favorable à la restriction des droits à l'avortement. Donald Trump, qui lors de son premier mandat a nommé trois juges conservateurs à la Cour suprême, se félicite souvent d’avoir contribué à ce revirement.

L'Abrogation de la Directive Biden sur l'IVG d'Urgence

Le gouvernement Trump a également abrogé une directive Biden qui permettait de pratiquer une IVG en cas d'urgence médicale. Cette directive, émise sous la présidence de Joe Biden, s'appuyait sur l'Emergency Medical Treatment and Labor Act (EMTALA), une loi fédérale exigeant des établissements de santé qu'ils prennent en charge les patientes en urgence absolue, indépendamment des lois étatiques sur l'avortement. La révocation de cette directive a soulevé des préoccupations parmi les professionnels de santé et les défenseurs des droits reproductifs.

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Les Conséquences de ces Politiques

Les politiques de Donald Trump ont eu des conséquences profondes sur l'accès à l'avortement aux États-Unis, en particulier dans les États conservateurs.

La Multiplication des Restrictions Étatiques

L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a encouragé les États à adopter des lois plus restrictives en matière d'avortement. Pour la seule année 2017, 26 États ont mis en place 53 mesures de restrictions à l'avortement. Ces lois comprennent des délais de réflexion obligatoires, des exigences en matière d'échographie, des restrictions sur l'accès à l'avortement médicamenteux et des interdictions d'avortement après un certain stade de la grossesse.

La Fermeture de Cliniques d'IVG

Les lois connues sous le nom de TRAP (Targeted Regulation of Abortion Providers) ont entraîné la fermeture de dizaines de cliniques dans tout le pays en raison des mesures d'hygiène et de sécurité draconiennes imposées. Leur efficacité est indéniable : plusieurs États n'ont plus qu'une seule clinique pratiquant l'IVG.

L'Impact sur les Femmes les Plus Vulnérables

Les restrictions à l'avortement ont un impact disproportionné sur les femmes les plus vulnérables, notamment les femmes à faible revenu, les femmes de couleur et les femmes vivant dans les zones rurales. Ces femmes ont souvent moins accès aux soins de santé et sont donc plus susceptibles de subir les conséquences négatives des restrictions à l'avortement.

La Division au Sein du Parti Républicain

Enjeu majeur de la campagne présidentielle aux Etats-Unis, le droit à l’avortement occasionne désormais un clivage dans le camp même des conservateurs. D’interviews en meetings, Donald Trump se montre évasif sur ses intentions concernant la question, s’il revenait à la Maison-Blanche. Alors qu’il a nommé trois des six juges qui, à la Cour suprême, ont mis un terme à ce droit constitutionnel en juin 2022 par l’arrêt Dobbs - une décision qu’il avait à l’époque non seulement saluée, mais mise à son crédit - et alors qu’en 2020, il avait été le premier président à assister à la grande marche annuelle anti-avortement, il n’a cessé ces derniers mois d’entretenir le flou. Il se présente même, aujourd’hui, comme un modéré. Or, et Trump ne l’ignore pas, si quelques rares sujets de l’agenda politique peuvent faire l’objet d’accords bipartisans, l’avortement n’en fait certainement pas partie. La plupart des leaders républicains se sont crispés dans une posture consistant à aller plus loin que Dobbs, lequel laisse à chaque Etat fédéré la possibilité de légiférer pour ou contre l’avortement.

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La Constitutionnalisation de l'IVG en France : Un Contraste Saisissant

Alors que les États-Unis ont connu un recul des droits reproductifs sous la présidence de Donald Trump, la France a fait le choix inverse en constitutionnalisant l'IVG. En mars dernier, le Sénat a adopté une loi réhabilitant certaines femmes condamnées pour avoir avorté, un geste symbolique fort. Récemment, l'IVG a été inscrite dans la constitution de la manière suivante : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. » Ce n’est pas le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse qui est constitutionnalisé, mais la liberté garantie.

L'Extrême Droite et les Droits Reproductifs : Une Menace Globale

Les luttes contre les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ sont souvent menées par des groupes d'extrême droite. À l'international, ces groupes ont pris le pouvoir dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et en Europe. Ces prises de pouvoir ont un impact direct sur les femmes et les personnes concernées par les différentes lois appliquées par ces gouvernements.

L'Instrumentalisation des Luttes contre les Violences Sexistes et Sexuelles

Les partis et collectifs d'extrême droite instrumentalisent les droits des femmes et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à des fins racistes et xénophobes. Ils insistent sur les VSS commises par des hommes issus de l'immigration pour faire croire que la solution serait de stopper l'immigration. Cette approche est non seulement fausse, mais elle stigmatise également les hommes racisés et les femmes musulmanes.

La Lutte contre les Droits LGBTQIA+

L'extrême droite est également opposée aux droits des personnes LGBTQIA+. Des associations comme le Syndicat de la Famille luttent contre l'IVG, sous couvert de considération sociale. Elles considèrent que les gens, en particulier les enfants, seraient poussés à transitionner par la communauté LGBTQIA+, mais que cela ne serait pas un vrai désir de leur part.

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