Sapins, crèches, chants traditionnels, santons : certaines coutumes chrétiennes ne sont pas le reflet d’un passé enfui, mais nous font entrer dans le mystère de Noël. La crèche de Noël, avec ses figurines et ses scènes bibliques, est une tradition ancrée dans de nombreuses cultures. Cet article explore l'origine et la signification de la crèche de Noël, en mettant en lumière son évolution et son importance culturelle.
Le Cycle des Douze Jours et les Racines Chrétiennes
Le « cycle des douze jours » relie Noël à l’Épiphanie. Ce fut toujours un temps à part, remarque Nadine Cretin, auteur de Noëls des provinces de France (éditions Le Pérégrinateur). Avant le christianisme, il était comme suspendu, jusqu’à ce que les jours allongent. Ce cycle a été christianisé dès le Ve siècle. Durant cette période, tous les jours sont jours de fête, souligne le concile de Tours (567). Et les coutumes païennes se mêlent aux traditions chrétiennes. La fête des saints Innocents, le 28 décembre, en souvenir des enfants massacrés par Hérode, était autrefois celle des enfants de chœur et des sous-diacres - la veille, c’était la fête des prêtres.
Les Traditions Provençales de Noël
En Provence, les traditions de Noël sont particulièrement riches et variées. On peut se reporter pour un très bref tableau des usages actuels à R. BERTRAND, « Noël en Provence », Pays de Provence (Marseille), n° 20, novembre-décembre2000, p. 54-69. À signaler aussi, parmi une surabondante bibliographie très répétitive, l’ouvrage de P. GALLOCHER, Noël provençal, Paris-Marseille, 1986. Ces traditions incluent le pastrage des Baux, la foire aux santons, la crèche provençale, le « gros souper », le cacho fio, les pastorales et crèches parlantes.
La Crèche Provençale et les Santons
La crèche provençale est une représentation miniature de la scène de la Nativité, peuplée de santons, de petites figurines en argile. Les fabricants de santons du XIXe siècle étaient soit des « figuristes », mouleurs de statuettes dont le santon ne constituait qu’un aspect de la production, soit des personnes exerçant des métiers fort variés pour qui cette fabrication était une ressource d’appoint. R. BERTRAND, « Naissance du métier de santonnier à Marseille », Marseille, n° 161, 1991, p. 60-65 et Crèches et santons de Provence, Avignon, 1992. Ces santons représentent souvent des personnages typiques de la vie provençale, ajoutant une dimension locale et culturelle à la scène de la Nativité.
Le Gros Souper et les Treize Desserts
Le « gros souper » est un repas traditionnel provençal servi la veille de Noël. Un auteur marseillais du XVIIe siècle, Fr. MARCHETTI, Explication des usages et coutumes des Marseillois, Marseille, 1683, explique ainsi la présence de treize pains sur la table de Noël de son temps. Il est souvent invoqué par les félibres, parfois de façon très déformée pour justifier ce nombre. Je signalerai une autre source éventuelle : L.-P. BÉRENGER, Les soirées provençales ou lettres sur la Provence, Paris, 1787, t. I, p. 169, qui énumère au sujet du repas de la veillée de Noël treize « mets exquis de cette collation tout à la fois splendide et champêtre » ; à noter aussi qu’il est le premier à signaler sur la table le vin cuit, avec la malvoisie et le muscat. Il est composé de treize desserts, chacun ayant une signification symbolique. Je suis ici les analyses de B. BRÉGEON-POLI, « Va pour treize ! La tradition des desserts de Noël en Provence », Terrain, n° 24, 1995, p. 145-152 et « Les 13 desserts de Noël : genèse d’une tradition », Marseille, n° 179, 1997, p. 107-111.
Lire aussi: Tout savoir sur la micro-crèche de Souppes-sur-Loing
Le Cacho Fio
Le cacho fio était en fait pratiqué avec des variantes en d’autres aires : les attestations rassemblées par A. VAN GENNEP, Manuel, op. cit., p. 3063 et sq. le prouvent. Le cacho fio est une bûche de Noël que l'on brûle dans la cheminée, accompagnée de prières et de bénédictions. La plus ancienne attestation, très précise, est celle du Bâlois Thomas Platter qui en fut témoin le 24 décembre 1597 chez son logeur à Uzès. En dernier lieu : E. LE ROY LADURIE éd. et trad., Le voyage de Thomas Platter, 1595-1599, Paris, 2000, p. 299-300. À signaler, sa mention dans le rapide récit de la veillée du 24 décembre 1646 à bord d’un vaisseau provençal qu’en donne B. de MONTCONYS, Journal des voyages de Monsieur de Montconys, Lyon, 1665 et rééd, passée inaperçue jusqu’ici : « Le soir, l’on fit bonne collation de ce qu’il y avait de meilleur au vaisseau ; selon la coutume des Provençaux, ils mirent la nappe dans la chambre de poupe où étaient 13 couverts, 13 pains et un plat de figues, raisins et amandes, qu’ils y laissèrent toute la nuit et aussi la bûche au feu, après l’avoir auparavant liée d’une corde que tous tenaient et avoir dit trois fois Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ; puis ils la mirent au feu et y jetèrent un peu de vin dessus ».
L'Invention de la Tradition
Cette problématique fait directement référence à É. HOBSBAWM et T. RANGER éd., The Invention of Tradition, Cambridge, 1983 et rééd. Cf. en particulier, p. 4: « Inventing tradition (…) is essentially a process of formalization and ritualization, characterized by reference to the past, if only by imposing repetition ». La notion d'« invention de la tradition » est importante pour comprendre comment certaines coutumes de Noël ont été créées ou transformées au fil du temps. Des éléments comme le pastrage des Baux, la foire aux santons et la crèche sont des exemples de traditions qui ont évolué et se sont formalisées au fil des siècles.
Les Crèches Parlantes et les Pastorales
Sur les marionnettes, N. LASCAR, « La crèche parlante et mécanisée du Musée du Vieil-Aix », Provence Historique, t. XXXI, fasc. 125, 1981, p. 195-212. Sur les livrets et la chronologie des spectacles, M. JEAN, « Les crèches parlantes et mécanisées en Provence », Bulletin des Amis du Vieux-Toulon, n° 107, 1985, p. 49-69 et surtout C. SANMARTIN, « La crèche parlante. Un théâtre de marionnettes en Provence au XIXe siècle », mémoire de maîtrise d’Histoire dactyl., Aix, 2000. Les crèches parlantes et les pastorales sont des formes de théâtre populaire qui mettent en scène la Nativité et des scènes de la vie provençale. A. GIRAUD, Un théâtre populaire du temps de Noël. Inventaire bibliographique des pastorales théâtrales en Provence, Paris, 1984 ; du même auteur : « Antoine Maurel et Marseille », La France latine, N° 110, 1990, p. 87-101. Ces spectacles sont souvent accompagnés de musique et de chants traditionnels.
Le Rôle du Félibrige
Sur l’idéologie du Félibrige, P. PASQUINI, « Le Félibrige et les traditions », Ethnologie française, 1988/3, p. 257-266 et Ph. MARTEL, « Le Félibrige » dans Pierre Nora éd., Les lieux de mémoire, t. III, Les France, vol. 2, Traditions, Paris, 1992, p. 566-611. Le Félibrige, un mouvement littéraire et culturel provençal, a joué un rôle important dans la promotion et la préservation des traditions de Noël en Provence. Marcel Provence, un félibre (1892-1951) qui obtint l’installation d’une baraque de santons à Paris, sur le boulevard des Capucines, pendant l’Entre-deux-guerres : Collectif, Un fou de patrimoine, Marcel Provence, Barcelonnette, 1995. Les félibres ont contribué à codifier et à diffuser les coutumes de Noël, notamment à travers des publications et des événements culturels.
Les Traditions et les Évolutions Contemporaines
Sur l’évolution de la fête à l’époque contemporaine, M. PERROT, Ethnologie de Noël. Une fête paradoxale, Paris, 2000. Les traditions de Noël continuent d'évoluer et de s'adapter aux réalités contemporaines. Bien que certaines coutumes anciennes soient maintenues, de nouvelles pratiques et significations émergent, reflétant les changements sociaux et culturels.
Lire aussi: Regard approfondi : Crèche des Sablons
Lire aussi: Livre d'activités : l'outil idéal pour les crèches
tags: #crèche #de #noël #exotique #origine #et
