La Crèche de Bethléem, gérée par les Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul, est bien plus qu'un simple orphelinat. C'est un phare d'espoir dans un monde souvent tumultueux, un lieu où les enfants abandonnés ou orphelins trouvent refuge, amour et la possibilité d'un avenir meilleur. Depuis sa création en 1885, cette institution a évolué pour répondre aux besoins croissants des enfants vulnérables en Palestine, tout en surmontant les défis politiques et économiques.

Un Appel à la Charité Face à la Détresse

L'histoire de la Crèche de Bethléem est intimement liée à la détresse des enfants abandonnés. Dès l'arrivée des Filles de la Charité à Bethléem, les habitants ont commencé à déposer des enfants non désirés devant leur porte. Incapables de les abandonner à leur sort, les sœurs ont commencé à les accueillir, jetant ainsi les bases de ce qui allait devenir le seul orphelinat de nouveau-nés de Palestine.

Sœur Denise, directrice de la crèche, témoigne de la continuité de ce phénomène : « Finalement, c’est toujours la même chose. On l’a retrouvé devant notre porte, dans un sac, avec du lait, quelques affaires et un peu d’argent ». Ces enfants, souvent issus de relations hors mariage, de viols ou d'incestes, sont victimes de la honte qui pèse sur ces naissances dans les familles arabes.

Une Maison pour les "Enfants de la Honte"

La Crèche de Bethléem accueille chaque année entre 15 et 20 de ces "enfants de la honte". Elle leur offre un refuge sûr où ils peuvent grandir et s'épanouir. Les pleurs se mêlent aux rires dans la galerie où des bambins d’un an transforment leur youpala en auto-tamponneuses en attendant de recevoir leur goûter. Ils sont une cinquantaine à vivre les six premières années de leur vie dans ces couloirs et à faire résonner la grande maison de leurs gazouillis.

Sœur Mayaud, ancienne directrice de l’établissement, décrivait en 1922 l'origine diverse des enfants : « Parfois ce sont de petits orphelins, la mère est morte, la famille pauvre et l’on est heureux de donner le poupon à élever. Mais la plupart ont été trouvés dans les champs, dans la rue, à la porte d’une communauté religieuse ; ceux-là portent souvent la trace de la brutalité avec laquelle ils ont été traités. Quelquefois, les mères elles-mêmes viennent nous les apporter. »

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Un Accompagnement Psychologique Essentiel

Conscientes des traumatismes vécus par ces enfants, les Filles de la Charité ont mis en place un suivi psychologique et psychomoteur. Sœur Denise souligne l'importance de cette approche : « Les événements vécus par ces enfants les rendent souvent difficiles. Ils accusent aussi du retard, que ça soit au niveau du langage ou du développement moteur ».

Un Refuge Temporaire : Le Départ à l'Âge de Six Ans

Passé leur sixième année, les enfants quittent la crèche. Les plus chanceux intègrent une famille d’accueil, mais la majorité rejoignent un autre orphelinat, pour enfants plus âgés. Bien qu’ils soient pris en charge, entre autres, par des sœurs, les enfants de l’orphelinat de Cisjordanie ne reçoivent pas d’éducation religieuse. Dans les Territoires palestiniens, la loi, fortement inspirée du droit islamique, interdit l’adoption. Les enfants placés en famille d’accueil, forcément musulmane, ne peuvent donc être légalement adoptés. Accueillir un enfant n’est pas toujours bien vu par les proches », explique Iskander Andon, travailleur social au sein de la crèche.

Une Histoire de Survie et de Transformation

En 140 ans d’accueil d’enfants abandonnés, la crèche peut se targuer d’avoir vu le taux de mortalité réduire considérablement. Dans les années 1920-1930, un enfant sur deux ne survivait pas à sa première année à l’orphelinat. "Sur les 71 reçus depuis le 1er janvier, seul la moitié ont résisté et vivent, écrit sœur Mayaud en novembre 1926.

Un Appel Constant à la Générosité

Si elle est reconnue par les œuvres sociales de Palestine depuis 1905, et travaille main dans la main avec les services sociaux de l’Autorité palestinienne, la crèche de Bethléem ne reçoit d’elle aucune subvention. Son fonctionnement a toujours dépendu quasi exclusivement de dons de particuliers. Les lettres qui partaient annuellement de Bethléem vers le siège parisien de l’Œuvre d’Orient témoignent d’un dénuement proche de la pauvreté. « Nous vivons vraiment en « Église des pauvres », raconte sœur Simon dans un courrier daté de 1965. Je voudrais installer mieux nos services, séparer les plus grands des plus petits. Je voudrais pouvoir mieux les nourrir. Je voudrais que les plus grands soient déjà un peu éduqués.

L'Œuvre d'Orient : Un Soutien Indispensable

L’Œuvre d’Orient est un partenaire essentiel de la Crèche de Bethléem. Cette organisation soutient financièrement l'orphelinat et permet aux Filles de la Charité de se concentrer sur les besoins essentiels des enfants. L'Œuvre d'Orient encourage les mères à ce que les grossesses soient suivies en les préparent à accoucher dans un Centre Hospitalier afin de réduire la mortalité infantile.

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La Crèche de Bethléem : Un Symbole d'Espoir

La Crèche de Bethléem est un symbole d'espoir pour les enfants vulnérables de Palestine. Elle leur offre un refuge sûr, un environnement aimant et la possibilité d'un avenir meilleur. Grâce au dévouement des Filles de la Charité, au soutien de l'Œuvre d'Orient et à la générosité des donateurs, cet orphelinat continue de transformer des vies et d'apporter de la lumière dans un monde souvent sombre.

L'Importance du Temps et des Relations Humaines

L'expérience de Marie, une volontaire de l'Œuvre d'Orient, illustre l'importance du temps et des relations humaines dans le travail auprès des enfants de la crèche. En restant une année supplémentaire, elle a pu créer des liens profonds avec les enfants et gagner la confiance des employés. « Ils se sont autant attachés à moi que je ne le suis à eux. Je peux le constater chaque fois qu’ils m’appellent « M’lie » (prononciation approximative du prénom Marie), même si certains continuent d’utiliser le « Mama » habituel. Rester permet aussi de se créer une place parmi les employés. », témoigne-t-elle.

Un Établissement en Constante Évolution

L'Œuvre a survécu à tous les aléas politiques qui n’ont cessé de secouer cette partie du monde jusqu’à aujourd’hui et, au fur et à mesure du temps, s’est structurée puis agrandie pour devenir ce bel établissement actuel. Elle accueille près de cent vingt enfants des territoires palestiniens (ce chiffre est fluctuant en raison des évènements). En 1986, l’Ordre de Malte rénove la moitié de l’hôpital (2 950 m2) et donne ainsi la priorité à son ancien service de maternité, à la création de 40 lits en Gynécologie-Obstétrique, à la mise en place d’un service de soins intensif en néonatalogie et à l’organisation de consultations dans les villages.

La Discrétion : Une Nécessité Vitale

Dans un contexte social où les "crimes d'honneur" sont encore une réalité, la discrétion est une nécessité vitale pour la Crèche de Bethléem. Iskander Andon, travailleur social au sein de la crèche, témoigne de la gravité de la situation : « La semaine dernière, trois jeunes filles ont été tuées par leur famille parce qu’elles sont tombées enceintes (souvent après un viol) hors mariage. Au foyer, la discrétion est donc le maître mot. »

Un Message d'Amour et d'Espoir pour Noël

À l'approche de Noël, la Crèche de Bethléem se pare de mille lumières et décorations pour accueillir la venue du petit Jésus. C'est un moment de joie et d'espérance pour les enfants, les sœurs et tous ceux qui soutiennent cette œuvre extraordinaire. La Crèche de Bethléem est un rappel que même dans les endroits les plus sombres, l'amour et la charité peuvent apporter de la lumière et transformer des vies.

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