La pandémie de COVID-19 a soulevé de nombreuses questions et inquiétudes, en particulier chez les femmes enceintes. Cet article examine les risques associés à la COVID-19 pendant le troisième trimestre de la grossesse, en s'appuyant sur les dernières études et recommandations scientifiques.

Impact de la COVID-19 sur la Grossesse et l'Accouchement

Plusieurs études se sont penchées sur l'impact de la COVID-19 sur la grossesse. Une étude française, basée sur près de 245 000 naissances entre janvier et juin 2020, a révélé qu'une femme enceinte positive au coronavirus présente un risque accru de complications pendant la grossesse ou l'accouchement. Les scientifiques ont pris en compte des facteurs de risque tels que l'âge de la femme enceinte, l'obésité, le diabète et l'hypertension.

Les résultats de cette étude indiquent que les femmes enceintes positives au COVID-19 après 22 semaines de grossesse présentaient une fréquence plus élevée d'admission en unité de soins intensifs (5,9 % contre 0,1 %), de mortalité (0,2 % contre 0,005 %), de prééclampsie/éclampsie (4,8 % contre 2,2 %), d'hypertension gestationnelle (2,3 % contre 1,3 %) et d'hémorragie péripartum et post-partum (10,0 % contre 5,7 %). L'étude a également noté un nombre plus élevé d'accouchements prématurés ou par césarienne. Selon Jade Ghosn, médecin-infectiologue à l'hôpital Bichat à Paris, "ces résultats suggèrent que les femmes enceintes atteintes du Covid-19 peuvent avoir un risque accru de morbidité obstétricale par rapport aux témoins enceintes non Covid-19 (…) La grossesse s'apparente à une forme d'immunodépression".

Une étude publiée dans le journal BJOG en Novembre 2020 s’est appuyée sur les données de 675 femmes. Parmi les 71 participantes positives à la Covid-19 au moment de leur accouchement, 13% présentaient des complications post-partum courantes (fièvre, faible taux d’oxygène dans le sang…) nécessitant parfois une hospitalisation. Ce pourcentage était le même, que les femmes souffrent de formes symptomatiques ou asymptomatiques de l’infection. A titre de comparaison, cette proportion n’était que de 4,5% chez les participantes non infectées au moment de l’accouchement.

De plus, une récente étude internationale menée sur 2130 femmes enceintes souligne que le risque de décès pendant la grossesse et post-partum est 22 fois plus élevé chez les patientes ayant été infectées par le coronavirus, bien qu’il reste très bas dans l’absolu.

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Il est important de noter que, bien que les cas de transmission de la mère au fœtus pendant la grossesse à travers le placenta soient exceptionnels, la contamination peut survenir pendant l'accouchement ou juste après la naissance. Cependant, aucune malformation liée au virus n'a été décrite.

Impact sur le Développement Neurologique du Bébé

Une étude américaine présentée au 30e Congrès européen de psychiatrie a suggéré que les bébés dont les mères ont été contaminées par le Covid-19 pendant leur grossesse pourraient présenter davantage de troubles neurodéveloppementaux à six semaines de vie. Les chercheurs ont comparé 21 femmes enceintes positives au Covid-19 et leurs bébés à 21 témoins. Le Dr Rosa Ayesa Arriola a précisé que "tous les bébés nés de mères infectées par le Covid-19 ne présentent pas de différences de développement neurologique, mais nos données montrent que leur risque est accru par rapport à ceux qui ne sont pas exposés au virus dans l'utérus. Nous avons besoin d'une étude plus vaste pour confirmer l'étendue exacte de la différence".

Cependant, une seconde étude de la Radiological Society of North America (RSNA) a précisé qu'"aucune preuve" ne montre qu'une infection chez la femme enceinte ait "un effet sur le développement du cerveau" du futur bébé. Les chercheurs allemands ont analysé les IRM fœtales de 33 futures mamans atteintes du Covid, à 28 semaines de grossesse en moyenne, et ont constaté que le développement du cerveau du fœtus était comparable aux autres bébés à naître, dont les futures mamans n'étaient pas contaminées. Les auteurs de l'étude ont précisé qu'ils suivraient les enfants jusqu'à l'âge de 5 ans afin d'évaluer plus en détail leur développement neurologique. Il est important de noter que seules les futures mamans ayant des symptômes modérés ont été incluses dans l'étude.

Risque de Transmission Mère-Enfant

Selon des chercheurs de l'Organisation mondiale de la santé et de l'université de Birmingham, le risque de transmission du Covid-19 de la mère à l'enfant reste très limité. Ils ont analysé plus de 470 publications scientifiques portant sur 29 000 mamans atteintes du virus et ont constaté que "le taux global de positivité du Sars-CoV-2 chez les bébés nés de mères infectées est faible", soit moins de 2 %. Si l'on ne prend pas en compte la transmission in utero, mais uniquement pendant l'accouchement ou juste après la naissance, le taux d'exposition au virus est alors de moins de 1 %. Les scientifiques insistent sur le fait que l'allaitement, l'accouchement par voie basse ou encore les contacts entre la maman et son nouveau-né après la naissance ne semblent pas augmenter le risque de transmission du Covid.

Vaccination Pendant la Grossesse : Une Protection Essentielle

La vaccination pendant la grossesse est désormais vivement recommandée dès le premier trimestre. Les résultats d’une étude internationale publiés en avril 2021 ont montré que, sur 2130 femmes enceintes, les risques de décès étaient 22 fois plus élevés chez celles qui avaient été infectées par le coronavirus en fin de grossesse. La vaccination représente une véritable barrière au virus durant la grossesse, période de plus grande vulnérabilité pour les femmes. Même infectées, ces dernières subissent moins les conséquences de la Covid en étant vaccinées.

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S’il y a encore quelques mois se faire vacciner à partir du deuxième trimestre de grossesse était préconisé, aujourd’hui, les médecins et scientifiques sont unanimes : la vaccination peut être effectuée dès le premier trimestre. Le dernier avis du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, datant de février 2022, le confirme. L’ARN messager est éliminé par le corps de la mère quelques jours après son injection et ne circule donc pas dans le sang maternel. Mais les anticorps obtenus grâce au vaccin sont, eux, naturellement conservés et transmis au fœtus via le placenta, et persistent 6 mois après la naissance, lorsque la vaccination a eu lieu durant la grossesse.

Une étude publiée en Mars 2021 dans l’American Journal of Obstetric and Gynecology, les chercheurs ont évalué la réponse immunitaire des femmes enceintes à la suite de la vaccination, par rapport à celle de femmes vaccinées, mais non enceintes. Ils ont observé que les taux d’anticorps générés par le vaccin étaient similaires chez les deux types de patientes. Les chercheurs ont ensuite comparé ces résultats avec ceux de patientes infectées par le SARS-CoV-2 mais non vaccinées : ils ont montré que le taux d’anticorps neutralisants le virus chez toutes les femmes (enceintes et non-enceintes) était plus élevé après la vaccination qu’après une infection « naturelle ». Il a également été observé que les anticorps issus de la vaccination passaient à travers le placenta, offrant potentiellement une protection au nouveau-né.

Les données préliminaires analysées par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains sur des femmes enceintes vaccinées avec un vaccin ARNm entre décembre 2020 et février 2021, montrent que les effets secondaires les plus communs après l’injection (maux de têtes, fatigue, douleurs musculaires…) sont similaires à ceux rencontrés par les femmes qui ne sont pas enceintes.

En conclusion, les données concernant les bénéfices et les risques de la vaccination pour les femmes enceintes et leur enfant à naître sont rassurantes à ce jour. L’OMS, ainsi que les sociétés savantes d’obstétrique et de gynécologie estiment que les bénéfices dépassent les risques potentiels.

Précautions et Recommandations

Les femmes enceintes, en particulier au troisième trimestre, sont considérées comme des personnes à risque et doivent appliquer avec soin les gestes barrières :

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  • Éviter tout contact avec quelqu'un qui montre des symptômes du coronavirus.
  • Éviter les rassemblements avec les amis et la famille.
  • Se laver systématiquement les mains avant de toucher son bébé afin de limiter le risque de transmission.
  • Rester à distance des centres commerciaux et supermarchés.

Le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) recommande d’adapter la prise en charge de la grossesse au contexte épidémique et de suivre de très près les patientes atteintes par la Covid-19 durant la grossesse. Pour la plupart de ces patientes, l’accouchement par voie basse reste possible, le bébé n’est pas séparé de sa maman à la naissance et le séjour en maternité n’est pas allongé, sauf si complications pour la maman ou le bébé.

Il est également important de noter que la vaccination contre le Covid-19 est recommandée chaque année, à l'automne, pour les personnes âgées de 65 ans et plus. La vaccination conjointe contre le Covid-19 et la grippe saisonnière est recommandée, dès lors qu'une personne est éligible aux deux vaccinations, et ceci quel que soit son âge. Un délai minimum de 6 mois doit être respecté depuis la dernière dose de vaccin ou la dernière infection. La vaccination est possible dès le 1er trimestre de grossesse pour les femmes enceintes avec un vaccin à ARNm en centre de vaccination ou bien chez leur médecin ou sage-femme. L’Organisation Mondiale de la santé et l’UNICEF recommandent de poursuivre l'allaitement maternel pendant l'infection et après la vaccination.

Impact Psychologique et Soutien Nécessaire

La pandémie de COVID-19 a également eu un impact sur la santé mentale des femmes enceintes. Le stress lié à l’épidémie, l’isolement lié au confinement, la peur d’être contaminée ou d’infecter son bébé, l’angoisse d’accoucher à l’hôpital avec des patients atteints de la Covid-19, un suivi de grossesse chamboulé, l’absence de séances de groupe de préparation à la naissance, des conditions d’accouchement inédites avec parfois l’absence du papa lors de la naissance, l’impossibilité de présenter son bébé à la famille, l’incapacité d’être aidée par la famille et l’entourage sont tous les éléments qui alertent les professionnels de la santé et les incitent à mieux entourer et informer les parents.

Une étude américaine réalisée par la Blue Cross Blue Shield Association établit un lien entre le coronavirus et l’augmentation constatée des cas de dépression post-partum.

Il est donc essentiel de prendre en charge le plus tôt possible les douleurs psychiques de la mère pour le bien-être de la maman mais aussi le bon développement du nouveau-né.

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